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22.04.2006

Toujours le même plaisir

Richard RussoQuatre saisons à Mohawk

Quai Voltaire, 2005

 

Il s’agit en fait du second roman de Richard Russo, écrit en 1988, et seulement traduit l’année dernière en France. De fait, on se retrouve immédiatement en terrain familier, dans cette petite ville imaginaire de Mohawk.

Quand Ned Hall nait en 1947, son père revient juste de la guerre après avoir débarqué en Normandie, et a l’impression que la grossesse a duré à peine une semaine. Ce qu’il veut, lui, et de façon permanente et durable, c’est boire, courir les filles et jouer aux courses. Sa femme, constatant qu’il ne se calmera pas, s’en sépare et élève seule le petit Ned.

Seulement quand elle traverse une grave dépression et doit être hospitalisée, Sam Hall héritera d’un fils de 10 ans qu’il a vu une fois.

Mais à Mohawk Sam est une figure, et à sa traine le P’tit Sam va se coltiner la vie selon l’angle de vue très middle-class mais néanmoins hautement réjouissant d’un gamin de l’Amérique des années 60 …

Encore une fois c’est savoureux du début à la fin, Sam est un Sully aussi tête de cochon que charmeur, Ned un mignon petit mou, et on ne peut qu’aimer la galerie de personnages qui leur gravitent autour. Que l’on aille à la pêche aux poissons ou aux balles de golf perdues, que l’on chaparde dans les magasins ou qu’on rencontre le premier Marxiste par instinct, à aucun moment on ne lit, en fait, on est partie prenante de l’aventure, et on a complètement oublié ces histoires de morale, de il faudrait ou ne faudrait pas.

A noter qu’on ne prend pas encore de leçons de conduite ici, par contre on a déjà notre personnage qui collectionne les insolites, les coquilles et bizarreries.

Enfin depuis quelques jours je réponds à toute question par « Eh ben ? », et me demande bien quelle est l’expression exacte traduite ainsi. « so what ? » Si quelqu’un a le livre en VO, j’aimerais vraiment savoir !

« J’ai opiné. Splendide journée en effet.
Le premier jour du reste de nos vies, a poursuivi Mme Ward, en s’asseyant sur la troisième chaise. J’ai entendu ça quelque part et ça m’est resté dans la tête. Voilà comment il faut regarder les choses, surtout les vieilles.
- Absolument, ai-je dit.
- Tu vois ? a dit Mme Ward à sa fille. Il n’y a que toi pour jouer les rabat-joie.
- Je ne rabats rien du tout, maman. Je suis réaliste, c’est tout.
- Une affreuse réaliste. Dieu merci monsieur… n’a rien d’un réaliste, sinon il ne mangerait pas avec autant d’appétit.
Nous avons mangé avec beaucoup d’appétit jusqu’à ce que Tria, pour oublier peut-être son affreux réalisme, remarque que les kiwis étaient merveilleusement bons.
- « Absolument » ai-je dit en me jurant de ne plus utiliser cet adverbe pendant au moins une demi-heure. Et en me demandant lesquels de ces fruits étaient des kiwis.
Il s’est ensuivi un long moment pendant lequel nous paraissions nous rendre compte qu’il serait difficile de poursuivre une conversation normale. Nous étions sur une scène et, l’un de nous ayant laissé passer sa réplique, nous ne savions plus à qui revenait la prochaine. Nous avions l’air de songer, que, peut-être, ce brunch était une mauvaise idée dès le départ, et nous puisions dans nos coupes avec un intérêt renouvelé, comme si le kiwi et les fruits de la passion allaient naturellement nous sauver du naufrage.
- Quel bonheur d’être vivant par une si belle journée, a dit Mme Ward.
- Absolument. »

 

Traduction de Jean-Luc Piningre
471 p.

Commentaires

Ah, ben pour une fois, tu causes d'un bouquin que j'ai lu il y a peu, mais désolée, pas en VO... Heureusement d'ailleurs, parce que j'ai déjà mis trop longtemps à le lire en français... J'ai trouvé ça super chiant, long à mourir... bref, bof, bof, suis-je définitivement fachée avec la littérature américaine???

Écrit par : so | 22.04.2006

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ksss ksss, recule devant mon  crucifix, démone ! super chiant ? long à mourir ? Tu n'étais juste pas dans le bon mood pour te délecter d'histoires de péquenauds. Moi j'aime les ploucs, c'est ma "famille" ;o)) Bon tu as le droit de ne pas aimer, mais n'y reviens pas. :-D Par exemple, pour voir, qu'est ce que tu as aimé en litté américaine ?

Écrit par : Cuné | 22.04.2006

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Et ben c'est exactement la question que je me suis posée... parce que Roth m'est tombé des mains à la page 32..., TC Boyle m'a ennuyée avec Riven Rock, pareil avec "Le bucher des vanités" de Wolfe... Je ne parle même pas de Bret Easton Ellis parce que je vais vraiment être désagréable...
Il n'y a pour le moment qu'Hemingway, Alison Lurie et 2-3 auteurs de polar qui trouvent grâce à mes yeux...
C'est grâve docteur?
J'ai quand même ajouté à ma liste de courses "Le prince des marées" et "3 fermiers s'en vont au bal"... on ne sait jamais : une révélation peut survenir!!

Écrit par : so | 23.04.2006

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Hé ben ?... ;o) Mais tes goûts me plaisent tout à fait, Hemingway, Alison Lurie, les polars, j'aime ! Je ne suis pas fan non plus de Philip Roth (même si j'aime bien quand même, il manque de lyrisme à mon goût), pas lu Boyle, n'aime pas Wolfe, connais peu Ellis. Perrsévère, tu trouveras bien l'auteur de ton coeur chez les américains... ou ailleurs ! En attendant continue à relire Desproges et à nous en parler sur ton blog, j'adore ! :-D

Écrit par : Cuné | 23.04.2006

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Vendu
m'enfin faut avouer que ce n'est pas difficile de me vendre un Russo ;-)

Écrit par : Lhisbei | 23.04.2006

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Je viens de terminer Le déclin de l'empire Whiting. C'est vrai que j'ai mis un peu de temps à accrocher. Le rythme est un peu lent. Mais plus j'avançais plus j'aimais et en fin de compte je me suis vraiment régalée. J'aime beaucoup le style de Russo et je me réjouis d'avance de découvrir le reste de son oeuvre !

Écrit par : clarinette | 23.04.2006

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Super, Clarinette et Lhisbei  ! :-D Dans un article de LIRE, ils disaient que Richard Russo est encore peu connu en France, mais adoré par ceux qui ont eu la chance d'ouvrir un de ses romans.... Sauf Miss So ! :-D

Écrit par : Cuné | 23.04.2006

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J'ai beaucoup aimé les deux, j'adore ces ambiances américaines de petites villes, cette art de la dérision. Pour l'instant je suis plongé dans Richard POWERS Le temps où nous chantions, sur tes chaudes recommandations. Je viens de commencer et je me régale.

Écrit par : Agapanthe | 23.04.2006

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Je te souhaite de très belles heures dans la musicalité de Powers, Agapanthe !

Écrit par : Cuné | 23.04.2006

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