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30.11.2007

Du genre chef-d'oeuvre, carrément

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Alexandre SoljenitsyneLe pavillon des cancéreux


Avant tout, dire que ce roman, qui pourrait effrayer et par son sujet, et par son auteur, se lit avec une extrême facilité, n’est absolument pas abscons. Mieux, il est d’une évidence limpide, il s’installe tranquillement dans notre emploi du temps et réclame son temps de lecture de manière de plus en plus impérieuse.

Nous sommes fin 1954, Staline est mort depuis bientôt deux ans et la Russie est en plein bouleversement. Au sud, un hôpital réservé aux cancéreux fonctionne à plein régime. Mais lequel ? Par le biais d’Oleg Philémonovitch Kostoglotov, un relégué qui y déboule un jour, nous partageons le quotidien des malades et des soignants, le temps de son traitement.
Le quotidien le plus terre-à-terre, la maladie, le « rendement » des machines, les docteurs, la médisance, les malades qui sont regroupés alors qu’ils viennent d’horizons tout à fait différents, la souffrance, la mort, la peur, surtout ; mais aussi le quotidien le plus lumineux, celui où de grandes discussions, des engueulades mêmes, en appellent aux idées les plus nobles, celui où on s’interroge de concert sur « Qu’est-ce qui fait vivre les hommes ».

Il y a une opposition constante entre trivialité et élévation, aussi bien en ce qui concerne les idées que les caractères.

Il y a des scènes incroyables, qu’on lit et relit et qu’on médite avant de poursuivre, de celles qui semblent contenir dans des mots pourtant banals, voire même souvent naïfs, des vérités profondes qui nous touchent infiniment. Ainsi toute la discussion entre Chouloubine et Oleg, de la page 589 à la page 606, me semble tout expliquer de la Russie, et plus universellement, de l’âme humaine (les « idoles » de Francis Bacon).

Il y a des personnages répugnants (Roussanov), archétypes du délateur borné et dangereux, qui parviennent à nous émouvoir dans leurs incompréhensions, leur peur primale. « Bien sûr, Roussanov savait que, tous les hommes étant mortels, il devrait un jour y passer lui aussi. Un jour… mais – tout de suite ? Il n’est pas affreux de mourir – un jour ; ce qui est terrible, c’est de mourir tout de suite. Pourquoi ? Mais parce que : « Et comment ? Et après ? Et sans moi ?... »

Et puis il y a bien sûr beaucoup de souffrances, et pas uniquement celles dues au cancer, loin de là. Pourtant il règne au-dessus de chaque paragraphe une aura de douceur, un peu de fatalisme souriant, une bonhomie slave qui calme nos craintes, et nous attache très fortement à la prose d’Alexandre Soljenitsyne.

Du genre chef-d’œuvre, carrément.

Ed. Julliard, 1968 & Pocket, 1980, 2005 10 €
722 p.
Traduction du Russe par Alfreda et Michel Aucouturier, Lucie et Georges Nivat, Jean-Paul Sémon

Les avis sur Critiques Libres

Commentaires

Jamais lu , honte à moi ! j'avais lu il y a  longtemps, "une journée dans la vie d'Ivan..." Mais pour l'instant, j'ai  envie  delégèreté ...

Écrit par : cathulu | 30.11.2007

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(Je ne l'avais jamais lu non plus... jusqu'à maintenant !!) ==> en guise de légèreté, je suis dans un Meg Cabott, eh bien ça me plait !!

Écrit par : Cuné | 30.11.2007

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J'avoue que je ne me sentais pas à la hauteur au vu du titre et de l'auteur. Mais si tu nous dis que c'est fluide et que c'est un chef d'oeuvre, je note tout de suite.

Écrit par : Gambadou | 30.11.2007

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722 pages !    ...

Écrit par : Clarabel | 30.11.2007

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Tu me donnes envie de le relire ... j'étais jeune quand je l'ai lu et je suis sûre que je ne le percevrais plus de la même façon maintenant !

Écrit par : Joelle | 30.11.2007

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J'ai lu ce livre à l'âge de 15,16 ans et j'en ai un bon souvenirs. Tu me donnes envie de le relire avec un peu de recul.J'ai passé une partie de mon enfance à l'hôpital Gustave Roussy à Villejuif, et j'ai toujours été attirée par les livres sur la maladie et le milieu de soignant. Pourquoi des idées pareilles, à savoir....... Bonne journée Manou

Écrit par : Manou | 30.11.2007

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J'avais les mêmes craintes, elles sont infondées, je te l'affirme !! :-D

Écrit par : Cuné | 30.11.2007

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Ha ha, oui. Soit 6 "petits" livres, ça ne te fait quand même pas peur, à TOI ??!!! ;o))

Écrit par : Cuné | 30.11.2007

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Tu soulignes là un point très juste : c'est pile le genre de roman à multiples lectures !!

Écrit par : Cuné | 30.11.2007

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Ah je suis comme toi, très attirée par ce milieu aussi, mais très hypocondriaque en même temps... Merci pour ton message et bon week-end à toi, Manou !

Écrit par : Cuné | 30.11.2007

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Ouuuuuuuufffff... la terrible hypocondriaque que je suis va passer son tour pour ce livre...  Je risque de me retrouver avec tous ces "symptomes" en moins de deux...  avec une belle crise de panique en prime!!!  Malgré l'écriture fluide et ta  critique, ça me fait encore vraiment peur, ce genre de livre!

Écrit par : Karine | 30.11.2007

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Lu il y a très longtemps. M'a longtemps laissé une peur atroce de la maladie... je note qu'il n'a pas eu droit à la catégorie "merveille" ;-)

Écrit par : Papillon | 30.11.2007

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C'est à dire que pour me retrouver flagada comme après la lecture du Temps où nous chantions (Karine vient de vivre la même chose, d'ailleurs !! :-D), il m'en faut beaucoup... Je mesure à cette aune... Totalement subjective !!

Écrit par : Cuné | 30.11.2007

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Merci Cuné pour cette critique; je l'ai, hérité de mes grands-parents, en version poche originale soit de 1960 quelqu-chose, toute jaunie et sentant le renfermé. Je n'ai jamais osé ni eu l'occasion de m'y plonger. Cela fait deux eprsonnes qui me disent que non, Solje...se lit bien.

Écrit par : Sophie | 01.12.2007

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A l'occasion, regarde par qui et signée la traduction sur ton exemplaire, l'édition de 2005 l'est par cinq personnes, je suis curieuse de savoir s'il s'agit d'une "remise au goût du jour" (pas toujours réussie) ou si c'était déjà comme ça... Merci !

Écrit par : Cuné | 02.12.2007

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Alors mon exemplaire date de 1974 et a été traduit par 5 personnes (M et Mme Aucouturier,M et Mme Nivat, JP Semon), comme ta version. Donc j'imagine que ce n'est pas une remise au goût du jour

Écrit par : Sophie | 04.12.2007

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je viens d'en faire l'acquisition. Un volume d'occasion, vieux et corné comme je les aimes (je sais je suis bizarre)... quelque chose m'a irrémédiablement attiré vers ce livre... nous verrons à la lecture!

Écrit par : la nymphette | 07.01.2008

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Oh j'adore l'appel d'un livre, surtout s'il n'est pas beau et tout : cela crée une connivence *spéciale*... J'espère qu'il ne te décevra pas !

Écrit par : Cuné | 07.01.2008

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