15.03.2010

La librairie des ombres - Mikkel Birkegaard

libri di luca.jpgDéception avec ce roman centré sur les livres et les pouvoirs de la lecture; on y suit Jon, qui découvre en même temps que le lecteur qui était réellement son père, le propriétaire de la librairie "Libri di Luca" au Danemark. On s'agite au milieu de deux clans influenceurs : les lecteurs (à voix haute) et les récepteurs (dès que quelqu'un lit dans sa tête). Cette idée était bien sympathique, dommage qu'elle soit noyée dans une intrigue cousue de fil blanc et nombre de clichés harlequinesques. Du coup rien n'est crédible, on s'ennuie et on regrette son achat !

 

Ed. Fleuve Noir, 2010, 451 p.

Traduit du danois par Inès Jorgensen

 

14.03.2010

Les chaussures italiennes - Henning Mankell

"Les bruits, ici, paraissaient contraints de faire la queue avant d'être autorisés à entrer dans le silence."

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Fredrik était chirurgien orthopédique, avant. Un jour, il a commis une grave erreur. alors, il a tout plaqué, pour vivre seul sur une petite île. Douze années passent. Il ne se pardonne pas. Il a soixante-six ans. Il ne met pas à profit son existence solitaire pour réfléchir à sa vie. Une petite silhouette aggripée à un déambulateur sur la glace vient tout changer : c'est Harriett. Ils se sont autrefois aimés, et fidèle à lui-même il l'avait abandonnée sans un mot. Avec elle arrive le temps de la vraie introspection, tout autant que celui d'agir, enfin, l'espace de quelques solstices...

Un roman magnifique et vibrant, tout en retenue et pureté. Des personnages qui explosent de présence, Louise qui croit en un monde où l'on résiste ou Jansson l'hypocondriaque qui peut prédire la météo grâce à ses pouces, de l'entraide, une douceur qui est tout sauf triste, un univers douillet et précieux que l'on quitte à grand regret.

Je ne connaissais pas la plume d'Henning Mankell sous cet aspect, je suis complètement sous le charme.

 

Ed. Seuil, 2009, 341 p.

Traduit du suédois par Anna Gibson

Titre original : Italienska skor

 

Un grand merci à Cathulu !

 

Des avis contrastés : Jostein, Thierry Collet, Calepin, Ma, A propos de livres, Yv, Dominique, ...

11.03.2010

La traversée des jours - François Bott

"Salut jeune homme, salut champion, salut quand même."

Souvenirs de la République des Lettres (1958-2008)

bott.jpg

François Bott a été partie prenante de la vie littéraire française pendant de nombreuses années. Il les parcourt pour nous dans ces pages, en ne laissant aucun doute sur ses inimitiés (il peut être très vif !) ou ses nombreuses sympathies et/ou admirations (de très jolis portraits).

C'est forcément avec la fraternité des amoureux des livres qu'on lit ce document, et on s'amuse beaucoup. Ainsi, dans la période France Soir (où il a débuté), pour évoquer le ton journalistique en vogue à l'époque (années 60) il dit : "Nous vivions dans une sorte de thriller. [...] D'ailleurs, tout le monde racontait l'histoire de ce reporter que l'on avait envoyé au domicile de Gide, après la mort de celui-ci, et qui avait téléphoné : "Rien à signaler, chef. Mort naturelle."" Un autre sourire également avec l'histoire de cette consoeur au desk (où l'on rewritait les articles) qui avait l'habitude de boire une bouteille de Champagne chaque soir; à la mort de Cocteau, elle vida deux bouteilles de Veuve Cliquot. "Vers 3 heures du matin, le rédacteur en chef dut arracher à Sinclair la copie sur Cocteau. Sinon, je journal serait tombé en retard. Quand celui-ci sortit, "le petit homme" trépigna comme jamais. Il piqua une colère historique. Sous l'effet de la Veuve Cliquot, la bonne dame avait même rewrité le poème de Cocteau."

Puis c'est L'express, où le poste qu'il occupe lui attire moult compliments et flatteries du "milieu", où il se découvre soudain beaucoup d'"amis" parmi les éditeurs, les écrivains et les attachées de presse. Il n'est pas dupe, mais... "La vanité nous rend désespérement crédules."

Un court passage au Magazine Littéraire qui se crée, et ce sont les années Le Monde, qui débutent par :

"- Allo, c'est Claude Sarraute.

- Bonjour, c'est François Bott.

- Passez-moi quelqu'un."

Ce n'est pas rien de se découvrir personne :)

Et puis tout au long du livre, d'autres anecdotes, Sartre encore et toujours, Jacqueline Piater, Cioran, Nucera, Jacques Laurent, Sagan, Ben Jelloun, j'en passe vraiment beaucoup dont j'ai aimé partager quelques petits moments de vie sous la plume de François Bott.

Je ne partage pas ses goûts littéraires, aussi n'ai-je pas alourdi mes listes, mais j'ai vraiment apprécié le voyage au pays des livres en France pendant presque 50 ans. Tout a changé, et pourtant rien ne change... Quelques très jolies citations, également, un livre plutôt nostalgique mais plein d'énergie.

 

Ed. Le Cherche Midi, Collection Documents, 2010, 166 p.

10.03.2010

Romance nerveuse - Camille Laurens

"Qu'ont-ils échangé, la reine et le fou ? Un soupçon de légèreté contre un peu de lest, un grain de fantaisie contre un peu de plomb dans la cervelle, une ancre, un port contre un voyage en ballon, un sceptre contre un hochet, tous deux en toc."

 

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Camille Laurens. L'autofiction. Le très médiatique clash avec Marie Darrieussescq. Virée de chez P.O.L. L'auteure qu'adore(ait) Laure. J'avais tenté mollement quelques livres, j'étais loin de tout ça, je ne ressentais tout simplement rien. Et puis ce billet de Thom. L'envie, l'achat, la lecture. Et le scotch, tout simplement.

"Romance nerveuse" est un roman qui se lit dans une sorte d'urgence, il m'a amusée, attristée, prise  à témoin, révulsée, perdue, mais au final m'a convaincue, tout du long.

Nous sommes juste après le clash, bien plus que de revenir sur celui-ci Camille Laurens écrit la violence de la rupture avec son éditeur, écrit comme elle ne comprend pas ses réactions, depuis le moment où il a lu le texte incriminé sans lui en toucher un seul mot, en passant par sa "libération de toute obligation", par cet instant où il finit par lui envoyer une seule parution de son ancienne maison, sans mot d'accompagnement : le roman s'appelle "Meurs"; jusqu'à ce rendez-vous, où il lui dit avoir fini par "la comprendre".

Elle est dans un état de sidération quand elle rencontre Luc. Paparazzi, plus jeune qu'elle, et surtout, cinglé comme un lapin. Infect, réellement insupportable. Pourtant, entre ces deux-là une vraie relation s'installe, qu'elle sait raconter en donnant tour à tour les éclairages qui permettent de comprendre comment ça peut tenir, un truc pareil. Il y a Camille, l'être d'émotion, et Ruel, l'intelligence pure.

Il y a dans ce roman une délicatesse, une profondeur, un jeu avec la langue, des fulgurances, une beauté et une sincérité qui touchent, je ne peux pas dire mieux. J'ai été touchée.

"[...] elle se demandait avec curiosité comment on souffre quand on n'a rien lu, si c'est moins fort, moins profond quand on ne met sur le trou béant ni ses mots ni les mots des autres, apparemment ce n'était pas si différent."

"La seule chose qui intéresse vraiment Ruel, c'est la Vérité. Je mets exprès une majuscule, pour parodier son intransigeante exigence - en réalité, Ruel ne croit en rien, sa réflexion mouline un doute permanent. Tout au plus pense-t-elle qu'en certains rares points de la ligne temporelle se jouent des parties capitales, qu'il convient de ne pas perdre car ce sont elles qui permettent d'avancer, d'éviter le ressassement, la jouissance mortifère de la répétition : elle croit au moment d'intelligence qui, jailli d'un être isolé, fusée de détresse, va se voir de très loin et changer la nuit; elle ne croit pas à la Vérité, elle croit à l'heure de vérité."

 

Ed. Gallimard, 2010, 219 p.

09.03.2010

Intrusion - Elena Sender

sender.jpgC'est la vie parfaite pour Cyrille Blake : à 38 ans, loin de son Nord natal elle est l'épouse d'un brillant chercheur, de 25 ans son aîné, qui va peut-être recevoir le Nobel de médecine sous peu; depuis 5 ans, elle dirige la clinique Dulac, petite structure où l'on traite le vague-à-l'âme de patients légèrement atteints; elle est jolie, évidemment, riche, donc, et sa très compétente nièce est son assistante. Mais voilà qu'un patient se présente, qu'elle a soigné dix ans plus tôt dans l'hôpital psy où elle était interne, et dont elle n'a aucun souvenir. Ce ne serait pas très inquiétant en soi, sauf qu'elle a constaté d'autres pertes de mémoire inexplicables, et qu'en cherchant à en savoir plus, elle s'aperçoit que tout un pan de sa vie a disparu.

Il semblerait qu'elle ait été très proche de ce fameux patient, bien plus dangereux que prévu, et son enquête va tout faire basculer dans sa vie...

Il s'est passé avec cette lecture un phénomène assez mystérieux, je n'arrêtais pas de me moquer bêtement des soubresauts d'une intrigue fantasmagorique (elle était super pote avec Nino, au point qu'il fasse tout pour elle dix ans plus tard, n'a aucune souvenir de lui mais elle n'aurait oublié qu'un mois ? Elle apprend que Julien déboule en Thaïlande et connaît le nom de son hôtel, elle est terrorisée mais se dit bon, je vais déjà dormir, on verra demain ? Elle a frôlé la mort telle une James Bond girl et quand elle peut s'enfuir, elle dit oh mais non, il faut que je sache de quoi il retourne maintenant ? Elle se fait faire un reset du cerveau par celui qui n'a aucune expérience médicale ? J'en passe...) et pourtant je ne pouvais pas lâcher ce roman.

Ça fonctionne, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, on a envie de savoir la suite, on se laisse bercer par les rebondissements, c'est sympathique en diable à défaut d'être littéraire, et ça me plaît !

Notre amie Cyrille nous donne même deux, trois conseils ici ou là, tel que : "Le remède à son abattement passait par une dose d'adrénaline. C'est ce qu'elle disait à certains de ses patients : "Quand l'angoisse monte, quand vous sentez la déprime reprendre le dessus, forcez-vous à faire quelque chose de très excitant et d'inhabituel." L'adrénaline était le meilleur antidote naturel à la dépression, elle saturait momentanément le cerveau, et le stimulait. Elle conseillait de se plonger sous une douche froide ou de faire quelque chose de totalement nouveau, d'adresser la parole à un voisin inconnu... Bref, un acte qui pouvait relancer la machinerie des méninges jusqu'à la prochaine alerte."

 

Ed. XO, 2010, 412 p.

 

Lu également par : Soukee, Pimprenelle, Francesca, Hérisson, Stephie, Laure, Malorie, Cacahuète,...

08.03.2010

Dark Tiger - William G. Tapply

taply.jpgLes visites de l'homme au costume n'ont jamais fait plaisir à Calhoun. Il est heureux dans sa vie avec Kate, son boulot à la boutique, son chien et sa cabane dans les bois, il ne souhaite pas se souvenir de sa vie passée. Mais il sait qu'il a subi un super entraînement, dont les effets sont toujours présents et actifs. Aussi quand l'homme mystérieux le menace de perdre la boutique et d'ennuyer Kate, il accepte une mission.

Mission qui l'entraîne à l'autre bout du Maine, officiellement comme guide pour la pêche dans un complexe de luxe, officieusement pour savoir ce qui a entraîne la mort d'un autre agent.

Calhoum est d'une placidité à toute épreuve, on le savait déjà, on le mesure complètement ici. Il a aussi une chance du diable, tout lui tombe tout rôti dans le bec, aussi bien au niveau des rencontres que des conclusions. Hubert en beaucoup moins con, quand même, mais en beaucoup moins marrant aussi.

Un troisième et hélas dernier (l'auteur étant mort en 2009) opus des aventures de Stoney Calhum qui se lit très agréablement mais sans avoir de relief particulier. On apprend ce qu'était réellement son job avant la foudre, on voit la relation avec Kate se consolider, on a toujours la pêche, la nature, Ralf, les bons repas, la droiture, mais le tout sans étincelle, et malheureusement sans perspective.

Espérons que la série des romans policiers mettant en scène l'avocat Brady Coyne sera un jour traduite en français, histoire de pouvoir encore lire William G. Tapply.


Ed. Gallmeister, 2010, 250 p.

Traduit de l'américain par François Happe

 

Lu également par : Cathulu, Perdue dans les livres, Brize, ...

07.03.2010

Girl in a blue dress - Gaynor Arnold

A la fin de sa vie, Catherine Dickens, la seule et unique épouse de feu Charles Dickens, a donné à sa fille Kate les lettres que son arnold.JPGmari lui avait écrites tout au long de sa vie, lui demandant de les remettre au British Museum en disant ceci :  "so the world may know that he loved me once."

Gaylord Arnold a écrit ce roman (son premier) inspiré par la vie et le mariage de Charles Dickens, en essayant d'esquisser Catherine, à partir de bien peu de documents lui étant consacrés. Elle a changé absolument tous les noms (y compris ceux des oeuvres) (ainsi Charles Dickens est devenu Alfred Gibson) et a laissé libre cours à son imagination.

Le résultat est trop laborieux pour moi, le roman (414 pages) étant principalement constitué de dialogues, et Catherine apparaissant comme une sorte de sainte placide et sacrifiée, soudainement capable de tenir tête à la reine ou de confronter la rivale qui l'a détrônée en un face-à-face vengeur. Je ne parviens pas à croire à cette Dorothea, et je m'use la patience sur des scènes interminables.

On la rencontre le jour des funérailles du one and only, et elle dit à sa fille Kitty : "I cast a glance at the  dark red line of Alfred's novels in the bookcase across the room, some of them so battered that they are about to fall apart. I still read a chapter every day, you know, Kitty. And when I finish each book, I start  another. And when I finish them all, I start to beginning again. "

La façon dont elle est tombée amoureuse de son rire avant même de le voir m'a beaucoup plu aussi : "And then someting happened. I can hardly describe it, though I have tried again and again. It was the way the scent of the lilacs and the sound of a clear, cheerful laugh drifted in trough the window at exactly the same moment. I could hardly tell the sound from the scent; yet each entity seemed completely entrancing and divine. "

Et puis cette toute première lettre d'Alfred à Dodo, si impudente, si exaltée, qui se termine ainsi : "If I am wrong, I will drow myself in the Thames and feed fishes for ever and a day. But say I'm right. Say I'm right, sweet Dorothea. Whisper it on the night air. Tell it to your pillow. Write it in you reply. Yours in agony, Alfred Gibson."

Ce qui est très bien rendu également, c'est la ferveur de son public, la façon dont Dickens était une incroyable star adulée. Mais bon, la romance de cette histoire ne fonctionne pas avec moi ! (Sur les listes du Man Booker Prize 2008, ceci dit).

Crow Publishers, 2008

06.03.2010

Sexy Men Swap 2 : I'm in.

sexy men swap 2.jpg

Ce superbe logo se suffit à lui-même, non ?

Sinon tout est LA.

 

05.03.2010

Chouquette - Emilie Frèche

freche.jpg"Bling-bling tropézien sur fond de crash financier", Chouquette est une petite satire qui va à cent à l'heure. Notre héroine est une imbuvable névrosée de soixante ans, qui refuse purement et simplement la réalité. Quittée par son riche mari dont elle a supporté les frasques toute sa vie, elle persiste à attendre son arrivée pour le 14 juillet dans leur maison de St Strop. Elle y a convié Diane, maîtresse en titre pendant de longues années, elle aussi répudiée depuis belle lurette. Son petit-fils vient s'ajouter, atteint de varicelle et donc refoulé par la colonie de vacances, où sa mère (la fille de Chouquette donc) l'avait inscrit en mentant sur son âge (le pauvre bout de chou, d'une stoïcité continue, a cinq ans) pendant que son mari et elle partaient en mission humanitaire en Afrique...

Hystérique et pathétique, notre sexagénaire va brasser de l'air en abondance, pendant que tout s'étiole autour d'elle. Une somme de clichés alignés les uns aux autres, mais ce qui sauve le tout c'est le rythme : c'est trépidant et féroce, et on accepte bien volontiers de refermer le tout sur la petite note d'émotion, bien amenée.

Merci Cathulu !

 

Ed. Actes Sud, 2010, 133 p.

 

Lu également par Couette, Malice, ...

04.03.2010

Juste avant le crépuscule - Stephen King

"L'allusion obscure est la malédiction de la classe bouquinière."

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Recueil de treize nouvelles, dont une seule est une reprise (jamais éditée en recueil, par ailleurs) ce "Juste avant le crépuscule" est une mine de plaisirs. Certaines sont pourtant faiblardes, mais il y passe malgré tout ce qui me délecte : Stephen King écrit sur ce qui lui fait peur, et il sait communiquer cette inquiétude.

"- Je suis désolé, Willa.

- Pas encore, mais ça va venir."

Willa ouvre le bal, plutôt mollement, faut avouer, mais dans les délicieuses introductions et notes sur chacune des nouvelles, l'auteur nous explique que c'est la première nouvelle "contemporaine" qu'il ait réussi à écrire; une sorte de fondamentale, donc.

Le rêve d'Harvey contient précisément ce qui déclenche chez moi une crainte diffuse, qui plane ensuite en permanence et augmente encore l'extrême joie de la découverte : une femme se lève un matin comme tous les autres, elle en a marre que ce soit toujours pareil, sa vie est chiante, son mari incolore, elle aimerait que quelque chose change. Et juste le fait qu'il l'appelle par un diminutif ancien lui fait soudain considérer le moment avec méfiance, tout prend allure de mauvais présage et la voici qui souhaite ardemment que tout soit exactement dans la précédente banalité qu'elle aspirait à rompre... Mais c'est trop tard.

Vélo d'appart est la parfaite allégorie des rapports à la nourriture. On s'attend à quelque chose, à du gore en masse, et on est surpris.

Laissés pour compte est la contribution de Stephen King au traumatisme du 11 septembre. Infiniment triste.

J'ai beaucoup aimé aussi Le New York Times à un prix spécial, très tendre, dont King nous dit en note : "Un récit doit distraire aussi celui qui l'écrit - c'est mon opinion, la vôtre m'intéresse." Un jour, je lui écrirai peut-être :)

Mais ma préférée est indubitablement "N." Elle traîne un peu un longueur et la chute est trop attendue, mais j'ai marché à fond, que dis-je, j'ai couru hébétée le long du récit de ce psychiatre et des TOC. Qui ne sont que l'infime pellicule recouvrant une tout autre dimension... "Il me regarde, pâle, et cet homme que d'invisibles oiseaux picorent à mort ne sourit plus. "Avez-vous jamais lu Le Grand Dieu Pan, d'Arthur Machen ?"

Je secoue la tête.

"C'est le roman le plus terrifiant jamais écrit. A un moment donné, l'un des personnages dit : La convoitise l'emporte toujours. Mais la convoitise, ce n'est pas ce qu'il veut dire. Ce dont il parle, c'est de la pulsion."

 

Ed. Albin Michel, mars 2010, 412 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par William Olivier Desmond

Titre original : Juste After Sunset

 

Bonus : "Ma mère m'a dit un jour que si un homme se torche le derrière et voit du sang sur le papier-toilette, sa réaction sera de chier dans le noir pendant les trente jours suivants, en espérant que tout s'arrangera tout seul. Elle se servait de cet exemple pour illustrer sa conviction que la pierre de touche de la philosophie masculine était : "Ignore le problème, il disparaîtra peut-être.""

 

02.03.2010

Le quai de Ouistreham - Florence Aubenas

D'abord pas du tout intéressée par ce livre, c'est en voyant Florence Aubenas à "La grande librairie*" que j'ai eu envie de le lire. Elle y disait des choses justes, elle témoignait d'une réelle envie de faire bouger les choses, d'exposer un état des lieux pour permettre d'avancer. Elle était positive, calme, mesurée, passionnée, intéressante. Je n'ai pas retrouvé ça dans son livre.

 

aubenas.jpg

Pour témoigner de ce qu'est la crise pour les français, ce qu'elle induit en terme de travail de nos jours, au quotidien, de février à juillet 2009, elle s'est installée à Caen, et sous sa véritable identité a cherché du travail. Elle a juste effacé sur son CV son métier de journaliste, porté ses lunettes et s'est teinte en blonde, pour échapper aux clichés liés à la pauvreté (une amie lui avait dit "il te suffit de prendre 20 kg"...). L'expérience est destinée à s'arrêter lorsqu'elle aura trouvé un véritable CDI.

Premier paragraphe, première phrase, premières inexactitudes : "A Cabourg, la maison de M. et Mme Museau se trouve dans un des quartiers neufs situés à l'écart des plages et de la grande digue, loin des rues animées et des hôtels de luxe, à l'abri de toute agitation et de tout pittoresque. Ici, dans ce faubourg neutre et confortable, se plaisent ceux qui vivent à Cabourg toute l'année." Je pinaille, mais pour l'avoir pratiquée trois longues années, j'affirme que Cabourg n'a qu'une rue animée et un hôtel de luxe, et que les cabourgeais à l'année vivent aussi beaucoup dans ce secteur.

Enfin là n'est pas du tout le propos de ce livre, que j'ai trouvé au final fortement orienté : c'est une Normandie sinistrée et laide, des gens diminués qui sont présentés. Je ne conteste absolument pas la réalité de la situation sociale décrite, c'est un témoignage parfaitement respectable; Florence Aubenas explique de plus très bien les grandes difficultés qu'elle a rencontrées quant à la réalisation des tâches qui lui étaient confiées, contrairement aux idées reçues faire le ménage est un métier très difficile; elle distille également quelques pâles lueurs de solidarité; je regrette par contre profondément les accents misérabilistes. Quelques exemples :

"Parfois, un rai de lumière troue la pluie et fait miroiter une traînée épaisse et noire, à l'horizon. On dirait du goudron. C'est la mer. Dans les villages, les boulangeries sont fléchées en anglais. Un aubergiste, qui propose également des uniformes militaires d'époque en location, me conseille de suivre la colonne de jeeps restaurées, remplies d'Américains octogénaires, qui partent en pélerinage vers la plage. "Vous allez jusqu'à l'hypermarché et, là, vous tournez juste après le char d'assaut couvert de bouquets de fleurs en plastique. Vous longez une sorte de reconstitution de camp militaire, vous passez la station-service. C'est cinq cent mètres plus loin.""

***

"Pour son départ, elle a décidé d'organiser un pot d'adieu. Autant le dire, la pratique n'est pas courante sur le quai. "Il faut déjà un certain niveau pour pouvoir se le permettre, c'est la classe, commente une collègue. Moi, j'en ai jamais vu, mais ma cousine qui travaille à la mairie m'a raconté.""

***

Tout le passage sur Madame Astrid, conseillère d'insertion au Pôle Emploi, avec laquelle elle parle littérature, et qui se termine par l'auteur préféré, que Madame Astrid trouve si... sensible, le tout amené à la truelle : Patrick Poivre d'Arvor.

***

"Deux jeunes hommes se saluent, dans une gaieté contagieuse.

"Salut Tony, je t'avais pas reconnu. T'as changé de coiffure ?"

L'autre crache un dentier dans sa main : "Non, c'est parce que j'avais mis mes dents pour sortir."

***

Au final, il ne m'a pas été possible d'accorder au fond du propos une attention objective, tant j'ai été irritée par la forme.

 

Ed. de l'Olivier, 2010, 270 p.

 

Crewkoos ne partage pas du tout ma vision, et voit au contraire dans ce livre un journalisme d'immersion poignant.

 

* Dans la même émission, il y avait Philippe Claudel (pour "Le paquet" dont Amanda a parlé hier) qui vit en Lorraine, région pas spécialement glamour non plus. Après lecture de ce livre je me suis dit que la différence était peut-être là : vivant au milieu de la difficulté, il la transcende en écrivant, il voit l"humanité derrière, tandis qu'une journaliste parisienne en traque les caractéristiques ?

 

 

01.03.2010

Ton sang ne saurait mentir - Patricia Tyrrell

tyrrell.jpgCate a été enlevée alors qu'elle était dans la tente de ses parents endormis, lors de vacances en camping. Elle avait trois ans. Depuis, chaque année, Les, le ravisseur, passe un coup de fil à la mère pour lui dire qu'elle va bien. Sauf que cette année, celle de ses quinze ans, elle ne va plus bien. Elle a tué un homme. Pourquoi, comment, à la page où je vous parle (197 sur 285) on ne le sait pas encore. Les pages restantes devraient nous en dire plus à ce sujet, puisque sans aucune vraisemblance la mère, auprès de laquelle Les a ramené Cate, est décidée à faire toute la lumière. Les voici en route pour l'Ouest, mais sans moi !

Au départ, je me suis dit que pas mal de choses sonnaient bien faux dans ce roman mais que j'allais passer au-dessus de ce désagréable petit sentiment de maladresse, parce que Cate est intéressante dans le genre enfant sauvage et que son statut justement, de petite fille élevée par un désiquilibré pouvait aisément expliquer ses raisonnements biaisés. De plus, il y a un ton assez plaisant, pas très affirmé, mais une ambiance un peu nature et un bon accent mis sur la psychologie. Un côté vieillot, aussi, plutôt charmant (l'auteur est né en 1929). Mais la pilule est de plus en plus grosse à avaler et là, franchement, le personnage de la mère me semble complètement tiré par les cheveux.

Pas tant dans ses réactions, d'ailleurs (qui peut dire comment on réagirait face à une situation aussi impossible ?) que dans son rythme. Bref, je referme tout ça, extérieure à cette petite famille dans la tourmente à qui l'auteur n'épargne décidément pas grand chose. Parfois, beaucoup c'est trop.

 

Ed. Actes Sud, 2010, 285 p.

Traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff

Titre original : The Reckoning

 

26.02.2010

Les amours de Lola - Amanda Eyre Ward

Connaissez-vous le Chicken Shit Bingo ? Si un soir vous passez par le Ginny's Little Longhorn d'Austin (Texas), vous pourrez peut-être eyre.jpgy "jouer" : sur un grand damier d'un mètre sur deux, divisé en cent carrés numérotés, on lâche un poulet vivant. Le gagnant est le joueur qui a le numéro correspondant au carré sur lequel il y a le plus de crottes de poulet. Funs, les ricains :/

Mais ça n'a rien à voir avec les douze nouvelles de ce recueil. Six indépendantes, et six qui déclinent l'histoire de Lola, à travers quelques moments forts de son existence, chronologiquement.

La vie de petites gens, vous, moi, devant quelqu'un qui se masturbe dans une bibliothèque, effrayée par la vie d'expatriés en Arabie Saoudite, s'inventant une vie idéale pour le coiffeur qui vous ment lui aussi comme un arracheur de dents, en veuve du 11 septembre, avec une petite fille de bientôt un an qui ne sourit pas, ne tient pas assise ni ne cherche à marcher, et croisant un neurologue à un barbecue... Chaque nouvelle est une petite histoire à part entière, on ressent un grand découragement, des filles qui voudraient bien, vraiment, vous savez, y arriver, juste avoir l'énergie de base, mais ça dérape, ça déborde du costume; rien de tapageur ni de tonitruant, juste la vie qui lamine les coeurs pourtant vaillants.

C'est simple, percutant, on ne quitte pas ces pages une fois ouvertes. C'est attachant et on en voudrait encore, encore !

 

Ed. Buchet Castel, 2010, 178 p.

Traduit de l'américain par Anne-Marie Carrière

 

Lu également par : Amanda (merci encore pour le prêt !),

25.02.2010

Derrière la porte - Marc Pirlet

pirlet.jpgUn immeuble, au deuxième étage une nouvelle locataire totalement mutique et juste au-dessus, notre narrateur. Son père est mort depuis quelques mois, il s'ennuie dans la vie, a toujours été solitaire et différent. Cette nouvelle locataire l'intrigue, il tente d'entrer en contact mais elle reste totalement murée dans son silence. Il fait alors la connaissance de son assistante sociale, qui lui demande son aide...

Ce très court roman m'a fait penser à ceux de Tatiana de Rosnay il y a quelques années, ou au Jugement de Léa de Laurence Tardieu. Intrigue plutôt classique, donc, et traitement minimaliste. C'est correctement fait, il y a un suspens latent qui nous fait tourner les pages, une justesse de ton qui rend la lecture sympathique. Et puis ? Ben pas grand-chose, en fait.

 

Ed. Luc Pire, 2010, 124 p.

24.02.2010

Le troisième acte - Glenn Patterson

"Je lui ai dit que par moments, aujourd'hui, j'avais eu l'impression de regarder ma vie défiler au lieu de la vivre, comme si j'avais laissé une porte ouverte entre deux façons de la poursuivre."patterson.jpg

Le narrateur est un industriel irlandais en voyage d'affaires au Japon. A Hiroshima, il rencontre Ike, de Belfast comme lui, et c'est la seule raison qui les fait se côtoyer. La dernière journée avant son départ, à travers cinq moments clés (pdj, déjeuner, réception, dîner et... troisième acte) on apprend à les connaître un tout petit mieux l'un et l'autre...

Le très chouette film "Lost in translation" est à un moment cité et le roman tient de ça, indubitablement. Mais il est surtout composé de moments forts, de scènes marquantes pour une raison ou pour une autre. Ike est un écrivain en perte de vitesse, à un moment il fait une lecture pour clôre son séminaire littéraire, et c'est un moment de grâce. On apprendra plus loin qu'il ne lui reste plus grand chose en dehors de ce fragile passage sur lequel il capitalise, quitte à désappointer ses lecteurs qui tentent de lire le reste. En quelques phrases, en une situation brossée, on a une impression de grande profondeur, c'est tout une vision des personnages qui prend telle ou telle direction, on refait le roman régulièrement, se disant ah bon ok, en fait c'est ça le truc, et on se fait balader. Le  chapitre final, d'ailleurs, nous fait revoir l'ensemble différemment...

Il y a beaucoup d'humour, le genre pince-sans-rire très efficace. Il y a en permanence des cassures, des ruptures de genre, qui paradoxalement accrochent bien le lecteur et créent un climat flirtant avec l'inquiétant.

Premier roman traduit en français pour Glenn Patterson, j'espère en lire d'autres !

 

Ed. Actes Sud, 2010, 221 p.

Traduit de l'anglais (Irlande) par Céline Schwaller

Un joli avis sur Le Monde.

23.02.2010

Hypothermie - Arnaldur Indridason

hypothermie.jpgUne jeune femme, Maria, se pend dans son chalet d'été au bord d'un lac. Son amie Karen refuse catégoriquement d'y croire, et remet à Erlendur une cassette contenant une séance avec un médium. Maria avait été très éprouvée par la mort de ses parents, voulait désespérement croire à un autre monde après la mort, et avait mis au point un accord avec sa mère : si quelque chose existait après la mort, c'est à travers l'oeuvre de Marcel Proust qu'elle devait se manifester. Et un matin, elle trouve "Du côté de chez Swann" ouvert sur le sol.

Erlendur n'est pas mandaté officiellement pour enquêter sur ce drame, c'est clairement un suicide. Mais quelque chose l'a remué dans l'écoute de la cassette, et s'il ne croit pas un instant qu'il existe quoi que ce soit après la mort, il connaît bien les méandres de l'esprit humain culpabilisé, son frère disparu est présent tous les jours dans ses pensées. (A ce propos, ça m'a frappée tout d'un coup, c'est exactement l'histoire du Capt'ain Jack dans Torchwood, cette perte culpabilisante du petit frère. Ça vient d'une tragédie classique ?) Et comme c'est calme niveau boulot, il cherche à mieux connaître l'histoire de Maria à travers ceux qui l'ont côtoyée, tout en reprenant le cas de deux disparitions antérieures jamais élucidées.

Hypothermie est un bon cru, on retrouve l'ambiance propre à Erlendur, ce côté "qui ne lâche jamais l'affaire" tout en étant harassé, cet homme pas tout à fait présent au monde, retranché dans une sorte d'impassibilité éreintée, qui transpire pourtant l'humanité. Je ne sais toujours pas pourquoi il me touche autant, mais le fait est : je l'aime.

Cet opus qui flirte avec l'occultisme est vraiment intéressant, quelques figures le traversent fugacement et impriment toute une marque, je n'oublierai pas ce vieux monsieur qui vient dire au-revoir à l'enquêteur qui n'a pas retrouvé son fils. Au-revoir et merci... Tout ça est fragile et grave. Une sorte de grâce triste. Vive Arnaldur Indridason.

 

Ed. Métailié, 2010, 296 p.

Traduit de l'islandais par Eric Boury

Titre original : Haroskafi

 

Lu également par : Cathulu (merci encore pour l'envoi !), Jean-Marc Laherrère, Essel, Hannibald le lecteur, Isa, Aifelle, Hecate, Aurore, Sophie, ...

21.02.2010

The Invisible Woman, The Story of Nelly Ternan and Charles Dickens - Claire Tomalin

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Dans la vie de Dickens, il y a eu une rencontre qui en aura complètement bouleversé la suite : Nelly Ternan. Actrice et fille d'acteurs, il a 55 ans lorsqu'elle entre dans sa vie, elle en a 18, l'âge d'une de ses filles. Elle est petite, fine, blonde, les yeux bleus, de beaux poumons, selon l'expression de l'époque. Il est un monstre sacré, une vedette en pleine gloire. Pour toutes les années qui suivent, leurs vies sont liées dans le secret le plus absolu, orchestré et couvert par la suite par les plus proches du grand homme.

Dickens est profondément amoureux, d'ailleurs pour la première et unique fois de sa vie il va passer 2 ans et demi sans écrire. Pour Nelly, c'est moins clair. A partir du peu de documents et paroles de témoins rapportées, on se fait une idée plus ou moins obscure de ses motivations. Elle avait perdu son père, était très certainement flattée et touchée d'être ainsi distinguée par Dickens. Ils auraient pu s'établir sans plus de culpabilité mais avaient tous deux un fort sens des convenances et Nelly n'était pas une cocotte.

"Other men close to Dickens seem to have managed their double lives with less stress. Collins acquired a second mistress in 1867, established her in London round the corner from his first establisment, and began a family with her; when Caroline objected and made a defiant marriage to someone else, he took it calmly and equally calmly welcomed her back into residence later, continuing to maitain his second growing family; both women were given simultaneous seaside holidays in adjacent resorts. The artist George Cruikshank also kept two households and two families round the corner from one another near Mornongton Crescent, and fathered ten children on his second "wife", Edith Archibold. William Frith, the popular painter who did Dickens's portrait in 1859, had a similar arrangement : his two establishments were also only ten minutes's walk apart, in the Paddington area, and portraits of both women appear in his famous painting of Paddington, The Railway Station. His marriage produced twelve children and lasted thirty-five years; his mistress Mary Alford bore him another seven children, and when his wife died he married her. There was something cosy and domestic about these arrangements; the women involved were not femmes fatales or cocottes - concepts for which the English were obliged to turn to the French - but confortable, everyday creatures who were grateful enough to have steady men to support them and their children, and modest about their own position and claims. A man, even if he was not a husband, was after all still the best available source of income for a woman.

The difficulty for Dickens was not only that he felt more vulnerable to discovery and comment, as one whose fame was pre-eminent and tied to a virtuous image which he had ferociously defended at the time of the separation from Catherine; he had also uttered assertions about Nelly, both to his family and to the world, which made the position more difficult than it might otherwise have been. The further problem was that he had picked the wrong sort of woman to be his second "wife". She was neither a modest girl of the people nor a grateful widow. If she had given up her professional ambitions, she still had social ones, and she was backed by an intelligent, aspiring and watchfull family. "

D'ailleurs après la mort de Dickens, elle va rebondir de façon très inattendue, en se mariant et en ayant deux enfants (à 40 ans !), s'inventant un passé et se rajeunissant de 14 ans.

Leur histoire a duré 12 ans (ou 14 ? Je ne sais plus exactement), il est vraisemblable, d'après différentes sources dont un agenda de Dickens rédigé sous code et les propres déclarations d'un fils de Dickens, qu'ils ont eu au moins un enfant, qui n'a pas vécu.

Claire Tomalin rédige ici une biographie passionnante à plus d'un titre. Elle passe un long moment à tenter d'expliquer l'état d'esprit de l'époque victorienne, la façon dont étaient considérées les actrices, la place qu'avait la femme dans la société. Elle embrasse toute la famille de Nelly, dont les soeurs peu banales sont aussi très intéressantes, les gens que côtoyaient nos deux héros, ce qu'induisait la célébrité de Dickens au quotidien, son proche entourage (et notamment sa belle-soeur Georgina). Elle a mené une enquête très pointilleuse, produit toutes sortes de documents et de photos, donne son sentiment basé sur les preuves tangibles et extrapolé à travers la façon dont elle a reconstitué Nelly. Dans son dernier chapitre, "Myths and Morals", elle revient sur les différentes hypothèses des biographes de Dickens et insiste encore sur la fragilité des jugements hors époque.

J'ai adoré cette biographie et ne regrette pas un seul instant d'en avoir tenté la lecture en anglais (elle n'a pas été traduite en français. What a shame.). J'ai maintenant hâte de reprendre la brique de Peter Ackroyd, pour voir la façon dont il aborde cette fin de vie de Dickens, qui était vraiment et incontestablement un être tout à fait à part.

Chesterton a eu cette phrase affreuse : "He died drunken with glory" : Après tout, si quelqu'un a un jour mérité la gloire, c'est bien Charlie.

 

Ed. Penguin Books, 1991 283 p.

20.02.2010

Isabelle Garna - Dérive

derive.jpgC'est une petite famille à mille autres semblable. Blaise est au chômage et multiplie les petits boulots, le dernier en date : manoeuvre sur un chantier, il n'aime pas du tout, c'est trop physique. Mireille est caissière chez Champion, elle a une aventure avec le fils des voisins, un jeune étudiant en médecine. Ils ont deux enfants, 6 et 8 ans. Chez eux, on tire le diable par la queue mais ce n'est pas non plus la franche misère. Mireille a des idées bien arrêtées sur la nutrition, elle est vigilante, cuisine équilibré, tient correctement sa maison et prend grand soin d'elle, mais tout ceci sans goût. Elle aime ses enfants mais manque de patience. En fait, c'est une famille qui manque de vie, paradoxalement. Ils sont éteints, indifférents les uns aux autres. Blaise boit trop et se repose entièrement sur Mireille pour avancer dans quelque domaine que ce soit. Situation qui convient bien au tempérament petit chef de cette dernière.

Un jour, Blaise trouve un travail qui lui plaît. Alors qu'il est en train de signer son contrat, sa future patronne glisse sur un jouet de son petit-fils et meurt accidentellement en tombant. Blaise panique, ce qu'on peut comprendre, ce qu'on comprend moins bien c'est qu'il kidnappe le petit-fils, à qui il a fait peur et qui est lui aussi tombé dans les escaliers. Pire, il le place, inconscient, dans le coffre de sa voiture. A partir de là, ce sont les quelques jours qui suivent qui sont déroulés, dans une atmosphère de malheur de plus en plus prononcée...

Épilogue affreusement cynique pour une histoire vraiment pas marrante ! Je n'ai pas aimé du tout l'ambiance de ce roman, en fait, et n'ayant vraiment pas compris le geste de Blaise j'ai eu du mal à le suivre par la suite. Je suis pourtant restée accrochée jusqu'au bout, curieuse de mieux connaître Mireille et compatissante à bien des égards. Un roman curieux et prenant, à sa manière.


Ed. Luc Pire, 2010, 289 p.

 

Un exemple d'atmosphère, la vision de la femme par un des personnages : "Et pourtant, elle existe sans plus aucun souci de plaire. Elle laisse ses cheveux devenir gris, sa taille s'empoter, sa bouche et ses yeux rétrécir, se plisser, tout son visage est devenu sec, cassant. Ses lunettes sont moches, son nez brille, sa poitrine pend et son cul n'arrête pas d'enfler. Mais le pire, ce sont ses pieds. Et ça depuis toujours. Elle n'a jamais pris soin de ses pieds."

15.02.2010

La Ferme des Neshov - Anne B. Ragde

On avait quitté toute la famille réunie pour l'enterrement de la mère. Après avoir noué ou renoué connaissance les uns avec les autres, ragde 2.jpgchacun est retourné à son propre quotidien, tout en maintenant un lien ténu. Tor et ses truies, Margido et ses cercueils, Erlend et Krumme dans leur Danemark, Torunn et sa clinique vétérinaire à Oslo. Et la vie avance...

Second volet de la saga des Neshov (après La Terre des mensonges), cet opus donne dans le pur divertissement. On suit le quotidien de chaque membre de la famille, ils ont leur lot de tristesse (voire de désespoir) mais c'est pourtant une certaine gaieté, une légèreté qui domine. On a toujours de grands passages sur les animaux, des liens familiaux timides, des solutions miracles qui déboulent comme par magie. On est clairement dans un registre sympathique, un peu à la Armistead Maupin, le froid et la neige en plus. Il se passe beaucoup de choses, ça bruisse, ça pleure, ça rit, ça tombe amoureuse, c'est un peu beaucoup, tout ça. En même temps ça fonctionne vraiment, on se souvient instantanément du premier volume, nos personnages existent pour leur lecteur.

La dernière page se ferme sur un épisode dramatique dont on voudrait la suite immédiatement ! Vivement le dernier volume de la trilogie :)


Ed. Balland, 2010, 380 p.

Traduit du norvégien par Jean Renaud

Titre original : Eremittkrepsene

14.02.2010

Les Lieux sombres - Gillian Flynn

 

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Libby Day a aujourd'hui une trentaine d'années, c'est une paumée totale. Elle a survécu au massacre de sa mère et ses soeurs quand elle avait 7 ans, mais n'est pas parvenue à se construire depuis. Persuadée qu'elle est un déchet, acculée par le manque d'argent, elle accepte pour un club très bizarre (genre killer club, des fans de meurtres non élucidés qui se réunissent pour en discuter) de mener des entretiens avec les protagonistes de l'époque encore en vie.

En alternance, des chapitres du jour J, moment par moment, et Libby de nos jours : on avance pas à pas en même temps qu'elle.

Ce roman est un véritable piège qui prend dès les premiers mots. Outre son intrigue impeccable qui nous fait jouer nous aussi au détective, on reçoit des petites lacérations au hasard d'une page, une façon de décrire un gamin ostracisé à l'école, une pensée de Libby "Mais c'était mon habitude : j'avais dans ma tête des conversations frénétiques, hargneuses, je me mettais en colère pour des choses qui ne s'étaient pas encore produites. Pas encore.", des petits morceaux de malheur pur qui viennent vous égratigner, vous rejoindre.

Je n'ai pas une seule réserve, c'est exactement le genre de roman que j'adore, j'ai tout avalé sans mâcher, suspendue aux pages et toute vibrante. Une bonne bousculade !


Ed. Sonatine, 2010, 483 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié

Titre orginal : Dark Places

 

Egalement lu par : Amanda, Pimprenelle, Stéphie, Mamzelle Lily, Emeraude, Biblio, That makes wonder, Madame Charlotte, ...