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13.02.2007

Un petit coup de mou ? Lisez-donc Tzvetan Todorov !

Tzvetan TodorovLa littérature en péril

Flammarion, Collection Café Voltaire, 2007

 






Hubert Nyssen, Carnets, 26.01.07 :

« Peut-être cela relève-t-il également de la coïncidence et de ses complicités... Hier, j'écrivais ici quelques réflexions sur trois catégories littéraires et leurs conséquences éditoriales : l'art pour l'art, l'engagement et le jouir-du-sens cher à Lacan. Et cette nuit, réveillé par une colère du mistral, plutôt que tergiverser avec l'insomnie, j'ai ouvert La littérature en péril de Tzvetan Todorov et j'en ai lu d'un trait les quatre-vingt-dix pages dont le sens tient dans une phrase que l'éditeur (Flammarion) a eu raison de mettre en quatrième de couverture : “Le lecteur, lui, cherche dans les œuvres de quoi donner sens à son existence. Et c'est lui qui a raison.” Mais il est d'autres phrases qu'on a envie de retenir... “À l'école, on n'apprend pas de quoi parlent les œuvres mais de quoi parlent leurs critiques.” Ou encore : “On fait preuve d'un certain manque d'humilité en enseignant nos propres théories autour des œuvres plutôt que les œuvres elles-mêmes.” Je repasse maintenant à travers le livre, et je vois que, cette nuit, j'ai porté au crayon des petits signes dans la marge de maints passages. Car ce livre, qui retourne leurs propres armes contre les déconstructionnistes, est l'un de ceux qu'après lecture tout enseignant devrait garder à portée de la main. Mais aussi le lecteur ordinaire qui s'en servira comme remontant quand on lui cassera le moral en l'accusant de n'être pas dans le vent. “Être dans le vent ? Vocation de feuille morte”, disait Gustave Thibon. »

 

Historien et essayiste, Tzvetan Todorov nous livre ici, de façon très synthétique et parfaitement facile à suivre, ses réflexions sur les façons d’appréhender la littérature au fil des siècles, et agite la sonnette d’alarme quant au traitement qui lui est réservé dans nos collèges et lycées. Avant tout lecteur amoureux, ces trop courtes 90 pages sont un baume et un plaisir pour nous, lecteurs ordinaires, mais passionnés.

Par exemple :

Dès le 18° siècle, Kant dans la Critique de la faculté de juger, influencera toute la réflexion contemporaine sur l’art, en maintenant toujours cette double perspective : le beau est désintéressé, en même temps il est un symbole de la moralité. Le beau ne peut être établi objectivement, puisqu’il provient d’un jugement de goût et réside donc dans la subjectivité des lecteurs ou des spectateurs ; mais il peut être reconnu à l’harmonie des éléments de l’œuvre et faire l’objet d’un consensus.

Ou encore :

Désormais, un abîme se creuse entre littérature de masse, production populaire en prise directe avec la vie quotidienne de ses lecteurs ; et littérature d’élite, lue par les professionnels – critiques, professeurs, écrivains – qui ne s’intéressent qu’aux seules prouesses techniques de ses créateurs. D’un côté le succès commercial, de l’autre les qualités purement artistiques. Tout se passe comme si l’incompatibilité des deux allait de soi, au point que l’accueil favorable réservé à un livre par un grand nombre de lecteurs devient le signe de sa défaillance sur le plan de l’art et provoque le mépris ou le silence de la critique.

Je pourrais en recopier ainsi des pages et des pages, c’est évidemment consolant et porteur d’espoir, de voir des mots se poser sur le mépris ambiant d’un certain milieu, et agréer ce qu’on pense déjà soi-même si fort et si souvent.
Et il n’est guère étonnant d’en lire l’éloge d’Hubert Nyssen, tant on peut trouver dans ses propres essais et carnets, les mêmes encouragements.

J’avoue être assez dépassée par l’interprétation de cet essai que je lis dans Télérama, mais bon…

90 p.

Le lecteur ordinaire, qui continue de chercher dans les œuvres qu’il lit de quoi donner sens à sa vie, a raison contre les professeurs, critiques et écrivains qui lui disent que la littérature ne parle que d’elle-même, ou qu’elle n’enseigne que le désespoir.

 

Qu’on se le dise ! :)

Commentaires

Pas évident de s'exprimer, je me trouve au milieu de ces deux confontrations. Mais je partage ce que tu soulignes, surtout vis-à-vis du fossé entre le public et les professionnels-critiques-journalistes. Ces derniers poussent la tendance à "vendre" un livre qui dépasse le lecteur, combien de fois on entend dire "mouais trop intello pour moi, non merci". Je partage tout à fait ce point de vue, j'ai souvent le sentiment que les pros perdent un peu de vue la réalité du terrain, ne connaissent pas les goûts des lecteurs en général, à moins de ne s'adresser qu'à un noyau de cerise.
Car inversement, existe donc le problème du livre au succès populaire, où l'auteur est décrié, critiqué etc. J'avais vu une interview de EE Schmidt à ce sujet, car il est désormais victime de ce système.
J'ai vu que tu avais rebondi sur un article du Buzz. En fait moi je ne voyais pas le rapport entre Todorov et le "boys in the band" ??...  Finalement tous ces débats autour de la littérature, son utilité, est-elle en péril, etc me saoûlent un peu. En tant que lecteur, on a le droit d'aimer et de lire ce qu'on veut - non ? Bientôt le simple fait de lire sera aussi pointé du doigt...
(Le papier de Télérama, je l'ai lu en diagonale ! ça brasse du vent !!!)  Et j'aime beaucoup ta dernière citation qui boucle ton billet et qui dit tic et tac et toc à tous ceux que ça dérange ! ;-)) 

Écrit par : Clarabel | 13.02.2007

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En fait, j'ai été étonnée de l'emploi de "bourrage de crâne" sur le buzz à propos de cet essai : je ne partage pas du tout cette impression. Et Telerama ne relève que certains points, moi c'en sont d'autres qui m'ont interpelée, et je suis heureuse de constater que quelqu'un comme Hubert Nyssen, qu'on ne peut vraiment pas taxer de copinage ni de lecteur ordinaire, globalement l'interprète comme moi.Sinon les débats machin truc, très peu pour moi (quoi que je ne puisse m'empêcher de les lire !).  Je revendique mon statut de rien du tout, j'aime lire, point.Au final, Todorov aussi, et je n'ai relevé aucun mépris chez lui, bien au contraire.SInon, tu as vu ton "idole" chez Leymergie ce matin ? Elle m'a donné envie de lire Ruffin :-D

Écrit par : Cuné | 13.02.2007

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Ah non ?!!! Elle passe aussi le mardi ??! Pourtant je l'ai vue hier matin !?!.. (rhoo, mon idole)..ouarf ouarf.

Écrit par : Clarabel | 13.02.2007

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Comme Clarabel, j'ai survolé l'article de Télérama, qui m'a vite saoulée... Et moi oui, j'ai vu Olivia et j'ai aussi bien envie de lire le fameux polar écolo, maintenant ! ;-)

Écrit par : Tamara | 13.02.2007

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Elle sait vraiment y faire, ya pas !! :-D (et beaucoup plus à l'oral qu'à l'écrit, je trouve, dans Elle j'ai rarement envie...)

Écrit par : Cuné | 14.02.2007

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Merci de cette chronique qui donne en effet un autre "son de cloche" que l'article de Télérama auquel je faisais en effet référence en parlant de "bourrage de crâne" (j'aime bien exagérer tjs un peu :-) Plus précisément c'est ce que je te répondais précédemment sur le Buzz littéraire, c'est cette attaque récurrente contre l'autofiction que je visais. Elle n'est à mon sens absolument pas légitime car comme le montre de nombreux romans du passé comme du présent, les auteurs ont toujours puisé dans leur vie et cela n'a absolument rien de répréhensible... Voilou !

Écrit par : Alexandra - Buzz littéraire | 14.02.2007

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Bah, de toute façon tout est toujours attaqué et dénigré, il y a toujours une poignée de pédants qui croient tout savoir pour tout le monde, et qui, bien sûr, sont certains de détenir seuls LA vérité, bon. Qu'ils se crêpent le chignon tranquilles à coups de noms d'oiseaux, j'ai abandonné mes indignations stériles, ils n'écoutent qu'eux-mêmes.(Ce qui n'est absolument pas ton cas, Alexandra ! :-D)

Écrit par : Cuné | 14.02.2007

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Incontestablement, Todorov dresse un tableau alarmiste de la situation de la littérature en France, lui qui est venu à notre pays par sa littérature. Avec une plume vive mais mesuré dans ses traits, j'aime la façon dont il dénonce comment les programmes officiels de l'Education nationale ont dénaturé la perception que les jeunes peuvent se faire de la lecture. La littérature doit sortir du ghetto des experts pour s'ouvrir au public sans pour autant se galvauder dans la médiocrité. Mais, pour l'heure, la commune renommée n'honore que la littérature autocentrée. J'apprécie égalment chez Todorov son éloge de la littérature populaire ou grand public.  Je suis moi-même un autodidacte de la littérature et je ne sais pas si j'aurais pu apprendre à aimer la lecture en me contentant des seuls cours au collège et au lycée. Heureusement que j'ai rencontré Marcel Pagnol, alexandre Dumas et les romans de flibustiers de la Bibliothèque verte.

Écrit par : François-Xavier Brunet | 06.07.2007

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