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22.06.2006
Incontournable !
Photo : Belkacem Bazi
Agaguk
Grasset, 1958
Agaguk est un jeune Inuit de tout juste 18 ans, mais chez eux c'est un homme. Un chasseur brave, intrépide et raisonné. Il prend Iriook pour femme, et ensemble, ils quittent le village pour s'établir dans la solitude. Ils fonderont une famille et nous feront partager leurs coutumes, cheminements, allant même jusqu'à nous décortiquer leur lente évolution... Tout un monde impitoyable et cruel.
Incroyable ! Ce livre est une bombe. Qu'il soit devenu un classique de la littérature québécoise et universelle selon Réginald Martel de La Presse n'est que justice. Il a été édité pour la première fois en 1958, mais l'écriture est intemporelle. Il décrit le monde des Esquimaux dans les années quarante, mais pourrait tout aussi bien se situer dans un espace et un lieu inconnu, tant est grand le décalage avec nos esprits occidentaux et soi-disant civilisés.
Il est difficile d'aimer le personnage d'Agaguk. Sans être capable de le comprendre intellectuellement, il découvre l'amour avec Iriook, et cela l'effraie beaucoup. Celle-ci en revanche a dès le début toute notre sympathie.
Quelle femme admirable ! Intelligente ! Brave ! C'est son amour et sa grande lucidité qui feront d'Agaguk un homme, un vrai être humain....
La fin est de toute beauté, avec un cadeau réciproque riche de sens.
C'est un roman très documenté, où les Innuits ne sont pas traités ou expliqués avec condescendance, mais au contraire avec beaucoup de respect et d'humanité.
Le style d'Yves Thériault nous happe dans le récit en nous faisant ressentir fortement la palette des émotions liées aux diverses aventures; tour à tour barbares, cruelles, douces, tendres, pitoyables, notre cœur de lecteur se serre plusieurs fois mais on referme la dernière page avec beaucoup de tendresse et de souhaits pour la suite de la famille d'Agaguk.
270 p.
Tayaout Fils d’Agaguk
Editions de l'Homme, 1969
Milieu d’un triptyque, Tayaout est aussi le moins passionnant des 3 livres; autant Agaguk était une grande aventure documentée, nous emportant avec elle dans ce milieu froid et hostile, et Agoak d’une cruauté réfléchie, autant Tayaout s’étire, ressasse, mais nous laisse tièdes devant ces personnages qu’on avait pourtant tant aimés ailleurs.
Tayaout est donc le premier né d’Agaguk et Iriook, et vers ses 16 ans il ressent l’appel de la vie ancestrale. Il part, seul, et sera guidé par des rêves et des visions nocturnes. Son père sera « corrompu » par l’esprit des blancs, et les conséquences seront dramatiques, dans tous les sens.
Mais voilà, le conteur a laissé ici la place à une sorte de professeur, au ton didactique et polémique. J’ai donc pris beaucoup moins de plaisir à parcourir cette aventure.
178 p.
Agoak L'héritage d'Agaguk
Stanké, 1975
Un roman très riche et qui vire du tout au tout par rapport à son début.....
Au départ on fait la connaissance d'Agoak, petit-fils d'Agaguk qui a fait des études et s'intègre très bien au monde moderne, aux "blancs" comme ils disent. Il s'installe avec Judith, qu'il épouse pour se conformer aux désirs de la société, dans un comptoir canadien où les Inuit sont malgré tout encore nombreux. Tout le monde est bilingue. Agoak est intelligent, ambitieux, Judith se révèle très profonde elle aussi, ils sont heureux. Et soudain patatras. Un évènement arrive et remet leur vie entière en question, leur révélant une personnalité insoupçonnée...
Je me suis bien laissée surprendre par Yves Thériault.
Je trouvais tout le début du livre un peu poussif, écriture très distanciée limite documentaire, j'étais partie pour m'instruire en m’ennuyant un peu, j'avoue... La redondance du terme atavisme à toutes les sauces me saoulait..et puis vraiment c'est le chambardement. Dans l'action bien sûr, mais surtout dans la conception même de l'écriture, dans le caractère profond des personnages. C'est très pessimiste, très noir, voire désespéré. Très fort !
Ecrit 17 ans après Agaguk, après une carrière florissante pour Yves Thériault, c'est interpellant sa vision des choses.
Je vous le conseille, ça dépayse fortement et ça fait vraiment réfléchir... On est tous des barbares.
236 p.
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : yves thériault, inuit, grand nord
Commentaires
Écrit par : Frisette | 23.06.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kalistina | 14.07.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 14.07.2006
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