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30.05.2006
Antoinette a toute sa tête
Irène Némirovsky - Le Bal 
Grasset, 1930
1928, les Kampf sont devenus riches, à la faveur de boursicotages. La mère, Rosine, rêve de faire partie de la haute société, le père suit, personnage effacé ayant épousé la secrétaire du patron chez qui il était petit employé. Antoinette, 14 ans, étouffe sous le manque d'affection de sa mère, ses remontrances permanentes. On décide de donner un grand bal, d'en mettre plein les yeux, à la façon "nouveaux riches". Antoinette est de corvée d'invitation, avec sa belle écriture, profitant ainsi du bavardage de ses parents. Seulement voilà, elle n'aura pas le droit de participer à ce bal, Rosine ne pouvant supporter d'afficher avoir une fille déjà si grande, une rivale potentielle... Alors Antoinette se vengera, sans préméditation, d'une façon glaçante....
120 pages pures comme un diamant, une plongée parfaite dans la tête d'une jeune fille rejetée, une claque incroyable pour l'époque.
Irène Némirovsky écrit ici un soufflet terrible pour sa mère, petit roman écrit d'un jet entre 2 chapitres d'un autre, largement puisé dans sa propre vie...
A lire !
120 p.
* Suite française est aussi à lire absolument !
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : 1928, bal, adolescente, vengeance
27.05.2006
Meilleur roman suédois de ce siècle, excusez du peu.
Vilhelm Moberg

La Saga des émigrants
Traduit du suédois par Philippe Bouquet
Editions Gaïa, 1999-2000
Tome 1 - Au pays
Suède, Smaland, paroisse de Ljuder, 19° siècle. Le 4 Avril 1850, 16 personnes quittent tout ce qui a fait leur vie depuis toujours pour se lancer à l'assaut de l'Amérique. Elles ont chacune leurs raisons, et c'est tout l'objet de ce tome 1 que de nous présenter un à un ces individus. Celui qui a eu cette idée le premier est Karl Oskar Nilsson, petit fermier, 27 ans, 5 enfants dont 2 décédés et un 6° en route. Il jette l'éponge en constatant la vacuité de ses efforts avec les cartes qu'il a en mains en Suède pour faire fructifier sa ferme. L'accompagneront, outre sa femme Kristina et leurs enfants, son jeune frère, Robert, un fermier qui fuit sa femme, et l'oncle de Kristina avec sa petite communauté et son valet. Cet oncle a vécu une renaissance dans le Christ, et c'est en tant que gourou qu'il fuit la doctrine de l'Eglise Evangélique luthérienne, religion d'état.
C'est toujours excitant de se lancer dans le premier volume d'une longue saga, et je suis charmée dès le départ. La Saga des émigrants a été élu meilleur roman suédois de ce siècle, et s'il lui fallait encore une autre recommandation, j'évoquerais la fluidité de la lecture. Par petits chapitres courts, Vilhelm Moberg raconte à la façon des conteurs d'autrefois au coin du feu à la fois les dures réalités de la vie quotidienne des personnages, mais aussi la situation politique, économique, sociale et religieuse de la Suède de l'époque, ainsi que les anecdotes se colportant de hameau en hameau.
On ne s'y croirait pas, on y est, et c'est drôlement jouissif d'avoir encore 7 tomes à parcourir....
314 p.
Tome 2 - La traversée 
Dix semaines de traversée, voilà ce que raconte ce deuxième tome.
Dix semaines éreintantes, remplies d'embûches, où la foi vacille pour tout le monde. D'interrogations pratiques en constatations effarées, le scorbut et le mal de mer sévissent et l'espoir se ternit. L'Amérique sera-t-elle à l'Eldorado attendu ? L'atteindre est pourtant une grande joie pour nous lecteurs, surtout après la frayeur des dernières pages.
Vilhelm Moberg fait parler les voix intérieures de chaque personnage tour à tour, et elles sont toutes pleines de bon sens. On partage leurs questionnements, on se sent vraiment partie prenante de l'histoire. De jolis moments de rigolade aussi, avec par exemple la découverte de l'écriture phonétique pour Robert. Déjà cependant, certains rappels font un trop répétition et c'est là le seul point un peu embêtant !
267 p.
Tome 3 - Le nouveau monde
Un petit tome intermédiaire où l'action n'est pas impétueuse. Arrivés à New York, après 3 jours de quarantaine ils s'organisent pour atteindre le Minnesota, par trains et bateaux à vapeur. C'est l'occasion de se pencher plus précisément sur la famille de Karl Oskar et Kristina, de partager encore leurs craintes et leurs désagréments. Car le voyage n'est évidemment pas de tout repos, le choléra fait rage et le pays n'est pas l'image luxuriante qu'ils avaient en tête. Où on laisse aussi une fois pour toute derrière soi aussi son passé suédois, où chacun se place sur un pied d'égalité. On les quitte sur le Mississipi prêt à fouler enfin le sol où ils vont s'établir...
Histoire de ne pas juste résumer en 3 phrases ce tome dont la lecture est toujours aussi plaisante, je vais partager avec vous mon étonnement de trouver cette phrase :
"Le long navire chargé de bois, là-bas, était norvégien - c'est à dire à moitié suédois, puisque les deux pays avaient le même roi. Mais il ne fallait pas dire cela aux Norvégiens, si on ne voulait pas recevoir un coup de boule."
Ce n'est pas la petite pique humoristique qui me surprend, mais bien l'usage de l'expression "coup de boule". J'avais l'impression que c'était une image moderne, comme quoi...
248 p.
Tome 4 - Dans la forêt du Minnesota 
Les voilà enfin arrivés à destination ! Tout un tome nous racontant en long, en large et en travers les mille et une choses à décider, faire, construire, pour que chacun se choisisse un coin "à lui" et s'établisse au plus vite avant le début de l'hiver.
La méthode "squatters", le voisinage des Indiens qui intriguent tout autant qu'ils font peur (l'almanach fabriqué par Robert : un régal !), la faune, la flore, l'organisation, la naissance du petit dernier et le choix d'un mari pour la Joyeuse : c'est un tome très riche et passionnant, qui nous attache fortement aux personnages, Kristina la nostalgique de sa Suède en tête.
Il se passe d'ailleurs tellement de choses qu'on ne peut que s'esclaffer lorsque Karl Oskar écrit à sa famille :
" Je n'ai rien d'importan à écrir, il ne nous est rien arrivé de particulier depuis la dernière fois."
Pour autant tout est loin d'être rose ou facile, et nous quittons nos troupes au printemps suivant leur arrivée, alors que le travail des terres va commencer.
Bien hâte de lire ça !
380 p.
Tome 5- Les pionniers du lac Ki-Chi-Saga
Et voilà qu'une véritable petite communauté se crée ! De nouveaux pionniers suédois s'installent, on fait connaissance, on parle de construire une école, une église, on se reçoit... La forte influence de la religion perdure, Kristina est souvent partagée entre ses convictions religieuses et son discernement personnel. La petite vie continue et au fil des années, l'installation se fait plus intense, plus épanouie, mais je regrette que les enfants soient totalement laissés au second plan, j'aurais aimé avoir des détails sur la vie de tout ce petit monde, individuellement !
En couverture des Editions Gaïa, Ulrika et son chapeau et Kristina au fichu, c'est agréable de mettre un visage sur ces deux personnages de femme qui ont su passer outre leurs conditions respectives pour nouer une solide amitié.
Un petit passage amusant aussi relatif aux émigrés irlandais :
"Il questionna Karl Oskar à leur sujet et celui-ci lui répondit que les Irlandais étaient un peuple différent des Suédois, en dehors de la couleur de leur peau. Ils étaient coléreux, toujours fâchés les uns avec les autres et avec les gens des autres pays, et aussi prompts à se battre que peu désireux de travailler. Mais l'anglais était leur langue maternelle à eux aussi, et ils n'avaient pas de mal à s'en tirer, en Amérique."
263 p.
Tome 6 - L'or et l'eau 
Un sixième tome aux accents déchirants, où l'on a enfin des nouvelles de Robert. C'est une silhouette métamorphosée qu'aperçoit un jour Karl Oskar, et le mutisme de ce frère revenu de sa ruée vers l'or ne va pas améliorer le peu de confiance qu'il lui accordait. Heureusement l'oreille gauche de Robert nous racontera, à nous lecteurs, toute son aventure, et c'est le cœur d'autant plus lourd que nous assisterons à la reprise de la vie commune en famille. Son épopée est tellement bouleversante, qu'on a presque peine à continuer à s'intéresser aux petits riens quotidiens de nos pionniers. Ils passent de toute façon complètement au second plan, même si on pressent que Kristina en a vraiment marre d'être si souvent enceinte et qu'elle s'use à la tâche.
Un tome qu'on referme en ayant vraiment vécu en empathie sur la California trail, assez dur...
278 p.
Tome 7 - Les épreuves du citoyen
Les années passent et voici déjà 12 ans que les Nilsson sont installés en Amérique. Ils ont reçu leurs documents officiels et sont devenus des citoyens américains à part entière. Ils font l'expérience d'élire leur président, de voter pour la toute première fois. C'est d'ailleurs l'occasion de quelques anecdotes amusantes, certains pionniers se laissant griser par l'accomplissement de ce geste si chargé de sens. Mais ils font aussi l'apprentissage des devoirs inhérents à leur nouvelle condition, et quand la guerre éclate, Karl Oskar se sent obligé de répondre à l'appel de Lincoln...
Leur ferme a bien prospéré, mais le travail incessant qu'il a pour cela fallu fournir à usé notre couple. Kristina notamment, à 37 ans, en parait beaucoup plus et elle est épuisée. Le joug de sa foi ne s'est en rien relâché et elle subit énormément de pression interne, écartelée entre ses désirs profonds et ce qu'elle croit être son devoir de chrétienne. Elle découvre pourtant avec beaucoup de plaisir l'aide immense que peut apporter la technologie.
Dans ce tome en fait, maintenant que le gros de l'excitation et de l'installation est passé, on pressent la fin de notre saga et déjà le cœur se serre.
276 p.
Tome 8 - La dernière lettre au pays natal 
Et voilà comment se termine cette saga, par une dernière lettre au pays natal, et quelle lettre ! Avant que Karl-Oskar ne se remémore toute son aventure depuis son enfance suédoise, il nous faudra passer par deux évènements terribles, bien que très différents. La dernière grossesse de Kristina, et la révolte des Sioux. J'avoue que ces deux éléments liés m'ont franchement remuée, je n'étais pas habituée à de telles descriptions de la part de Moberg qui restait jusqu'à lors beaucoup plus soft.
J'ai relevé deux petits épisodes amusants, d'abord ce passage :
"Il tint particulièrement à alerter ses paroissiennes : moins douées par la nature quant aux choses de l'esprit, la femme était plus facile à émouvoir et à convertir que l'homme et elle était donc une proie plus facile pour tous ceux en quête de prosélytes."
Haem haem
Et Jonas Peter qui raconte son histoire prohibée jusqu'au bout ! Incroyable ! C'est comme si le barde dans Astérix se produisait en concert à Bercy !!
Par contre la série s'achève avec beaucoup de justesse, et c'est l'esprit en paix qu'on referme la dernière page, nos adieux ont été faits dans les règles.
280 p.
Alors quel bilan tirer de la lecture de ces 8 précieux tomes ?
D'abord, c'est absolument un incontournable. Non, ça n'a pas été déjà vu ou lu ailleurs, c'est une page de l'histoire de la Suède, qui, si elle est romancée pour nous permettre de nous attacher aux personnages fictifs, n'en reste pas moins très documentée et explicative.
C'est aussi le point de vue des émigrés exclusivement, et à ce titre je ne crois pas qu'on puisse reprocher à Moberg sa vision par trop simpliste du sort des Indiens. Ce serait l'occasion d'un tout autre livre, on ne peut présenter objectivement des évènements quand on se place dans une optique sentimentale. Ce que je veux dire c'est que c'est un choix délibéré de sa part, je pense.
Enfin, je veux rendre hommage quand même au traducteur car ce n'était vraiment pas évident de rendre en français le dialecte anglo-suédois que baragouinent nos émigrés après des années aux USA, notamment les tournures américaines qui sont bien respectées, je trouve.
Lancez-vous, vous ne le regretterez pas ! (Le seul hic, c'est qu'après vous aurez un peu de mal à vous intéresser à une autre lecture, envoûtement persistant...)
Merci à Flo pour la découverte de cette saga !
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : suède, émigration, saga, moberg
24.05.2006
Un peu de science-fiction ?
James Lovegrove – Days 
Editions Bragelonne, 2005
Days est un gigastore, probablement le plus beau au monde, (quoi que tout au long du livre entre parenthèses on hésite à ce sujet), en tout cas le premier. Il a vu le jour grâce à la puissance de la volonté de son créateur, Septimus. Pour feu ce dernier, 7 est un chiffre magique, qui assure l'équilibre en toutes choses; Logiquement, il a donc construit son gigastore en fonction de ce chiffre, a eu 7 fils, qui portent chacun le nom du jour de la semaine où ils sont nés, et assurent ensemble sa succession. Le hic c'est qu’eux sont moins convaincus de l'importance du 7, et apportent petit à petit des modifications, qui, pour être mineures, ne mettent pas moins en péril l'édification paternelle. Ainsi, Franck Hubble de la sécurité tactique, va se trouver mêlé de très près à une attaque terroriste toute droite déclenchée par l'inadvertance des 7 frères...
J'ai eu beaucoup de plaisir à faire une incursion dans la science-fiction "soft". En effet, pas de vaisseaux spatiaux et autres noms de planètes imprononçables ici. Juste une vision à peine poussée et néanmoins très caricaturale de notre société de consommation, où la couleur de notre carte bancaire reflète tout notre statut social, où le bonheur c'est d'avoir, de l'avoir plein nos armoires, comme disait Alain. Et ce qui fait particulièrement froid dans le dos, c'est de pouvoir reconnaître certains de nos propres mauvais penchants dans la description précise et détaillée de la fièvre qui s'empare même des plus modestes à l'évocation d'une bonne affaire...
Un très bon roman !
Traduction (GB) de Nenad Savic
318 p.
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23.05.2006
Agopapap !
Lawrence Block

Grâce à la liste de Cathe, (merci encore !) me voici lancée dans la série des Matt Scudder par le début. Petit truc bien énervant, dans chaque tome on a droit à la même explication sur sa démission de la police, et à la présentation sommaire des mêmes personnages. Du coup on connait tout ça par coeur !
Donc il a démissionné de la police assez récemment, (nous sommes dans les années 70) après avoir tué par accident une petite fille. Il est divorcé, père de deux fils qu'il voit très peu. New-Yorkais jusqu'au bout des ongles, il boit trop. Jamais décrit physiquement, c'est au travers de sa personnalité qu'on apprend polar après polar à le découvrir, à l'aimer.
Les péchés des pères
Seuil, 2000
Wendy Hanniford a été tuée par son colocataire, qui s'est donné la mort après son arrestation. Le père de la jeune fille embauche Scudder pour lui dresser un portrait des deux jeunes gens, pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer. Morceau par morceau, se dessine un puzzle morose, qui tourne autour des pères, de tous les pères.
Ah l'ambiance est morose. Pas franchement noire, ni grinçante, on n'a pas le coeur à la rigolade encore, on se remet doucement à chercher du sens à la vie, on verse 10 % de ses gains aux églises, on participe au grand jeu de la corruption à tous les étages.
Mais j'ai confiance, Matt ne va pas en rester là. Hein, non ?
Traduction (USA) de Robert Pépin
189 p.
Tuons et créons, c'est l'heure 
Editions du Seuil, 1996
Un ancien indic passe un marché avec Matt : il lui passera un coup de fil chaque semaine pour confirmer qu'il est toujours vivant. S'il n'appelle pas, c'est donc qu'il est mort, et s'il est mort, il faut prendre connaissance de l'enveloppe qu'il lui a confiée. Mais cette histoire là est compliquée, et peut s'avérer dangereuse. Alors boulot ou pas ? Match avec ses fils ou biture consciencieuse ? Pas facile la vie d'épave honnête...
Une bonne petite enquête avec neurones à torturer, où l'empathie tient un grand rôle. Déjà un peu d'ironie comme j'aime, dans les rapports avec ses ex-collègues. Et un New-York sordide.
Traduction (USA) d'André Roche
204 p.
Au coeur de la mort
Seuil, 1998
Jerry Broadfield est très mal vu en ce moment par ses collègues flics : il a décidé de balancer au procureur adjoint des informations sur la corruption dans la police New-Yorkaise. Quand une prostituée spécialisée dans le sado-maso révèle à la presse un prétendu chantage de sa part, il embauche Matt Scudder pour savoir qui commandite ça. Bien que circonspect sur les motivations de Jerry, Matt accepte, quand soudain...
J'ai eu l'impression d'avoir déjà lu mot pour mot tout le début. C'est agaçant, il ne me semble pas avoir déjà eu ce bouquin entre les mains, je me demande si Lawrence Block n'aurait pas repris ça dans Lendemains de terreur, (ou Cendrillon mon amour ?...) en le modifiant ?...
Sinon une enquête impeccable entre bourbon et café, la tournée des bars, une histoire d'amour inattendue dans toute cette noirceur et à laquelle j'ai cru à fond et je reste coite au dénouement : pas possible que ça s'arrête là ?... Vite, le tome suivant !
Traduction (USA) d'André Roche
192 p.
Huit millions de façons de mourir
Gallimard, 1985
Voilà le vrai début du grand Matt Scudder ! Un roman qui est beaucoup plus qu'un polar, stylisé, maitrisé de bout en bout, profond et captivant.
Chance, un souteneur atypique, l'engage pour découvrir l'assassin d'une de ses call-girls. Mais Matt est dans une sale période. L'alcool est en train de le tuer, et entre deux séances de désintoxication à l'hôpital, il tente de résister sans être en possession de toutes ses capacités.
Et l'atmosphère New-Yorkaise est de plus en plus dense, prend sa place comme un personnage à part entière.
« Sur le chemin de mon hôtel, je m'arrêtai dans un snack et pris un potage, un sandwich et un café. Il y avait dans le Post une curieuse histoire. Cela se passait à Queens où deux voisins de chamaillaient depuis des mois à cause d'un chien qui aboyait en l'absence de son maître. La veille au soir, le propriétaire du chien promenait l'animal quand celui-ci leva la patte contre un arbre qui poussait devant la maison du voisin. Il se trouva que le voisin regardait justement la rue. Il s'empara d'un arc et d'une flèche et tira d'une fenêtre du premier étage sur le chien. Le propriétaire du chien courut chez lui et revint armé d'un Walther P.38, souvenir de la Deuxième Guerre mondiale. Le voisin se précipita lui aussi dans la rue avec son arc et ses flèches et le propriétaire du chien lui tira dessus et le tua. Le voisin avait quatre-vingt-un ans, le propriétaire du chien en avait soixante-deux et les deux hommes habitaient l'un à côté de l'autre depuis plus de vingt ans. L'âge du chien n'était pas précisé mais il y avait une photo de l'animal tirant sur sa laisse que tenait un officier de police en uniforme. »
On se régale aussi des abréviations du jargon policier, par exemple PPP (Personne Psychologiquement Perturbée), ou Agopapap (Assez Glandé On Passe Au Porte A Porte).
Ce qui est hyper fort, aussi, c'est toute la psychologie de l'alcoolique (mais ça peut vraiment s'appliquer à n'importe quelle dépendance), qui alterne entre raisonnements tordus pour céder et détermination farouche, en passant par les petites phrases salvatrices auxquelles se raccrocher.
On est très émus, aussi, à la dernière phrase.
Moi ça y est, j'ai succombé gravement à Matt Scudder.
Traduction (USA) de Rosine Fitzgerarld
379 p.
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20.05.2006
Frère de Sinead et bourré de talent
Joseph O’Connor – A l’irlandaise 
Robert Laffont, 1999
Maeve est dans un coma profond suite à une agression sauvage sur son lieu de travail. Son père, Billy, assiste au procès des agresseurs, lorsque l’un deux s’évade. Il n’aura alors de cesse de le retrouver, pour faire justice lui-même. Seulement lorsqu’il mettra la main dessus, c’est une bien étrange relation qui va s’installer entre ces deux hommes…
Voilà un roman surprenant qui ne cesse de changer de genre. D’ailleurs bien malin celui qui pourrait le classer dans l’un ou l’autre. Je le referme avec les yeux qui piquent fort, après avoir ricané ou m’être outrée de la tournure de certains évènements.
Car enfin la partie à la Misery, j’ai eu du mal à l’intégrer, à la comprendre. Même en la relisant, elle ne m’apparait pas plus cohérente, si ce n’est qu’elle ouvre sur la dernière partie et permet d’en savourer pleinement l’ironie…
L’Irlande est un pays fascinant, et si la fin des années 90 ne sert que de décor à l’intrigue de ce superbe roman, ses codes et ses détails nous accompagnent pourtant de façon très concrète, et soulignent très justement les portraits des protagonistes.
Joseph O’Connor a une plume pénétrante, finement observatrice, moqueuse, et qui sait parler cru quand il le faut.
Roddy Doyle a bien raison quand il la qualifie de « renversante ».
Un bien bon moment à l’irlandaise !
Traduction de l’anglais (Irlande) d’Isabelle D. Philippe
354 p.
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : irlande
13.05.2006
Le théâtre de Michel Tremblay
C't'à ton tour, laura Cadieux
Bibliothèque Québécoise, 2002
Il y a d'abord une préface de Manon Gauthier, comédienne, qui pour avoir interprété sur scène Laura Cadieux sait nous en parler merveilleusement bien. Alors comme je ne veux pas la plagier, je résume succinctement : Laura Cadieux nous parle, nous raconte sa vie, ses copines, ses petits soucis, ses grands bonheurs, ses crises de rire. Elle est grosse et en souffre, et tous les semaines depuis 10 ans elle va chez le médecin pour soigner sa rétention d'eau. Là-bas elle retrouve ses consœurs, et elles passent le temps ensemble en papotant.
Ah si vous saviez ! Comme c'est truculent, drôle, triste aussi, émouvant.... Comme c'est la vie, tout simplement. Quant au joual, loin de constituer un obstacle pour la française que je suis, il ajoute au charme de ce si sympathique personnage. A part quelques détails typiquement québécois (comme Cherry Blossom, mais vous voyez ce sont vraiment des trucs très précis), qu’on ne connait pas en France, c'est tellement imagé, forcément on comprend. J'ai beaucoup gloussé en lisant ça, beaucoup lu à haute voix aussi comme on nous le recommande, en tentant (pathétique !) de prendre l'accent ....
Tiens une phrase comme :"Les ciboires, de tabarnacs, d'hosties de saint-chrèmes, de chiennes sales de pisseuses, m'as toutes les tuer, calvaire ! Toute la maudite gang de trous de cuses !" Bon ben même si ce ne sont pas des mots que je connais, je comprends très bien que ce sont des insultes…
Dans la même page, soudain, un truc qui vous tue, l'émotion à l'état brut :
"Non, reste, moman. J'pas capable de parler, là, mais j'vas te parler, tantôt. Tantôt, j'vas être capable... Reste. J'ai besoin de toé.
On est restés une bonne demi-heure, pis Madeleine s'est endormie. A l'avais trop pleuré, j'pense. Chus sortie sur le bout des pieds. J'avais le cœur tout croche. Ca l'a été le plus beau moment de ma vie. Ah, oui."
Enfin, bref, j'ai aimé, beaucoup aimé, je rêverais de le voir sur scène maintenant....
149 p.
Les belles-Soeurs 
Leméac, 1993
Germaine Lauzon a gagné 1 million de timbres promotionnels, et les livrets pour les y coller. Elle projette d’acquérir grâce à eux un tas de mobilier dans le catalogue joint. Elle est très contente, Germaine. Elle compte faire d'une pierre 2 coups en conviant ses voisines, sœurs, belles-sœurs etc. à venir l'aider à coller les timbres dans sa cuisine, tout en parlant de tout et de rien autour d'une liqueur. Mais voilà toute la nature humaine qui se révèle au cours de cette soirée !....
Truculent !! Non mais sérieusement, je me serais crue dans le milieu de mon enfance. Imaginez un clan de polonais implantés dans le Pas-de-Calais, même époque, fin des années 60. Les hommes sont à la mine, les femmes se reçoivent les unes les autres sous divers prétextes et c'est la même chose ! Remplacez le joual par le patois du Nord... Impayable ! Cruel ! Abject ! Adorable ! Pitoyable ! Tout y est.
En plus cette édition comprend des photos des actrices ayant interprété les rôles, une introduction d'Alain Pontaut (que j'ai trouvée très pompeuse !) et à la fin diverses critiques parues ça et là dans la presse....
Un régal je vous dis.
Même et surtout si ce qui vous en reste en le refermant c'est un rictus désabusé....
150 p.
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : michel tremblay, théâtre, joual
11.05.2006
La grâce
Gabrielle ROY

La petite poule d'eau
Boreal compact, 1994
Nous faisons connaissance avec Luzina Tousignant et sa famille. Ils habitent sur l'Ile de la petite poule d'eau, dans le Manitoba, au Canada. Leur petite maison est bien isolée, mais Luzina la peuple chaque année d'un nouvel arrivant, occasion qui lui permet de faire SON voyage de l'année jusqu'à la "grande" ville la plus proche. Un jour, lui vient l'idée de créer une école d'été, et la vie de tous sera transformée par les différents enseignants qui se succèderont. Le capucin de Toutes-aides les rejoint lui aussi, nous faisant profiter au passage de son expérience personnelle...
Diantre ! Fichtre ! Sacrebleu et tout le toutim.... Voici un livre que vous pouvez lire à tout âge, dès 10-11 ans. Et je suis sûre qu'à chaque fois vous trouverez un autre angle... C'est comme Laura Ingalls et sa petite maison dans la prairie....
Gabrielle Roy nous offre un monde pur, poétique mais dans le sens populaire du terme, sincère, hyper attachant...
Vous ouvrez ce livre, 3 heures après vous y êtes encore, presque fini, et vous avez l'impression que 10 mn viennent à peine de s'écouler....
En plus de l'histoire, des tas de petites choses m'ont fait sourire, comme le fait qu'un nom très répandu dans ce coin du Canada soit Parisien, parce que les belles métisses il y a bien longtemps avaient craqué pour les beaux yeux bleus d'un Français dont on a oublié le nom... Parisien ou MacKenzie, (il n’y avait pas que des français) ce sont les noms choisis par une majorité d'indiens lorsqu'il leur a fallu se déclarer à l'état civil.
269 p.
Ces enfants de ma vie 
Boreal compact, 1993
Ici Gabrielle Roy nous parle des enfants qui l'ont marquée pendant sa carrière d'institutrice au Manitoba.
Ce sont essentiellement les débuts de sa carrière qu'elle relate, alors qu'elle était encore très jeune et si elle n'a apparemment jamais trop eu de doutes quant à sa façon d'enseigner, elle remet beaucoup en question son rapport aux autres. En y repensant elle voit bien comme certaines de ses réactions étaient dictées par sa propre jeunesse, parfois très maladroites, parfois magnifiquement efficaces....
C'est par endroit émouvant, drôle, toujours juste.
J'ai préféré certains enfants (les plus jeunes), mais jamais ne s'est relâché mon intérêt.
Après avoir pu l'écouter s'exprimer en interview sur le net, j'ai eu l'impression de l'entendre tout au long du livre, avec sa voix toute douce, ses pauses, sa façon de raconter, son tout léger accent ....
Je pense vraiment que plus on la lit, plus on apprend à la connaitre, et plus on s'attache à elle.
185 p.
La route d'Altamont
Boréal compact, 1994.
4 histoires qui se lient jusqu'à n'en former qu'une grande et seule. En filigrane le thème du voyage, vers la mort dans la première nouvelle avec sa grand-mère très âgée, vers LE plus grand lac du monde (Winnipeg) avec un ami très cher encore plus âgé que sa défunte grand-mère dans la 2° , dans une carriole de déménagement dans la 3°, et en voiture avec sa mère sur la route d'Altamont dans la dernière.
J'ai trouvé que le tout avait pas mal vieilli. Très suranné, limite ringard. C'est horrible à dire, non ? Oui je sais, j'ai honte. Mais c'est vrai. Cependant Gabrielle Roy a ce don incroyable de tellement détailler ce qu'elle veut dire qu'on se surprend à hocher la tête, comme ces chiens dans les voitures dans les années 70, on approuve à longueur de pages.
C’est plein de belles vérités, de bon sens.
Je suis partagée en fait.
Mais si je veux être honnête ça ne m'a pas emballée.
255 p.
La détresse et l'enchantement 
Boréal Compact, 1996
Début de son autobiographie, c'est vraiment le cœur serré que l'on s'arrête à la dernière page, alors qu'on en est encore au tout début de sa vie, qu'on a l'impression que tout reste à venir.
Elle nous parle comme à des amis, mêlant de jolies expressions poétiques son récit, limpide, pur et charmant.
"Est-il dont possible qu'on ait en soi de quoi remplir des tonnes de papier si seulement on arrive à saisir le bon bout de l'écheveau ?" demande-t-elle. Dans son cas, à n'en pas douter.
J'ai beaucoup ri aussi au récit de son arrivée à Paris, ses mésaventures sur le quai de la gare, cette vision des français est toujours d'actualité !
Toujours, elle semble s'étonner de la sympathie et l'affection qu'elle suscite spontanément, si seulement elle pouvait savoir comme 21 ans après sa mort, c'est toujours le cas....
J'ai trouvé aussi qu'elle démontrait un énorme courage, de partir ainsi à l'aventure en Europe, seule, à l'époque...
Bref, j'aime beaucoup Gabrielle Roy, elle me fascine et m'est très proche tout à la fois. Je suis heureuse qu'il me reste encore d'autres livres d'elle à découvrir.
505 p.

La rivière sans repos
Boréal Compact, 1995
Boréal a réuni dans ce recueil 3 courtes nouvelles esquimaudes, suivies du roman en titre.
On se plonge donc dans la communauté des Inuit de l'Ungava, juste après la 2° guerre mondiale, au moment où le progrès vient bouleverser les habitudes ancestrales de ce peuple qui a bien du mal à s'y retrouver.
C'est un bonheur du premier au dernier mot !
On s'amuse comme des enfants avec Barnaby qui découvre les espiègleries à faire avec un téléphone, on constate l'inutilité totale du fauteuil roulant dans ces contrées, on partage la perplexité qu'amène les soins face à la maladie à un peuple habitué à accepter son sort.
Et surtout on rencontre Elsa, qui toute sa vie balancera entre les deux civilisations. Elle sait nous toucher profondément, c'est un magnifique personnage de mère qui se donne et reçoit bien peu en échange...
Un univers épatant, une écriture toujours juste et belle : le top.
248 p.
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03.05.2006
Le saccage de la roseraie
Wallace Stegner – Angle d’équilibre 
Editions Phébus, 2000
Prix Pulitzer 1971 pour ce roman de Wallace Stegner, découvert grâce à ça
Lyman Ward, historien, 58 ans, handicapé et plein d’amertume, retrace en 1970 la vie de ses grands-parents paternels. Oliver Ward et Susan Burling étaient on ne peut plus différents; ils se sont pourtant aimés, et ont à leur façon participé à la conquête de l’Ouest américain.
Susan était une artiste, illustratrice, écrivaine, quaker gentiment snob et victorienne jusqu’au bout des ongles. Oliver était un scientifique, sérieux, mutique, intelligent mais non brillant, fiable à 200 % et très démuni face aux relations humaines.
La naissance de leur amour m’a fait rêver : Alors qu’elle est à plat-ventre sur un précipice pour contempler une chute d’eau, il lui tient les chevilles pour l’assurer; quand elle se relève, elle est amoureuse.
Elle le suivra dans des endroits impossibles, bravera la misère, la honte, le malheur, perdra ses amis, son côté frivole, aura honte de lui et honte d’avoir honte, mais jamais ne cessera de l’aimer.
Lui, pourtant, ne saura pardonner sa seule et terrible erreur : ils finiront leur vie ensemble, mais étrangers.
En une économie de mots juste parfaite, Wallace Stegner nous déroule toute la complexité de la nature humaine, qui ne change jamais, quelle que soit son époque.
On trouve dans ce roman une profonde réflexion sur l’amour, sur toutes les formes d’amour, et le point de vue du petit-fils historien nous serre souvent la gorge.
On trouve aussi différents styles de narration, entre les lettres de Susan et le quotidien des années 1970.
On trouve encore une belle interrogation sur la magnanimité, notion plus ardue qu’il n’y parait.
Enfin un dénouement mystérieux, aux deux époques, de petits pièges dans lesquels on tombe à pieds joints, pour se frapper après devant tant de naïveté.
Dans la droite lignée d’Autant en emporte le vent, avec la même puissance romanesque, le même souffle intemporel et la capacité de nous soustraire au monde réel.
Merci Mesdames Pancol et De Rosnay !
Traduit de l’anglais (USA) par Eric Chédaille
709 p.
Quelques mots d Hubert Nyssen dans ses merveilleux carnets : "J’achève la lecture infiniment jouissive et délibérément lente des 700 pages d’Angle d’équilibre au moment où Christine commence à lire dans sa version orginale – Angle of Repose – ce roman de Wallace Stegner qui reçut le prix Pulitzer en 1972. Mais pourquoi, bon dieu – cela m’obsède – jamais un article, jamais une voix avant celle de Frédérique, n’avaient attiré mon attention sur cet auteur considérable qui est de la génération de mon père (du coup, extravagances de l’imagination…) et qui est mort en 1993 d’un accident d’automobile, comme Camus, comme Sebald ? Quand Christine sera suffisamment avancée dans sa lecture, je la harcèlerai de questions sur le style car les traductions d’Eric Chédaille (évidemment, son nom ne figure pas sur la couverture du livre !) en font voir la surprenante richesse, et nous ne sommes plus au temps où l’on traduisait Dostoïevski comme s’il avait écrit à la manière de Chateaubriand. Dans le style de la traduction de Chedaille, je sens, pressens et espère celui de Stegner."
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02.05.2006
Ma série préférée
Stephen King 
Série La Tour Sombre
J’ai lu, Editions brochées illustrées 2004-2006
Tome 1. Le pistolero
Il s'agit ici de la nouvelle traduction, texte remanié par l'auteur après avoir achevé la série en entier.
Alors donc me voici lancée dans la fameuse série La Tour Sombre, dont Stephen King dit qu'elle est l'œuvre de sa vie. En préface il nous parle d'ailleurs de courriers qu'il reçoit à son sujet, par exemple une vieille dame très âgée et sur le point de mourir qui le suppliait de lui révéler la fin... Mais à l'époque il ne l'avait pas encore écrite !...
Difficile en fait de se faire une idée après ce seul premier tome. On rencontre le Pistolero, il marche dans un désert derrière l'Homme en noir; sur son chemin il fait quelques rencontres, à l'occasion desquelles il livre un peu de son passé, nous permettant peu à peu de discerner un sens. Mais il est encore ténu et fragile.
Le tome s'achève sur une nuit qui dure 10 ans, à l'aube de la quête de La Tour Sombre, pilier des univers...
Traduction de Marie de Prémonville
255 p.
Tome 2. Les trois cartes 
Ce deuxième tome diffère en tous points du premier, nous plongeant dans New York en différentes époques, et surtout en mêlant différents genre en un canevas très réussi, où tout a sa place et rien ne dépare. Un peu de magie, de pragmatisme, d'humour, de bons sentiments, de psychologie, de relativité et des paradoxes temporaux...
Ca passe à toute vitesse, on se pose un tas de questions sur les homarstruosités et autres bizarreries du monde de la quête.
Par contre rien de vraiment neuf non plus. Tous les thèmes abordés l'ont déjà été par d'autres, c'est bien écrit et très prenant mais pour l'instant rien de fondamentalement ébahissant.
Traduction de Gérard Lebec
507 p.
Tome 3. Terres perdues
On passe un cran dans ce 3° tome, tout se resserre et l'action arrive, après la constitution du Ka-tet, et la mise en place du dernier personnage. Ils sont maintenant 4, la quête a pris pleinement possession de chacun d'entre eux, différemment mais de façon aussi définitive. Un petit 5° va même débouler soudain, sans que l'on comprenne encore quel rôle il va pouvoir jouer. Et apparemment même un 6° est en route, pour autant sera-t-il le fruit de l'amour ou de l'accouplement avec un démon...
Je ne peux absolument pas détailler plus ce qui se passe dans ce tome. Savoir à l'avance ce qui va arriver gâcherait abondamment l'intérêt de la lecture.
Sachez cependant, ô heureux lecteurs qui n'avez pas encore entamé ce périple vers La Tour Sombre, que qui parait rire peut parfois de fait hurler de terreur, et regardez-donc les illustrations de livres d'enfants à 2 fois avant de les remettre dans les mains de vos chérubins, certains ont plus de pouvoirs qu'il n'y paraît.....
(Vraiment effrayant ce King parfois !)
Traduction de Jean-Daniel Brecque et Christiane Poulain
572 p.
Tome 4. Magie et Cristal
Stephen King a écrit ce 4° tome 26 ans après avoir entamé le 1er... 26 ans et le succès qu'on lui connaît, sa vie d'homme faite, toute son expérience au service de cette quête... On le ressent très bien.
Cet énorme pavé est excellent. Du début à la fin, nous voltigeons dans différents univers, voguons au gré de sa plume dans la réflexion, la terreur, l'amour, le western... Et toujours cet humour qui imprègne énormément les dialogues...
Le gros du tome est consacré au passé de Roland, sa jeunesse, le début de sa quête. Si on peut légèrement le regretter au départ, c'est cruel de quitter le Ka-Tet en pleine action, finalement on oublie tout le reste et on se prend pour John Wayne avec beaucoup de facilité.
Je crois que l'un des adjectifs qui définirait le mieux Stephen King sur ce tome c'est "hypnotique"... C'est le sommet de son art de toujours faire converger nos angoisses vers l'évènement terrible qui est sans cesse annoncé au fil des pages, et de toujours nous surprendre quant au dénouement final... J'ai été oppressée, et de plus en plus, tout au long des pages.
Par contre un bémol pour l'édition illustrée qui ne rime à rien, elle, pour le coup. Les dessins sont laids et concentrés au centre, aucun intérêt.
Traduction de Yves Sarda
863 p.
Tome 5. Les loups de la Calla
Un 5° tome tout aussi prenant que le 4°, mais très différent. Ici, nous laissons de côté la quête proprement dite et passons le tome dans le village de Calla, mais une multitude de choses arrivent et nous surprennent malgré tout, bien qu'on les attende elles ne sont jamais conformes à leurs promesses…
Non mais quelle imagination.... Je suis soufflée... Quelle mégalomanie aussi... s'auto citer, se mettre en scène soi-même dans ses romans... Ou peut-être est-ce simplement du clin d'œil... mais quelle force de reprendre quasi TOUS ses romans en un maelstrom qui A DU SENS…
Et jusque dans les détails... On se met à penser dans les gimmicks de Calla vers la fin, grand merci beaucoup-beaucoup etc.
Ce que j'apprécie le plus, c'est que cette série ne se limite pas à un genre particulier, c'est vraiment foisonnant d'idée, d'invention, de reprise, de fantastique, de fantasy, de suspens, d'horreur, de science-fiction, de romance , de western et autres... ce qui arrive à nous cueillir au fil des pages, et à nous tenir en haleine, encore et encore.
668 p.
Tome 6. Le chant de Susannah
Fichtre ! Je sèche sur ce que je pourrais dire.... Je ne peux pas, même dans les grandes lignes, vous raconter quoi que ce soit, il faut le découvrir au fur et à mesure, sachez juste que des binômes de pistoleros vont être envoyés dans plusieurs époques, différents mondes, avec des missions différentes, le danger plane, s'alourdit, oppresse tout, on nous annonce de terribles pertes, on en souffre par avance... On approche du dénouement, c'est flippant...
Il m’a bien fallu 200 pages pour me recouler dans l'histoire, trop de termes spécifiques au début, trop de temps écoulé depuis ma lecture du tome 5, comme une impression de "ça ne sonne pas juste tout ça"... Mais King l'alchimiste-hypnotiseur est toujours là, et à un moment il nous embarque, et de belle manière.
Son incarnation en tant que personnage m'a d'abord dérangée, je ne pouvais m'empêcher d'y voir une forme de mégalomanie inadéquate, mais là encore il m'a eue, ses extraits du journal d'un écrivain en fin d'ouvrage ont rétabli le vertigineux jeu de son imagination inouïe... On est obligé de reposer tout ça, de se dire "bon on récapitule. Où est le roman, où est la réalité ?..." Et c'est extrêmement savoureux. Coup de théâtre final, du grand art.
Un grand moment de rigolade aussi, avec la lettre (véridique, il en parle dans Ecriture aussi) d'un fan en réaction à la fin abrupte du 3° tome :
Le 16 Novembre 1991
Cher M. King,
Ou bien devrais-je tout simplement opter pour un "cher Trouduc" ?
Je peux pas croire que j'aie payé aussi cher pour une édition Donald Grant de votre épisode du PISTOLERO, Terres Perdues, pour avoir CA. Mais le titre était bien, parce que pour être perdu, vous vous êtes bien égaré.
Je veux dire, l'histoire est pas mal, super même, mais comment vous avez pu nous coller une fin pareille ? C'est pas du tout une fin, on dirait juste que vous vous êtes dit "Oh et puis merde, je vais pas me décarcasser à leur fignoler une fin, ces ploucs qui achètent mes livres, ils goberont n'importe quoi".
J'allais le renvoyer, mais finalement je vais le garder, parce qu'au moins j'ai aimé les illustrations (surtout celle d'Ote).
Mais cette histoire, c'est de la triche.
Vous savez épeler TRICHE, monsieur King ? M-O-N-C-U-L, voilà comment ça s'écrit.
Avec mes critiques sincères,
John T. Spier
Lawrence, Texas
Traduction de Marie de Prémonville
523 p.
Tome 7 : La Tour Sombre
Voilà, c'est fini. Alors que dire quand on referme la dernière page d'une série en 7 volumes qui vous a fait vibrer sur plus de 4300 pages... Comment expliquer le sentiment d'abandon que l'on ressent... Pas facile !
Déjà ce 7° tome dès les premières pages est empreint de tristesse. On est bien conscients que ça va s'arrêter, et les personnages le savent aussi. Leur quête est sur le point de s'achever, qu'ils gagnent ou pas, tout le monde comprend qu'ils vont forcément perdre des plumes dans l'histoire et que l'épilogue laissera de toute façon un goût amer. Ca empêche de s'y plonger à fond, alors on remarque au passage quelques invraisemblances, quelques arrangements par trop faciles et en fait on se demande si l'auteur y croit encore, s'il n'a pas voulu en finir de toute façon. La fin en elle-même vaut ce qu'elle vaut, ce n'est pas ça qui m'a déçue même si j'ai trouvé qu'elle aurait pu, sans la changer, être écrite avec plus de conviction.
Si vous avez embarqué vers La Tour Sombre, il vous faudra de toute façon lire le 7° tome. Presque un par un, vous y retrouverez des allusions à tous les personnages déjà rencontrés dans les 6 premiers tomes, des clins d'œil aux autres romans de l'auteur, et beaucoup de sa propre vie. Vous direz au revoir aussi un par un aux membres du Ka-tet, et vous pleurerez, forcément.
Mais le plaisir est dans le voyage, pas dans la destination (je cite), et pour ce beau périple, je dis grand merci, Saï King.
Traduction de Marie de Prémonville
953 p.
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