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09.11.2007

Jubilatoire !

1-Harris-copie-1.gifRobert Harris - L'homme de l'ombre



Le narrateur est un nègre, un rewriter, un ghostwriter, homme de l'ombre. A son actif, une longue liste de best-sellers, autobiographies de peoples, chanteurs, acteurs, sportifs, mais jamais encore de politiques. C'est pourquoi il est un peu surpris lorsque l'épouse de l'ex-Premier ministre britannique avance son nom, pour remanier le travail du précédent nègre, décédé dans de tragiques - et curieuses - circonstances. Le défi est de taille : un mois pour redonner forme à un manuscrit déjà existant, entouré d'extrêmes précautions, dans le secret le plus absolu. Adam Lang est en effet le premier ministre le plus "explosif" que l'Angleterre ait jamais connu, et si la documentation réunie pendant plus d'une année par son prédécesseur est copieuse, il reste "le ton" personnel à créer de toute pièce. Pour cela, il faut passer du temps avec Lang et son épouse, mais la vie politique n'est pas de tout repos, et la tension monte. Il y a danger, oppression, panique...

Un excellent roman qui ne relâche jamais la pression, suspens progressif et personnages très bien campés. Dès l'incipit, on est dans le ton : "Je ne suis pas je : tu n'es pas il ou elle : ils ne sont pas ils." (Evelyn Waugh, Retour à Brideshead) Mais qui est qui, alors ? Réponses au compte-goutte, agrémentées de réflexions et de passages jubilatoires sur le métier de nègre, et même plus globalement sur le livre :

"Les bons livres sont tous différents, alors que les mauvais sont tous exactement pareils. Je le sais avec certitude parce que, dans mon domaine, on lit beaucoup de mauvais livres  - des livres tellement mauvais qu'ils ne sont même pas publiés, ce qui est un véritable exploit quand on regarde ce qui est publié.
Et ce qu'ils ont tous en commun, ces mauvais livres, qu'il s'agisse de romans ou de mémoires, c'est qu'ils sonnent faux. Je ne dis pas qu'un bon livre raconte nécessairement des choses vraies, seulement qu'on a l'impression que c'est vrai au moment où on le lit. J'ai un ami dans l'édition qui appelle ça le Test de l'hydravion, à cause d'un film qu'il a vu un jour : l'action se passait à Londres et le film commençait avec le héros qui venait travailler dans un hydravion qu'il posait sur la Tamise. Mon ami assurait qu'à partir de là, ce n'était même plus la peine de regarder.
" (p. 70)

"Un livre à écrire est un univers délicieux de possibilités infinies. Mais tapez un mot, et il devient terriblement matériel. Tapez une phrase, et il ressemble déjà à tous les bouquins qui ont été écrits. Cependant, le mieux ne doit jamais être l'ennemi du bien. En l'absence de génie, il y a toujours le savoir-faire. On peut au moins essayer d'écrire quelque chose qui retiendra l'attention du lecteur - qui l'encouragera, après avoir lu le premier paragraphe, à jeter un coup d'oeil au deuxième, puis au troisième." (p. 167)

Et puis même la petite touche de code secret Castor Junior à la fin, je sors enchantée de cette lecture qui m'a beaucoup plu.


Ed. Plon, Novembre 2007, 356 p. 21 €
Traduit de l'anglais par Natalie Zimmerman

 

Commentaires

Je suis en plein dans cet univers journalistico-politique (ou politico-journalistique, au choix !) avec Millénium... Si c'est de la même veine, aussi réussi avec un suspense intenable, je suis preneuse de celui-là ! Je note !

Écrit par : Tamara | 09.11.2007

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Ha nan, ce n'est pas du tout pareil. Millenium, ça te rend fiévreuse, avec des personnages complètement barges et tout, ici c'est plus... réaliste, très attachant, avec ce petit *plus* du nègre littéraire... J'aime les deux !!

Écrit par : Cuné | 09.11.2007

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ça m'a l'air "carré" ,"à l'américiane", formaté non  ?  En tout cas ,lemonde  des "nègres" doit être  fort intéressant.

Écrit par : cathulu | 10.11.2007

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Peut-être, oui, un peu "à l'américaine", (oui, formaté dans leur shéma à eux, c'est sûr !), mais pas du tout de façon gênante, on se prend bien au jeu dès les premières pages, c'est carré dans le bon sens du terme. Et puis il y a tout cet univers du milieu de l'édition, les pensées du narrateur, c'est vraiment chouette. Je ne peux pas raconter la fin, mais il y a une dépression pour quelqu'un qui éclate et c'est non seulement bien vu, "logique", mais bien rendu, on la vit en même temps, on ressent autant qu'on est dans l'action, dans ce livre.

Écrit par : Cuné | 10.11.2007

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J'aime bien ce que fait cet auteur habituellement (je me rappelle surtout d'une histoire avec un dirigeable qui transporte des bombes au dessus d'un stade lors du super bowl ou d'un autre match important). Je note !!

Écrit par : Joelle | 10.11.2007

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C'est le Robert Harris de "Pompéi" non ? Je n'avais pas vu qu'il sortait un autre titre.

Écrit par : Gachucha | 10.11.2007

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Oui, c'est lui. et "Pompei", c'est bien ?

Écrit par : Cuné | 11.11.2007

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Et voilà ! Encore un découvert grâce à toi et lu en 2 jours. J'aime bien le titre anglais, The ghost, et ses multiples références. Je me souviens avoir été attirée par tes citations, et de fait la voix du narrateur m'a vraiment plu. Je trouve l'ensemble bien ficelé, même si j'ai deviné un certain nombre de choses longtemps avant la fin... Mais je ne dis rien pour ne pas gâcher le plaisir des futurs lecteurs !
Bonne journée !

Écrit par : Melanie B | 13.01.2009

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Chouette ! :-D
En effet, l'intrigue est presque secondaire tant on prend de plaisir à simplement écouter la voix du narrateur, c'est très bien dit.
J'ai envie de le relire :-D

Écrit par : Cuné | 13.01.2009

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