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28.08.2006
Ecrire n'est rien, il a essayé. Mais vivre ?
Jean-Marie Laclavetine – Première ligne
Gallimard, 1999
Au sujet de ce roman, on peut lire tout, et son contraire. Chutney adore, Eva déteste, Flo aime plutôt bien, et je me situe pas loin à ses côtés. (Prix Goncourt des lycéens 1999)
Cyril Cordouan dirige avec passion les éditions Fulmen. Il n’en peut plus de lire des manuscrits tous plus mauvais les uns que les autres. Le geste désespéré d’un auteur refusé lui fait un jour se sentir investi d’une mission : créer les AA (Auteurs Anonymes), pour désintoxiquer tout un peuple de malheureux qui ne pourront jamais se réaliser dans l’écriture. Mais tel est pris qui croyait prendre, bla bla.
L’idée de départ est amusante, le style agréable, et l’intrigue se tient. Pour autant, elle est assez bateau, et ne retient pas l’attention du lecteur.
Par contre, le monde de l’édition volontairement croqué dans ses failles, est assez jubilatoire à découvrir, et ce d’autant que je n’y ai pas vu la grande méchanceté que certains ont dénoncée. Beaucoup d’humour au contraire, et ce qui transparait le plus, c’est l’amour des livres.
Ce personnage de Cyril Cordouan, est un passionné complexe. Son meilleur ami est un patron de bistrot tendance facho : « Felipe, en tant qu’ancien catcheur (il officiait jadis sous le sobriquet de Tue-Mouches), a une conception simple des rapports humains : tu lui en colles deux, et tu l’attaches au radiateur. Sa blague favorite : « Qu’est-ce qu’on dit à une femme qui a deux yeux au beurre noir ? – On ne lui dit rien, on a déjà essayé de lui expliquer deux fois. »
Il vitupère, il explose à la lecture de certains manuscrits, mais :
« Une lettre de Benjamin Pivert : « Je n’ai pas reçu de droits d’auteur cette année. Dois-je penser que vous n’avez pas réussi à vendre un seul de mes livres ? Connaissant votre talent pour le petit commerce, j’ai peine à le croire… » On se décarcasse, et voilà. Sont persuadés que je m’en mets plein les poches. Tu as du mal à le croire, Benjamin Pivert, et pourtant. Quatre titres au catalogue, tirage trois mille chacun, ventes cumulées quatre cent trente-deux exemplaires, je dis bien quatre cent trente-deux, encore vérifié la semaine dernière. Onze mille exemplaires au pilon… Je n’ose même pas t’envoyer tes relevés de compte, tellement je crains pour ta santé… Et je continuerai à te publier, Benjamin Pivert, je continuerai à te verser de temps à autre des sommes qui ne correspondent à rien en te laissant croire que tu as vendu des livres, je continuerai pour la simple raison que tu es l’honneur de la corporation, que tu es ma raison d’être éditeur, que tu fais la différence entre la littérature et un abat-jour de salon, contrairement à tant de tes confrères, je continuerai, oui, à te publier et à te pilonner, jusqu’à ce qu’un critique enfin te remarque, jusqu’à ce qu’un cercle de lecteurs se forme et s’élargisse, et tu continueras à me soupçonner de mal te servir par paresse ou bêtise, de carotter misérablement sur ton compte d’auteur, tu continueras à vitupérer l’époque dans ton studio sans confort de Montélimar-centre, et tu auras bien raison, car elle ne te mérite pas. »
Et puis aussi tous les titres déguisés, très rigolos ! (la 2 CV verte, Sujet : moi, etc.)
Conclusion : Continuons-donc à former des cercles de lecteurs, de plus en plus larges !
Une interview de l'auteur ici
241 p.
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : milieu de l'édition, écriture
Commentaires
Écrit par : jp | 28.08.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 28.08.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Florence | 28.08.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 29.08.2006
Répondre à ce commentaireÉcrit par : guillaume | 06.10.2008
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