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28.10.2006
Comment se faire broyer le coeur
Mary McGarry Morris – Mélodie du temps ordinaire
Belfond, 1999
En ce temps-là, Kennedy tentait de devenir le premier président catholique américain. Dans le Vermont, la famille Fermoyle s’enlisait. Chacun de ses membres était en train de s’asphyxier dans une vie dure et totalement insatisfaisante : Marie, la mère, fourmi laborieuse, passait son temps à implorer que ça s’arrête, entre deux explosions de colère stérile. Sam, le père, divorcé, n’existait pas en dehors de ses cuites à jérémiades. Les enfants, Alice, Norm, et Benjy, bourrés chacun de problèmes et en – grand – manque d’amour, subissaient. Quant au petit monde d’Atkinson, bled paumé parmi des millions d’autres, il était à l’unisson.
Mais où était le bout du tunnel ?
Dans l’arrivée d’Omar Duvall, serpent charmeur et manipulateur, qui va leur faire croire un instant qu’une autre vie est possible ?
On aurait bien tort de le croire…
On cherche l’air, nous aussi, au cœur de tout ce pathos. On tend le visage vers le haut, on aspire à une petite pause miséricordieuse, un personnage sympa, normal, pas tapé avec ses moches petites combines planquées, n’importe qui, allez, une vieille dame qui ferait des gâteaux, un prof qui tendrait la main, je ne sais pas, moi, une perruche qui sifflerait gaiement ?
Mais non.
Mary McGarry Morris va creuser jusqu’à l’os, dénicher toutes les saloperies possibles dans tous les registres, et nous appuyer sur la nuque, allez, lis, vas-y, regarde ta nature humaine, prends-en plein la gueule.
Alors peut-être, oui, qu’elle aurait pu nous épargner un peu, ne pas dire et redire ce qu’on avait déjà compris la première fois. Peut-être. Si elle avait voulu.
Mais en l’état, ce pavé de 1000 pages qui prend ses aises dans de nombreuses heures de lecture, vous plombe bien le moral. Illusoire, cependant, de tenter de l’arrêter une fois commencé : j’aurais frappé le premier qui m’aurait ne serait-ce qu’interrompue dans ma lecture.
J’ai failli lâcher les grandes eaux au dernier chapitre, et j’en aurais paradoxalement voulu à l’auteure de relâcher la pression sur la dernière ligne, mais ouf, la pudeur de l’épilogue m’a évité le pire : sacré morceau, c’est en miettes mais bien debout, que je tourne la dernière page.
Quelle performance !!
Traduction (USA) de Daniel Bismuth
1031 p.
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26.10.2006
Et si je te faisais une soupe ?

Pascal Garnier – Comment va la douleur ?
Zulma, 2006
Le roman commence sur Simon, exécuteur, malade, qui grimpe sur un tabouret dans sa chambre d’hôtel, le cou prêt dans sa corde. Entre Bernard, chargé du coup de pied libérateur.
Retour en arrière.
Ils se rencontrent, sur un banc d’une petite ville d’eau. Simon en bout de course, Bernard en ahuri heureux. Il vient de perdre deux doigts dans une machine au boulot, mais quelle importance, il ne s’en servait jamais. Sa mère dit de lui que c’est chaque jour comme s’il naissait à nouveau, et c’est bien ça. Pas qu’il soit idiot, Bernard, non, « crétin solaire » nous dit l’éditeur, et j’aime bien cette définition. Et le temps d’une petite virée à la mer, nous partageons leur amitié, car c’en est une.
Très belle découverte que celle de Pascal Garnier; j’ai aimé le ton général, qui oscille entre la moquerie, pleine d’humour, la description du sordide, de la mesquinerie, et comme une sorte de fatalité qu’on appréhende avec tendresse.
Un auteur d’atmosphère, dit encore l’éditeur, et j’ai bien envie de m’y replonger très vite.
204 p.
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23.10.2006
une grande distance qui crée l'émotion
Jean-Pierre Cescosse
© P. MATSAS / Agence Opale
Après dissipation des brumes matinales
Le Dilettante, 1999
Huit bien trop courtes nouvelles, qui donnent envie de se précipiter sur tout ce qu’a écrit ou écrira Jean-Pierre Cescosse.
Qu’il parle du terrible destin d’une famille d’ouvriers, de l’amour soudain et versatile d’un ami pour une vache, des métiers imaginaires que se scande un chômeur à l’ANPE, du pot d’épiphanie dans un bureau, d’un petit vieux qui ne dit plus que « oui » ou « non », des relations avinées de potes de longue date, du curetage de Charlotte, ou enfin d’un mercenaire, sa plume est un scalpel qui dissèque chacun de ses mots avec une précision impressionnante.
C’est maitrisé, calibré, effilé.
Et très drôle.
J’adore !
101 p.
(J’ai lu aussi Nos dernières frivolités, chez Flammarion, mais j’ai beaucoup moins accroché : pas retrouvé le mordant des premières.)
Manœuvres de diversion en attendant la nuit
Flammarion, 2000
Totalement impossible à résumer, ce roman ne parle précisément de rien, tout en racontant beaucoup. Ou ne raconte rien de précis, tout en parlant de tout. Ou précise ce qu’est le rien, compris dans un grand tout.
Des amis, divers et différents. Paris, dans l’attente de l’an 2000. Des jeunes, un vieux, des copines, un comité d’épuration inutile et superfétatoire, avec un secrétaire minutieux, des bitures, le cancer.
Et puis Edouard.
M’a plu, Edouard.
N’a pourtant rien de vraiment original.
Mais le dit vraiment bien.*
Et puis ça s’arrête, déjà.
Trop tôt.
Grrr.
159 p.
* Il alterne passages vraiment stylisés et écriture plus simple, parfois ça demande un peu d’attention soutenue, mais ça le vaut tellement… !
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20.10.2006
Apparences, réalité et machiavélisme : cocktail réussi

Louisa May Alcott – Derrière le masque ou Le pouvoir d’une femme
Editions Interférences, 2002
Je voue un véritable culte aux Quatre filles du Dr March, que j’ai lu maintes fois dans plusieurs éditions, et dont j’ai vu toutes les adaptations télévisuelles. Jo était ma préférée, de par sa liberté intellectuelle, pour beaucoup.
Derrière le masque, écrit deux ans plus tôt par Louisa May Alcott, nous donne une toute autre vision de l’auteure, à mille lieux de l’univers jeunesse, mais tout aussi passionnante.
Une gouvernante, Jean Muir, fait son apparition dans une famille courtoise de l’aristocratie anglaise du 19°. Charmante, douée, vive et aimable, elle séduit bien vite tout un chacun. Certains, pourtant, ne peuvent se défaire d’un sentiment de méfiance à son égard, qui s’évanouit en sa présence charismatique, pour s’étayer lorsque la vérité se fait peu à peu jour…
C’est du bonbon, du plaisir pur sucre que ce roman. Manipulatrice hors-pair, son héroïne utilise toutes les armes en sa possession pour atteindre son but. Les scènes se déroulent comme au théâtre, les nombreux dialogues insufflent une vie particulièrement prenante. L’épilogue amoral est aussi très savoureux.
Les éditions Interférences ont l’intention de publier d’autres textes inconnus de Louisa May Alcott (et c’est déjà fait pour certains), j’en serai une lectrice ravie.
L'avis de Clarabel
Traduction (GB) de Véronique David-Marescot
213 p.
Par contre, par manque de connaissances, je n’ai pas compris le caractère insultant :
« -S’il vous plait, Mlle Beaufort vous réclame pour jouer la reine Bess, puisque vous êtes la seule dame à cheveux rouge. Vous venez ? chuchota l’enfant, tout à fait innocente de la perfidie contenue dans ces paroles.
- Oui, ma chérie, volontiers, même si je n’ai pas la noblesse de sa Majesté ni sa beauté, dit Jean en se levant, le visage égal, bien qu’elle fût froissée par l’insulte. »
Un(e) spécialiste d’Elisabeth 1ère, pour m’expliquer ?
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : angleterre, 19°
19.10.2006
Derrière le thriller, le Nord
Franck Thilliez – La chambre des morts
Le passage, 2005
Deux amis sont en train de tagger la boite qui les a licenciés, puis pour se défouler se font un petit sprint en voiture, tous feux éteints, dans la nuit noire, au milieu d’un champ d’éoliennes. Manque de bol, ils percutent et tuent un homme. Alors qu’ils tentent de lui porter secours, ils tombent sur un sac rempli d’argent. Fermeture immédiate des accès à la conscience, ils emportent le tout, corps et magot. Malheureusement, il s’agissait de l’argent d’une caution pour enlèvement, et le ravisseur a tout vu. Reste à savoir qui de la police ou de La Bête les retrouvera en premier…
Une bonne moitié du roman se lit en apnée, puis l’intérêt s’évanouit devant les surenchères qui alourdissent regrettablement l’intrigue. La fin est guignolesque, vraiment dommage.
Par contre, c’est un régal de parcourir le Nord-Pas-de-Calais sous la plume de Franck Thilliez. Il a mis des mots très justes sur ce que je pense personnellement de ma région natale, et j’aimerais infiniment le lire dans un autre registre que le thriller.
Exemple :
« Vigo Nowak habitait à moins d’un kilomètre de chez ses parents, à la périphérie de Lens, dans une maisons des Mines identique en tout point aux milliers de clones perchés sur les interminables rues parallèles. La plupart des habitants de ces anciens corons se chauffaient encore de la soupe le soir. Dans moins de dix ans, les dernières gueules noires, lampistes ou porions, s’éteindraient dans l’anonymat, les yeux rivés vers cet horizon de sueur et ces vitres teintées de houille qui résumaient si bien l’histoire de leur vie.
L’ambiance des alentours, voies désertes, terrils endormis et treuils hors d’usage, suggérait celle d’un mouroir, mais le loyer dérisoire et le coin d’un calme aquatique attiraient les plus récalcitrants. En définitive, on se sentait ici dans un lieu hors du temps, épargné par les affres de la grande civilisation. »
C’est, pour moi, exactement ça.
340 p.
Prix des lecteurs Quai du polar 2006
L'avis de Laurence, celui de Cathulu
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : thriller, nord
17.10.2006
Les bibliothèques en Russie en ce temps-là

Varlam Chalamov – Mes bibliothèques
Editions Interférences, 1992
Je ne lis pratiquement jamais d’auteurs russes, ils sont impressionnants, j’en ai commencé plusieurs parmi les plus illustres sans jamais parvenir à les terminer.
Voici l’exception, jolie petite parenthèse dans l’œuvre du plus grand écrivain russe ayant écrit sur les camps soviétiques, Mes bibliothèques raconte, par lui-même, la relation aux livres de Varlam Chalamov.
Né en 1907, c’est par Alexandre Dumas qu’il va entrer dans ce monde des livres, ressentir le souffle de la « joie de vivre ». Les périodes terribles de sa vie, ses internements en camps, vont l’en détourner; comment parvenir à s’y intéresser quand les pensées s’organisent en une vingtaine de mots : « lever », « travail », « repas », « pic », « pelle » etc.
Puis c’est Hemingway, bien plus tard, qui lui rouvrira le chemin vers la lecture, pourtant jalonné encore de nombreuses difficultés, dues à l’organisation fantaisiste des bibliothèques russes.
Et il a pour les livres les mots de tous leurs amoureux, ce langage tactile et rempli d’affectif.
Je trouve ça fascinant.
On n’imagine pas plus éloigné de nous que cette vie-là, dans ces années-là, mais les points communs sont pourtant avérés.
Terrible dernière phrase !
« Je regrette de n’avoir jamais possédé ma propre bibliothèque. »
…
Site des éditions Interférences
Traduction (Russe) de Sophie Benech
54 p.
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : lecture, bibliothèques, récit
16.10.2006
Ecologie, mon amie
Nancy Kress – Les hommes dénaturés
Flammarion, Imagine, 2001
2034, les effets des émanations chimiques dont sont truffés nos produits de consommation courante ont gravement altéré nos hormones. La population est très vieillissante, et les jeunes sont une espèce rare et protégée. Avoir des enfants est devenu tellement difficile que les gens ont rabattu leurs besoins de protection et de tendresse sur les animaux domestiques, s’attirant l’appellation de Tégés (Tarés Graves).
Trois personnages prennent tour à tour la parole pour nous raconter une bien étrange histoire, dont la vivifacture, les manipulations génétiques, et l’éthique sont le coeur. Shana Walders, impertinente jeune fille qui veut intégrer l’armée, Cameron Atuli, danseur étoile homosexuel qui vient de se faire effacer la mémoire, et Nick Clementi, illustre scientifique qui prépare sa mort, vont devoir se rencontrer et s’entraider, pour…
Prenant, cohérent, flippant, ce roman plaira même à ceux qui ne goûtent guère la science-fiction habituellement.
Une histoire efficace et bien menée, manque juste la petite touche d’éclat qui en ferait un coup de coeur.
Traduction (USA) de Jean-Marc Chambon
262 p.
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12.10.2006
Lecture commune : Peignons le Canada

Stanké, 1978 (première parution 1961)
Ah que j’aime Gabrielle Roy. Elle m’emporte dans sa plume toute simple, délicate, si délicieusement anachronique.
Elle évoque ici, de façon romancée, la vie du peintre-trappeur René Richard.
Devenu pour le roman Pierre Cadorai, il parcourt les grandes plaines canadiennes en croquant sur le papier tout ce qui lui passe devant les yeux. Nous partageons ses rencontres, ses amitiés, ses ennuis, ses abattements, et nous retrouvons dans la troisième partie à ses côtés à Paris ; Ressentons jusqu’au fond de nous son choc lors de sa première visite au Louvres ; compatissons au décalage permanent entre ce à quoi il voudrait accéder, et les dons merveilleux qui lui courent entre les doigts.
Puis, Gabrielle Roy se détache de son inspirateur, pour donner à son personnage si fascinant une fin… logique, somme toute.
C’est assez magique, je trouve, de lire Gabrielle Roy. Ses livres sont difficiles à trouver en France, aussi faut-il souvent se rabattre sur des occasions. En l’occurrence l’édition Stanké que j’ai trouvée a très mal vieilli. Jaune, cassante, dégageant cette odeur douçâtre de vieux papier moisi que je déteste.
Et pourtant.
J’ai oublié tout ça très vite pour me retrouver en hivernage perdue dans la neige, aux prises avec un cours d’eau récalcitrant ou suant sous le poids de mon portage, moi qui ne connais absolument rien à la peinture j’ai pu visualiser chaque mot employé pour raconter cet art, j’ai eu envie de me précipiter au Louvres.
Une grande dame, un roman minimaliste mais vigoureux, et infiniment subtil.
222 p.
La participation à sa manière de Chimère
L'avis de Frisette
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : peintre
09.10.2006
Une semaine avec les Maxwell
Stewart O’Nan – Nos plus beaux souvenirs
Editions de l’Olivier, 2005
Imaginez, vous êtes Emily, un peu plus de 70 ans, votre mari vient de mourir et vous réunissez votre tribu dans la maison de vacances pour la dernière fois, il va falloir faire le tri dans les objets. Ou vous êtes Arlene, sa belle-sœur, institutrice à la retraite, vieille fille, qui vient prendre sa dose de vie familiale. Ou bien encore Kenneth, l’aîné, photographe contrarié, dont le mariage est une longue suite de concessions, ou son épouse Lisa, sangsue agrippée à Ken qui compte les jours, les heures et les minutes à passer en compagnie de sa belle-mère, ou …
Je ne vais pas tous vous les faire, ils sont dix, en comptant Rufus, le vieux chien.
Sur une semaine, jour par jour, on rentre dans l’intimité de chacun, geste par geste, moment après moment, dans une gerbe de détails allant du plus insignifiant au nœud même du sens de toute chose.
Du samedi, jour où ils prennent la route, chacun de son petit coin des USA, au samedi suivant, où le dernier tour de clefs signera la fin définitive des vacances dans cette maison, ils essayent de renouer un certain contact familial.
Depuis des années, ils passent ainsi ensemble une semaine en Août près du lac Chautauqua, dans l’état de New-York.
Il n’y a pas de vrais problèmes, dans cette famille - enfin si. Mais pas dans leurs rapports entre eux - plutôt une succession de non dits et de mauvaises habitudes, et on ne peut que constater les manques qu’ils induisent.
Je ne trouve pas l’angle qui donnerait un éclairage pertinent sur ce roman que j’ai eu immensément de plaisir à retrouver chaque fois. J’ai lu ailleurs que son intrigue tenait sur un timbre-poste (c’est vrai), que sa construction était des plus maitrisées (aussi), que la virtuosité de Stewart O’Nan, empreinte de sobriété lui donnait place aux côtés de Richard Russo pour la peinture d’un Amérique middle-class, (encore juste), mais c’est aussi beaucoup plus impalpable que ça.
On se reconnait, dans ces personnages. Les petiots de 11 ans rivés à leur game boy, ne s’exprimant qu’à travers les évolutions de leurs Pokemons. Les cousines adolescentes scotchées ensemble, dont l’une est éperdue d’admiration devant l’autre, tous les autres aussi, tout à tour amusants, profonds, ennuyeux, de mauvaise foi.
Sans oublier le chien, très important, le chien.
Peut-être que tout est là, dans l’infiniment petit, dans la succession des jours, dans les activités qu’il faut trouver pour occuper les jours de pluie.
Le lecteur est bercé, hypnotisé, il devient un locataire du cottage, lui aussi. Et c’est le cœur bien lourd, et trop tôt, qu’il voit arriver le dernier mot.
Traduction (USA) de Jean-François Ménard
693 p.
Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : chronique familiale
05.10.2006
Bécassine à Saint-Germain des Prés

Marie-Odile Beauvais – Discrétion assurée
Melville/Editions Léo Scheer, 2003
« Au jugé, cette note de lecture a été écrite par une femme consciencieuse. Elle n’est pas compliquée. Elle a un ou deux enfants élevés avec un réel souci d’amour et de bon sens. J’imagine qu’elle aide ses amis, fait de la gymnastique une fois par semaine et écrit peut-être pour Madame Figaro. Rien à ajouter. »
Ah c’est difficile d’échapper aux caractérisations à l’emporte-pièce, même pour Marie-Odile Beauvais.
Et pourtant, j’ai lu son témoignage d’une traite, fermement harponnée.
Je vous résume grossièrement : elle écrit un roman, le propose à quelques éditeurs, reçoit un coup de fil, est publiée chez Grasset, youpi tralala, mais ça s’arrête là : enterrées sous la couverture jaune, Les Forêts les plus sombres ne bénéficieront d’aucune mise en place. Pas de rencontres avec les journalistes, pas de salons du livre, aucun article de presse, pas de photographe, pas de carnet d’adresse judicieusement sollicité, rien.
Pourquoi ?
C’est ce qu’elle nous raconte ici :
« Ce livre est donc l’histoire d’un premier roman arrivé par la poste et paru chez Grasset, mais c’est surtout celle d’étranges comportements humains, à commencer par le mien. Et si, à mon corps défendant, j’y commets des indiscrétions, c’est que je ne résiste pas à la tentation de mettre les rieurs de mon côté. »
Pour qui, comme moi, ne connais rien ni personne à ce tout petit monde d’un arrondissement parisien, les quelques noms et coups de pieds donnés ici ou là tombent totalement à plat, et ne freinent en rien l’incrédulité qui nous tenaille à la lecture de ce récit.
Ce que je trouve le plus remarquable, c’est la totale sincérité de l’auteure. Elle décortique très précisément les émotions, les aigreurs, les mesquineries, la peine, les graves blessures à l’égo, le narcissisme qui ont été les siens durant cette année 1996, et sans jamais s’épargner elle-même.
Elle se garde bien d’en tirer une quelconque morale, et ne se pose pas non plus en revendicatrice de ceci ou cela. Elle relate simplement.
Pourtant je n’ai aucune envie de lire ses Forêts – et par ailleurs on recommande ici aux amateurs de littérature « prolotte » (rarement lu plus laid que ce mot) de passer outre : dont acte – mais j’ai été épatée par le verbe de Marie-Odile Beauvais. C’est très, très bien écrit, en plus d’être passionnant.
197 p.
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : milieu de l'édition, récit