Cuné



"Les livres m'aident à vivre, mais ce n'est pas pour ça que j'ai envie qu'ils deviennent l'objet de mon métier. Au contraire, même, peut-être. Je voudrais qu'ils restent mon refuge, mon antre. Ma porte de secours. [...] Ce n'est pas parce que je lis que je sais décortiquer. Ce n'est pas parce que je lis que je peux expliquer et transmettre."


Jean-Philippe Blondel - A contretemps


"L'idée était qu'on ne peut pas opposer littérature populaire et littérature élitiste, qu'il est même sans intérêt de vouloir les distinguer, outre que c'est bien difficile. L'une et l'autre comptant quantité de livres anodins et quelques chefs-d'oeuvre, la seule distinction qui vaille consiste à promouvoir les grands livres, dont certains sont très simples et d'autres difficiles."


Laurence Cossé - Au bon roman


Contrairement à un lieu trop commun, on ne dévore pas les livres : ils vous dévorent, vous vampirisent, se nourrissent de votre être et de votre énergie, vous coupent du monde, vous transportent dans le leur, mangent votre espace et votre temps, débordent de vos étagères, raccourcissent vos nuits et vos journées, rétrécissent votre maison et votre appartement, vous ruinent tout en vous enrichissant, vous font leurs quand vous croyez les faire vôtres.


William Marx - Vie du lettré




Et si l'on s'ennuie avec un livre, on peut l'abandonner, ce n'est pas un crime, il y a des auteurs qui ne vous parleront jamais, ou qui vous parleront plus tard.


Anne-Marie Métailié



Il faut en France beaucoup de fermeté et une grande étendue d’esprit pour se passer des charges et des emplois, et consentir ainsi à demeurer chez soi, et à ne rien faire. Personne presque n’a assez de mérite pour jouer ce rôle avec dignité, ni assez de fond pour remplir le vide du temps, sans ce que le vulgaire appelle des affaires. Il ne manque cependant à l’oisiveté du sage qu’un meilleur nom, et que méditer, parler, lire, et être tranquille s’appelât travailler.


La Bruyère. Les Caractères - Du mérite personnel


Ce que je souhaite d'un critique littéraire -et il ne me le donne qu'assez rarement- c'est qu'il me dise à propos d'un livre, mieux que je ne pourrais le faire moi-même, d'où vient que la lecture m'en dispense un plaisir qui ne se prête à aucune substitution.
Vous ne me parlez que de ce qui ne lui est pas exclusif, et ce qu'il a d'exclusif est tout ce qui compte pour moi. Un livre qui m'a séduit est comme une femme qui me fait tomber sous le charme : au diable ses ancêtres, son lieu de naissance, son milieu, ses relations, son éducation, ses amies d'enfance!
Ce que j'attends seulement de votre entretien critique, c'est l'inflexion de voix juste qui me fera sentir que vous êtes amoureux, et amoureux de la même manière que moi : je n'ai besoin que de la confirmation et de l'orgueil que procure à l'amoureux l'amour parallèle et lucide d'un tiers bien disant.
Et quant à l'apport du livre à la littérature, à l'enrichissement qu'il est censé m'apporter, sachez que j'épouse même sans dot.


Julien Gracq - En lisant en écrivant