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26.05.2007

Cri d’amour d’une Proustiférée

1-Beauvais-Proust.jpgMarie-Odile BeauvaisProust vous écrira


Melville éditeur, 2004

Elle se proposait d’écrire vingt pages au sujet de la correspondance de Proust pour la Revue littéraire de Léo Scheer, elle en a écrit deux cents, et encore, elle s’est imposé un choix drastique tant tout ce qu’elle avait envie de citer se bousculait à la plume de Marie-Odile Beauvais.
Elle dégage ainsi soixante-cinq modèles pratiques, des exemples puisés dans La Correspondance (vingt-et-un tomes), utiles aux plus démunis d’entre nous. Ils nous permettront, confrontés à ces circonstances qui nous réjouissent, nous attristent ou nous désarment, de réagir avec grâce et drôlerie en suivant les réponses dictées par la plus précise des intelligences, la plus secourable des sensibilités.

On y trouve, entre mille autres choses, une ironie malicieuse :
39 bis) Décidément ce Polype écrit à tort et à travers. On ne pourra pas vous reprocher de ne pas l’avoir dénoncé :
« Je lis souvent Polybe en pensant à vous. L’autre jour il citait (naturellement !) une parole célèbre, je crois bien « Etre ou n’être pas » et il ajoutait « avait coutume de dire Shakespeare ». Je trouve cela absurde. Shakespeare n’avait pas du tout coutume de dire cela. Il l’a dit une fois. Et « une fois n’est pas coutume ».
(A madame Straus, le 12 janvier 1917.)


Mais l’éditeur de Marie-Odile Beauvais trouve frustrant que l’angle autobiographique paraisse se fermer à peine entrouvert : qu’à cela ne tienne, elle nous en fait part, puis nous parle d’elle, de ses enfants, de ce concours qu’elle a gagné. Elle est mordante et espiègle, énervante mais si ludique, et plaisante.
Et puis elle parle si bien de Proust. Ecoutez-la :

« Qu’est-ce que parler le Proust couramment ? Tâcher de suivre ses pensées, sa mémoire prodigieuse, pleine de tant de vers, de citations qu’il déforme pour les adapter à ses desseins. Savoir dire les choses les plus violentes avec le plus de douceur. Il faut pouvoir traduire, savoir quand il dit « ne venez pas » qu’il faut parfois venir, savoir que s’il vous dit « je ne vous demande rien », il demande peut-être quelque chose, savoir que s’il vous demande quelque chose, c’est qu’il n’en a peut-être pas besoin, savoir aussi que la lucidité n’est pas que la capacité à se moquer de soi-même et qu’on la possède toujours moins qu’on ne l’imagine : « mon indifférence (relative) à moi-même se manifeste encore en ceci que je ne retiens jamais rien des ridicules des autres, et emmagasine précieusement ce que j’ai observé des miens. » Riez avec lui, écoutez-le respirer, étouffer, tousser, se « fascher », enrager, s’exaspérer, parler, souffrir, vivre et surtout écrire. Vous entendrez battre son cœur. Vous l’écouterez reprendre son souffle. Laissez-le vous rendre meilleur : le pire, c’est que c’est possible. »

Moi, franchement, tant d’éloquence et d’amour me convainquent grandement.

200 p.

(Et Enfin un bandeau intelligent qu’on a plaisir à conserver, avec reproduction d’une lettre manuscrite de Proust offerte à l’auteure.)

Commentaires

Ah, n'étant pas une grande proustiférée, celui-là je le note... pour l'offrir à ma mère qui a lu La recherche 20 fois et qui en rit, en plus (c'est vrai que Proust est souvent drôle, de l'esprit et belle plume)...

Écrit par : fashion victim | 26.05.2007

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Oh moi non plus je ne suis pas acquise à la cause encore, c'est Marie-Odile Beauvais la proustiférée, moi je tourne autour, je lis des livres sur Proust, des extraits, des parties de A la Recherche, mais je ne m'y mets pas encore vraiment. Je pense que ça fera un cadeau parfait pour ta mère, ce livre !

Écrit par : Cuné | 26.05.2007

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Dis, te voilà une future héroïne des romans de Tatiana ! ... Qui ne croit pas que les lieux imprègnent son habitant, hein ??? :))

Écrit par : Clarabel | 26.05.2007

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Heu... moi ! :-D

Écrit par : Cuné | 26.05.2007

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Il me le FAUT ! J'ai eu une époque (plusieurs années, il faut au moins ça), où je vivais entre Balzac et Proust. J'étais devenue une véritable monomane ! :) J'ai surtout envie de relire Proust (plus que Balzac d'ailleurs). Mais c'est vrai qu'il était drôle ! (ceci dit j'aurais moyennement aimé être caricaturée par lui !) Bon, je le note, je me l'offre au mois de juin ! Cuné, si tu deviens comme l'un de mes profs de lettres, tu vas finir par t"installer à Illiers Combray !!

Écrit par : lily | 26.05.2007

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Je n'ai encore jamais lu Proust (oups !) mais rien que ton billet donne envie de s'y mettre... même si j'ai bien compris que tu parlais avant tout de M.O. Beauvais, hein, je ne suis pas bouchée ! ;-)

Écrit par : Tamara | 26.05.2007

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Hum, ça sonne comme une "menace" !! ;o))

Écrit par : Cuné | 26.05.2007

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C'est intéressant que tu éprouves le besoin de le préciser... :-D (oh, je rigooooooole !!)

Écrit par : Cuné | 26.05.2007

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:-p ! (bon, j'rigole avec toi parce que tu n'as pas tout à fait tort :-) )

Écrit par : Tamara | 27.05.2007

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elle t'agace marie-odile beauvais, tu n'aimes pas trop la personne, mais on dirait que t'aimes quand même ce qu'elle écrit. Pourquoi? Ou est la différence?

Écrit par : ségolène de south park | 04.06.2007

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Mais parce que je me fous de la personne, je n'ai d'ailleurs rien contre MOB, je ne la connais pas. Par contre les sujets de ses livres m'intéressent, oui, et j'aime son style, avec qu'il comporte d'espiéglerie et les petits trucs qui m'énervent, aussi, oui. C'est un tout, c'est vivant. Rien n'est jamais parfait !

Écrit par : Cuné | 04.06.2007

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tu ne la connais pas? moi je crois qu'on connaît mieux une personne en lisant un de ses livres —si c'est un livre— qu'en dînant dix fois avec elle. Non?

Écrit par : ségolène de south park | 04.06.2007

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Oh non, je ne crois pas :-D Par contre je pense que la magie, le lien qui se tisse entre un auteur et son lecteur ne gagne jamais rien de très bon lorsqu'il devient rencontre physique. Enfin, je m'exprime mal. Je veux juste dire que "connaître" les écrivains, ça ne m'intéresse pas. Les lire, par contre, j'adore !

Écrit par : Cuné | 04.06.2007

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Connaître les écrivains, c'est forcément par leurs livres. Je maintiens que je "connais" mieux certains auteurs que je ne connais certains de mes proches. Sinon, il y a des personnes qu'on aime (j'adore Dumas, Sand, Sagan) mais leurs livres m'ennuient. J'aime les livres de Léautaud, de Duras, mais je n'aime pas les personnes. Il n'y a pas de règles, tu ne crois pas?

Écrit par : ségolène de south park | 04.06.2007

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Si, absolument, tu as raison, aucune règle. J'étais plus dans une optique de fan attitude, qui est immanquablement déçue par la personne réelle. mais si tu parles Littérature, je m'incline :-D Ceci dit attention, toujours, à l'interprétation de chaque lecteur. Si je lis Léautaud, je vais me faire une idée de l'homme qu'il était à travers le prisme de ce que je suis, et toi une tout autre. Et on aura toutes les deux raison, pour ce qui nous concerne uniquement !

Écrit par : Cuné | 04.06.2007

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