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27.04.2007

Jeux de pouvoirs

1-cormier.jpgRobert CormierLa guerre des chocolats

Ecole des Loisirs, collection Médium, 1984, 2003

A partir de 12 ans

 

Très dérangeant roman, La guerre des chocolats se situe dans un lycée catholique de Nouvelle Angleterre. Frère Léon en assure la direction, d’une main de fer sans gant de velours. Maître dans l’art de la manipulation, il demande l’aide d’Archie, la tête pensante des Vigiles (société secrète), pour la vente de boites de chocolats. Par jeu, ce dernier désigne un première année pour tenir tête pendant dix jours, au terme desquels il devra alors céder et se mettre lui aussi à la vente. Mais Jerry va persister dans son refus, ce qui ne sera au goût de personne…
Dire qu’on prend une claque est encore en-dessous de la vérité. Beaucoup de perversité dans ce roman, dans le caractère des personnages et dans leurs façons d’imposer leur vision. Une forme de désespoir aussi, avec un épilogue absolument sinistre. On se sent coincés, très seuls, on est horrifiés, et on a l’impression que chaque mot est pesé. Une maitrise impeccable de l’écriture, une tension qui ne se relâche pas un instant.
Terrible, mais d’une puissance qui fait mouche.

Traduction (USA) de Michèle Poslaniec
216 p.

 

L’avis d’Anna

19.04.2007

Elle avait plus de prix que le rubis.

1-gibbons.jpg

Kaye GibbonsUne femme vertueuse

Rivages, 1989
Christian Bourgois, 2006 (collection Titres, poche)

 

Un récit à deux voix, en alternance de chapitres : Jack et Ruby.
Une très touchante histoire d’amour, dans le Sud rural actuel mais toujours ancestral des Etats-Unis : la Caroline.
Ruby est morte d’un cancer du poumon, à tout juste quarante-cinq ans. Peu avant l’issue fatale, elle a préparé et congelé les repas de son mari, Jack. A soixante-cinq ans, une fois son stock terminé, il est dépourvu et complètement perdu. Cette histoire de repas est un bien commode exutoire, mais le lecteur ne s’y trompe pas. Ce qu’ils nous racontent, ces deux-là, tout au long du roman et des petits bouts de leurs années de vie commune, c’est bien une histoire d’amour, profonde, magnifique, extrêmement émouvante.

Des gens simples, qui ont eu leur lot de petites et grandes misères, des avares de parole, qui savent exprimer beaucoup en disant peu.
On sent un bouillonnement d’émotion tout au long des pages, on rit et on sourit aux épisodes comiques, on se blinde par avance face à un dénouement que l’on pressent ravageur. C’est peine perdue, Burr donne le lopin de terre, et on se retrouve tout couillon, la gorge verrouillée et tous ces magnifiques personnages ancrés en nous pour toujours.

Coup de cœur absolu, écrivaine dont je veux lire jusqu’à la liste des courses.

 

Traduction (USA) de Marie-Claire Pasquier
168 p.

18.04.2007

Quand t’as pas mal aux dents, tu ne passes pas ton temps à dire aux gens que t’as pas mal aux dents.

Alain TeuliéA part ça, les hommes vont bien…1-a-part-ca-les-hommes-vont-bien.jpg

Plon, 2007

 

Le 8 mars, à 8h45, presque 36 ans, Mat inaugure son blog. A ce détail près qu’il rédige ses billets sans les mettre en ligne. Et qu’il s’arrêtera le 27 Avril, sans les avoir jamais publiés sur le net. Donc, « blog », heu… non. Mais journal intime, oui. A la Bridget Jones, absolument, du côté masculin, tout à fait, complètement.
C’est surtout marrant, amusant, bidonnant, drôle, gondolant, tordant, etc.
Un peu vulgaire parfois, mais pas trop.
Comme les amis de Mat, quoi : « Vous n’avez pas remarqué ? On a besoin que nos amis soient un peu vulgaires, mais pas trop. Quand on est trop poli, on ne communique pas. »

Notre narrateur est éditeur de livres consacrés au développement personnel, avec des titres plus étranges les uns que les autres. Il tombe amoureux plus vite que son ombre, et a une meilleure amie charmante, disponible, affectueuse et vraiment sympa, mais stupide. Et comme il a un humour à froid assez caustique, il tombe souvent à plat…
En un mois et demi, c’est fou tout ce qui lui arrive, et c’est un plaisir que de le suivre dans ses péripéties.

Parmi elles, mention spéciale au papa qui a écrit un roman de cape et d’épée, que Mat accepte de publier dans un élan d’amour filial et de politesse chevillée au corps. Dès le lendemain, il rédige une petite annonce :

«  Auteur roman cape + épée ch pers beauc temps libre pour saisie informatique de son manusc + correct style + orthog + gramm + structure génér de l’histoire + ajout et suppres de personnages. Trav sérieux Bonne vue conseillée.
Tel M. Boucley au 06… »

Quoi que je me demande si les scènes de la visite dans la boite échangiste, le N° de tel de Sandra au péage de Saint-Arnoult, ou sa réponse au coup de fil nocturne de Mat concernant son Landru (surréaliste !!), ne méritent pas elles-aussi une mention…

Quoi qu’il en soit j’ai ri, franchement et beaucoup, et c’est un vrai plaisir, une détente idéale pour la plage ou de longues heures en train, bref, un roman sans prétention mais non sans agrément, que je recommande tout bonnement !
Quel est donc le terme pour de la chick-lit au masculin ?
En voici, et de belle facture.

 

334 p.

 

14.04.2007

Aimer ne suffit pas

1-austen-raison---sentiments.jpg Jane AustenRaison et sentiments

1ère ébauche par Jane Austen en 1795
Christian Bourgois, 1979
10-18, 1982, 2006

 

Il était une fois une jolie petite famille, les Dashwood. Madame mère veillait bien comme il faut sur ses trois filles, dont deux étaient amoureuses : Elinor, l’ainée - la raisonnable et la plus apte à prendre sur soi - d’Edward Ferrars, et Marianne, l’exaltée, la passionnée, tombera très vite sous le charme de Willoughby. Leurs tendres sentiments étaient partagés - on ne peut tricher avec les mouvements du cœur - tout aurait donc pu aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf que les histoires de gros sous viennent toujours pourrir l’ambiance. Parce que nos dames et demoiselles Dashwood, pourtant de naissance honorable, n’avaient pas le moindre sou de trop ou d’avance. Et les élus de leur cœur ne brillaient pas non plus par leur fortune personnelle… Ajoutez à tout ceci un demi-frère sous la coupe de son épouse super radine, une Mrs Ferrars (mère) redoutée et mal embouchée, une petite peste d’intrigante de Lucy Steele qui mériterait bien un tout autre sort que celui qui lui est finalement réservé, et un brave et fiable colonel Brandon, qui ne déparerait pas, lui, à être dépeint avec un chouïa plus d’enthousiasme, secouez bien, et dégustez : c’est frais et digeste.

Bon, j’avoue que j’ai eu un peu de mal à comprendre en quoi la conduite de ce brave Edward était « respectable ». De nos jours, elle parait surtout hyper couillonne. Si on devait se sentir tenue de respecter TOUS nos engagements de jeunesse… heu… je serais mal.
Mais c’est chipoter, d’accord, autres temps, autres mœurs, et j’ai une fois de plus pris un grand plaisir à gambader dans toute cette finesse souvent assassine (le concept de la maternité en prend pour son grade tout au long du roman, ouah !), et ces superbes descriptions de la nature anglaise, et humaine.

 

L’avis de Lilounette (sur le film aussi) et celui de Chimère

Traduction (GB) de Jean Privat
374 p.

Au sujet du DVD, le film d'Ang Lee, je veux dire ici que c'est une merveille de bout en bout, que l'adaptation qu'a faite Emma Thompson du roman est brillante et intelligente, et que c'est plus de six heures de bonheur puisque lorsque vous avez terminé de regarder le film, vous pouvez vous le repasser avec les commentaires audio d'ET et de la productrice. Et alors là, après avoir bien pleuré dans la première version "découverte" (ah, la scène où Elinor supplie Marianne de ne pas mourir..... insoutenable !), vous riez comme une folle avec l'espièglerie d'ET, ses commentaires sur tout et rien, les détails, les moutons, les scènes ajoutées par rapport au roman, et pourquoi, .... Du bonheur.
Par exemple, ET n'a qu'un an de plus que Hugh Grant "dans la vraie vie", et une classe de lycéens qui regardaient le film se sont exclamés "mais pourquoi avoir choisi cette actrice ? Elle pourrait être sa mère...." Arg ! :)

06.04.2007

Homeland & conséquences

1-galgut.jpgDamon GalgutUn docteur irréprochable
(Titre original : The Good Doctor)

 

Editions de l’Olivier, 2005

 

Franck Eloff, médecin blanc, attend depuis presque sept ans le poste de direction d’un hôpital. Sauf que tout est particulier, dans son histoire. L’hôpital est moribond, dans une capitale fantôme d’un ancien homeland en Afrique du Sud. Lui-même vit dans une sorte de torpeur, venu là pour fuir, entre autres l’échec de son mariage. Il est sous les ordres d’une noire, avec laquelle la communication passe selon des codes extrêmement précis. Déboule un jour Laurence Waters, venu effectuer son service social d’une année. Les deux hommes vont devoir partager la même chambre. Une amitié incertaine, basée sur la seule force de la cohabitation, débute. Mais Laurence est jeune, et déborde d’envie d’agir, de se sentir utile. Et lorsqu’on n’appréhende pas les tenants et aboutissants d’une situation politique tout, sauf simple, la meilleure volonté débouche souvent sur le pire…

La grande force de ce roman, c’est son atmosphère. L’apathie ambiante est contagieuse, les descriptions amères et puissantes, et on découvre en même temps que Franck que la frontière entre le jour et la nuit est mince.

Impossible à lâcher une fois commencé.

 

Traduction (Anglais - Afrique du Sud) d’Hélène Papot
294 p.

04.04.2007

Monsieur pipi

1-Collins.jpgWarwick Collins - La pissotière

10/18 Domaine étranger, 1999

 

Il s'agit ici d'une petite fable relative à l’intolérance.

Ezekiel Murphy trouve un nouveau travail, il effectue l'entretien des Toilettes Messieurs municipales dans le centre de Londres. Il est sous les ordres de Reynolds et a pour collègue Jason, tous deux d'origine jamaïcaine, comme lui. Ce travail lui plait bien, même s'il est un peu désarçonné face à ce que ses collègues appellent "les reptiles". En effet, les toilettes sont un lieu de rendez-vous homosexuel, et l'attitude de la municipalité à cet égard est déroutante. Ce sera l'occasion pour ces trois hommes de se définir par rapport à tout un tas de choses, tolérance, racisme, religion, famille... Et pour nous, lecteurs, de méditer deux trois sermons bibliques avec un petit sourire en coin.

J'ai absolument adoré le ton piquant et néanmoins neutre de Warwick Collins, ou comment dire beaucoup en peu de mots : une réussite totale !

L’avis détaillé et pertinent de Myosotis.


142 p.
Traduit de l'anglais par Robert Davreu

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