30.11.2008

Le mari de la traductrice - Mary Gordon

"C'est cela l'aveuglement : une réalité que tout le monde voit, sauf vous."gordon.jpg

 

Cathulu a raison quand elle évoque le sentiment d'imposture en tant que fil conducteur de ces vingt-deux nouvelles. Mais au contraire de Belinda Cannone dans son excellent essai sur le sujet, Mary Gordon le décline ici dans sur un mode fluctuant, passant du poignant au léger, de l'humour au plus tragique.

Il est beaucoup question de femmes (mais pas que), qui souvent ont un brave comportement et une apparence de normalité, mais dont le raisonnement est entièrement faussé par un gouffre, une faille béante qui peu à peu obscurcit leur vie.

Par exemple "Séparation", qui dresse en quelques pages le portrait troublant d'une maman incapable de se détacher de son petit garçon. Troublant, parce que l'ambiguité y est parfaitement rendue, elle aimerait le bonheur de son fils mais ne peux physiquement endurer qu'il puisse l'oublier ne serait-ce que le temps de s'amuser avec un jouet. Ces pensées sont dans sa tête, elle essaye de se conformer à la réalité, de se faire aider par une assistante sociale, la maîtresse, mais elle exsude tant ce terrible besoin que le petit bout de chou l'entend et y répond... Au détriment, assurément, de toute autonomie.

Ou aussi "On l'appelait bébé", où une jeune émigrée irlandaise mesure ce qui la sépare de ses nouvelles copines américaines; rarement vu mots plus justes pour décliner sobrement les universels sentiments de honte totale et absolue.

Ou encore cette petite fille dans "Nettoyage" qui, placée momentanément dans une famille pour cause de mère psychotique, se rend compte qu'elle ne sait pas comment prendre une douche et n'osera jamais en demander les modalités...

Beaucoup de rancoeurs jamais exprimées dans ces histoires, de celles qui sapent et minent et se révèlent immanquablement destructrices. Mais également une douceur prégnante, une subtile sensation d'étrangeté et une fragilité qui touchent terriblement.

 

Ed. Quai Voltaire, novembre 2008, 408 p., 22 €

Traduit de l'anglais (USA) par Lisa Rosenbaum

 

* Et Balbec, donc, a été calqué sur Cabourg, et non sur Trouville comme indiqué dans "Ma grand-mère du côté de chez Proust"

28.11.2008

Madame Zola - Evelyne Bloch-Dano

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Magnifique biographie d'une femme exceptionnelle, "Madame Zola" d'Evelyne Bloch-Dano a reçu le Grand Prix des lectrices Elle (catégorie Documents) en 1998. Si le genre "Biographie" vous rebute habituellement, je peux certifier que celle-ci se lit comme un roman, avec une habile construction, que la plume d'EBD est rien moins que passionnante, et que l'on s'attache beaucoup à Madame Alexandrine Zola.

L'amour qu'elle portait à Emile Zola ne faiblira jamais, du jour de leur rencontre, pendant leur 38 ans de vie commune, et jusqu'à sa propre mort en 1925 (elle lui aura survécu 23 ans).

En 1864, elle est une grisette sans le sou, sans éducation, se faisant appeler Gabrielle, et ne doit sa rencontre avec Emile qu'à son statut de modèle pour les Impressionnistes. Lui, d'un meilleur milieu mais famille ruinée, après avoir vécu une vraie misère "le 1er mars 1862, il entre comme employé au service des expéditions chez Hachette. Il ne végète pas longtemps dans cet emploi, et devient vite chef de la publicité. L'horizon se découvre : sa nouvelle fonction lui permet de rencontrer, par la petite porte, des écrivains connus. Il se fait des relations dans la presse, et surtout, il reprend confiance en lui et en l'avenir. Dès l'année suivante, il parvient à placer quelques articles. Il est au tout début de sa carrière. En mars 1864, quand Gabrielle le rencontre, il n'a encore rien publié, à part quelques articles, et travaille à son recueil Contes à Ninon, en attendant une gloire litttéraire dont il ne doute pas."

Il est myope, réservé et timide en public; elle est "peuple", pulpeuse, assurée, vaillante. Il est fasciné, elle est frappée par son mélange de douceur et de force.

"Comme Gabrielle qui a perdu sa mère, et à peu près au même âge, il a perdu son père. Comme elle, il a connu la grande pauvreté et l'humiliation. Il a dû travailler jeune pour gagner sa vie. Ils ont le même besoin de revanche sur l'existence, le même appétit de vivre, les mêmes tendances à l'hypocondrie, la même obsession de la mort. Les ressemblances s'arrêtent là. Indéniablement, leur milieu d'origine, leur culture, leurs expériences, leur caractère, et leur dons sont différents. Autrement dit, ils ont assez de points communs pour se comprendre, et de dissemblances pour s'aimer."

Elle devient immédiatement et pour toujours l'admiratrice absolue du talent de son mari. Très vite, il se consacre entièrement à l'écriture (et quel bourreau de travail !), et elle gère absolument tout le reste. Le 31 mai 1870, le couple se légitimise, et Gabrielle devient Alexandrine Zola. (Dans l'intimité, les petits noms sont Madame Canard pour la mère de Zola, Alexandrine est Coco, et Emile, Mimi.)

Le couple s'embourgeoise (sans aucune connotation péjorative à l'époque), s'établit, donne un jour de réception (le jeudi), a une bande d'amis. Alexandrine a du caractère : "Les mauvais coups, Alexandrine ne les oublie jamais. Fidèle aux êtres, entière dans ses amours et ses haines, elle a un compte trop lourd à régler avec son propre passé pour y vagabonder en toute liberté. Elle préfère aller de l'avant, curieuse, avide de découvertes, de rencontres, de nouveauté. Elle manifeste une double disposition, apparemment paradoxale, à l'attachement et à la rupture. D'une générosité inépuisable à l'égard de ceux qu'elle aime, elle attend en retour cette reconnaissance qui lui est si nécessaire pour vivre. Est-elle déçue, qu'elle n'a pas de mots assez durs pour ceux qui ont trahi cette confiance. Elle ne peut aimer qu'un homme à qui elle voue une admiration sans bornes. De telles femmes peuvent être querelleuses, violentes, critiques, mais leur amour est inconditionnel. Elles sont le meilleur appui des créateurs parce qu'elles les soutiennent sans rivaliser avec eux. Elles sont, quoi qu'il arrive, de leur côté. Madame Zola ne fut pas pour autant une femme de l'ombre, contrairement aux jugements hâtifs prononcés çà et là. Les proches de Zola ne s'y trompaient pas, et s'ils reconnaissaient ses qualités de maîtresse de maison, ils ne la réduisaient pas au rôle d'intendante ou de cuisinière. Alexandrine est une compagne au sens plein du terme. Sa vigilance, sa méfiance, sa volonté, son esprit pratique, son sens des réalités, son humour, sa vitalité, son énergie tissent autour de l'écrivain un filet protecteur d'une extraordinaire solidité."

Puis arrive la gloire, l'argent, la vie heureuse, de belles années pleines de rire et de bonheur (et toujours, de travail. En 6 ans, par exemple, de 1871 à 1877, il publie 7 romans, 3 pièces de théâtre, 3 adaptations, une multitude d'article, et un recueil de nouvelles. Nulla dies sine linea.)

Mais en 1888, coup de tonnerre, Emile Zola tombe amoureux. Petite crise de la cinquantaine, il entreprend un régime (ils sont terriblement gourmands tous les deux) pendant qu'elle prend 6 kg. Elle se voile la face, la relation tranquille qu'est devenu leur couple semble lui convenir mieux qu'à lui. Il fera deux enfants à Jeanne. Alexandrine l'apprend par une lettre anonyme plus de 3 ans après, c'est terrible. Elle ne lui pardonnera jamais. (Elle a dû abandonner sa petite fille de père inconnu en 1859, et n'aura plus jamais d'autre enfant).

Pourtant, après la mort de Zola, elle se rapprochera beaucoup de Jeanne et des enfants, assurera avec un mépris tranquille des conventions leur avenir (Zola n'ayant pris aucune disposition écrite); cela sans faire preuve d'ailleurs d'une grandeur d'âme particulière, elle s'attache véritablement à ces enfants, y trouvant une manière encore de se rendre utile, de servir son amour pour Zola.

Mais Grande par l'âme, elle l'est, assurément. Pendant l'affaire Dreyfus, elle est non seulement un soutien mais encore une partie vaillante, active,  et vraiment courageuse :

"A Médan où ils sont depuis le début du mois d'avril, on leur jette des ordures par-dessus les murs; on les insulte; un groupe de soldats leur lance des pierres. A Verneuil, où Zola loue une maison de vacances pour Jeanne, des seaux d'eau sale sont déversés sur le passage des enfants à bicyclette. Tous reçoivent des menaces de mort. Les journaux catholiques, et en particulier La Croix des assomptionnistes, se déchaînent. Dans les milieux bien pensants, Zola devient synonyme d'immondice. François Mauriac raconte que dans sa famille, on appelait le pot de chambre un "Zola"."

Et cahin-caha, le couple plie mais ne rompt pas. Que c'est émouvant cette lettre d'Alexandrine, le 23 mars (son anniversaire), après 35 ans de vie commune :

"(...) Toujours, c'est un terrible point d'interrogation que tu m'avais autrefois promis de m'expliquer un jour, et lorsque je sens en toi un peu d'effusion, je crois toujours que je vais enfin savoir pourquoi et d'où vient ma souffrance et c'est une double déception de ne pas pouvoir m'en rendre compte; et je ne comprends pas que toi-même tu ne te sentes pas le besoin de parler et de m'apprendre comment il se peut faire que tu aies gardé cette tendresse pour moi et qui me paraît simplement faite de pitié. Je ne peux pas m'entrer dans la tête que l'affection que tu as choisie n'emporte pas radicalement toute celle que tu me disais toujours avoir pour moi. Je sais et je sens que j'ai tort de te parler avec tant de franchise, mais que veux-tu, j'ai soixante ans aujourd'hui, il me serait bien difficile de changer."

Zola meurt en septembre 1902, intoxiqué par les vapeurs d'oxyde de carbone de sa cheminée, sans que l'on sache encore aujourd'hui avec certitude si ce fut un accident ou un attentat. Elle lui survivra dans la douleur le temps de mener les enfants à l'âge adulte avec Jeanne, de s'occuper avec ténacité des livres de son mari, de voir ses cendres entrer au Panthéon, et de se montrer encore très active en tant que bénévole pendant la guerre de 14.

Le 26 avril 1925, une attaque cérébrale la terrasse. Les derniers mots de son amie Geneviève Béranger accompagnent ses obsèques :

"Cette parisienne de Paris, qui sentit battre en elle un coeur ardent et une énergie indomptable, passa sa vie à se discipliner. Son enthousiasme pour les idées était sans bornes. Elle aimait et elle n'aimait pas, tout cela bravement et sainement, mais jamais d'une façon banale et quelconque."

Quel beau portrait, et quelle femme !Alexandrine-Zola.jpg

 

Ed Grasset, 1997, 360 p. 22,30 € & Le Livre de Poche, 2002, 7,50 €

 

 

 

27.11.2008

Tout le monde ment - Thierry Lentz

Lentz.jpg"Presque cinquante ans et être aussi con, ça n'avait pas de bon sens !"

 

En guise de prolégomènes (me plait beaucoup ce nouveau mot appris dans ce roman), il faut savoir que Thierry Lentz est un historien spécialiste de Napoléon qui a déjà abondamment publié sur le sujet. Il signe ici son premier roman, sur un sujet très contemporain (mais énormément déjà vu) et je me demande pourquoi, la raison de cette démarche ? Il y a un grand écart entre Nouvelle Histoire du premier empire, par exemple, et le contenu de ce roman, que j'ai dévoré.

Un couple heureux, 46 ans, un fiston de 12 ans, un bon boulot, tout bien. Monsieur flashe sur une jeune collège de 18 ans sa cadette. Il plonge corps et âme dans cette nouvelle histoire, balayant sans une seule pensée Madame et Fiston. Il ne leur veut aucun mal, c'est juste qu'ils n'existent plus, ne sont plus dans sa vie. Jeunette est à problèmes (très représentative des trentenaires), leur histoire ne cesse de cahoter, et par bribes chacun des trois nous livre ses réflexions profondes. Tout cela finira mal, très mal, il arrive de plus belles issues, qu'on se rassure.

Alors l'histoire, je l'ai dit, est somme toute banale. Le ton n'est pas intime, qui chercherait à combler son voyeurisme en serait pour ses frais. Qu'est-ce qui fait donc que l'on soit aussi captivé ? Je dirais le talent, tout simplement. Chaque personnage se pose d'entrée, prend sa place et existe avec une grande intensité. Que l'on se reconnaisse ou pas dans les petits et grands moments qui sont déroulés, il s'établit un acquiescement, oui, c'est comme ça que ça se passe, oui, ça c'est vraiment con mais ça existe, oui, tout ça fait vraiment mal et le temps qui passe n'apaise pas, ou en tout cas pas assez vite.

Et puis la distance qu'a su créer l'auteur avec son propos est très éclairante, une pudeur dans la manière de dire les choses que j'ai toujours trouvée beaucoup plus efficace que le déballage de tripes.

Un premier roman qui donne clairement envie qu'il y en ait d'autres !

 

Ed. Fayard, Octobre 2008, 191 p., 17 €

26.11.2008

Le Livreur - Philippe Langenieux-Villard

langenieux-villard.jpg"Un livreur, expliquait-il, c'est celui qui écrit des livres et c'est un métier à plein temps."

 

Un éditeur revient sur sa relation avec son écrivain phare, maintenant qu'il a disparu. Bernard Melville est entré dans sa vie en faisant le siège de sa maison d'édition, en demande d'un entretien. De guerre lasse, il l'a obtenu, et ce fut le départ d'un succès mirifique, de longues années de collaboration fructueuse et hors-norme : cet écrivain n'est pas comme les autres, ou peut-être est-il au contraire extrêmement représentatif. Mais il a la pureté, la fibre artistique, l'originalité. Et puis un jour il a cessé d'écrire, et a disparu, tout simplement. L'éditeur ne peut en rester là, mais il manque parfois de réactivité...

Je m'y suis prise en deux fois pour venir à bout de ce premier roman de Philippe Langenieux-Villard. Glané dans la caverne aux SP de Corinne (reviens, Co !!) cet été, mon premier essai ne m'avait pas menée bien loin. Pourtant, quelque chose m'incitait à retenter, et je ne le regrette pas.

Ce qui ne fonctionne pas pour moi, c'est que ce Bernard Melville ne me séduit pas, le sujet de ses livres non plus, sa personnalité me déplait, même. Par contre, les rouages décrits sont passionnants, la réflexion de fond sur l'écriture, le succès, la création fait mouche.

Et puis j'aime les petites phrases toutes simples, par exemple, une journaliste depuis le début farouchement négative à l'encontre de l'oeuvre de Bernard Melville, fait soudain le silence à propos de son dernier ouvrage. Il en pense : "J'ai dû parler d'un sujet qu'elle connaît avec les mots qu'elle ressent"...

Ou encore l'éditeur, à propos du net : "... il faudra assez vite que nous acceptions une fois pour toutes cette réalité : la bataille entre l'écran et l'écrit n'existe pas car le développement de l'un favorise l'accès à l'autre... Ce qui importe, c'est de provoquer l'appétit de connaissance et d'offrir les moyens d'y accéder le plus simplement possible. Tout autre débat est rétrograde."

Amen !

 

Ed. Héloïse d'Ormesson, 2007, 139 p., 15 €

(J'aime beaucoup la couverture !)

25.11.2008

Le désespoir des singes... et autres bagatelles - Françoise Hardy

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"Force est de reconnaître que plus les amours sont impossibles, plus elles s'exacerbent et entretiennent l'illusion que l'être sur lequel nous avons cristallisé nos manques et nos espoirs est le seul aimable au monde, le seul qu'on aimera jamais. La souffrance qui en résulte est pourtant bien réelle et peut détruire autant que dynamiser. Bien qu'elle ait été de loin ma principale source d'inspiration, je me suis souvent demandé s'il n'aurait pas mieux valu que je sois assez équilibrée pour me porter au-devant de partenaires épanouissants, plutôt que passer ma vie à compenser des frustrations aussi dérisoires que les miennes en faisant des chansons. Il m'arrive de me dire aussi qu'il valait mieux me morfondre seule avec ma guitare et des idéalisations sans doute aussi proches de moi qu'éloignées de leur objet, qu'aller au bout d'une attirance qui n'aurait pas résisté longtemps à l'épreuve de la réalité, au prix parfois d'un terrible gâchis. Mais on ne peut pas lutter contre l'inconscient qui nous dirige obstinément, avec la précision du radar le plus sophistiqué, vers l'être dont les failles sont suffisamment complémentaires des nôtres afin d'actualiser la problématique dont nous sommes prisonniers, jusqu'à ce que, à force d'échecs et de douleurs, nous finissions par la percevoir avec assez de lucidité pour tenter de nous en dégager."

Vous l'aurez compris à la lecture de cet extrait, Françoise Hardy témoigne dans son autobiographie d'un important travail sur elle-même. Déroulant dans un ordre plus ou moins chronologique les moments importants de sa vie, elle les entoure de nombreuses réflexions (sur lesquelles j'ai été assez régulièrement en désaccord, dans le sens où nos centres d'intérêts correspondent peu). Il s'en dégage une belle franchise, tout autant qu'une puissante mélancolie (voir une vraie tristesse). J'ai été touchée à de nombreuses reprises, le récit de sa relation avec Jacques Dutronc est aussi pudique que déconcertant, et en quelque sorte exemplaire de ce qui touche forcément à un moment ou un autre tous les couples qui s'installent dans la durée.

L'écriture est très agréable, fluide, travaillée malgré tout, on a envie de le lire d'une traite. Il y a un mélange d'humilité et d'égo qui prend parfois le dessus qui est très séduisant. J'ai aimé également ses petits tacles au passage, amicaux envers Sylvie Vartan par exemple, plus définitifs avec d'autres (je trouve ça sain, féminin).  J'ai noté quelques livres dont elle a su parler avec un petit quelque chose, quelques chansons que je veux absolument écouter aussi. Elle est née en 1944, 64 ans c'est encore bien jeune pour une conclusion (un peu hâtive, trop courte) aussi axée sur l'âge et sa cohorte de petits et grands désagréments, je trouve.

Et je referme ce joli livre, qui m'aura permis de découvrir une artiste à laquelle je n'avais pas été vraiment sensible jusqu'alors, en écoutant "Message personnel", qui est définitivement une superbe chanson.

 

Ed. Robert Laffont, 2008, 390 p., 21 €

24.11.2008

D'eau et de feu - Richard Doyle

Pour lire ce roman, il faut impérativement apprécier trois choses : le genre "Catastrophe", les explications techniques, l'Angoisse.doyle.jpg

Une tempête qui, contre toute prévision, ne cesse de monter en puissance menace Londres. Les mesures prises après la grande inondation de 1953 ne feront pas le poids. Les autorités compétentes tergiversent, hésitant à prendre des mesures d'urgence et d'évacuation en cette période d'avant Noël. Le crash d'un supertanker entraîne un incendie monstrueux, alimenté par la force des vents et bientôt, trop tôt, ce sont deux marées qui dévastent tout sur leur passage : l'eau et le feu.

Comme dans les vieux films catastrophes américains, nous chopons ça et là quelques individus dont nous suivons les dramatiques destins, tandis que la fin d'un monde se déroule avec une horrible inéluctabilité...

L'écriture est froide et technique, à la manière des docu-fictions on prend note des réflexions et témoignages de quelques rares qui s'en sortiront, des scènes se marquent au fer rouge dans la mémoire (celle des ascenseurs m'a fait un effet dévasteur). C'est factuel, factuel, factuel, et ça ne se termine absolument pas bien, le contraire eût été ridicule.

Prévoir encore une fois quelques nuits agitées, et le risque de regarder d'un sale oeil tous les petits coups de vents quand vous habitez au bord de la mer...

 

Ed. Calmann-Levy, 2004 & Le livre de Poche 2008, 663 p., 7,50 €

Traduit de l'anglais par Willima Olivier Desmond

Titre original : Flood

23.11.2008

Traficoter ses photos

Photofunia. est un site rigolo pour bidouiller vos photos...

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Il existe tout un tas d'autres possibilités !
Fun, assurément.

(Site gratuit et article non sponsorisé)

 

 

22.11.2008

Du zef et des embruns

21 et 22 novembre 2008 cabourg 001.JPG

Hier soir, je trouvais le coucher de soleil intéressant, en rapport avec ce que je suis en train de lire (et dont je vous parlerai bientôt), j'y voyais une ligne d'incendie apocalyptique... Je n'ai pas extrêmement bien dormi, je dois dire :-D

21 et 22 novembre 2008 cabourg 006.JPG

Ce matin, la mer est encore coléreuse mais me semble plus amicale; elle s'ennuie, je crois. Pas un ciré à l'horizon, la digue est désertée.

 

21.11.2008

Le livre qu'il ne faut surtout, surtout, surtout pas lire ! Sophie Laroche

"Que voulez-vous, c'est cela, la lecture. Des histoires d'amour, d'amitié. Un courant qui passe."laroche.gif

Le livre de Marc Norenêt vient de paraître, et c'est le succès du siècle. De 7 à 107 ans, tout le monde le lit, et pire, le relit inlassablement. C'est bien simple, on voit partout des gens en train de le lire, les autres loisirs sont abandonnés. (Enfin, pas tout à fait. Dans un village breton, une école d'irréductibles allergiques à la lecture résiste...). Max aussi résiste. Lui, il lit avec les oreilles. C'est à dire que les mots ne s'animent et ne prennent sens que quand c'est Madame Coquelicot (une veille dame qui s'occupe de la bibliothèque de l'école) qui lit à voix haute. Et comme Marc Norenêt interdit qu'on lise son livre à haute voix (et pour cause !! Vous verrez....), il est bientôt le seul dans toute l'école à vouloir encore jouer à la récré.

Passé les premiers moments d'agacement (il assiste à cet engouement stoïquement de Janvier au printemps, quand même !), il réalise que tout ceci n'est pas normal, que ce livre est en quelque sorte envoûté, et maléfique, assurément, puisqu'il a perdu tous ses copains.

Heureusement, il y a Hortense, celle qui a sauté une classe, l'intello toujours en train de lire. C'est fou mais ce n'est pas le livre de Marc Norenêt qu'elle lit, elle l'a déjà lu (et adoré) mais elle est passé à un autre. Comment a-t-elle fait ? Que pense-t-elle de la situation ? Et que peuvent faire deux enfants pour s'opposer à une situation qui les dépasse ?...

J'ai complètement craqué pour ce troisième roman de Sophie Laroche que je lis (le premier qu'elle ait écrit), c'est un grand coup de coeur ! Au premier degré, pour les enfants de 9 à 12 ans auxquels il est destiné, c'est une histoire géniale avec de l'aventure, des complots, de l'amitié, des plans ingénieux et beaucoup de suspens. Pour les amoureux des livres de tout âge, c'est une mine de petits passages qui parlent directement de la lecture et du rapport du lecteur aux livres, c'est rempli de malice et il s'en dégage un grand naturel, une simplicité joyeuse, une proximité respectueuse qui sont épatants.

Voilà, tout bonnement épatant. Je ne comprends même pas ne pas en avoir entendu parler plus tôt !

 

Ed. [Mic_Mac], Collection Même pas peur, 2007, 163 p., 9,50 €

20.11.2008

Recette pour une réception de swap "organisée"

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D'abord, prendre en main le colis en ne sautant pas sur place, sans cris de joie ni piaillements de contentement, non. Devant la personne qui vous remet l'objet, tout au plus s'autoriser un sourire discret tout en remerciant poliment. Prendre l'ascenseur et traverser le couloir sans arracher la petite bande qui permet d'ouvrir d'un coup la boite, entrer et ouvrir le reste du courrier d'abord. Prendre son appareil photo et ignorer les conseils de l'Homme qui n'est même pas encore douché, d'abord.

Sortir délicatement les différents cadeaux sans tenter de deviner au toucher et au poids ce que ça peut bien être, les disposer en forme de visage souriant avec une frange et un clin d'oeil (si, c'est très reconnaissable !) et ignorer encore l'Homme qui vous dit de déplacer ça correctement sous la lumière, non, pas comme ça, tiens donne-moi l'appareil (c'est l'heure de te doucher, tu sais).

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Suivre les conseils soigneusement manuscrits par une main amie (sous le regard extrêmement sérieux et concerné de Colin), et commencer par déballer les cadeaux Kulturels. Se réjouir de n'avoir pas encore lu les livres (very appétissants !!), de retrouver Jude et de découvrir Matthew dans un film qu'on voulait, voulait, voulait ! Noter au passage que la demoiselle est bavarde, et adorer ça. (Non, je n'ouvre pas le reste avant d'avoir tout lu, tu vas être en retard, tu sais)
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Arracher le reste des jolis papiers cadeaux frénétiquement et éclater de rire devant la sexytude merveilleusement adaptée à mes désirs de MA serviette Hughinou et du sourire de MON Tominou, avec MON nom derrière. Ignorer l'Homme qui déplore que personne n'ait eu l'idée d'envoyer un cadeau destiné à améliorer la sexytude du seul Homme qui vaille, celui de sa VRAIE vie. (C'est officiel, tu es en retard maintenant.)
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Constater que Colin aime les rondeurs, puisqu'il n'a aucunement l'air de désapprouver les 3 merveilleux chocolats blancs (arrivés en un seul morceau, oui ;o) : aux éclats de caramel, au léger nappage de chocolat au lait, et à la nougatine. Slurp !!) (à l'heure où j'écris ceci c'est presque déjà un souvenir...) et la confiture de poire épicée. (Non, on ne goûte pas tout de suite. Au revoir, l'Homme.)
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Contempler tout cela et ne pas savoir comment remercier correctement Erzébeth qui vous a fait un plaisir fou, (d'autant que très franchement mon questionnaire était plutôt vide d'indications ;o) et Fashion qui a organisé ce swap aux petits oignons, sans laisser le hasard desservir personne ;o).


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Qui a dit que Novembre était un mois tristoune ?

 

Le Haut-lieu et autres espaces inhabitables - Serge Lehman

lehman.jpg"Ca va vous paraître arbitraire mais je vous assure que ce n'est pas le cas. J'ai subi cette préparation moi-même et j'ai pu constater son efficacité. Vous allez dessiner des cercles, monsieur Beck. A main levée. Au début, vous allez tâtonner un peu mais quand vous aurez atteint votre vitesse de croisière, vous en ferez à peu près huit cents par jour. Tous les stagiaires y parviennent. Quand vos cercles seront parfaits, quand vous comprendrez pourquoi ils le sont, ce sera le signe que vous avez reconfiguré votre système nerveux et que vous êtes prêt à accepter la nouvelle réalité. En général, ça arrive le sixième jour."

Ainsi parle celui qui accueille Beck à la Maison des Cigognes, un lundi matin alors qu'il pleut. Chroniqueur télé, il vient y faire un stage, s'ouvrir à la nouvelle réalité. Avec lui, nous progressons pas à pas dans une sorte de manipulation gigantesque, avec un épilogue vraiment très fort, vertigineux, une nouvelle réalité... (Origami)

Dans ce recueil, on trouve une novellas, une vignette et quatre nouvelles. J'en ai aimé 3 sur 6, ce qui fait une moyenne ! Origami, donc, ma préférée, mais aussi la novellas, Le Haut-lieu, où un homme et une femme se retrouvent coincés dans un appartement qui se calcifie sous leurs yeux : là où étaient les pièces se matérialisent des trompe-l'oeil les imitant à la perfection; la progression est lente, mais inéluctable, et malgré la possibilité de communiquer avec l'extérieur, l'appartement est plus fort qu'eux....

Excellent aussi est Le gouffre aux chimères, qui donne une version inédite de la création artistique. Une réification par et dans les livres, une nouvelle que tout écrivain devrait lire !

Je suis moins fan du reste, mais pour ces trois très bons moments, ça valait la peine :-D

 

Ed. Denoël, collection Lunes d'encre, Octobre 2008, 238 p., 18 €

 

 

19.11.2008

Power play - Joseph Finder

finder.jpgCommencé mollement, je me suis vite prise au jeu et ai succombé à l'urgence impérieuse de tourner les pages : c'est que le déroulement de cette intrigue est surprenant !

Au départ, on rencontre Jake Landry, qui occupe un poste un peu lambda dans une grosse boite d'aéronautique. Son boss étant occupé par un gros contrat, il est convié à un séminaire de cohésion d'équipe avec les gros bonnets, qui se déroule sur une petite île isolée. Là-bas, la situation va totalement déraper, et très vite, on ne sait plus du tout qui est fiable et qui est impliqué dans la sanglante et violent prise d'otage qui se déroule...

Petit à petit, et alors qu'on a du mal à tourner les pages avec nos doigts sanguinolents (ce ne sont plus les ongles que je ronge, je n'en ai plus du tout, mais les petites peaux autour), Jake nous révèle en flash-back des bribes de son passé, qui nous le montrent sous un tout autre jour...

Super efficace, haletant, carré, nickel. La prose en elle-même n'a rien de remarquable (ni de vraiment personnel, au contraire d'un Hardsat par exemple), mais elle sait brillamment nous mener par le bout du nez, et personnellement, j'apprécie !

 

Ed. Albin Michel, 2008, 406 p., 21,50 €

Traduit de l'américain par Marina Boraso

 

 

18.11.2008

Les âmes vagabondes - Stephenie Meyer

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Vous souvenez-vous de la kitchissime série "V" ? Moi très bien, faut dire qu'elle a fait les délices de mes samedis après-midi à l'époque (antédiluvienne) où tout ce que j'avais trouvé comme boulot était un poste de "polyvalente" chez Ibis. Autrement dit "bouche-trou", et le samedi était pas mal dans le genre : je remplaçais une réceptionniste, en coupure. C'est à dire que je bossais de 7 h à 14 h, puis de 19 (18 si je voulais manger) à 22 h 30. En même temps c'était la meilleure journée, parce que le dimanche j'étais en salle (l'horreur !) avec plus ou moins les mêmes horaires, et 3 jours dans la semaine de 18 h à 21 h au bar. Ca ne remplissait pas mon frigo, loin s'en faut. Le pire c'était que ça se passait dans le 93, et si je ne voulais pas rentrer chez moi pendant la coupure (trop loin), j'avais le choix entre Bobigny 2 (y faire du lèche-vitrine équivalait à se pendre dans le noir avec un revolver et des tranquillisants en nombre) ou Rosny 2 (y faire du shopping équivalait à m'endetter sur 30 ans). Donc je mettais un poste de télé dans une salle de réunion libre et je regrettais le temps de Bernard Golay. Jusqu'à ce qu'une chaîne rediffuse "V". J'étais à fond dedans.

Tout ça pour dire que les lézards qui envahissent la terre en prenant possession du corps des gens, je suis POUR (dans la fiction). Je suis d'ailleurs incollable sur le sujet depuis que je suis tombée amoureuse de Jack O'Neill dans Stargate SG1, même si Teal'c n'avait pas du tout mes faveurs (tous ces muscles, pouah !).

Mais va-t-elle enfin nous parler du roman ? Vous demandez-vous légitimement. bah, pourquoi, quand d'autres l'ont fait si brillamment. J'en veux pour preuve les excellents billets de Sandrine, Clarabel, et Franscesca, qui vous donneront tous les détails nécessaires, avec des nuances d'appréciation qui vous obligeront à vous faire votre propre avis, si d'aventure vous étiez tenté(e)s.

Pour ma part, j'ai passé des heures délicieuses dans ces 600 pages, bercée par le subtil talent de conteuse de Miss Meyer. J'ai largement préféré cet univers à celui de la série Twilight (dont je n'ai lu que le 1er tome). Pas vraiment que je le trouve plus mature, je pense que ça s'adresse encore parfaitement aux ados, mais c'est vraiment maîtrisé et l'univers proposé est plus que crédible; oui, ça tient debout, bien droit même, même si on peut s'agacer encore de l'héroïne incolore. (Gaby est quand même la reine des "je m'écrase et je me fais toute petite").

Ce qui se démarque le plus fortement, à mon sens (et mon sens n'est pas forcément bon), c'est la subtilité avec laquelle les deux visions de l'humanité s'imbriquent et se repoussent. Le monde Humain apparaît à l'allien comme terriblement séduisant, personne dans l'univers n'a notre capacité à ressentir. Nos émotions sont fortes et colorées, un truc de dingue pour une bestiole qui a passé des siècles dans une plante. Mais son peuple colonisateur est pur, pacifique, incapable de mensonge et oeuvrant pour une sorte de communisme parfait.

Oui, bien plus que l'histoire d'amour qui paradoxalement m'est apparue comme secondaire, ce roman est de la très bonne science-fiction, de celles qui remettent en perspective notre société sans recourir au manichéisme primaire, nous les bons eux les vilains méchants.

Et puis quel suspens ! L'épilogue, à partir des pages autour de 500, m'a profondément intriguée : quelle pouvait bien être la solution que Gaby envisageait ? Malgré une longue pause et bien de la réflexion, je ne voyais pas... Mais bon évidemment si des éléments ne nous avaient pas été révélés... ;o)

Grand merci à Cathulu pour l'envoi !

 

Ed. JC Lattès, 2008, 617 p., 20,50 €

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Dominique Defert

Titre original : The Host

 

 

17.11.2008

4 jours avant Noël - Donald Harstad

"Dépassés par l'ampleur potentielle de l'évènement"harstad 2.jpg

 

Dans l'ambiance immédiatement : nous prenons en cours le shérif Carl Houseman alors qu'il est assiégé dans une grange. Avec Sally, la standardiste émérite, Hester, de la crim, et un certain Georges, qu'on ne connaît pas encore. Hester est blessée et on pourrait se croire en plein western : en face, ça canarde à tout va et la situation est critique-tendue-bouillante.

Retour en arrière au 18 décembre, lorsque tout a commencé, plutôt tranquillement. A la base, un appel pour une exécution devant la ferme de deux vieux frangins, à bout portant, la moitié de la tête a explosé. Très vite, ce meurtre en est relié à un autre, en apparence tout simple (maladie), mais les apparences...

A tel point que le 20 décembre, se tient une réunion avec, tenez-vous bien : FBI, DOJ, CDC, FDA, DEA, ATF, OSHA, NSA, DCI, DNE et EMD. Rien que ça. C'est vous dire que cela dépasse de loin le cadre du règlement de compte entre petits truands...

On pourrait croire qu'avec tout ce beau monde l'enquête se déroulerait sur du velours, mais si elle avance à la vitesse de l'éclair, c'est Houseman qui va se trouver au mauvais moment au mauvais endroit, et en subir de belles...

La construction qui se déplace entre passé (pour qu'on comprenne peu à peu de quoi il retourne) et présent (qui est d'un suspens haletant) est plus qu'habile. On a affaire à un truc énorme, qui nous glace, et comme à son habitude Donald Harstad décortique avec une précision méticuleuse les rouages de la police (et de la justice) américaine. On parle ici d'immigration, de menace terroriste. C'est passionnant, captivant, ça coule comme de l'eau pure, et on en veut encore !

 

Ed. Le Cherche Midi, Collection Ailleurs, Novembre 2008, 333 p., 19 €

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Gilles Morris-Dumoulin

Titre original : A Long December

16.11.2008

Sauve... Qui peut ! Sophie Laroche

laroche.jpgQue nous réservent les cerveaux étranges de ceux qui créent les émissions de télé-réalité ? L'un d'entre eux a mis au point un mélange de toutes celles existantes mais... Pour des enfants.

Ils sont cent à avoir été sélectionnés dans tous les pays francophones, et il n'en restera qu'un, qui sera déclaré "héros du futur". Dans l'avion qui les emmène sur la petite île théâtre (et c'est le bon mot !) de leurs opérations, ça commence très fort : ils doivent, sans aucune préparation, sauter en parachute. Ensuite, ils doivent passer des épreuves d'agilité, de force, de courage et de sang-froid en respectant le règlement, parmi les plus sévères. Pas le droit de dire de gros mots, d'évoquer le nom des candidats éliminés, de crier ou pleurer lors des épreuves, enfin toute blessure est éliminatoire.

Manipulés, dressés les uns contre les autres, les enfants vont découvrir qu'à la télé tout est faux, et que les vraies valeurs demeurent éternelles...

Un chouette petit roman pour les 8-12 ans qui a fait la joie de mon loustic (12 ans). Il trouve que la fin était prévisible, pas moi, mais nous nous accordons sur le plaisir que nous a procurée cette lecture, que nous avons abondamment commentée en cours; tu l'aurais faite toi, cette épreuve ? (moi, aucune, lui toutes, à l'entendre !) Et tu aimes bien cette façon qu'a l'auteur de s'adresser directement au lecteur ? (Il adore). D'ailleurs ce roman est entré directement dans son top 10, il l'a déjà relu 2 fois...

C'est vivant, joyeux, effrayant parfois, bien foutu, et on recommande :-D

 

Ed. [Mic_Mac], 2008, 166 p., 9,50 €

 

14.11.2008

Ceux qui sauront - Pierre Bordage

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"Il valait mieux un petit peu de pas beaucoup que rien de rien."

 

Quelle excellente idée que cette collection ukronie chez Flammarion ! Une uchronie, en gros, est l'histoire revisitée, ce qui aurait pu être si, et ses conséquences sur le présent.

Nous sommes ici en 2008, mais la révolution française de 1789 n'a duré que le temps d'un feu de paille, la monarchie a été rétablie, et depuis plus d'un siècle les individus sont divisés en deux camps : les nantis (nobles ou juste fortunés) et les cous sales. Les premiers mènent une existence privilégiée, usant et abusant des seconds, qui vivent en plein obscurantisme. Le savoir, la connaissance, l'instruction, leur est formellement interdite.

Par exemple, la machine à laver n'a pas été mise en circulation, si les femmes disposaient de plus de temps libre, elles pousseraient les hommes à la révolte, et les riches s'en foutent, ils ont des employés qui lavent pour eux. D'ailleurs l'électricité est réservée aux nantis, le téléphone est une chimère, et les informations qui circulent sur leur version d'internet sont soigneusement filtrées. La France vit repliée, a renoncé au pétrole, se meut selon les usages de siècles très dépassés.

Pourtant le peuple a tenté plusieurs fois de se soulever, poussé par la faim, la famine, la dalle, mais que faire les mains nues (ou presque) contre l'aviation, les canons et autres technologies assassines... Mais une résistance s'organise, des instituteurs clandestins apprennent à lire et à écrire aux enfants, la nuit.

Ce roman, c'est la description très précise et parfois sanglante de ce monde où Jules Ferry est devenu un mot de passe pour réunions secrètes, mais c'est aussi la rencontre de deux jeunes adolescents de quatorze ans que tout oppose, à priori. Jean est un cou noir, il commence juste à travailler, il se trouvera au mauvais endroit au mauvais moment, et Clara est la fille du directeur de la Banque Royale, élevée à Versailles, programmée pour épouser qui on lui dira afin d'élargir le rang social.

Ces deux-là sont représentatifs chacun de leur côté de la barrière, mais possèdent ce qui fait défaut à la majorité moutonnante, quelle que soit son camp : la faculté de réfléchir, une certaine forme de libre-arbitre. Leur rencontre leur sera-t-elle bénéfique ?...

J'ai fait long pour présenter ce qui n'est pourtant qu'une esquisse sommaire, mais c'est un univers solide et copieux. Une sorte de roman d'aventure à la Victor Hugo mâtiné de SF, un peu old fashion, dans les pages duquel on s'oublie pour se poser plusieurs fois la question qui, de tous temps, a ouvert la porte des possibles : Et si....

J'ai lu je ne sais plus où qu'il était recommandé à partir de 9 ans, je dirais plutôt pas avant un bon 13-14 ans (et jusqu'à pas d'âge!) (mais ce n'est que mon avis).

Ed. Flammarion, 2008, 345 p., 15 €