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31.03.2006
Dans la famille Ullmann, je me demande bien qui choisir

Décembre 98, Norvège, Karin Blom, vers la trentaine, garde son petit neveu. Il est très tard, il devrait dormir depuis longtemps, mais elle lui a promis qu’il pouvait attendre le coup de fil de sa mère, partie en voyage-de-sauver-son-couple en Italie. Le coup de fil n’arrive pas, et Karin nous raconte sa famille, depuis l’arrière-grand père…
Je suis ennuyée, c’est encore un coup de cœur. Il me faut une fois de plus chercher les mots qui vous donneraient envie d’y jeter un œil, user et abuser des superlatifs et tenter d’expliquer ce qui m’a tellement plu dans ce roman superbement original !
D’abord, plus je vieillis j’acquiers une sagesse motivée, plus je suis attirée par la littérature nordique : Norvège, Suède, Danemark, Finlande… Il règne toujours sur leurs romans un souffle un peu épique, une fantaisie que je ne retrouve pas ailleurs.
Mais ici, en plus, j’ai souvent pensé à Déloger l’animal de Véronique Ovaldé. Non pas que l’histoire y ressemble, c’est le côté vérité décalée qui s’en approche.
Car Karin Blom, notre narratrice est un poil mythomane. Mais pas au sens maladif, c’est une composante de sa personnalité que d’inventer toutes sortes d’histoires à propos des évènements de sa vie et de celle de ses proches. Une photo ? Et hop, la voici qui retrace toutes les circonstances, le pourquoi du comment et ce qui en a découlé. Considérez qu’elle prend des leçons de séduction auprès de sa grand-tante nonagénaire, que toute la famille, sauf une, est poivrote, et que sa mère est à la fois irrésistible et cinglée….
Mais gare à vous si vous la prenez au pied de la lettre ! Même la tragédie prend un petit air de clown triste avec Karin, les chaussures sont magiques et les visages brûlent les yeux….
P. 123
« La première fois que je vois Carl, c’est au Theatercafé à Oslo. Il attend le maître d’hôtel et promène son regard dans la salle. Il est grand, ses cheveux mi-longs sont bouclés et ses santiags de couleur prune.
En sortant du cinéma, papa me propose de prendre un plat et un dessert. Du bœuf avec des oignons sautés et un gratin dauphinois, du vin rouge, la réserve du patron, et de la glace à la vanille servie avec du chocolat chaud.
Je repère Carl avant que lui ne me voie.
Je mets les coudes sur la table, pose la tête entre mes mains et je le regarde. Avec insistance. Debout dans ses santiags de couleur prune, adossé aux vitrines où sont exposés les plats et les desserts, Carl attend que le maître d’hôtel veuille bien le placer. Il m’ignore.
Je le regarde. Je ne le quitte pas des yeux, essayant de capter son attention, je darde mon regard sur lui – en pure perte. J’ai beau cligner, rouler des yeux, lécher avidement la sauce au chocolat, faire des effets de langue avec ma petite cuillère, un coup par-dessus, un coup par-dessous, jouer avec une mèche de cheveux que j’enroule autour de mon index, envoyer des petits bisous en l’air… rien…Je porte avec lenteur et application mon verre à la bouche, je sirote le vin à en avoir les lèvres et les joues rouges, je fredonne un air de Gershwin, je porte la main au front en poussant des soupirs, je rougis, je blêmis, je tombe à grand bruit de ma chaise en faisant mine de m’évanouir, je reste étendue à terre, sous la table, je soulève la tête et je le regarde, il continue à m’ignorer.
Que faut-il faire avec un homme pareil ? »
Avec une fille comme Linn Ullmann, c’est facile, il faut la lire.
Traduit du Norvégien par Hélène Hervieu
285 p.
15:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : norvège, saga familiale


Commentaires
Quand j'étais plus jeu...heu insouciante, c'était les littératures des pays du sud qui avaient ma faveur.
Bon celui-là, je l'avais déjà noté suite à notre conversation msn, et tu l'as vraiment bien vendue félicitation.
Écrit par : chimÚre | 31.03.2006
Répondre à ce commentaireEncore une fois j'ai pensé à toi tout au long de ma lecture, je ne vois pas comment tu pourrais ne pas aimer ce très bon roman.
Tu en vois le bout de ta PAL à faire baisser de 10 ?
Écrit par : Cuné | 31.03.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : ChimÚre | 31.03.2006
Répondre à ce commentaireComme Chimère je lis surtout les polars mais je dois avouer que tout ce que j'ai lu originant de ce coin d'Europe m'a plu.
D'ailleurs je vais me confesser, après 3 mois sans acheter de bouquin, j'ai succombé cette semaine et j'ai acheté un polar norvégien recommandé par Chimère. COmme si j'avais besoin de nouveaux livres (ma PAL dépasse les 50). Je sais je ne suis pas raisonnable. Mais j'ai quand même tenu 3 mois! C'est pas rien ;)
Écrit par : Frisette | 01.04.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : elfe | 03.04.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 03.04.2006
Répondre à ce commentaireMerci d'éclairer ma faible lanterne!
Écrit par : Anne | 04.04.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 04.04.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Chantal | 04.04.2006
Répondre à ce commentaireMa PAL à moi, est répertoriée dans un tableur Exel, elle est de 43...Oui, je culpabilise!
Écrit par : Anne | 05.04.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 06.04.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 06.04.2006
Répondre à ce commentaireEt là, j'en suis à 11.
Écrit par : ChimÚre | 08.04.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kalistina | 29.10.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 29.10.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kalistina | 29.10.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 30.10.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kalistina | 30.10.2006
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