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30.08.2006

Si Guillaume II était assassiné...

Michel PagelL’équilibre des paradoxes

Denoël, 2004 (pour l'édition intégrale)

 

Connaissez-vous le steampunk ?

« Cette appellation quelque peu barbare désigne un sous-genre de la science fiction actuelle : l’action des récits « steampunk » est généralement située au XIXème siècle, époque chère aux nostalgiques de Jules Verne et d’Herbert George Wells. Les auteurs fondateurs du genre steampunk ne cachent d’ailleurs pas leur admiration (et leur dette) envers ces deux pionniers de la S.F. Le steampunk, c’est en quelque sorte la science fiction d’hier, vue avec un regard actuel et légèrement décalé : un mélange d’uchronie, de technologie rétro et d’atmosphère victorienne. Avec le steampunk, la science fiction se conjugue au futur antérieur.
Il semble que le terme « steampunk », formé sur « steam » (vapeur), ait été inventé à la fin des années 80 ou au début des années 90, en référence au genre cyberpunk, dont il serait en quelque sorte l’équivalent victorien. »

Olivier Legrand pour Les sentiers de l’imaginaire


A la sauce Pagel, c’est d’un moelleux incomparable.

Prenez une année 1905, un journaliste plutôt à gauche, un militaire pétri d’honneur et leurs épouses (ou presque). Ajoutez un scientifique venu du futur, une princesse russe du passé, un mastodonte d’une autre planète, un cyborg, un soldat d’une autre dimension, et une jeune fille de 1969 en plein trip rebelle. Mélangez avec leurs doubles, négatifs d’une réalité numéro deux. Et faîtes-les converger vers une hégémonie allemande.

Voilà une sacrée recette pour des paradoxes temporaux de toute beauté, me direz-vous.

Hé ben non.
Pas seulement en tout cas.

Sous forme de journaux intimes, ou de récit sur cassette pour la jeune Sophie, 4 protagonistes nous racontent, jour par jour (enfin presque, disons leur quotidien, qui passe par le passé et le futur), les aventures qui les emmènent à rétablir « une » réalité.

Lost et Les pirates des Caraïbes peuvent aller se rhabiller, ici on trouve de l’île déserte pas déserte, des pirates méchants et idiots, des pays étrangers où il ne faut jamais, jamais, boire de l’eau, et des aventures palpitantes toutes en Diantre, Peste et Patafiole !

L’expression la plus utilisée de tout le roman : A tout le moins.
A tout le moins voilà un roman idéal pour débloquer vos zygomatiques, si besoin en était.

*Petit bijou*

429 p.

Prix Rosny Aîné et prix Julia Verlanger 2000.

L'avis de Chimère

28.08.2006

Ecrire n'est rien, il a essayé. Mais vivre ?

Jean-Marie LaclavetinePremière ligne

Gallimard, 1999

 

 

Au sujet de ce roman, on peut lire tout, et son contraire. Chutney adore, Eva déteste, Flo aime plutôt bien, et je me situe pas loin à ses côtés. (Prix Goncourt des lycéens 1999)

 

Cyril Cordouan dirige avec passion les éditions Fulmen. Il n’en peut plus de lire des manuscrits tous plus mauvais les uns que les autres. Le geste désespéré d’un auteur refusé lui fait un jour se sentir investi d’une mission : créer les AA (Auteurs Anonymes), pour désintoxiquer tout un peuple de malheureux qui ne pourront jamais se réaliser dans l’écriture. Mais tel est pris qui croyait prendre, bla bla.

L’idée de départ est amusante, le style agréable, et l’intrigue se tient. Pour autant, elle est assez bateau, et ne retient pas l’attention du lecteur.

Par contre, le monde de l’édition volontairement croqué dans ses failles, est assez jubilatoire à découvrir, et ce d’autant que je n’y ai pas vu la grande méchanceté que certains ont dénoncée. Beaucoup d’humour au contraire, et ce qui transparait le plus, c’est l’amour des livres.

Ce personnage de Cyril Cordouan, est un passionné complexe. Son meilleur ami est un patron de bistrot tendance facho : « Felipe, en tant qu’ancien catcheur (il officiait jadis sous le sobriquet de Tue-Mouches), a une conception simple des rapports humains : tu lui en colles deux, et tu l’attaches au radiateur. Sa blague favorite : « Qu’est-ce qu’on dit à une femme qui a deux yeux au beurre noir ? – On ne lui dit rien, on a déjà essayé de lui expliquer deux fois. »

Il vitupère, il explose à la lecture de certains manuscrits, mais :

« Une lettre de Benjamin Pivert : « Je n’ai pas reçu de droits d’auteur cette année. Dois-je penser que vous n’avez pas réussi à vendre un seul de mes livres ? Connaissant votre talent pour le petit commerce, j’ai peine à le croire… » On se décarcasse, et voilà. Sont persuadés que je m’en mets plein les poches. Tu as du mal à le croire, Benjamin Pivert, et pourtant. Quatre titres au catalogue, tirage trois mille chacun, ventes cumulées quatre cent trente-deux exemplaires, je dis bien quatre cent trente-deux, encore vérifié la semaine dernière. Onze mille exemplaires au pilon… Je n’ose même pas t’envoyer tes relevés de compte, tellement je crains pour ta santé… Et je continuerai à te publier, Benjamin Pivert, je continuerai à te verser de temps à autre des sommes qui ne correspondent à rien en te laissant croire que tu as vendu des livres, je continuerai pour la simple raison que tu es l’honneur de la corporation, que tu es ma raison d’être éditeur, que tu fais la différence entre la littérature et un abat-jour de salon, contrairement à tant de tes confrères, je continuerai, oui, à te publier et à te pilonner, jusqu’à ce qu’un critique enfin te remarque, jusqu’à ce qu’un cercle de lecteurs se forme et s’élargisse, et tu continueras à me soupçonner de mal te servir par paresse ou bêtise, de carotter misérablement sur ton compte d’auteur, tu continueras à vitupérer l’époque dans ton studio sans confort de Montélimar-centre, et tu auras bien raison, car elle ne te mérite pas. »

Et puis aussi tous les titres déguisés, très rigolos ! (la 2 CV verte, Sujet : moi, etc.)

Conclusion : Continuons-donc à former des cercles de lecteurs, de plus en plus larges !

Une interview de l'auteur ici

241 p.

26.08.2006

Un classique... de la SF !

Orson Scott CardLe cycle d'Ender
Traduction (USA) de Daniel Lemoine

1/ La stratégie Ender

Orson Scott Card, 1977-1985
Editions J'ai lu, 1994

Les toutes premières lignes exercent déjà un ascendant certain sur le lecteur : on sait qu'on va aller au bout de cette science-fiction là, on se réjouit, on frissonne de plaisir !

Une terrible menace d'anéantissement pèse sur la terre. Un peuple d'Alliens, les doryphores, a déjà tenté par deux fois de la coloniser. Leur deuxième attaque a montré des adversaires ayant énormément progressé technologiquement, sans qu'aucune communication ne soit possible.

Andrew Wiggin, surnommé Ender, est un petit garçon de 6 ans exceptionnellement intelligent. Dans sa famille, c'est le lot commun. Son grand frère Peter s'est révélé trop « méchant », sa soeur Valentine trop « tendre », on a autorisé exceptionnellement ses parents à concevoir un « troisième », violant les lois de contrôle des naissances. Ender est donc intégré à l'Ecole de guerre, jouissant d'un statut particulier, pour son malheur, objet de toutes les espérances. Se montrera-t-il à la hauteur, et en aura-t-il seulement le temps ?...

Suivent des pages rien moins que passionnantes, toutes basées sur la manipulation. Quand on se sait manipulé, et qu'on est supérieurement intelligent, cela aide-t-il à l'élaboration d'une stratégie ? La quête initiatique d'Ender passe en premier lieu par lui-même.

Petit clin d'oeil du traducteur page 61, avec une moqueuse note de bas de page :
Il prononçait son nom avec l'accent français du fait que les Français, avec leur séparatisme arrogant, tenaient à ce que l'enseignement du standard ne commence pas avant l'âge de quatre ans, alors que les structures du français étaient déjà fixées. [...] Bernard le traita un jour de « maladroit* », et le surnom lui resta.
* En français dans le texte. Nous passerons avec indulgence sur « séparatisme arrogant ». (N.d.T.)

La stratégie Ender a obtenu les prix Nebula et Hugo, respectivement en 1985 et 1986.

383 p.

 

2/ La voix des morts

Orson Scott Card, 1986
Editions J?ai lu, 1995

Ender a pris 26 ans dans la vue, mais 3000 pour les autres (paradoxe de la relativité du temps). Il est devenu Porte-parole, et est appelé sur Lusitania, la planète des piggies. Pourra-t-il comprendre ce peuple, et établir une alliance permettant aux humains, piggies, et doryphores de vivre ensemble ?...

Il faut une fois pour toutes, apprendre dès le début quatre termes très importants :

Utlänning : Etranger d'un autre pays ou d'une autre ville, considéré comme un être humain
Framling : Etranger considéré comme humain mais venant d'une autre planète
Raman : Etranger considéré comme humain mais appartenant à une autre espèce
Varelse : Etranger avec qui la communication est impossible. Il vit mais ne peut saisir les causes ou objectifs qui le font agir. Peut-être intelligent, peut-être conscient, mais on ne peut pas le savoir.

Le tout étant de définir pour Ender le framling, si les piggies sont des ramen ou des varelses !

Une merveille de chez merveille, ce deuxième tome. Je ne chercherai même pas à en raconter un quart du tiers, tant il est riche et foisonnant, mais je peux dire qu'il change radicalement de ton par rapport au premier. Finies les stratégies et le combat, nous entrons dans l'anthropologie et les rapports humains.

Je me suis dit que Bernard Werber s'en était fortement inspiré pour sa trilogie des fourmis, sans égaler tout de fois la puissance d'Orson Scott Card, qui m'aura fait verser des larmes tout à la fois pour les piggies et la famille de Novinha. Voyez le tableau ? Moi, dans la nuit noire, incapable de m'endormir, le coeur déchiré par les ravages de l'incompréhension entre un peuple extra-terrestre et un personnage de fiction crucifié par la douleur... Pauvrette.

Récipiendaire, pour la seconde année consécutive (fait rarissime !), du prix Hugo.

446 p.

 

3/ Xénocide

Robert Laffont, 1993

Certes, Xénocide répond à quelques questions posées dans La voix des morts, (encore que pas toutes, il faudrait lire le 4° tome : les enfants de l'esprit), et en continue l'histoire, mais le ton est radicalement différent encore une fois. Terminée, l'émotion qui nous étreignait en compagnie des piggies.

L'intrigue est simple, mais n'avance pas. Constamment alourdie de verbiage technologique, à tendance philosophique, on se perd dans le pourquoi et le comment, et du coup, on perd de vue les personnages, ceux qui par leur épaisseur et leur charisme parvenaient à nous faire vibrer.

Donc il faut ici trouver une solution à la descolada, virus mutant qui déjoue tous les antidotes. La famille d'Ender (ancienne et nouvelle) continue à se déchirer à belles dents, jamais d'accord sur rien, et se greffe une nouvelle planète d'intelligences supérieures mais soumis à l'état d'esclaves par une sorte de TOC génétiquement implanté. Un poil de théologie, les dialogues entre La Reine et Humain en début de chaque chapitre, comme une connivence supérieure, et le mélange est assez indigeste, en fait.

Il n'y a que le personnage de Jane qui m'a toujours intéressée, j'aurais aimé de plus nombreuses interventions de sa part.

Je m'étais déjà constituée un petit stock d'Orson Scott Card avec le quatrième tome et les romans parallèles sur Peter, mais du coup je suis un peu refroidie et vais sans doute laisser passer un peu de temps.

 

Traduction (USA) de Bernard Sigaud
572 p.

25.08.2006

Les steppes mongoles

Galsan Tschinag

 

Galsan Tschinag est né en 1944 dans une famille d’éleveurs nomades touvas en Mongolie occidentale et a passé sa jeunesse dans les steppes. Il était étudiant à Oulan-Bator, quand il bénéficia des accords de coopération internationale de l’Union soviétique et partit suivre un cursus de linguistique à Leipzig, en RDA.

 

Ciel bleu, Une enfance dans le Haut Altaï

Editions Métailié, 1996

 

C’est sa petite enfance qu’il nous raconte ici, son amour pour la grand-mère qu’il s’est choisie, son brave chien Arsilang, le départ de son frère et de sa sœur pour l’école qui les lui rend si peu de temps et si différents.

Dans un style très simple et direct, rappelant l’univers des inuits, un morceau de la vie d’un petit bout de 7 ans, pareil à tous les autres et pourtant, complètement différent, riche de la vie nomade de son peuple.

Traduit de l’Allemand (Mongolie) par Dominique Petit
153 p.

 

 



Le Monde gris

Editions Métailié, 2001

1952, Dhsurukuwaa est brutalement, à 8 ans, séparé de ses parents pour intégrer l’école. Il ne comprend pas un mot de mongol, et parler touva est interdit en classe : il va lui être extrêmement difficile d’intégrer les nouveaux codes de la civilisation. Mais notre narrateur est doué, et très vite prend la tête de sa classe. Rien n’échappe à son œil aiguisé, et le communisme vu par sa lorgnette prend souvent des airs de comédie baroque. Son destin de chaman, d’abord brimé et tenu au secret, prend peu à peu sa place, et sous le discours officiel, les traditions perdurent, comme elles peuvent.

Traduit de l’Allemand (Mongolie) par Dominique Petit
234 p.

 

 

 

 


Dojnaa

L’esprit des péninsules, 2003


Un magnifique portrait de femme, une force de la nature, orpheline de mère, dont le père surnommé l’Eléphant lui a appris les secrets de la chasse.

Dojnaa accepte une union avec Doormak avec passivité. Pourquoi pas celui-là, se dit-elle. Et elle se soumet avec beaucoup d’abnégation à la tutelle d’un homme faible, complexé et alcoolique. Quelle issue pour ce couple désuni ?...

Plus que dans Ciel bleu, ou Le Monde gris, l’oralité se mêle ici à une sorte de réflexion poétique qui fait merveille. La traduction est aussi beaucoup plus allégée par un glossaire en fin d’ouvrage, au lieu des incessantes notes de bas de pages, ce qui permet de s’immerger profondément dans le récit.

C’est un univers vraiment particulier, que j’apprivoise avec appétit.


Traduit de l’Allemand (Mongolie) par Dominique Petit
et Françoise Toraille
142 p.

 

19.08.2006

Alakazammi, c'est le grand rififi !

Christopher Brookmyre

Photo agence Opale, B. Cannarsa

Je partage le coup de cœur de Chimère !


Caractéristiques : Polars écossais (un baptême en ce qui me concerne), politiquement incorrects, qui prennent le temps d’installer leur intrigue, avec un C, voire un D,  qui n'arrivent vers la 100° page, sachant que A et B n’ont rien à voir, et que A est souvent choquant.

 

Petite bombe noire

Editions de l’Aube, 2003

 

Au début, on se demande bien où on va : beaucoup de personnages que l’on suit momentanément, dans différentes pistes, on a un peu de mal à raccorder le tout. Mais le fil conducteur devient peu à peu apparent, et on est séquestré dans une intrigue haletante. Pourtant, de longues pauses s’intercalent, reprenant le passé des protagonistes, resserrant les mailles d’un filet qui a un petit goût de destin…

Un prof d’anglais qui a grande peine à s’imposer à ses élèves, deux d’entre eux parmi les plus rebelles qui vont être bien punis de leur curiosité, un terroriste sans états d’âmes et une petite inspectrice hargneuse et obstinée, voici nos compagnons de route pour ces 500 pages vibrionnantes (mot de Libération, j’adore !)

Pour autant, l’inspectrice de Xavia, si elle apparait bien dans ce premier opus des aventures qui lui sont consacrées, est loin d’en être l’héroïne principale. C’est la plume de Christopher Brookmyre qui prend toute la place, infiltrant sa vision d’un noir absolu de la société, plaçant de petites bombes caustiques, distillant des amitiés, de l’amour, des références musicales, cinématographiques, un peu de grossièretés, et surtout un grand pouvoir narratif.

Prévoyez une nuit très courte suivie d’une journée sans aucune autre activité que la lecture, ou ne commencez pas ce roman !

Traduction (Ecosse) d’Emmanuelle Hardy-Seguin
535 p.

 

Petit bréviaire du braqueur

Editions de l’Aube, 2004

 

Mais quel brio, quel humour, quelle classe a Christopher Brookmyre !

Cet opus traite de prestidigitation, et fort logiquement, sa construction s’en inspire. Je ne peux donc – à mon grand regret – pas disserter des changements dans la narration, pas dire tout ce à quoi les différentes parties m’ont fait penser, rien révéler, non, n’insistez pas.

Bon d’accord.

Ne partez pas, j’ai dit oui.

Allez, quoi, écoutez-moi un peu !

Oh et puis non.

A moins de lire (ce que je vous conseille fortement), Petit bréviaire du braqueur, vous ne saurez rien du sept de carreau, d’En attendant Godot, des yeux bleus comme des lacs, de braquages insensés ou de règlements de comptes mafieux, tant pis.

Peut-être que si vous avez lu Le prestige de Christopher Priest vous avez une petite idée de ce qu’on peut trouver ici.

Mais peut-être pas.

En tout cas si vous aimez vous faire des nœuds au cerveau, jetez-vous dessus, vous allez pouvoir augurer, conjecturer, présupposer, soupçonner, mais en vain : l’issue est magique.

Ah, une dernière chose, Angélique de Xavia part pour Paris dans le troisième opus, par conséquent Zal est à moi, que les choses soient bien claires.


Traduction (Ecosse) d’Emmanuelle Hardy-Seguin
459 p.

L'avis de Cathulu

17.08.2006

Apprendre à désécrire


Michel ArrivéUne très vieille petite fille

Editions Champ Vallon, Août 2006

 

Les centenaires n’étaient que cinq cent en France au début du XX° siècle, ils seront quarante-cinq mille en 2020, et une petite fille née en 2000 a une chance sur deux de vivre encore en 2100. Forte de ces constatations, Geneviève Briand-Lemercier décide de réunir toutes les conditions pour viser l’immortalité. Après tout elle n’a que 91 ans en cette année 2005, et n’en parait physiquement qu’à peine 70. Elle prend conseil auprès de sa prof de graphologie et d’astrologie transcendantale, qui la prie de « désécrire » plus qu’elle n’écrit, les caractères lui étant nocifs. D’ailleurs c’est étonnant qu’elle soit passée entre les mailles du filet, elle aurait du mourir jeune, de toute évidence. Geneviève s’applique à respecter cette consigne, mais bientôt elle tentera même de la comprendre, et là….

Une splendide réussite que ce roman de Michel Arrivé, qui allie à une histoire solidement plantée de nombreux thèmes sous-jacents : l’enseignement tel qu’il était dispensé au XX° siècle, la grande vieillesse, la linguistique, la naïveté totale et ceux qui en abusent… Le tout avec une plume très agréable et sans aucun pédantisme.

Geneviève est super attachante, et représente un mélange vraiment impayable de gaminerie et de liberté : ses carnets « désécrits » sont une mine, descendez-y !

241 p.

 

* Lu pour la rentrée littéraire Fnac, c'est celui que j’ai préféré (des 5 reçus !)

Les avis de Cathulu, Chimère, et Dominique

16.08.2006

Nancy secoue le cocotier

Nancy HustonProfesseurs de désespoir

Actes Sud, 2004

 

Ne croyez pas que cet essai s’adresse aux seuls qui ont lu les auteurs cités, loin de là.

Je gage même que les vrais littéraires au sens premier du terme le trouvent trop facile. Il esquisse à gros traits les points de détails qui mériteraient d’être creusés, fouillés jusqu’à exhumer leur essence première, survole les œuvres pour s’attarder sur le contexte, prend partie et, sacrilège impie, plaisante à qui mieux mieux.

Oui, même si vous n’avez pas lu Arthur Schopenhauer, Samuel Beckett, Emil Cioran, Jean Améry, Charlotte Delbo, Imre Kertesz, Thomas Bernhard, Milan Kundera, Elfriede Jelinek, Michel Houellebecq, Sarah Kane, Christine Angot, et Linda Lê, vous pouvez trouver énormément de grain à moudre dans ces Professeurs de désespoir.

Or, donc, que trouve-t-on dans cet essai ?

Chacun de ces auteurs, avant de rédiger des pages désespérantes et néanmoins souvent brillantes, a été un enfant, a eu une famille, une vie, un job, des amis, ou pas. Et c’est cette perspective là que Nancy Huston nous offre, éclairant au passage les points communs (la génophobie, par exemple) de nos joyeux mélanomanes, dégageant ça et là leurs idées principales, esquissant quelques mots au sujet de leurs œuvres, proposant des bribes d’explication.

La littérature, dit-elle, fait le grand écart entre le « ya qu’à » et le « n’est que ». On commence souvent par le « n’est que », c’est un passage quasi-obligé de l’adolescence, puis on peut choisir délibérément cette pose littéraire, tout en étant beaucoup moins misanthrope dans la vie. La contradiction c’est que si on exprime son mal à être au monde en écrivant, on n’est alors plus dans le nihilisme, puisque écrire vaut le coup…

« Du côté des lecteurs, la fréquentation des grands textes nihilistes est souvent une expérience exaltante. L’expression du désespoir nous invite à réfléchir, bien plus que celle de la béatitude. Nous y trouvons notre compte parce que nos propres souffrances y sont non seulement reconnues mais ennoblies, portées à l’incandescence par la beauté littéraire. »

PS. : J’adore ses néologismes !

352 p.

14.08.2006

Se souvenir des belles choses


Maud MayerasHématome

Calmann Levy, 2006

 

24 ans. Maud Mayeras a seulement 24 ans, et déjà dans les doigts cette capacité incroyable, dessiner tout un univers angoissant, nous mener par le bout du nez et nous rendre nauséeux à souhaits.

Un hôpital, une jeune femme se réveille, totalement égarée. Elle a mal partout, et sa mémoire est vide : Qui est-elle, que lui est-il arrivé ? Karter, son compagnon, va l’aider à retrouver très lentement ses souvenirs, par flash aussi douloureux qu’incompréhensibles. Jusqu’à ce que….

On avance tout au long du roman dans une atmosphère opaque, étouffante et dans les tons unicolores du glauque. Mais vous aurez beau envisager toutes les possibilités, je gage que vous serez cueillis par le dénouement, insoupçonnable.

C’est vraiment étonnant de rencontrer une telle plume chez une jeune femme française, un thriller de cette qualité, qui a su trouver sa touche personnelle, éviter les maladresses, tout en respectant les préceptes du genre.

Bravo, et encore, encore !

278 p.

13.08.2006

J'ai jamais été skaalée, moi...

Wallace StegnerVue cavalière

Phébus, 1998

 

1974, Joseph Allston est douillettement installé avec Ruth, sa fidèle épouse, en Californie. Après une carrière heureuse et bien remplie d’éditeur, il apprivoise la grande vieillesse qui se profile. A l’aube de ses soixante-dix ans, il a beaucoup de mal à accepter les maux de l’âge. Une carte postale qui arrive soudain l’entraîne dans la relecture de ses carnets intimes rédigés vingt ans auparavant, lors de leur voyage au Danemark. Et s’il avait tout raté, finalement ?....

C’est un véritable festin de se plonger dans un roman de Wallace Stegner. C’est érudit, vivant, élégant, drôle, mélancolique, du plaisir à ne pas bouder.

Ah, tenter de se souvenir de la cérémonie danoise qui consiste à skaaler sa voisine de gauche, ou de l’expression latine Absit omen, pour toucher du bois; constater la fondamentale modification de la place des seniors dans la société depuis les années 70 ; trouver que décidemment, Hubert Nyssen a de nombreux points communs dans l’écriture avec cet écrivain qu’il admire tant ; frémir devant l’histoire d’Astrid

Et se laisser tournebouler par le charme de Jo, malgré son âge, grâce à son formidable humour, entre autres.


Traduction (USA) d’Eric Chédaille
267 p.

12.08.2006

Les jeux du cirque

Stephen KingMarche ou crève

Albin Michel, 1989

 

La Longue Marche attire chaque année tous les regards : foules en délire, télévisions, presse, un engouement à nul autre pareil. D’ailleurs qui se risquerait à émettre un avis autre que favorable se verrait immédiatement « escouadé ». Mais qu’est-ce vraiment que cette compétition, et pourquoi Garraty, candidat du Maine, s’y est-il inscrit ? Il aura tout le temps de répondre à ces questions, au rythme de ses pas…

Ne lisez-pas les avis sur Internet, pas plus que la 4° de couv si vous voulez découvrir au rythme voulu par King les divers tenants et aboutissants de cette histoire.

Vous grimacerez, frissonnerez, aurez des nausées et même parfois, sourirez. En tout cas vous serez fermement harponnés par l’ambiance hypnotique des pages qui se tournent, même si une petite longueur traine en son milieu.

A noter que ce roman a été écrit pour être présenté dans le cadre d’un travail universitaire (sa première année, 1966-67 !), il s’agissait de son troisième roman, et publié en 1979 sous le pseudonyme de Richard Bachman.

C’est effarant tout ce qu’on peut trouver au sujet de Stephen King sur Internet, de quoi se perdre pendant des heures.

Je veux particulièrement saluer le travail de Roland Ernoud, qui nous propose - entre autres - la liste des œuvres traduites en français selon leur ordre d’écriture, permettant ainsi de suivre l’évolution de Stephen King.

 

Traduction (USA) de France-Marie Watkins
378 p.

 

(Relecture, et toujours autant de plaisir. A noter que King ou sa traductrice nourrissent mon obsession : rien moins que 6 fois le mot dégingandé !)

L'avis de Clarinette
L’avis de Frisette

Celui de Chimère

 


Prochaines lectures communes :
-pour le 12 Septembre, Berceuse de Chuck Palahniuk
-pour le 12 Octobre, La Montagne secrète de Gabrielle Roy

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