09.02.2010

Mon blog et moi

Je ne fais jamais de billet-bilan, pourtant j'aime plutôt en lire chez les autres, alors voici quelques petites choses sur mon rapport au blog.

J'ai créé ce blog en février 2006, l'ai nourri quotidiennement avec les nombreux avis que j'avais déjà rédigés pendant quelques années pour le Club des rats de Biblio-net, puis en flux tendu avec ce que je lis au quotidien. J'ai fait une pause de 6 mois, fatiguée d'être harcelée par un commentateur moqueur et hargneux, puis ai eu envie de le reprendre. Entre-temps, j'ai changé de plateforme et sur Hautetfort existe la possibilité de bannir les IP, j'en use allègrement.

Je supprime tous les commentaires injurieux, que ce soit à mon endroit ou envers un commentateur ou un auteur. Je ne réponds pas forcément à tous les commentaires, mais il suffit que j'aie quelque chose à dire, qu'on me pose une question, ou simplement parfois que j'en aie envie pour le faire.

Je ne chronique pas tout ce que je lis ou regarde, (et ce, quelle qu'en soit la provenance) là encore il me faut un minimum d'inspiration, qui parfois me fait défaut. Du coup je ne poste plus du tout un billet quotidien, ni ne m'astreins à respecter un délai entre deux billets : c'est quand ça vient. Que j'aie aimé le livre ou pas, si j'ai quelque chose à en dire je me lance, sinon je m'abstiens. Je supprime de temps en temps des anciens billets que je trouve mauvais à la relecture.

Je reçois des livres en Service de Presse, souvent parce que je les demande directement aux maisons d'édition (j'ai parfois aussi de jolies surprises). Ils représentent environ 1/3 de ce que je peux lire. Je reçois de nombreux livres et DVDs de bloggeuses en prêt, j'en envoie aussi beaucoup. Entre Cathulu et moi par exemple on pourrait installer une chaîne roulante, chaque semaine c'est un à deux livres qui font le voyage. J'achète toujours énormément de livres, sans guère plus de discernement qu'avant, je les revends parfois, et je visite la bibliothèque municipale régulièrement.

Je suis totalement incapable de fournir un billet contre une lecture, la  simple idée de cette contrainte me gâche le truc avant même que je n'ouvre le livre; c'est pourquoi je ne participe plus à aucun challenge ni partenariat, ni n'accepte plus de recevoir un livre directement envoyé par son auteur (qui aura beau vous jurer qu'il n'attend pas un billet, si effectivement rien ne vient ou pire, si vous n'aimez pas ou êtes mitigée...).

Je n'ai pas une âme d'animatrice, c'est la raison pour laquelle je n'organise aucun concours, mais j'aime y participer parfois sur le blog des autres.

En ce qui concerne les swaps, l'organisation du mien m'a donné des sueurs froides avec les dysfonctionnements de La Poste, je me suis promise de les arrêter complètement.

J'adore tenir mon blog, même après 4 ans, et j'aime la blogosphère, particulièrement celle des livres. Je couine comme Fashion à chaque fois que ma boite aux lettres contient un envoi quelconque, je découvre des chocolats monstrueusement délicieux, je me sens partie prenante d'un vaste cocon d'amitié qui n'a rien de virtuel. J'ai grand plaisir à rencontrer *dans la vraie vie* toutes celles et ceux qui font partie de mon quotidien sur écran. Je cerne à peu près les personnes dont je partage les goûts, et note frénétiquement sur leurs blogs de nouveaux titres à lire.

Je conçois mon blog comme un loisir, un divertissement, un plaisir, et refuse d'y mêler quelque contrainte ou publicité. Dans les périodes de lassitude, je le bichonne moins, c'est tout, et puis ça repart.

Je me suis retirée du classement-qui-compte-les-liens parce que je ne souhaite pas du tout une forte exposition, surtout si c'est pour qu'elle m'apporte les propos incroyablement haineux et méprisants que j'ai pu lire çà et là. Dans la même optique, je me suis promise de ne plus accepter aucune interview pour quelque presse que ce soit.

Après s'être affolées en janvier, mes stats sont redevenues celles-ci : Est-ce peu, est-ce beaucoup, tout est relatif, en tous les cas c'est suffisant pour me motiver à continuer à donner mon avis sur ce que je lis, et c'est bien là l'essentiel !

Date
Visites

Pages
01.02.2010      
883

3 387
02.02.2010 822

3 210
03.02.2010 957

3 252
04.02.2010 893

2 962
05.02.2010 954

3 016
06.02.2010 813

3 647
07.02.2010 918

3 389



 

 

08.02.2010

L'écho des morts - Johan Théorin

Nous sommes sur une île, en Suède. Joakim et Katrine viennent de racheter une vieille ferme, Aludden, qu'il retapent peu à peu, un theorin.jpgévènement familial les ayant fait quitter Stockholm. C'est l'hiver, l'ambiance est pesante, il fait très peu jour, le moral est incertain dès le départ. Et puis Katrine se noie. Joakim sombre dans la dépression, tout en tentant de garder le cap pour ses deux enfants. Tilda, jeune policière qui se débat dans une histoire d'amour sans avenir, ne crois pas à la noyade accidentelle. Mais elle a également fort à faire avec une vague de cambriolages qui sévit dans les maisons de l'île. Au-dessus de tout ça plane l'histoire d'Aludden, pleine de morts et de revenants, avec un phare qui ne s'illumine que pour annoncer une mort à venir...

Évacuons tout de suite ce qui fâche : ça n'avance pas. Les circonvolutions sont interminables, on revient en arrière, on fait mine de donner une information pour la recouvrir aussitôt d'insignifiant, on fait durer et durer l'ambiance avant que quelque chose se passe enfin et qu'on comprenne les quelques points obscurs qui avaient été annoncés à grand renfort de redondances.

Par contre ce roman fait peur, oui, si vous aimez les maisons hantées, les planches de Oui-Ja, les bruits dans les murs, alors que la nuit tombe dès 14h30 et que le temps est épouvantable, comme moi vous frissonnerez et irez jusqu'au bout de ces 408 pages.

A tenter.

 

Ed. Albin Michel, février 2010

Traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : Nattfak

 

Lu également par : Marie,

06.02.2010

Drôles de femmes - Julie Birmant & Catherine Meurisse

birmant.gif

Yolande Moreau, Sylvie Joly, Anémone, Amélie Nothomb, Florence Cestac, Michèle Bernier, Maria Pacôme, Tsilla Chelton et Dominique Lavanant : toutes ces femmes se sont fait une place dans l'humour. Mais comment ? Qui sont-elles ? Julie Birmant a eu envie d'en savoir plus, de les rencontrer, en face-à-face, chez elles. Portraits tendres de femmes pas banales, qui toutes s'excusent de ne pas être "drôles" dans la vie.

La BD commence comme un roman : "Ce matin-là, Paris était gris et humide. Un bon jour pour désespérer. Je suis allée voir Quand la mer monte, de et avec Yolande Moreau, à une séance du matin, dans un cinéma aux odeurs de vieille pisse. [...] En sortant du cinéma, le temps était toujours aussi glacial, mais l'univers s'était embrasé... J'étais... amoureuse ! Alors je lui ai écrit une lettre. "Chère Yolande..."

Et Yolande appelle, accepte de recevoir Julie, montre son univers et parle d'elle. D'autres rencontres suivent, à chaque fois quelque chose de très particulier se met en place, on est loin de l'interview journalistique, il y a de l'intimité, des confidences, des anecdotes, des choses profondes. On a l'impression d'y être, avec elles, de mieux les connaître. Parfois la rencontre ne se déroule pas très bien, Julie est déconcertée, elle sait nous le montrer avec pudeur. Parfois on éclate de rire, souvent on est ému, toujours on a envie que ça dure encore.

 

bd an.jpg


Une BD vraiment très réussie de bout en bout, avec une jolie construction, un souci du détail, et deux belles citations pour ouvrir et fermer son propos :

"Any girl can be glamourous. All you have to do is stand still and look stupid." Hedy Lamarr

et

"L'humour, c'est la tragédie plus le temps." Woody Allen

 

Ed. Dargaud, 2010, 92 pages.

 

Certains de ces portraits, produits par Julie Birman ont donné lieu à une diffusion sur France Culture, dans l'émission "Surpris par la nuit".

 

PivoineRose a beaucoup aimé aussi.

05.02.2010

La Diagonale du Traître - Hervé Hamon

Douze nouvelles qui déclinent le thème de la trahison, mais tout en nuances et subtilités. Il s'agit ici de trahisons non formulées, qui vont chercher jusqu'à l'essence même des êtres. On passe d'un univers à un autre, du plus futile (Nouvelle Star) au plus dramatique (Un Judas pareil) en faisant escale en philosophie (L'infidèle) ou en politique (Sans famille).

 

hamon.jpg

J'ai aimé chacune de ces douze nouvelles, c'est très rare dans un recueil. J'ai pioché ça et là beaucoup de passages qui m'ont vraiment plu, des phrases qui sont comme des portes qui s'ouvrent sur quelque chose de bien plus grand que les quelques pages consacrées à chaque histoire. J'ai aimé également la diversité des univers, l'éditeur qui est sûr d'avoir obtenu le Goncourt, l'auteur pour la télé qui morfle comme un fou avec son scénario, l'homme plaqué salement par sa femme, le touriste en Inde... On voyage beaucoup, et c'est une petite joie à chaque fois de découvrir dans quel monde on atterrit.

L'infidèle, justement, raconte l'histoire d'un jeune homme qui, peu de temps après avoir intégré la plus prestigieuse classe de khâgne, à Henri IV, s'en échappe, sans pouvoir se faire comprendre de ses parents. Tout en finesse, il nous donne à entendre son raisonnement. "Cette douleur est muette. Je m'aperçois que l'accès à la culture, aux études, à "l'ascenceur social" est toujours une forme de trahison. Si respectueux soit-on de son milieu d'origine, des gens eux-mêmes, de leurs rêves, de leur modèle de vie, on s'évade, on s'enfuit, on perd le langage commun, on transgresse. On devient autre, engagé sur des rails qu'on a choisis et pas choisis à la fois. Se cultiver, ma parole, il me semble bien que c'est trahir. Surtout si l'on n'a pas l'intention de s'enfoncer dans les ornières de la routine, des petits calculs, de la réussite prédigérée. Si l'on entend s'écarter, parce que la culture, justement, c'est la possibilité de s'écarter." Mais même une fois la décision prise, ce n'est pas simple...

Dans Dégage, c'est cet homme, correct, qui bosse et fait tout ce qu'il peut, vraiment le bon bougre, on le sent bien, qui se fait salement plaquer. Il encaisse, il continue, les années passent, il a perdu beaucoup dans cette histoire, le contact avec les enfants de l'autre, qu'il a élévés pourtant, notamment, et quand il sort un peu la tête du gouffre, on ne le lui permet pas... Beaucoup de bassesse, dans la trahison, en général ? Indubitablement, nous racontent ces nouvelles.

"J'avoue qu'en matière de Bordeaux, ma culture est plus que lacunaire. Il m'a toujours paru que ce monde-là n'était pas mon monde, qu'à l'approche des domaines et des châteaux, mon réflexe impensé s'apparente à celui de la Bruyère : je me sens peuple. Les "vrais" connaisseurs de Bordeaux persistent à cultiver le style des critiques d'opéra : leur intention ne paraît nullement d'atteindre le profane ou le débutant, mais de le disqualifier."

Tiens, je connais un autre domaine où c'est exactement pareil... :)

 

Ed. Dialogues.fr, février 2010, 172 p.

A noter qu'en fin d'ouvrage est indiqué un code permettant de télécharger l'intégralité du recueil, pour les Iphones ou autres readers numériques.


Hervé Hamon parle de ce recueil (merci Yvon)

 

04.02.2010

Les canards en plastique attaquent - Christopher Brookmyre

brookmyre.jpgQuel titre idiot (et encore, ils n'ont pas traduit le "insubmersible") et quelle couverture repoussante : le roman est pourtant infiniment prenant. Enfin, il faut passer sur quelques petites choses, comme le disait Cathulu fort justement dans son billet (et grand merci pour l'envoi !). Multi-narrateurs, on ne sait jamais qui parle (je veux dire, ce n'est pas clairement écrit, il faut lire pour reconnaître - très vite et très facilement, au demeurant -  qui s'exprime), nombreuses allusions à une précédente aventure pas traduite en français, et la première partie part un peu dans tous les sens. Mais une fois bien installé dans l'intrigue, c'est du colle-aux-doigts qui réunit pas mal des choses que j'aime !

C'est presque un scénario de Hustle : une grosse arnaque montée des mois à l'avance à laquelle les gens veulent croire de toutes leurs forces. Sauf qu'il y a des meurtres, plus d'un, mais pas ceux qu'on nous annonce... Le Brookmyre est facétieux.

En gros c'est l'histoire d'un médium, un gars qui peut discuter avec les morts. Excellent sur scène, il parvient à obtenir que son "don" soit testé de façon très scientifique à l'université Kelvin. La question divise, pour le moins, et c'est un journaliste plus que sceptique qui va enquêter très sérieusement. Jack Parlabane pense qu'il s'agit d'un imposteur, mais il a un train de retard en ce qui concerne les modes opératoires. Et si c'était vrai ? Jack est parfois à deux doigts d'y croire...

Pendant un moment j'ai regretté que ce soit si embrouillé, et puis en fait ça a ajouté à mon excitation de lecture. Ce que j'ai ressenti très fort c'est de la malice, Christopher Brookmyre adore jouer avec les "rien dans les mains, rien dans les manches" et il sait raconter une histoire, même s'il la noie un peu.

J'ai a-do-ré le personnage de Michael, qui classe les filles en Inara ou Kaylee, et porte un long manteau marron en hommage à Firefly (et on ne la croise pas souvent, cette référence, hein Fashion ! :))

Enfin j'ai trippé complètement avec l'histoire des Soeurs Fox, qui démontre à mon sens l'incroyable désir des gens à se faire duper : tout ce roman le martèle, rien ne sert d'expliquer ce qu'on veut nous vendre pour inexplicable, la puissance de la foi (en quoi que ce soit) est supérieure. C'est à la fois triste, très inquiétant et passionnant.

Et moi j'aime toujours Christopher Brookmyre, Amanda, tu devrais reprendre ta lecture ! :)


Ed. Denoël, janvier 2010, 430 p.

Traduit de l'anglais (Ecosse) par Emmanuelle Hardy

Titre original : Attak of the Unsinkable Rubber Ducks

 

Cette histoire de canards en plastique : "Les insubmersibles canards en plastique" L'expression est de James "le Sensationnel" Randi, un magicien canadien et grand sceptique devant l'Eternel, pour décrire les gens déterminés à continuer à croire au surnaturel, sans tenir compte des preuves qu'on leur apporte de sa non-existence."

 

03.02.2010

Cadres noirs - Pierre Lemaitre

Troisième roman de Pierre Lemaitre (voir Travail soigné et Robe de marié), ce "Cadres noirs" tient toutes les promesses des deux premiers : c'est bien écrit, on veut absolument connaître la suite, on est baladés, surpris, rivés aux pages.

 

lemaitre c.jpg

Alain Delambre a 57 ans. Il était DRH, il en est réduit à cumuler les petits boulots pourris pour tenter d'assurer les traites de l'appartement, il ne leur reste pas grand chose à payer, ce serait dommage de le perdre maintenant. En apparence, sa vie est toujours plutôt réussie. Son couple est heureux, ses filles sont autonomes, il arrive à un âge où ne pas travailler peut sembler normal, il pourrait aller bien malgré ses 4 ans de chômage. Mais en réalité il est au bout du rouleau.

Un matin, le petit chef qui le supervise dans un de ses jobs d'appoint lui met un coup de pied au cul. Il réagit violemment et le frappe. Viré, encore une fois, et la boite semble décidée à porter ça en justice, ça va lui coûter cher. Au même moment, sa candidature est retenue pour un vrai poste dans ses cordes. Il devient prêt à absolument tout pour obtenir le poste, même si sa femme n'est pas d'accord. Au départ, il s'agit juste de se prêter à un simulacre de prise d'otage, dans un de ces jeux de rôle dont sont si friands les dirigeants actuels.

Mais monsieur Delambre comprend vite que les dés restent toujours pipés pour les mêmes, et n'entend pas cette fois laisser passer sa chance...

Ce roman m'a collé aux doigts dès les premières pages : C'est retors et très prenant. J'ai trouvé la première partie, "Avant", très réussie, l'écriture m'a plu immédiatement, la mise en place est très fluide. Exemple :

"Depuis quatre ans qu'on se connaît, forcément, je considère mon conseiller du Pôle emploi comme l'un de mes proches. Il m'a dit récemment, avec une sorte d'admiration dans la voix, que j'étais un exemple. Ce qu'il veut dire, c'est que j'ai renoncé à l'idée de trouver du travail, mais que je n'ai pas renoncé à en chercher. Il croit voir là le signe d'un fort caractère. Je ne veux pas le démentir, il a trente-sept ans et il faut qu'il conserve ses illusions le plus longtemps possible. Mais en fait, je suis plutôt soumis à une sorte de réflexe d'espèce. Chercher du travail, c'est comme travailler, comme je n'ai fait que ça toute ma vie, ça s'est incrusté dans mon système neurovégétatif, quelque chose m'y pousse par nécessité, mais sans projet. Je cherche du travail comme les chiens reniflent les réverbères. Sans illusion, mais c'est plus fort que moi."

Les deux parties suivantes "Pendant" et "Après", pour haletantes qu'elles soient, s'éloignent de cette réussite. Pierre Lemaitre a une imagination de folie, et ses analyses comportementales sont passionnantes, mais il est difficile de réellement suivre Alain Delambre, et on ne sait pas trop comment l'interpréter. Est-il un stratège instinctif ou a-t-il de monstrueux et répétés coups de bol ? on le situe plutôt entre les deux, alors parfois la règle du "plus c'est gros et plus ça passe", justement, ça coince un peu. L'épilogue est un poil longuet, et à mon sens décevant.

Mais qu'importe, "Cadres noirs" est un vrai thriller français de très bonne facture.

 

Ed. Calmann-levy, fevrier 2010, 350 p.


L'auteur cite en fin d'ouvrage quelques références : je n'en ai vu aucune. On peut soit penser que je suis une grosse truffe inculte, soit considérer que l'immersion dans le suspens a été totale :)

01.02.2010

Les saisons - Maurice Pons

"Il fallut, cette année-là, qu'un évènement d'une exceptionnelle importance..."

 

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Qu'est-ce qu'un roman culte ? Peut-être, au-delà de marquer son temps ou des générations de lecteurs, est-ce un titre dont on entend parler de manière récurrente, sur de longues plages de temps, par des gens très différents. En tous les cas c'est ce qui m'est arrivé avec "Les saisons" de Maurice Pons, et un jour je me suis décidée à ouvrir ses pages par moi-même.

Je l'ai lu une première fois, abasourdie par ce que je découvrais. Je l'ai relu dans la foulée, en tentant de mettre à plat ce qui en fait la force et la puissance, de faire rentrer l'émotion et l'absurdité et la crasse et la pourriture et l'abandon graduel de la vie et de l'espoir et le sang et les images atroces dans de petites cases bien propres, avec de belles étiquettes aux grands mots correctement calligraphiés : "philosophie" "écrivain" "adversité" bla bla...

Mais ça ne marche pas, en ce qui me concerne, ma lecture est sauvage et farouche et c'est ainsi qu'elle est belle, c'est comme ça que ça claque et percute et pénètre.

"Les saisons" raconte l'histoire d'un homme, Siméon, qui arrive un jour dans un village dans une vallée et tente de s'y installer pour écrire. Il est venu avec un beau papier, un beau crayon, et une belle souffrance à partager. Il a de belles idées, aussi, il veut partager les mots et la culture, il ne s'offusque de rien, il accepte le village comme il est. Et ce village est extrêmement particulier. D'abord il y pleut pendant des mois sans discontinuer, puis la pluie s'arrête net pour céder la place au froid. Quarante mois d'hiver. Ca c'est de la saison. On n'y mange que des lentilles. On ne se chauffe qu'avec des animaux. Le rebouteux est un grand partisan de l'amputation. Et la pourriture saisit toutes les occasions de proliférer, au propre comme au figuré. Siméon va tenter de se faire accepter, puis de s'enfuir...

C'est un roman dont il est très difficile de parler. Il ne s'adresse aucunement à ceux qui ont envie de jolies histoires réconfortantes. Il est étrange et excellent, chaque phrase est travaillée comme un bijou. Il fait peur, déconcerte et révulse, et qu'est-ce que c'est bon...

 

Ed. Julliard (1965), Bourgois (1975 & 2003), 10/18 (1984) 214 p.

28.01.2010

Starvation Lake - Bryan Gruley

Gus Carpenter a rêvé toute sa jeunesse de se tirer de Starvation Lake, petit bled glacial. Il est tristement célèbre pour avoir fait perdre gruley.jpgson équipe de hockey lors d'une finale régionale très importante. Du coup, il était ravi d'être journaliste à Détroit. Mais une sale affaire l'a fait rappliquer la mine basse à Starvation Lake, où il dirige maintenant le canard local. Une découverte dans un lac va faire exploser ce qu'il pensait de sa ville, à tous les niveaux...

"Exceptionnel", "phénoménal", s'emballent Harlan Coben et Michael Connelly en couverture : quand est-ce qu'on arrête en France de reproduire ces méthodes américaines totalement has been ?

La vérité, c'est que c'est un roman pas mal, oui. Il est prenant, il y a un vrai suspens et on se réjouit autant qu'on s'agace de tout comprendre avant notre héros, ou plus exactement, on sent la direction du vent (parce que les détails, évidemment, on tombe un peu des nues) alors que lui ne comprend rien à rien.

Au niveau du contexte, pourtant, ce n'était pas gagné d'avance, parce le hockey-sur-glace et le perdant qui bat sa coulpe à longueur de pages, bon, j'ai connu plus émoustillant. Mais c'est bien fait, bien raconté, ça ne laisse pas le lecteur sur le bord du chemin. En plus ça se lit très vite, alors que demande le peuple ? Un poil trop formaté pour qu'on s'emballe, mais un bon divertissement.

 

Ed. Le Cherche Midi, janvier 2010, 472 p.

Traduit de l'américain par Benjamin Legrand

 

Lu également par Alinéa, Amanda,

26.01.2010

Le Grand Loin - Pascal Garnier

C'est l'histoire d'un homme vieillissant qui cherche du sens aux choses, à la vie. Il part avec sa fille pour un ailleurs. Lui c'est Marc, la legrandloin.jpgsoixantaine. Elle c'est Anne, 36 ans, internée en hôpital psychiatrique. Il aimait l'idée de ce voyage, il n'aime pas sa réalisation. C'est peut-être ça le problème, se dit-il, il aime les idées des choses, mais pas les faire, ni les vivre.

"N'ayant rien à faire, il se contenta d'être". Le problème c'est qu'autant la nonchalance à peine teintée d'étrangeté est à sa manière séduisante, autant l'absence totale de réaction devant ce qu'il constate des actions de sa fille lasse. En même temps, on entre facilement dans cette échappée, on a envie de la voir aboutir, ils sont attachants, ce père et cette fille.

Comme toujours chez Pascal Garnier, c'est de bonne tenue, bien écrit, dans la droite ligne de son univers mélancolique, non dénué d'humour. Mais c'est une nouvelle étirée et aérée pour faire un roman, avec un épilogue à la fois banal et odieux.  J'aurais dû attendre de le trouver en bibliothèque.

 

Ed. Zulma, janvier 2010

 

Lu également par Pages à Pages, La Lettrine, Béné,

24.01.2010

Hustle : The con is on ! - Série BBC - Saison 1

Que regarder en attendant les prochaines saisons de Doctor Who et Torchwood ? Une série BBC, par exemple. On trouve les DVD vraiment pas chers, et on améliore son anglais avec de la VO sous-titrée en VO.

 

hustle.jpg


Alors "Hustle" : la saison 1 comporte seulement 6 épisodes, avec un mini-bonus expliquant l'origine de la série et le casting. Directement inspiré des films US "Ocean 11" et la suite, Hustle nous raconte la vie de cinq filous, spécialisés dans la duperie de haut-vol. Ils ont un code d'honneur, et martèlent la règle d'or : Ne jamais arnaquer un honnête homme. S'attaquer à celui qui cherche quelque chose pour rien, et lui vendre que dalle comme si c'était quelque chose (traduction approximative maison) (tiens à ce propos, " : "Hustle : The con is on !" est traduit par Reverso par : "Poussez : la duperie est branchée !" Mouaip. L'Europe propose la série sous le nom : "Les arnaqueurs VIP" et le Canada "Les as de l'arnaque". Restons-en à Hustle, donc.)

Sous la houlette d'un chef charismatique mais plutôt torturé, s'ébattent quatre caractères très différents. Un touche-à-tout, une femme fatale, l'ancien (toujours sublime Robert Vaughn) et le beau parleur énervé. Ils forment une équipe soudée, une famille, à l'intérieur de laquelle les tensions sont apportées dans cette première saison par le petit nouveau, Danny. Un peu foufou, il était jusqu'à lors de petite envergure, mais ça le titille d'être calife à la place du calife. Nous verrons en saison 2 comment tout cela va évoluer...

En attendant j'ai été suffisamment intriguée pour commander toutes les saisons suivantes (5 à ce jour). L'ambiance est cirée, les images jolies, c'est très bon enfant malgré un postulat de départ immoral. On mystifie, on triche, mais c'est un jeu, on s'attaque aux méchants et on a grand coeur par ailleurs. J'aime beaucoup la façon qu'ont les acteurs de s'adresser directement à la caméra, le procédé choisi pour expliquer certaines subtilités (tout se fige et nos héros expliquent). Pour autant, on cède parfois à la facilité, tout est très simplifié, on n'est pas ébahis du tout par les coups montés.

Mais il y a ce petit côté classe et élégant, Arsène Lupin & co, qui donne envie de continuer à regarder.

A suivre, donc...

22.01.2010

Fugues - Lauren Groff

J'avais été séduite par Les monstres de Templeton, je le suis beaucoup moins par les neuf histoires étranges que développe dans ce groff.gifrecueil Lauren Groff.

On retrouve Templeton dans la première nouvelle, et on a l'impression de retrouver de vieux amis, à travers l'histoire de Lollie. 17 ans, grosse, elle vit avec sa petite soeur hyperactive et sa mère, est championne de natation. A travers toute la présentation de son univers on s'attend à quelque chose, à souffrir, à être surpris, je ne sais pas, quelque chose se met en place, et on a une vraie espérance, une attente. Qui est plutôt déçue, en fait, parce qu'il est assez difficile de comprendre pourquoi la découverte d'un bordel mettrait tellement une ville en émoi. Et puis parce qu'on laisse tomber Lollie, surtout.

C'est sans doute ce qu'a voulu Lauren Groff, désarçonner son lecteur, le mettre sur une piste et puis barrer à droite toute, le balader. Et insérer pas mal d'étrangetés, qui laissent une impression de gêne aux entournures, qui ne  coulent pas véritablement, selon mon ressenti. "Fugue", en l'espèce, qui donne son titre (mais au pluriel) au recueil, est l'archétype de tout ce que je n'aime pas dans une histoire, le côté fouillis, je mélange plein de trucs qui vont se rejoindre, vous allez voir, mais je ne vais au bout de rien, bon, j'ai lu distraitement.

Par contre j'ai beaucoup aimé "Le partage des eaux", la seule histoire à mon sens qui tienne ses promesses, qui possède sa propre grâce un peu floue et qui partage sa petite musique avec le lecteur. "Cette histoire n'a ni fin ni limite" : c'est bien dommage que toutes ne lui ressemblent pas.


Ed. Plon, janvier 2010, 264 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau

Titre original : Delicate Edible Birds

 

 

21.01.2010

Instructions pour sauver le monde - Rosa Montero

Vulnerant omnes, ultima necat

 

montero.jpg

"Toutes blessent. La dernière tue." C'est parce que Matias connaît la réponse à cette énigme qu'il fait la connaissance d'une vieille dame alcoolique dont l'amitié posera un baume sur son état d'extrême souffrance. Quelques personnages douloureux se relient les uns aux autres, il n'en faut pas plus pour faire une sacrément bonne histoire. Un chauffeur de taxi fraîchement veuf, une scientifique bourrée de culpabilité, un mauvais docteur qui fuit la réalité dans Second Life, et une pute sublime et magnifique qui a vécu l'horreur pure. Voilà nos personnages.

On les suit petit à petit, c'est souvent très sombre et certains passages sont carrément insoutenables, les images qu'ils font naître sont vraiment dures à encaisser. Pourtant ce qui ressort le plus c'est la lumière, c'est cette force inéluctable de la vie. Une narration au souffle personnel, un roman tout à fait important dans ce qu'ils ont de meilleurs : l'impact sur le lecteur.

Mention spéciale aux récits pédagogues du "Cerveau" qui m'ont littéralement enchantée, et surtout cette idée de la résonnance, du champ morphique de Sheldrake.

Un coup de foudre !

 

Ed. Métailié, 21 janvier 2009, 270 p.

Traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse

Titre original : Instrucciones para salvador el mundo

 

Lu également par : Keisha, Cécile,

20.01.2010

Un arrière-goût de rouille - Philipp Meyer

"Voilà donc ce que ça veut dire, vieillir, ce n'est plus tant le plaisir que le soulagement qu'on cherche."

Autant le savoir, ce n'est pas ce roman qui vous procurera un quelconque soulagement : c'est du plombant qui ne rigole pas.

 

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Buell, Pennsylvanie, petit bled ravagé par la cessation de la sidérurgie. Il y a Isaac, authentique génie qui aimerait bien être physicien, pour participer à aider l'Homme à s'échapper avant que la terre ne soit plus habitable. En attendant il s'est sacrifié pour s'occuper de son père invalide. Sa mère s'est suicidée il y a quelques années, et Lee, sa soeur, a réussi à partir, grande université et bon mariage. Très intelligente aussi, Lee, mais moins qu'Isaac, et surtout plus adaptée, alors que lui, en pur esprit, n'a jamais su entrer en contact avec les autres, une forme d'autisme. Pas aidé non plus par son père, que son apparence chétive et son côté étrange indisposent. Alors un jour, il décide de s'en sortir, lui aussi. Pique les économies du vieux et entraîne Joe, le colosse de la ville, pour un petit bout de chemin. Joe l'a sauvé récemment alors qu'il avait décidé de se noyer, comme sa mère, et depuis une sorte de lien s'est noué entre ces deux opposés. Mais à peine partis, c'est l'os : Isaac tue un homme pour sauver Joe.

Tour à tour, Isaac, sa soeur, son père, Joe, la mère de Joe et le policier qui en est amoureux prennent la parole pour nous raconter une histoire terrible et méchante, où les frontières du bien et du mal s'effacent devant les injustices meurtrières, où tout est dur et poisseux mais tout parle d'amour, ou de son absence, pourtant.

Un roman fort et corsé, qui n'est pas facile à lire et vous entraîne là où vous ne voudriez surtout pas aller, d'une plume sèche et factuelle qui creuse encore plus l'abîme. Âmes sensibles, faites attention, le désespoir est contagieux. Mais le voyage en vaut la peine...


Ed. Denoël & D'ailleurs, janvier 2010, 536 p.

Traduit de l'américain par Sarah Gurcel

Titre original : American Rust

 

18.01.2010

Le Chagrin et la Grâce - Wally Lamb

Wally Lamb n'est pas un auteur prolifique : déjà dix ans qu'on attendait un roman, après les très bons "La Puissance des vaincus" et "Le Chant de Dolorès" (tous deux réédités cette année, d'ailleurs). Je le disais déjà à l'époque, je le pense toujours, il est l'auteur qui se rapproche le plus de Pat Conroy, sans en avoir l'humour.

Mais que c'est bon de se faire prendre dès les premières pages, de s'enfoncer pendant de longues heures dans un roman épais et copieux, de vibrer !

 

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C'est Caelum Quik qui nous raconte. Il a quarante-sept ans quand on le rencontre. Prof de lettres, Il est marié avec Maureen, troisième mariage, ça battait de l'aile mais ils voulaient s'accrocher, alors ils ont consulté, ensemble. C'est ensemble qu'ils vont tout affronter, et c'est de sacrés pavés qu'ils vont se prendre en pleine figure : le massacre de Colombine et ses graves conséquences, un homicide involontaire, des morts par maladie, la découverte d'un secret familial...

Il n'est pas utile que je détaille plus l'histoire, à la limite elle ne compte pas d'ailleurs. Ce qui se passe c'est qu'on a une impression de proximité totale avec Caelum, on est tout debout à ses côtés et on assiste à des trucs pas possibles en empathie parfaite. C'est du lourd, comme il ne faudrait pas dire, du mélo, mais du bon, et là où Pat Conroy fait un flop avec son dernier roman en chargeant la mule sans rien lier, Wally Lamb fait tout passer.

Velvet, par exemple. Une ado au passé atroce qui est complètement azimutée et qui s'accroche comme une moule. On ne peut pas s'empêcher néanmoins de lui accorder une certaine tendresse dès le départ :

"Ce week-end là, à Denver, j'entrai dans une librairie. Je voulais fouiner pour le plaisir. Au lieu de ça, je ressortis avec une brassée de livres pour Velvet.

Elle les lut tous : Tolkien, Ursula K. Le Guin, H.G. Wells. Elle rechigna d'abord devant Dickens, mais après avoir dévoré tout le reste, elle s'attaqua à De grandes espérances. "Je croyais que ça serait nul, mais non, me dit-elle à mi-lecture. Ce mec a tout pigé.

- Pigé quoi ?

- Comment les adultes foutent la merde dans la tête des gosses."

Et en épilogue, quand elle a une réaction normale, banale, et qu'il lui fait remarquer que c'est bien la première fois, on a forcément les yeux qui s'embuent...

"Je n'avais pas de titre pour mon roman, pas la moindre idée de la raison pour laquelle je l'avais écrit ni de la façon dont j'allais le faire publier. Il dormait dans un carton sur mon bureau d'enfant. Une histoire de quatre cent cinquante-sept pages sans titre dont je ne savais que faire. Était-elle bonne ? Quelqu'un que sa femme avait quitté parce qu'il était "trop distant" et "pas très intéressant" pouvait-il écrire un texte qu'on ait envie de lire ? Je demandai à ma Magic 8 ball, une boule magique qui avait réponse à tout et qui prenait la poussière sur l'étagère de ma chambre. Je la secouai et la retournai. La réponse apparut en flottant : C'est plus que douteux."

Il y a beaucoup de choses dans cet extrait, qui parle d'un Cal beaucoup plus jeune. Lentement, dans une construction qui mêle habilement passé et présent, on apprend à cerner sa personnalité, et à comprendre cette distance qu'il installe en permanence entre lui et ceux qu'il aime. Et puis il y a cette fameuse question de l'homme derrière l'écrivain. Peut-on aimer un texte de quelqu'un qu'on n'aime pas ? La réponse est en chacun.

Un roman que j'ai chéri et malmené (ne mangez pas de crêpes à la confiture en lisant, c'est un conseil), et qui m'a emportée avec son souffle et ses exagérations (oui, même elles, je les ai aimées), dans cet endroit magique, celui des lecteurs rompus et reconnaissants.

 

Ed. Belfond, 2010, 530 p.

Traduit de l'américain par Isabelle Caron

Titre original : The Hour I first beleived

17.01.2010

Les deux vies de Charlotte Merryweather - Alexandra Potter

Charlotte Merryweather a réussi dans la vie. A 32 ans, elle dirige sa propre boite de RP, fait une taille 38, est blonde, très attentive à potter.jpgson alimentation et suit les recommandations des livres de développement personnel qu'elle lit à tour de bras. Sur le point d'unir sa vie à Miles, voilà-t-y pas qu'elle se rencontre elle-même à 21 ans. Chouette, se dit-elle, je vais corriger toutes les erreurs que j'ai commises...

En temps "normal", on verrait s'agiter le panneau "paradoxes temporaux" qui viendrait tout compliquer. Mais nous sommes dans un roman de chick-lit, qui va bien se terminer et tout, alors on va doucement s'orienter vers le plan "c'est la jeune qui va changer la vieille" (oui, parce qu'à 32 ans, on est vieille, faut le savoir). D'ailleurs Charlotte se verra même super mamy, les temps ne font pas peur à Alexandra Potter, fi.

Nonobstant un léger agacement amusé devant une profusion tout à fait inhabituelle de : tenté-je, admets-je, m'exclamé-je, demandé-je, déclaré-je, lui rappelé-je, lui mens-je etc., j'ai passé un agréable moment avec ce roman. Un léger (très léger) fantastique de bon aloi, une héroïne qui atteint des sommets de bêtise mais qu'on aime bien quand même.

C'est vrai, elle met 4 jours à voir venir des sabots taille 58, mais Charlotte a des références tellement sympathiques  que je l'ai déclarée copine.

Par exemple "Et puis quoi encore ? Le TARDIS du docteur Who ?" "J'ai regardé tous les épisodes de X Files (je craquais complètement pour David Duchovny)" "On se croirait dans le magasin d'antiquités de Dickens". Comment résister ? :)

Pour finir, elle nous donne, parmi d'autres perles, un conseil que je vous livre :

"10) Pas la peine d'essayer de s'éclaircir les cheveux avec du jus de citron.

A. Ca ne marche pas. B. Ca attire les guêpes."

Nous voilà prévenues.

 

Ed. Calmann-Levy, janvier 2010, 398 p.

Traduit de l'anglais par Elsa Maggion

Titre original : Who's That Girl ?

 

15.01.2010

Peter's Friends - Kenneth Branagh (1992)

"Hilarious" s'exclame en grand la pochette du DVD, et si j'ai bien souri quelques fois, je me demande s'il faut attribuer à un quelconque dysfonctionnement mental les kleenex que j'ai trempés en regardant ce film !

 

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Le film s'ouvre en fanfare sur une bande de potes en 1982 qui assure un spectacle de Nouvel-an; grimés, grimaçants, ils chantent horriblement mal et dansent de même, ne ménageant pas leur peine. Petite photo de la troupe dans la cuisine après la représentation, et nous voici déjà dix ans plus tard. Alors qu'ils ont tous perdu contact, Peter (Stephen Fry) décide de les inviter dans la grande propriété héritée de son père pour fêter ensemble la nouvelle année.

Tous acceptent, et si Maggie (Emma Thompson) vient seule, tous les autres sont accompagnés. Roger (Hugh Laurie) et Mary (Imelda Staunton) ne se sont eux pas perdus de vue, puisqu'ils sont mariés et tristes parents de jumeaux dont l'un vient de décéder; Andrew (Kenneth Branagh) débarque avec son épouse Carol, actrice de sitcoms américains, et Sarah avec son nouvel amant chaud-bouillant.

Evidemment, les quelques jours ne se passent absolument pas comme prévu (mais que peut-on prévoir, sans s'être vus depuis dix ans...) et seront riches en émotions de tout genre...

J'ai oublié très vite l'horrible bande-son tonitruante pour apprécier pleinement le jeu de ces acteurs formidables. Deux moments particulièrement géniaux, la dispute libératrice entre Hugh Laurie et Imelda Staunton (je pleurais comme un veau) et la scène au piano, pleine de grâce. Mention spéciale également pour  Phyllida Law, épatante en gouvernante dure au coeur tendre.

Un chouette film sur l'amitié et le temps qui passe, qui donne envie de faire une grande fête avec tous nos perdus de vue.

LA scène du piano :

 

(L'autre ne doit pas être vue en dehors du film, sous peine d'en manquer totalement la portée, à mon avis)

DVD import, en VO pure, sans sous-titres

14.01.2010

Le Camion blanc - Julie Resa

La narratrice vient de vivre une année difficile, elle a perdu sa mère et a eu une petite fille. Elle décide de passer son congé maternité resa.jpgchez son père, dans un petit village. S'éloigner un peu de la vie parisienne agitée, aller tous les jours au cimetière parler à sa mère, être un peu au calme, le temps de faire connaissance avec son bébé. Mais une petite contrariété va vite prendre des proportions hors de propos, et entraîner un comportement étonnant...

Un très court premier roman bien troussé, qui nous montre une femme en train de perdre pied. De petite mesquinerie en grand n'importe quoi, on peut très facilement déraper, on l'oublie souvent. Tout est très plausible et bien vu, et derrière l'historiette on sent la fragilité des grands moments de la vie : devenir mère quand on perd la sienne, ce n'est pas simple !

Ironique et doux.

Ed. Buchet-Chastel, 14 janvier 2010, 96 pages.

 

Lu également par Keisha, Clarabel, Lily,

13.01.2010

La réalité, c'est autre chose

"Mais moi je l'ai connu petit, Eduardo, et je sais que c'était un type fascinant.

Il avait déménagé avec sa mère dans l'appartement voisin du nôtre. Il a toujours été un solitaire. Il avait très peu d'amis et en vérité ça ne semblait pas beaucoup le préoccuper. Il lisait énormément... Voilà un autre cliché : ceux qui lisent beaucoup finissent un peu tourneboulés. Comme le Quichotte et cette Madame Bovary qui ont fini par croire que la réalité ressemblait à ces livres qui les remuaient tant. Mais la réalité c'est autre chose, vous ne croyez pas ? Ni meilleure ni pire, mais autre chose. Eduardo, il lui est arrivé quelque chose de semblable. Même s'il n'a jamais insinué que c'était la faute des livres, comme certains l'ont affirmé. Eduardo n'est pas devenu un garçon sauvage à cause des livres. Ni lui ni personne. Au contraire, c'est plutôt sa nature farouche qui l'a conduit à voir dans les livres un allié."

 

Alberto Torres-Blandina - Le Japon n'existe pas

Ed. Métailié 2009

Traduit de l'espagnol par François Gaudry

12.01.2010

Père des mensonges - Brian Evenson

evenson.jpgC'est une histoire de personnalités multiples, donc de psychiatrie, dans le milieu ecclésiastique, et ça se dévore !

Le doyen Fochs, sur demande de son épouse, parce qu'il parle dans son sommeil avec des voix qui ne sont pas la sienne, consulte un psychiatre. Très vite, l'église fait pression sur ce dernier pour accéder à ses dossiers, ce qu'il refuse. Or, un meurtre dont Fochs lui avait parlé comme étant un rêve trouve résonnance dans l'actualité. Le psy cherche à en savoir plus...

Les multiples narrateurs et les échanges de courrier sont glaçants, on avance de plus en plus dans l'horreur. Mais au delà des faits rapportés, qui tous interrogent sur de graves questions (le pouvoir de l'église, le silence imposé, ce qu'elle décide sciemment de "couvrir", la faiblesse d'un homme seul (le psy), l'impuissance des parents, etc.) (et au delà également d'un certain manichéisme, les portraits sont très tranchés), il y a une formidable efficacité dans l'écriture qui nous rive littéralement aux pages. Par suggestion, on fait seul le tri des différentes personnalités, on espère un dénouement apaisant mais on en est pour nos frais.

Tordu et impossible à lâcher.


Ed. Le Cherche Midi, collection Lot 49, janvier 2010, 240 p.

Traduit de l'américain par Héloïse Esquie

Titre original : Father of Lies


Dévoré également par : Amanda,

11.01.2010

Avec enfant - Bruno Gibert

"Pour conjurer le sort" en épigraphe, ce roman est un long monologue; un père s'adresse à sa fille adolescente, alors qu'ils sont en gibert.jpgvacances en Bretagne et qu'il pleut depuis trois jours. Il lui parle d'elle, de lui, de la vie qui a tourné sur son axe depuis sa naissance. C'est un texte qu'elle n'est pas destinée à lire, c'est en toute liberté qu'il évoque absolument tous les aspects de la paternité.

Il en ressort un amour profond et indéfectible, un père loin d'être parfait. Mais les petites anecdotes parleront à tous les parents, c'est une succession de détails absolument universels. J'ai trouvé intéressant d'avoir pour une fois un point de vue masculin, le sujet de la parentalité ayant déjà été abondamment exploité par les femmes, et ce dans tous les registres (souvent celui de l'humour, d'ailleurs). On sent une belle sincérité, c'est touchant sans jamais être plombant ou fabriqué.

Pour autant on reste dans un registre plutôt familier, très simple, sans réelle construction.

 

Ed. Stock, 2009, 109 p.