« Savoir rire de l'inattendu | Page d'accueil | Une semaine avec les Maxwell »

05.10.2006

Bécassine à Saint-Germain des Prés


Marie-Odile BeauvaisDiscrétion assurée

Melville/Editions Léo Scheer, 2003

 

« Au jugé, cette note de lecture a été écrite par une femme consciencieuse. Elle n’est pas compliquée. Elle a un ou deux enfants élevés avec un réel souci d’amour et de bon sens. J’imagine qu’elle aide ses amis, fait de la gymnastique une fois par semaine et écrit peut-être pour Madame Figaro. Rien à ajouter. »

Ah c’est difficile d’échapper aux caractérisations à l’emporte-pièce, même pour Marie-Odile Beauvais.

Et pourtant, j’ai lu son témoignage d’une traite, fermement harponnée.
Je vous résume grossièrement : elle écrit un roman, le propose à quelques éditeurs, reçoit un coup de fil, est publiée chez Grasset, youpi tralala, mais ça s’arrête là : enterrées sous la couverture jaune, Les Forêts les plus sombres ne bénéficieront d’aucune mise en place. Pas de rencontres avec les journalistes, pas de salons du livre, aucun article de presse, pas de photographe, pas de carnet d’adresse judicieusement sollicité, rien.
Pourquoi ?
C’est ce qu’elle nous raconte ici :

« Ce livre est donc l’histoire d’un premier roman arrivé par la poste et paru chez Grasset, mais c’est surtout celle d’étranges comportements humains, à commencer par le mien. Et si, à mon corps défendant, j’y commets des indiscrétions, c’est que je ne résiste pas à la tentation de mettre les rieurs de mon côté. »

Pour qui, comme moi, ne connais rien ni personne à ce tout petit monde d’un arrondissement parisien, les quelques noms et coups de pieds donnés ici ou là tombent totalement à plat, et ne freinent en rien l’incrédulité qui nous tenaille à la lecture de ce récit.

Ce que je trouve le plus remarquable, c’est la totale sincérité de l’auteure. Elle décortique très précisément les émotions, les aigreurs, les mesquineries, la peine, les graves blessures à l’égo, le narcissisme qui ont été les siens durant cette année 1996, et sans jamais s’épargner elle-même.
Elle se garde bien d’en tirer une quelconque morale, et ne se pose pas non plus en revendicatrice de ceci ou cela. Elle relate simplement.

Pourtant je n’ai aucune envie de lire ses Forêts – et par ailleurs on recommande ici aux amateurs de littérature « prolotte » (rarement lu plus laid que ce mot) de passer outre : dont acte – mais j’ai été épatée par le verbe de Marie-Odile Beauvais. C’est très, très bien écrit, en plus d’être passionnant.

 

197 p.

Commentaires

Bonjour! Et qu'est ce donc que la littérature "prolotte"???
 

Écrit par : marie | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Il faudrait demander à Monsieur Martini d'expliquer son assertion, je le comprends comme "la littérature pour prolétaires... ", ou appauvrie, en somme. sic.

Écrit par : Cuné | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Allons bon.........:):).merci en tout cas, et bonne journée de l'autre côté du monde! Nous, c'est la nuit!

Écrit par : marie | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Bonne nuit, alors ! (C'est quand même magique le net !! :-D)

Écrit par : Cuné | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

moi ça m'avait bien plu et j'avais reconnu plein de monde...;)

Écrit par : TR | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Décidément, j'aime beaucoup ton blog et la richesse que j'y découvre à chaque visite. Même si je ne suis pas toujours d'accord avec les commentaires proposés - Dan Chaon est ce que j'ai lu de mieux ces dernières années -, j'apprécie la justesse de ton et d'analyse. J'apprécie surtout la sélection de livres qui est proposée, loin des modes et des clans...

Écrit par : Stéphane Laurent | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Mais moi aussi, ça m'a bien plu, Tatiana ! :-DStéphane, merci beaucoup, je suis très flattée. Je crois que tu as des goûts plus "sombres" que les miens, mais je suis en plein dans Nos plus beaux souvenirs de Stewart O'Nan, pioché dans un de tes derniers articles, et je fonds complètement : exactement ce que j'aime, merci !

Écrit par : Cuné | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Voilà donc un excellent livre pour découvrir les turpides du monde littéraire...très intéressant! Encore une découverte grâce à toi...quelque chose que je n'aurais jamais lu de moi-même; Merci!

Écrit par : choupynette | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Le milieu germanopratin n'échappent pas aux règles des communautés fermées : manque d'ouverture et clientèlisme.

Écrit par : Jean Christophe Bataille | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

C'est effectivement le cas de toutes les corporations, si tu voyais l'hôtellerie... ;o)

Écrit par : Cuné | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Je me souviens d'avoir lu ce livre et de l'avoir apprécié. Il éclaire des pratiques inavouables mais j'avoue que la rédactrice (qui dit je dans le bouquin) était irritante.
Jamais elle n'imagine que son bouquin est nul...
mais je suis mesquin...

Écrit par : Philippe | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Non, non, je vois très bien ce que tu veux dire, Philippe, il est vrai qu'elle n'est pas sympathique, irritante aussi avec son existence d'hyper privilégiée. Mais elle ne cherche pas à l'être, faut lui reconnaître ça. Certaines de ses réponses au tel avec l'attachée de presse par exemple, sont à baffer, quelles que soient les circonstances ! Et bien sûr qu'elle doute (comme tout le monde !) de la qualité de ce qu'elle a écrit, mais en même temps quand on lui en confirme la valeur, ce n'est jamais comme elle voudrait que ce soit fait, jamais assez. Ce côté-là m'est très sympathique ;o)) Elle insiste beaucoup sur le fait que c'était SON premier roman, son bébé, avec tout l'attachement et l'importance des premières fois, et cette attente devant l'inconnu, cet espoir démesuré mais ô combien humain, on lui a bien bousillé comme il fallait. Et ça, elle le fait passer très bien, avec une plume impeccable.

Écrit par : Cuné | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Inconnue au bataillon, cette Marie-Odile, mais peut-être plus pour longtemps ! Et au moins, elle a le mérite de s'être lancée dans cette aventure pour le moins semée d'embûches...

Écrit par : tamara | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

J'aime beaucoup ta note. (rien à ajouter :-)

Écrit par : Flo | 05.10.2006

Répondre à ce commentaire

Ah, çà me plaît bien...A mettre dans mes futurs achats avec Sarah...

Écrit par : Marie-Charlotte de la TronchambiÚre | 06.10.2006

Répondre à ce commentaire

Quel est l'auteur assez fou pour faire publier un livre qu'il imagine nul?
Quant aux privilèges, je ne sais pas trop de quel ordre ils peuvent être. Sont-ils financiers ( page 187 et 198, l'auteur se fait virer de son appartement)? Sont-ce ceux dus à la naissance (enfance dans le 93, adolescence marquée par le suicide de la mère, cf Les Forêts les plus sombres)? Ou bien ceux des alliances (mari bâtard désargenté — c'est d'ailleurs son nom que choisit l'auteur)? Et par dessus le marché, elle n'est pas sympathique.

Écrit par : louise | 15.10.2006

Répondre à ce commentaire

Bonsoir Louise, Quant aux privilèges, c'est ce que j'ai ressenti tout au long de ma lecture, vivre en plein centre de Paris, partir de longues périodes en vacances, concocter des repas soignés et raffinés lors de ses invitations, avoir plusieurs relations, posséder un vocabulaire châtié etc. Je ne disais d'ailleurs pas du tout ça en y apposant un jugement moral, considérant que je suis moi-même une hyper privilégiée, à mon petit niveau. Par contre, non, elle n'est pas sympathique, ça c'est une perception subjective, et assumée. J'aurais du d'ailleurs plutôt dire "elle ne m'est pas sympathique." Tu préfères ? :-D Ca n'enlève rien à son talent, d'ailleurs.

Écrit par : Cuné | 15.10.2006

Répondre à ce commentaire

Non, je préfère pas, c'est comme tu le sens. ;-))

Écrit par : louise | 16.10.2006

Répondre à ce commentaire

L'incrédulité te tenaille. Why? C'est un roman ou c'est un récit?

Écrit par : pierre | 17.10.2006

Répondre à ce commentaire

C'est un récit ! Incrédulité devant ce qui lui arrive, la façon dont elle est traitée, c'est tellement énorme, on n'en revient pas. Voilà ce que j'ai voulu dire, pas remettre en cause ce qu'elle racontait !

Écrit par : Cuné | 18.10.2006

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.