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26.03.2007
C'est un satané freluquet de pédant à sang de navet !*
George Eliot – Middlemarch
1871-1872
Gallimard, 2005
Folio classique, 2006
Virginia Woolf, dans la préface, dit merveilleusement une chose très vraie :
« Quand on revient à ces livres après plusieurs années d’absence, ils répandent, même contre notre attente, les mêmes réserves d’énergie et de chaleur, si bien que nous éprouvons par-dessus tout l’envie de paresser dans cette chaleur comme sous le soleil qui tombe du mur rougeoyant du verger. »
Middlemarch, c’est un roman fort complet, dont on pourrait dire qu’il relate la chronique de l’Angleterre rurale des années 1830. Vie sociale, politique, amours, ambitions, intrigues, on entre dans le détail de la vie de toutes les couches de la population.
Ce qui en ressort très fortement et nettement, par delà l’histoire et le contexte et tout le reste, c’est la formidable précision avec laquelle George Eliot dissèque tout sentiment ou toute pensée des protagonistes.
Ce qui, souvent, est appréhendé par bouffées, est ici détaillé à l’extrême.
Et puis on trouve, entre autres :
* De cinglantes petites phrases disséminées ici et là.
« Décidément cette femme était trop jeune pour s’élever au niveau altier de la condition d’épouse – puisqu’elle ne se montrait pas incolore, informe, résignée d’avance à tout. »
* Des cocasseries, qui tombent du ciel, et nous ravissent.
Comme Will Ladislaw qui « dans les maisons où il se liait d’amitié, était enclin à s’étendre de tout son long sur le tapis devant la cheminée tout en parlant»
* De si jolis noms, pour les protagonistes : Tertius Lydgate, Elinor Cadwallader… Quelles magnifiques sonorités.
* De la finesse, façon de faire passer le gagatisme d’une mère à travers deux petites phrases, dans le courant de l’action :
« Il paraissait évident que là où se trouve un bébé les choses se passent assez bien et que l’erreur, de façon générale, est due à la simple absence de cette force centrale comme élément d’équilibre.
[…] Ce n’est pas nous qui nous affligerions, n’est-ce-pas, bébé ? demande Célia en confidence à ce centre inconscient de l’équilibre du monde, possesseur des petits poings les plus remarquables, complètement équipés jusqu’au bout des ongles, et d’une quantité de cheveux suffisante, vraiment, quand on lui enlevait son bonnet, pour faire… on ne sait quoi, bref, un bouddha dans le style occidental."
* Du suspens, la lecture des testaments de Peter Featherstone, le codicille mystérieux de M. Casaubon, ces scènes mettent savamment l’imagination en branle, tournant gracieusement autour des faits avant de les révéler.
Et puis vers la fin l’action s’accélère, on est pris comme dans un tourbillon et on brûle d’impatience de voir le sort réservé à ces personnages qu’on accompagne depuis si longtemps, tout en redoutant de le lire noir sur blanc, voulant presque que cela reste à l’état de possibilité, encore ouvert à tout.
C’est à un fort agréable voyage, au long cours, que nous convie George Eliot. Je conserve malgré tout mon penchant pour Jane Austen, dont je n’ai pas trouvé ici, malgré toutes les qualités, l’impertinence joyeuse.
Traduction (Angleterre) de Sylvère Monod
1091 p.
Cécile en parle mille fois mieux que moi
* dit Will avec une impétuosité grinçante. (A propos de M. Casaubon)
Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : classique
Commentaires
Écrit par : cathulu | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Lisa | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Gachucha | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireIl existe une adaptation de ce livre par la BBC. Je ne l'ai pas vue, mais les adaptations de la BBC sont vraiment bien la plupart du temps.
Écrit par : Lilly | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Tamara | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireBon, sinon, je crois que je vais en rester à Jane Austeen malgré les petites phrases très alléchantes....
Écrit par : Gambadou | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : ChimÚre | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : lamousmé | 26.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireEn fait les écrivains anglais du 18 et 19ème siècle sont vraiment très bons; difficile de se tromper.
Écrit par : domreader | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Venusia | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : domreader | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 27.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Naniela | 28.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 28.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 29.03.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : domreader | 29.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 29.05.2007
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