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31.01.2007

Un écrivain pour la jeunesse tout à fait singulier


Le garçon qui avait perdu la face m’avait tellement plu, que j’ai décidé de lire « tout » Louis Sachar (Cinq livres traduits en français, en même temps, pas énorme !). Je regrette que chaque roman ait un traducteur différent, et j’ai ma petite préférence parmi eux…

 

Il y a un garçon dans les toilettes des filles

L’Ecole des Loisirs, Collection Neuf, 2001

A partir de 9 ans

Bradley est un petit garçon très solitaire. Il n’a aucun ami, n’en veut pas, ment tout le temps, ne travaille pas. Un nouveau déboule dans sa classe de CM2, que la maitresse impose à ses côtés, au fond de la classe. Comme si ça ne suffisait pas, il est obligé maintenant de voir la nouvelle conseillère d’éducation, Carla. Et elle, elle est vraiment bizarre. Toujours contente, habillée de motifs clinquants, elle n’oblige à rien et pourtant obtiendra tout. Ses méthodes originales déplaisent souverainement au Comité des Parents Inquiets de l’école. Va-t-elle, elle aussi, laisser tomber Bradley, lui confirmant ainsi qu’il a raison de se tenir hors de toute relation aux autres ?...
Du bonbon pur sucre tout au long de cette magique petite lecture, bourrée d’humour, de trouvailles colorées qui tour à tour piquent fort les yeux ou amènent un franc sourire d’une oreille à l’autre. J’ai beau avoir presque 5 fois l’âge préconisé, je marche à fond et j’en redemande : faîtes lire Louis Sachar à vos enfants, il parle d’eux et allège les petites misères du quotidien.

Traduction de Frédérique Pressmann
238 p.

 

Le passage

L’Ecole des Loisirs, Collection Médium, 2000

A partir de 12 ans

Je recopie intégralement la 4° de couv qui est superbe :
« Méfiez-vous.
Ce livre va vous donner envie de croquer des oignons crus.
De creuser des trous de 1 mètre 50 de diamètre et de profondeur.
D’escalader une montagne.
De respirer vos vieilles baskets.
De mettre du rouge à lèvre avant de partir à la poursuite de vos ennemis.
De tout savoir sur l’existence oubliée de votre arrière-arrière-arrière-grand-mère.
Et ce, même si vous haïssez les liliacées, même si vous détestez l’alpinisme et les travaux forcés, même si vous avez les cosmétiques en horreur autant que les odeurs de pieds, même si la généalogie et les histoires de famille vous indiffèrent profondément.
Maintenant, pour échapper à tout cela, c’est simple. Il vous suffit de ne pas imiter les centaines de milliers d’adolescents américains qui ont déjà plébiscité ce livre, et de ne jamais l’ouvrir. »
Que pourrais-je ajouter ? Tout est là, dit sans être révélé, évoqué sans épuiser le sujet. C’est top. Ce roman est un petit trésor tout en subtilité et poésie.

Traduction (USA) de Jean-François Ménard
278 p.

 

Manuel de survie de Stanley Yelnats pour le camp du lac vert

L’Ecole des Loisirs, Collection Médium, 2004

A partir de 12 ans

Où Stanley « l’Homme des cavernes » nous donne tous ses trucs pour se sortir le moins mal possible d’un séjour au camp du lac vert, ou tout autre camp du même type.
Je regrette de n’y avoir trouvé aucun intérêt, aucune nouveauté par rapport au Passage. Soit vous avez lu ce dernier, et ici vous ne trouverez pas de quoi prolonger le plaisir, que de la redite, soit vous commencez par Manuel de survie et il va vous manquer beaucoup de données pour bien comprendre le tout !
Donc non, pas du tout indispensable.

Traduction (USA) de Mona de Pracontal
123 p.

 

Pas à pas

L’Ecole des Loisirs, Collection Médium, 2006

A partir de 12 ans

On change d’univers ici, même si on s’attache à suivre Aisselle et X Ray, deux de nos amis du Passage. Quelques années se sont écoulées, et pas à pas Aisselle tente de donner un nouveau sens à sa vie. La rencontre d’une ado star du rock va tout bouleverser, et compromettre le lent cheminement supposé l’amener à la stabilité…
C’est une histoire plus construite, un univers plus adulte dans lequel on évolue, et personnellement je le regrette un peu. Je n’ai pas retrouvé la fantaisie et l’humour absurde de ses romans en collection Neuf, ni l’émotion du Passage. Il y a un côté appliqué, raisonnable, qui enlève, à mon sens, un peu de magie à la plume de Louis Sachar.
Ca ne m’empêchera pas de guetter toute nouvelle traduction, et d’être enchantée de ma découverte de ce singulier écrivain.

Traduction (USA) d’Agnès Desarthe
275 p.

29.01.2007

Lorsque Mrs Love tricotait 2 talons à sa chaussette...

Diane SetterfieldLe treizième Conte

Plon, Feux Croisés, 2007

 

Margaret Lea vit dans les livres. Elle assiste son père dans sa boutique de livres anciens, et établit des biographies en dilettante. C’est justement celle qu’elle consacre aux frères Goncourt qui lui vaut d’être remarquée par Vida Winter, célébrissime auteure de best-seller : elle lui demande d’écouter son histoire, et de la mettre en mots. Seulement Margaret ne lit jamais d’auteurs contemporains, et Vida est connue pour affabuler tant et plus quant à sa vie privée. Pourtant, elle tombera comme les autres sous le charme de la plume prestigieuse, et c’est le début d’une collaboration pleine de surprises…

Comment vous dire…
Je me suis coulée dans les mots de Diane Setterfield avec une profonde jubilation. Son histoire est foisonnante, nous parle de sœurs jumelles, de gouvernante dangereuse, de jardinier cachottier et de fantômes errant dans les landes anglaises, pleine de clins d’œil à Daphné Du Maurier ou Henry James, sans dater le moins du monde et avec une qualité de l’ambiance qui donne envie d’arrêter de temps en temps sa lecture pour se frotter les mains de bonheur. C’est bon, c’est très très bon !

Comme Margaret qui découvre les romans de Vida, on retrouve l’excitante allégresse de notre enfance, quand un roman avait ce pouvoir merveilleux de nous sortir complètement de nous-mêmes.
Quant à l’intrigue, elle nous mène par le bout du nez jusqu’aux pages finales, on se perd en conjectures pendant un bon moment !

Le seul point dont il faut être averti, c’est que c’est très romanesque; à mes yeux c’est un énorme plus, pour certains quelques arrangements pourront déplaire, c’est une question de goût. Mais quelle belle figure, par exemple, que ce médecin qui établit son diagnostic sur un excès de certains auteurs, et qui prescrit du roman d’aventure, dix lignes par jour pendant dix jours !


Coup de cœur avec fusées éclairantes.

 

Traduction (GB) de Claude et Jean Demanuelli
389 p.

Le site (en anglais) du 13° conte

L'avis de Cathulu, qui a autant aimé

Ceux d'Allie, et de Clarabel

27.01.2007

Irina veille au grain

Cyrille PutmanBilan provisoire

Calmann-Levy, 2007

 

Pavlov Postovoï vivait tranquillement son petit train-train de chouchou à Sperigie. Des trois fils, il était le seul dont il n’était pas exclu qu’on puisse « tirer quelque chose ». Le 26 Avril 1986, tout bascule : Vitalyï, le père, était pompier à la centrale de Tchernobyl. Exit Vitalyï. Anastasia, la mère, embarque son petit monde à Moscou. Le temps suit son cours, rythmé par l’épée de Damoclès des effets radioactifs, plus ou moins longs à se déclarer. Pavlov n’en poursuit pas moins son parcours, jusqu’à devenir une star mondiale de la photographie. Tout va vite, ça marche très fort, mais Pavlov passe par de terribles crises de doutes. Et la vie n’est jamais ni juste, ni tendre…

Cyrille Putman connait sur le bout des doigts les arcanes du monde artistique. Par sa plume, on s’initie à cet univers aux dents longues, les galeries, la réputation, la côte irraisonnée, le statut de célébrité, la versatilité des engouements, la descente aux enfers, et tous les codes de l’intelligentsia et autres pantins qui gravitent autour de l’odeur du succès. Il n’en oublie pas pour autant de nous éclairer – un peu rapidement - sur l’Art lui-même.
Mais son passage dans la publicité lui a laissé aussi un sens certain de la formule. Ses phrases sont courtes, son rythme haché et trépidant. Les clichés n’ont pas le droit de cité et on note souvent au passage l’inventivité de ses expressions ; mais on n’a pas le temps de s’y attarder, l’intrigue s’est imposée, et on vit scotché aux évènements qui s’enchaînent, dès les premières lignes, sur les chapeaux de roue.

C’est un roman assez exigeant, dans le sens où il ne nous propose pas de pause ; il n’y a jamais de bon endroit pour s’arrêter, on voudrait pouvoir le lire d’une traite, mais on a besoin dans le même temps de respirer entre les pages, d’assimiler ce foisonnement.
On a l’impression que l’auteur quadrille à partir de son axe à lui, absolument tout ce qui apparait dans son champ de vision mental, en rafale, grand angle.

Et ça donne un univers tout à fait personnel, plutôt tourmenté, auquel j’ai pleinement adhéré.

 

303 p.

 

25.01.2007

On l'évite comme s'il avait la gale

André VersMartel en tête

 

Edmond Nalis, 1967
Finitude, 2006

 


Ca se passe dans les montagnes d’Auvergne, par là, et le Bricou dans le temps était un fameux vacher. L’âge venant, un petit incident l’amène à se mettre Martel en tête, tant et si bien qu’une espèce de paranoïa s’installe, et le fait douter de tout et de tous. On l’évite, on se détourne, il a perdu la main, on rit bien derrière son dos. Un jour, l’illumination, il doit avoir la gale, tout simplement, la vraie. Mais au fait, c’est quoi, la gale ?...
Il y a des livres, comme ça, des petits joyaux à côté desquels on passerait complètement s’il n’existait encore des libraires qui aiment faire plaisir à leurs clients, qu’ils en soient remerciés.
Une histoire simple, mais universelle, un humour truculent, dont la politesse cache de vraies détresses, des petites touches toutes légères qui font avancer l’histoire. Du plaisir, à savourer.
« De la belle ouvrage », pour citer Philippe Claudel, auteur de la préface.

 

191 p.

 

« Bien que beaucoup moins sollicité que le vétérinaire – une femme se trouve, une vache s’achète – le docteur Brun avait tout de même fort à faire. Sa clientèle englobait tous les villages dans un rayon d’une dizaine de kilomètres. On ne se résignait à recourir à sa compétence que dans les cas extrêmes. « La Félicie a quarante de fièvre ? Elle n’a qu’à se coucher, on avisera demain ». Le lendemain : « toujours quarante, ça s’aggrave pas. » Les jours suivants : « Quarante, ça va pas plus mal ». Souvent on l’appelait trop tard et il délivrait presque autant de permis d’inhumer que d’ordonnances ; encore celles-ci étaient-elles parfois suivies de façon singulière.

« Vous savez, Docteur, vos remèdes l’ont guéri mon homme, mais pour lui faire prendre, vous parlez d’un travail ! Il est délicat comme un marquis. J’ai tenu bon : c’est ça ou l’hôpital, que je lui ai dit. Il en faisait une de grimace, on aurait dit un âne qui broute un « espina ». Surtout rapport à ce que vous demandiez à la fin du papier : lui faire des sangsues au rectum. Au rectum, j’ai pas su, alors je lui ai faites au beurre noir. »

L'avis de Cathulu

22.01.2007

Louis Sachar - Le garçon qui avait perdu la face

Louis SacharLe garçon qui avait perdu la face

 

Louis Sachar, 1989
L’école des loisirs, Collection Neuf, 2003, 2005

 

David est un jeune collégien qui voit son ami d’enfance, Scott, le snober au profit d’une bande de racaille. Dans un premier temps, il tente de rallier le groupe, en s’associant à une mauvaise action : l’agression d’une vieille dame. Seulement cette dernière lui jette une imprécation, qu’il prend au pied de la lettre : le voilà maudit.
Très vite, il prend ses distances avec la bande, en devenant le souffre-douleur. Il enchaîne les bévues et se sent très malheureux, mais heureusement, une certaine demoiselle dans sa classe semble lui manifester un peu d’amitié...
David voudrait bien maintenant être libéré du mauvais sort et redevenir quelqu’un de bien, mais comment s’y prendre ?...

Nous avons adoré ce roman qui possède absolument tout ce qui peut intéresser un enfant de 10 ans : la possibilité de s’identifier au héros, les petites et grandes hontes de la vie scolaire et amicale, l’imagination qui galope, un certain penchant pour les jolies demoiselles, une bagarre monstre, énormément d’humour et quelques gros mots : miam !

L’écriture est aérée et fine, l’intrigue séduisante, et le nombre de pages ne doit pas rebuter, on ne peut très vite plus le lâcher, alors ça défile, aussi vite que les mangas, pour dire !

 

Traduction (USA) de Frédérique Pressmann
278 p.

 

20.01.2007

Follow me down

Shelby Foote Tourbillon

 

Shelby Foote, 1950
Gallimard, 1978
Collection L’imaginaire, 2006

 

Le 21 Juin 1949, Luther Eustis assassine Beulah, sur une petite île du Mississipi. Le roman commence par le point de vue du greffier, durant le procès, pour s’achever par celui du guichetier, à l’issue du verdict. Dans l’intervalle, différents protagonistes nous commentent les faits, en passant par la victime et son meurtrier. Pourquoi donc un agriculteur blanc qui approche de la soixantaine, puritain comme pas permis, et par ailleurs bon mari et bon père de famille, en est-il arrivé à cette extrémité ? La succession des témoignages va nous faire comprendre que là n’est pas l’important.

C’est déjà un tour de force de poser toute l’intrigue dans les premières pages, et de l’intensifier, de la rehausser au fil des chapitres, en croisant les pistes et sans jamais chercher le sensationnel.
Mais c’est encore plus bluffant de nous rendre captifs des personnages secondaires, de nous faire pénétrer leurs pensées intimes en changeant de style à chaque fois.
J’ai toujours eu un gros faible pour les histoires juridiques, je n’en avais jamais jusqu’à lors lue d’aussi littéraire, humaine et tragique.

« Chacun, tour à tour, parle pour soi, dans son essentielle solitude. Ces hommes, ces femmes, dans la fascination et la hâte d’un crime qui les dépasse, nous disent ce qu’ils sont, ce qu’ils ont été, non pour accuser ou se défendre, mais pour se libérer et tenter de survivre. Leurs voix, tels des chants alternés, nous parlent de la beauté de cette terre, de sa violence, de ses impulsions. »
Il écrit, JMG Le Clézio, pour toucher si délicatement du doigt l’essence de ce magnifique roman, non ? ;)

 

Traduction (USA) de Maurice-Edgar Coindreau et Hervé Belkiri-Deluen
Postface de JMG Le Clézio
316 p.

 

J’aime beaucoup la collection L’imaginaire de Gallimard, un très bel objet-livre pour 6,50 €

 

16.01.2007

Un été 66

Dan GearinoJ’ai tout entendu

Liana Levi, 1999
Piccolo, 2006

 

Barrington, petite ville au nord-est d’Atlanta. Sammy s’y réveille un drôle de matin dans les années 40, encore tout enfant. Durant le trajet, de nuit, en car, sa mère a disparu. Il se pose sur un banc, et attend, muet de stupeur. Mais elle ne reviendra jamais. Pris sous l’aile du chef de gare, Sammy vit dans un cagibi et s’enferme dans le silence : on le croit sourd-muet. La soixantaine venue, il décide de nous raconter son été 1966, le jour où la combinaison de la cupidité, la rouerie, la vengeance et une déclaration intempestive de John Lennon ont mis le feu aux poudres…

C’est un roman assez jubilatoire, qui donne libre cours aux digressions et aux flash-back, dans un style enlevé, méchant et revanchard. Beaucoup d’inventivité aussi, qui flirte souvent avec la vraisemblance mais pour le plus grand plaisir du lecteur. Le plus bluffant étant que le narrateur reste beaucoup dans l’ombre, pas décrit, peu offert, mais il invective le lecteur en prenant une place folle. On le suit pas à pas, avides de l’écouter encore, marchant dans toutes ses combines.

Une bonne bouffée du Sud américain.

 

Traduction (USA) de Jean-Luc Defromont
279 p.

13.01.2007

Allons chercher le froid et la neige qui nous manquent

André BucherDéneiger le ciel

Sabine Wespieser, 2007

 

C’est le matin du 23 Décembre 2004, David, soixante ans, vit seul dans sa petite maison isolée dans les montagnes au-dessus de Sisteron, depuis que sa femme est morte, en 1992.
C’est lui qui déneige, d’habitude, pour toutes les communes environnantes, mais son tracteur est en panne cette année. Voici Antoine, la trentaine, son presque-fils, qui annonce son arrivée, mais en stop. Le soir venant, et Antoine n’étant toujours pas là, David décide de partir à pied à sa rencontre. Le temps de la nuit, et pendant 16 longs kilomètres dans le froid glacial et l’immensité blanche, il va se porter au secours de différentes personnes et animaux, sans oublier ses propres fantômes…

C’est un roman tout délicat, dans lequel on s’enfonce profondément et dont on savoure la simplicité, en appréciant au passage le joli langage. Pas d’action ni de grandes théories, juste un homme en accord avec lui-même, qui avance et qui n’est pas fermé aux autres.
Il donne envie de bons gros gâteaux rustiques, avec des noix et du miel, de ragoûts qui mijotent des heures sur un coin de fourneau, de prendre des nouvelles autour de soi de ceux qui vivent seuls, sans céder un instant à la guimauve ou aux bons sentiments galvaudés.

C’est avec beaucoup de poésie et dans une nature superbement décrite que l’on évolue, et ça fait du bien !

 

146 p.

L'avis de Cathulu

08.01.2007

La cantinière avait du chic

Pedro ZarralukiUn été à Cabrera

Plon, Feux croisés, 2007

 

Eté 1940, la petite île de Cabrera, au sud des Baléares, cuit sous le soleil. Le capitaine Constantino Martinez souffre d’aigreurs d’estomac, et a la charge de défendre « son » île contre une éventuelle attaque de la marine anglaise, tout en ne laissant pas s’échapper ses quelques prisonniers. Parmi eux, Leonor et sa fille Camilla, 12 ans, et Markus Vogel, allemand au passé d’espion trouble. Lorsque Benito Buroy (le mot désabusé a été inventé pour lui) débarque avec la mission d’éliminer Markus, il se laisse vite happer par la puissante torpeur dégagée par l’île et ça devient de plus en plus difficile d’exécuter une mission dont le sens lui échappe…

Ce roman a reçu en 2005 le Prix Nadal (équivalent espagnol du Goncourt), et c’est une petite merveille.

Il est rempli de poésie et de personnages extrêmement attachants. Mention spéciale à la cantinière bourrue mais philosophe, qui prend de plus en plus de place au fil des pages et à qui on a très envie de tirer son chapeau. Elle incarne la femme vaillante et résignée, qui avance et ne se dérobe pas face à ses responsabilités, qu’elle définit en fonction de son bon sens personnel.
L’apparente simplicité de l’intrigue ne fait qu’effleurer la solide réflexion sous-jacente, sur les guerres notamment.

Et le soleil, la mer, les enfants et les figuiers tiennent toute leur place. De quoi prendre des couleurs même en Janvier, faut pas se priver !

 

Traduction (Espagnol) de Laurence Villaume
280 p.

06.01.2007

Journal intime


Nikki GemmellLa Mariée mise à nu

Au diable vauvert, 2007

 

138 leçons victoriennes à l’usage des femmes correctes, « Dès lors que vous avez grandi, couchez-vous avant dix heures et levez-vous à cinq ou six heures » (j’y suis presque…), « La cruauté constitue en soi sa punition, et c’est bien normal », etc., voici ce qui débute chaque nouvelle page. Leur contenu, par contre, ne s’y rapporte en rien !

Une narratrice, 36 ans, nous parle d’elle à la deuxième personne du pluriel : sa vie, son job, sa presque-sœur-meilleure-amie, son mari, et quelques autres. On débute par le voyage de noces, qui arrive tardivement dans leur histoire parce que monsieur est très occupé, et qui est confortable. Déjà, l’alchimie sexuelle a cédé la place à une affection reconnaissante, à une intimité apaisante. Et soudain patatras, le monde s’écroule en entendant une conversation téléphonique…
Retour à Londres, vacillement sur les bases, et début d’un cheminement très personnel.

Je tais volontairement - et comme la 4° de couv, très mystérieuse, « Une femme disparait, laissant derrière elle un journal intime qui relate son mariage au quotidien » - l’histoire que vous allez trouver détaillée partout au sujet de ce livre, ne cherchez pas à en savoir trop par avance.
Prenez le temps, tranquillement, d’accompagner notre héroïne, de la comprendre, d’approuver, de dénier, de vous retrouver en elle parfois.
Soyez juste avertis qu’on y parle de sexe et de fantasmes, mais avec une grande sincérité, qui exclut la vulgarité, et dont le propos n’est absolument pas la pornographie. De plus, il n’est finalement qu’un élément parmi d’autres, dans la vie d’une femme d’aujourd’hui, bien décidée à se trouver.

Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié l’ensemble, la construction, les phrases courtes et incisives et l’honnêteté du propos de Nikki Gemmell.

 

Traduction (Australie) d’Alfred Boudry
349 p.

 

Le 3 Octobre, Tatiana en parlait déjà
Et le buzz littéraire y brise ses dernières illusions sur le mariage… (Faut pas, Alexandra, il y en a de très réussis….)

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