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24.04.2006
Artisons sans répit
ROBIN HOBB
(de son vrai nom Margaret Astrid Lindholm Ogden)

Série l’assassin royal, 13 tomes
Pygmalion, 1998-2006
Traductions de A. Mousnier-Lompré
1. L’apprenti assassin
2. L’assassin du roi
3. La nef du crépuscule
4. Le poison de la vengeance
5. La voie magique
6. La reine solitaire
7. Le prophète blanc
8. La secte maudite
9. Les secrets de Castelcerf
10. Serments et deuils
11. Le dragon des glaces
12. L’homme noir
13. Adieux et retrouvailles
Il est conseillé, après le tome 6, d’intercaler la lecture de la série Les aventuriers de la mer (6 tomes) avant de reprendre au tome 7.
Personnellement, je ne l’ai pas fait et ça n’a pas gêné ma compréhension.
Voici une série de fantasy aussi décriée par les puristes du genre qu’adulée par les autres : à vous de choisir votre camp, en ce qui me concerne elle m’a offert nombre d’heures échevelées, fiévreuses et obsessionnelles.
On rencontre Fitz Chevalerie alors qu’il a à peine 5 ans, et qu’il est parachuté au royaume de Castelcerf sous la garde du palefrenier Burrich. Bâtard royal, il possède deux magies puissantes en lui, le Vif et l’Art. Tous deux sont des formes de communication mentales très poussées, dont l’usage est très réglementé et inégalement autorisé.
Complots de cour, royaume en danger, frère de loup, amours contrariés, batailles épiques et morales, noblesse de sentiments, il se cherchera et subira mille avanies tout au long de ces milliers de pages.
Il est dès le départ infiniment attachant, tout autant que suprêmement agaçant avec ses sempiternels atermoiements.
Son alter ego, le fantastique personnage du Fou, le talonne de très près quant à la fascination qu’il exerce.
A eux deux, ils incarnent une multitude d’avenir possibles, ce qui nous soumet à des pages et des pages presque métaphysiques.
Les tomes s’enchaînent, très différents les uns des autres, parfois dans l’action pure, souvent cérébraux, toujours frustrants : le découpage de l’édition française scinde en deux chaque tome en VO, c’est super énervant, au niveau du porte-monnaie aussi.
Après le tome 6, qui constitue une fin en soi, on passe aux 35 ans de notre héros, et on repart pour de nouvelles aventures, avec pas mal de nouveautés.
Mais arrivée au tome 10, j’ai ressenti une certaine lassitude envers l’action qui se traîne un peu, chaque mouvement pesé, considéré, expliqué et remis en perspective… J’ai perdu un peu de la magie qui m’enchaînait aux pages, qui me faisait boire des litres de tisane « pour faire comme Fitz »…
En même temps c’était juste pas possible de ne pas pousser jusqu’à la dernière phrase de l’épilogue (qui est : « Je n’en demande pas davantage. »), et donc j’ai tenu bon.
Las, les 2 derniers tomes ne m’ont pas fait revenir sur ma déception, et c’est finalement un peu écœurée que j’en termine avec Fitzounet.
13 tomes, c’était un peu trop.
Les 10 premiers pourtant, m’ont isolée du monde plus sûrement que les meilleurs bouchons d’oreille, c’était inutile de me parler, j’étais loin.
Il faut juste savoir s’arrêter à temps, parfois….
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22.04.2006
Toujours le même plaisir

Quai Voltaire, 2005
Il s’agit en fait du second roman de Richard Russo, écrit en 1988, et seulement traduit l’année dernière en France. De fait, on se retrouve immédiatement en terrain familier, dans cette petite ville imaginaire de Mohawk.
Quand Ned Hall nait en 1947, son père revient juste de la guerre après avoir débarqué en Normandie, et a l’impression que la grossesse a duré à peine une semaine. Ce qu’il veut, lui, et de façon permanente et durable, c’est boire, courir les filles et jouer aux courses. Sa femme, constatant qu’il ne se calmera pas, s’en sépare et élève seule le petit Ned.
Seulement quand elle traverse une grave dépression et doit être hospitalisée, Sam Hall héritera d’un fils de 10 ans qu’il a vu une fois.
Mais à Mohawk Sam est une figure, et à sa traine le P’tit Sam va se coltiner la vie selon l’angle de vue très middle-class mais néanmoins hautement réjouissant d’un gamin de l’Amérique des années 60 …
Encore une fois c’est savoureux du début à la fin, Sam est un Sully aussi tête de cochon que charmeur, Ned un mignon petit mou, et on ne peut qu’aimer la galerie de personnages qui leur gravitent autour. Que l’on aille à la pêche aux poissons ou aux balles de golf perdues, que l’on chaparde dans les magasins ou qu’on rencontre le premier Marxiste par instinct, à aucun moment on ne lit, en fait, on est partie prenante de l’aventure, et on a complètement oublié ces histoires de morale, de il faudrait ou ne faudrait pas.
A noter qu’on ne prend pas encore de leçons de conduite ici, par contre on a déjà notre personnage qui collectionne les insolites, les coquilles et bizarreries.
Enfin depuis quelques jours je réponds à toute question par « Eh ben ? », et me demande bien quelle est l’expression exacte traduite ainsi. « so what ? » Si quelqu’un a le livre en VO, j’aimerais vraiment savoir !
« J’ai opiné. Splendide journée en effet.Le premier jour du reste de nos vies, a poursuivi Mme Ward, en s’asseyant sur la troisième chaise. J’ai entendu ça quelque part et ça m’est resté dans la tête. Voilà comment il faut regarder les choses, surtout les vieilles.
- Absolument, ai-je dit.
- Tu vois ? a dit Mme Ward à sa fille. Il n’y a que toi pour jouer les rabat-joie.
- Je ne rabats rien du tout, maman. Je suis réaliste, c’est tout.
- Une affreuse réaliste. Dieu merci monsieur… n’a rien d’un réaliste, sinon il ne mangerait pas avec autant d’appétit.
Nous avons mangé avec beaucoup d’appétit jusqu’à ce que Tria, pour oublier peut-être son affreux réalisme, remarque que les kiwis étaient merveilleusement bons.
- « Absolument » ai-je dit en me jurant de ne plus utiliser cet adverbe pendant au moins une demi-heure. Et en me demandant lesquels de ces fruits étaient des kiwis.
Il s’est ensuivi un long moment pendant lequel nous paraissions nous rendre compte qu’il serait difficile de poursuivre une conversation normale. Nous étions sur une scène et, l’un de nous ayant laissé passer sa réplique, nous ne savions plus à qui revenait la prochaine. Nous avions l’air de songer, que, peut-être, ce brunch était une mauvaise idée dès le départ, et nous puisions dans nos coupes avec un intérêt renouvelé, comme si le kiwi et les fruits de la passion allaient naturellement nous sauver du naufrage.
- Quel bonheur d’être vivant par une si belle journée, a dit Mme Ward.
- Absolument. »
Traduction de Jean-Luc Piningre
471 p.
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20.04.2006
Vignettes magiques

Récit
Stock, 2003
Tout commence par une lettre que Sophie Fontanel adresse à celui qu'elle aime, qui ne sait pas la recevoir. De là elle nous fait part d'anecdotes, de réflexions, d'aphorismes, de paroles rapportées, toutes concernant l'amour. C'est construit avec une succession de phrases, c'est prenant en diable, on relit beaucoup, on tente de comprendre, on approuve, on rapproche les esquisses à des gens identifiés... ça touche. Enfin, moi, ça m'a beaucoup touchée. Ce n'est pas long, et pourtant j'ai mis longtemps à le lire, je ne pouvais pas enchaîner tout à la suite, il me fallait digérer, réfléchir.
Ca se termine par "Alors tu vois". Je vois. Et je suis contente.
"Je l'ai fait, une fois. Prélever délicatement une chips du bol. La porter à mes lèvres. Mettre la chips dedans. Ne pas croquer. Laisser fondre au contraire, alors que je n'aime que ce qui croustille. Puis avaler, en douceur, sans trop déglutir. Tout ça pour ne pas faire de bruit. Tout ça parce qu'à coté de moi, dans ce lit, il y avait cet homme qui dormait."
"Je ne peux pas juger les gens sous prétexte qu'ils restent à leur niveau. Moi, je monte trop haut, mais il n'y a pas de quoi être fière : c'est par peur du réel. Donc, je n'ai pas le droit de juger.
Je vais me gêner."
"Il en manque : Sais-tu ce qu'est une carence ? Je vais te dire ce que c'est. c'est plus terrible encore que tu ne penses. Y as-tu déjà seulement songé ? Alors écoute, et dis-moi si ça n'est pas le pire qui puisse arriver à un être humain. c'est : on te témoigne de l'amour, et ça te parait aussitôt disproportionné. Tu comprends ?
La force avec laquelle je comprends, c'est ça le pire."
"Au départ, il comptait se draper dans son malheur. Mais avec un mouchoir, tu ne vas pas loin."
126 p. (en J'ai lu)
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18.04.2006
King aime la littérature populaire de qualité
Stephen King - Ecriture, Mémoires d'un métier 
Albin Michel, 2002
Voici un essai, dans lequel Stephen King se livre avec beaucoup d'honnêteté et de sincérité. Pas tant sur sa vie privée même si ça et là il nous distille quelques anecdotes, mais essentiellement sur l'acte d'écrire.
Et il ne se contente pas de conseils abscons, mais éclaire ses propos d'exercices, d'exemples, et pousse jusqu'à l'édition, les agents, ainsi que tout un tas de détails.
Aussi, si vous vous sentez une âme d'écrivain, foncez sur Ecriture, vous en sortirez munis de précieux enseignements sur les habitudes littéraires d'un écrivain aussi décrié que reconnu, mais surtout, vous serez gonflés à bloc et débordants d'envie de création.
Mais si, à mon exemple, vous êtes lecteur devant l'éternel, jetez-vous dessus quand même. Vous n'aurez plus jamais la même vision des adverbes, vous aimerez Stephen King encore plus, et vous aurez passé un très bon moment.
La cerise sur le gâteau : Il aime lire, dévore même. D'ailleurs voici ce qu'il en dit :
"Se retrouver sans voix et paralysé, autrement dit ratatiné, devant la combinaison d'une grande histoire et d'une écriture magistrale est une expérience indispensable à la formation de tout écrivain. Vous ne pouvez espérer emporter quelqu'un aussi totalement par la force de votre texte si vous n'avez pas vécu la même chose comme lecteur."
Il nous donne aussi une liste de livres qu'il a lus et qui ont eu un effet sur lui dans les années 96-2000, et j'y retrouve pas mal de mes propres lectures, me confortant encore dans l'idée que Steevie et moi, ça roule....
Traduction de William Oliver Desmond
380 p.
Un excellent billet de Gaëlle à ce sujet
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15.04.2006
La thaumaturgie par excellence
Richard Powers – Le Temps où nous chantions

"Ca nous traverse, et nous réordonne"
Ne cherchez plus ce que vous allez lire, c’est ce roman ci et plus un autre, c’est fini.
Il a tout, il est prodigieux. Dieu sait que je m’emballe facilement, mon panthéon d’écrivains est déjà bien rempli, mais celui-ci m’a mise à genoux, je suis laminée, l’herbe ne repoussera plus jamais après Richard Powers.
Bien évidemment vous devrez l’acheter, on n’emprunte pas un tel chef-d’œuvre, et en plus vous le relirez, vous qui, comme moi, n’aimez pas ça en général.
De toute façon une seule lecture serait une hérésie pure et simple, c’est la mise en bouche, l’histoire prise au premier degré, le cœur qui bat, chante, danse, pleure, rit, s’ouvre, se ferme et se soulève pour la famille Strom, sur soixante ans d’histoire américaine.
Je ne parle pas du reste, les deux sujets de fond, le racisme et la musique, pour en savoir plus sur le contenu du roman, la très belle critique de François Busneldans le magazine LIRE
Le Temps ne s’écoule pas, il est, et comme la boucle qui unit Délia, David et le petit Ode, on se retrouve au point de départ, époustouflés.
Que quelqu’un puisse écrire un truc pareil est miraculeux. Heureusement que ça n’arrive pas tous les jours, mon cœur ne tiendrait pas le coup. Et un grand coup de chapeau aussi à Nicolas Richard, qui signe là une traduction enchanteresse.
"Mais en fin de compte, personne ne voit les autres. C’est notre tragédie et c’est ce qui, en définitive, nous sauvera peut-être. On ne se guide que d’après les points de repère les plus grossiers. Continuez tout droit jusqu’à atteindre « désespoir ». Arrêtez-vous à « oubli total », faites demi-tour, et vous y êtes."
Traduction de Nicolas Richard
763 p.
Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (83) | Tags : musique, racisme, richard powers, merveille
14.04.2006
Je m'entiche de Mulisch
Harry MULISCH - La découverte du ciel
Gallimard, 1999 
On rapproche parfois Harry Mulisch de Thomas Mann, et j'avoue que ce n'était pas pour me donner envie au départ, mais finalement je vais peut-être me lancer dans La montagne magique un de ces jours....
Il existe bel et bien un Chef, dans le ciel. Il veut récupérer le contrat qu’il avait signé avec Moïse, en gravant de son doigt les tables de la Loi, avant le début du 21° siècle. Charge à un de ses anges de faire naître la personne capable de s’acquitter de cette mission, en 4 générations maximum.
Mais pour créer un tel être, il y a des conditions à réunir, son hérédité à considérer soigneusement, et c’est avec Max et Onno que nous faisons très vite connaissance.
Ils se rencontrent en 1967, ils ont tous deux 33 ans, et dès leur premier contact s’établit entre les deux hommes une fraternité totale : ils se jaugent et se reconnaissent au-delà des mots. Malgré leurs nombreuses différences, ou grâce à elles, ils vont vivre une amitié intense et magique, chacun intégrant complètement la personnalité toute entière de l’autre, jusqu’à pouvoir anticiper leurs réactions mutuelles. Viendra s’ajouter Ada, mère du missionnaire.
Et c’est 19 années foisonnantes en tout genre que nous allons vivre avec eux…
C’est mission impossible de tenter d’en raconter plus ou de seulement évoquer en quelques mots toute la richesse de ce roman. Il est foisonnant de milliers de choses, et bien que l’ayant lu très attentivement, je suis passée à côté de bien des aspects.
Très vite, on est séduits et subjugués par les personnages, dès lors, totalement captifs, on ne peut que se laisser couler dans leur histoire, notant au passage le réseau de coïncidences qui se renvoient en permanence les unes aux autres.
L’intrigue est riche, basée sur l’amitié de ces deux hommes, elle ne manque pas d’humour, et sait alterner les passages plus lents avec de véritables énigmes haletantes. Il y règne aussi une amoralité assez permanente qui fait partie intégrante de son pouvoir de fascination.
Et puis, bien sûr, il y a les innombrables points d’histoire, de science, de religion et de philosophie qui sont évoqués ou développés tout au long de ces 683 pages. Certains sont totalement fantaisistes ou trop nébuleux pour des néophytes, d’autres très accessibles, mais aucun n’est rebutant.
Le tout pourrait se résumer par la théorie de Protagoras : L’Homme est la mesure de chaque chose. Harry Mulisch doit être particulièrement grand…
Traduit du Néerlandais par Isabelle Rosselin
Avec la participation de Philippe Noble
683 p.
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13.04.2006
Des heures de bonheur
Richard Russo
Photo Hannah / Opale, Juin 2005
Traductions de Jean-Luc Piningre
Me manquent les commentaires pour Un homme presque parfait (1995), dont j’ai malheureusement vu l’adaptation ciné, que j’ai trouvée tellement bonne que toute envie de lire le roman par après m’a quittée. On ne passe pas après Paul Newman, mon imagination reste bloquée dessus… Et son dernier, 4 saisons à Mohawk, que j’ai – enfin – entre les mains, donc ça ne saurait tarder.
Un rôle qui me convient
Quai Voltaire, 1998
William Henry Devereaux a cinquante ans, et est directeur par intérim du département de lettres d'une petite université de Pennsylvanie. Il s'est construit un réseau de solides inimitiés, tout autant qu'il inspire de vives sympathies : il ne sait jamais lui-même ce qui va sortir de sa bouche, ayant élevé l'art de la répartie moqueuse au rang de seul réponse possible. Il charrie tout et tout le monde, et on ne sait jamais si c'est du lard ou du cochon. C'est le genre de personnage hyper attachant qu'on déteste autant qu'on l'aime. Dans un imbroglio de possibilités quant à l'avenir bureaucratique de son université, il décide sur un coup de tête de menacer de tuer une oie par jour tant qu'il n'obtiendra pas son budget pour la rentrée prochaine. Cela sera fortement médiatisé, et ses journées seront extrêmement remplies, entre ses cours, ses parents, sa fille et ses problèmes de santé....
430 pages de pure ironie, qui expriment en même temps aux petits oignons l'atmosphère d'un certain milieu, et ne se dérobent pas quant aux questions existentielles de la cinquantaine. Le plus admirable étant vraiment la vision d'ensemble qui parvient à se dessiner derrière les petits actes de chacun. Pas une ligne n'est à sauter, je suis totalement sous le charme de la plume de Richard Russo. Caustique et bon enfant, je l'imagine ricanant et débordant d'amour... Quoi de mieux ?!...
430 p.
Le déclin de l'empire Whiting 
Quai Voltaire, 2002
Un bonheur de lecture du premier au dernier mot. Richard Russo installe tout tranquillement ses personnages, situe l'action d'une façon magistrale, nous plonge à merveille dans l'ambiance kitch d'une petite ville mourante des Etats-Unis. Et quelle galerie de personnalités hors normes ! Ils sont tous très attachants et complètement faillibles. Ici pas de méchant qu'on déteste, les mauvaises actions ou les faiblesses des uns et des autres trouvent leur pendant dans leur vie que l'on déroule, il est difficile d'en vouloir à quelqu'un quand on comprend ce qui l'a amené là où il en est.
Il est amusant de constater la légère obsession de l'auteur quant aux auto-écoles, dans ses trois premiers livres on retrouve la même histoire de moniteur plus ou moins améliorée…
Richard Russo a beaucoup de points communs avec Russell Banks. Là où il lui manquerait peut-être la finesse de l’analyse, il compense avec bonheur par un sens de la dérision très plaisant.
Je vous conseille très très fortement ce prix Pulitzer 2002, qui va vous emmener pour longtemps à Empire Falls....
522 p.
Le phare de Monhegan et autres nouvelles
Quai Voltaire, 2004
Richard Russo n'est pas un auteur idéal pour les nouvelles, à mon goût. Autant sur un pavé il sait à merveille planter gentiment et progressivement le décor, autant ça fait flop sur une trentaine de pages. Ce n'est pas suffisamment incisif, comme une impression de tourne-autour sans jamais mettre le doigt là où il faudrait. Ma métaphore est totalement foireuse, l'impression que j'ai eu tout au long de ma lecture en fait c'est une mélancolie tristounette, et pas celle qui vous berce l'âme, qui fait gentiment mal, non, celle du dimanche soir à l'heure des génériques TV, qui vous fait sentir médiocre et instable. Et je n'aime pas ces sensations. D'ailleurs même la nouvelle qui deviendra par la suite Un rôle qui me convient, n'a pas le dixième de l'humour du roman. Je ne suis même pas allée au bout de la dernière nouvelle du recueil, pour vous dire ....
267 p
Tiens je tombe sur une interwiew où il parle de Russell Banks :
"RR: We occupy a lot of the same geographic territory.
Not a lot of laughs in Russell Banks’ books. He’s another writer, when I read him his vision seems as every bit as true as mine. I read through his eyes about a place that I know and would see entirely differently left to my own devices. But when I’m reading him I am not left to my own devices..."
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09.04.2006
A lire sans modération
Monique PROULX
John FOLEY / Opale 2002
Les Aurores Montréales
Boreal compact, 1998
Recueil de 27 nouvelles, les Aurores Montréales parle de Montréal à travers la multiplicité de ses habitants. L'écriture est brillante, bluffante, les dénouements souvent innatendus, le ton général impressionnant. Je savais que j'allais aimer Monique Proulx à travers toutes les critiques que j'ai pu en lire, je ne m'attendais pas pour autant à prendre cette claque au visage. C'est excellent !
Ma nouvelle préférée c'est Rouge et blanc, qui est une lettre qu'une jeune femme inuit adresse dans l'absolu à la déesse Aattaentsic, au sortir d'une tentative de suicide. 3 pages et demies, qui disent tellement de choses de plus que les mots. Par exemple :
"Je veux nous voir comme ils nous voient. Je veux mettre leurs yeux froids dans mes yeux pour regarder ce que nous sommes devenus, sans ciller et sans m'effondrer. [ ...] Je veux voir avec leurs yeux comment ils arrivent à nous condamner au lieu de nous plaindre."
Peut-être aussi Fucking bourgeois. Parce qu'elle est remplie d'élégance et de raffinement, et injuste dans son final. Toutes ces descriptions gastronomiques m'ont donné l'eau à la bouche, c'est puissamment évocateur.
Sans oublier Madame Bovary, qui est très forte, très caustique, et démontre une fois de plus les dangers de l'imagination.
Bref, toutes ces nouvelles sont passionnantes, actuelles, fines, et Monique Proulx vient d'entrer dans mon panthéon. A lire !!
239 p
Le cœur est un muscle involontaire 
Boreal Compact, 2002
Montréal, dans les années 2000, Florence aime Zéno. Jeunes associés, ils créent des sites web pour des artistes soucieux d’étendre leur popularité. On ne peut imaginer personnalités plus dissemblables. Zéno est charmeur, beau-parleur, fou de son chien et lecteur vorace. Florence est froide, indifférente à tout ce qu’aime son patron et ex-amant. Elle "ne tolère pas l’arrogance pesante des livres. Dans un livre de 300 pages, il y a toujours 250 pages de trop". Les chiens ça pue, et les gens ça gêne. Pourtant, ces deux-là sont inséparables et se comprennent en deux coups de smileys.
Pierre Laliberté « est cet écrivain mythique dont personne n’a jamais aperçu le visage, qui vit reclus comme un lépreux alors que les honneurs se ternissent et s’érodent à l’attendre. »
Zéno l’adule comme des milliers d’autres.
Par un concours de circonstances, c’est Florence qui va se charger de le chercher, et une curieuse relation va s’établir : à sa façon unique, il va lui montrer le chemin de la vraie vie.
Construit un peu comme un polar, ce superbe roman est un enchantement de bout en bout. L’écriture de Monique Proulx est irréprochable, pas un mot de trop, des phrases qu’on voudrait relever par brassées, une action rythmée et du sens, un important message derrière tout ça. Il m’aurait juste fallu avoir déjà lu Réjean Ducharme pour appréhender correctement le personnage de Laliberté, retrouver son univers, ce sera l’occasion d’une relecture gourmande une fois ceci réparé.
« Ca semble peu, mais c’est énorme. A vrai dire, on n’a besoin de rien d’autre. Pour affronter n’importe quoi, on a besoin de rien d’autre que de cette illusion, de temps en temps, que notre vie importe à quelqu’un qui ne nous connait pas. »
« Les transitions sont des moments dangereux qui nous perchent au milieu de rien, désintégrés par la perte de l’instant fort auquel on s’était habitué et l’inexistence de celui qui suivra (manger ? travailler ? pleurer ?). C’est sûrement dans les transitions que les dépressifs sombrent dans la dépression, les criminels dans le crime, et les artistes dignes de ce nom dans des illuminations qui bousculeront leur vie et celle des autres. »
« Je ne bois pas, je ne vois rien, je ne suis pas son genre de femme à peloter ou à séduire, bref, que reste-t-il à espérer de la situation ? Je parle pour lui, bien sûr. Moi, j’attends tout, puisque je n’ai rien à offrir. »
399 p.
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01.04.2006
Toru ne s'étonne de rien
Haruki Murakami - Chroniques de l'oiseau à ressort 
Seuil, 2004
Commencer à lire ces chroniques, c'est pénétrer dans un univers tout à fait unique !
Toru Okada est un jeune homme parfaitement anodin en apparence, chômeur au foyer, il s'occupe petitement durant la journée, en attendant le retour du travail de sa femme, Kumiko. Ils habitent une petite maison louée par son oncle, dans une banlieue tranquille de Tokyo.
Un jour, alors qu'il se fait cuire des pâtes, le téléphone sonne, et une voix féminine lui demande 10 mn de son temps afin de mieux se comprendre....
A partir de là, petit à petit, toute la vie de Toru va basculer, comme dans un univers parallèle, sans jamais lâcher totalement prise avec la vraisemblance, tout en s'éloignant concentriquement....
C'est littéralement envoûtant. Ca foisonne de mille histoires tissées les unes dans les autres, dans des registres très différents.
L'écriture de Murakami est magistrale, capable de nous horrifier complètement pour nous désarçonner juste après, ou nous faire ressentir toute la langueur de certaines journées au soleil...
Jeu de piste à travers les dimensions, on se délecte de chaque mot, chaque phrase, chaque histoire, y plongeant avec tant de volupté qu'il est franchement difficile de démêler le sens final, d'expliquer tous les points un à un.
L'oiseau à ressort c'est vraiment ce genre de livres pour lequel une seule lecture ne suffit pas, et à la limite il faut le lire à plusieurs pour confronter ses opinions étape par étape.
J'ai beaucoup aimé aussi les expressions récurrentes, délicieusement surannées "en voilà bien une autre !" pour marquer la surprise et "elle est bien bonne !" la stupéfaction.
Aussi de tomber sur les paroles de Simon & Garfunkel au détour d'une page, sans oublier certains passages à la portée philosophique.
Quand on lit l'oiseau à ressort, c'est la personnalité de Toru qui donne le ton, à son instar on prend les évènements avec le plus de placidité possible, on les inclut dans la normalité. Mais bien obligé de cogiter, après, pour relier le tout !...
Traduit du japonais par Corinne Atlan avec Karine Chesneau
742 p.
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