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18.12.2007
Un (autre) Octobriste de grand talent*

John Banville - La mer
Anna vient de mourir, et Max, son mari, revient s'installer dans le petit village du bord de mer où il venait en vacances avec ses parents lorsqu'il était enfant. L'été de ses dix-onze ans, il est tombé foudroyé d'amour pour la famille Grace, la mère tout d'abord, Connie, puis leur fille, Chloé. Inoubliable parce qu'elle lui a offert son premier baiser, parce que le couple qu'elle formait avec son jumeau muet, Myles, le fascinait autant qu'il le déroutait, parce que les parents étaient d'une insouciance folle qu'il prenait volontiers pour de l'élégance, lui le locataire d'un bungalow miteux et eux dans leur villa chic. Cette villa est devenue une pension de famille, et c'est en compagnie d'un colonel qu'il a du mal à prendre au sérieux et d'une Mlle Vavasour excentrique qu'il revient sur les traces de son passé, cinquante ans plus tard. Parce qu'il ne peut plus rester dans la maison où Anna n'est plus, parce qu'il est complètement déboussolé, effondré et fou de rage contre celle qui l'a planté là, mais une autre raison nous sera révélée en toute fin...
La narration est tout sauf linéaire, on est l'été de ses onze ans, au moment où ils apprennent la maladie d'Anna, puis au moment de son arrivée sur les lieux de son enfance, soudain au moment de la rencontre d'Anna, etc. Mais c'est un roman envoûtant, enivrant, superbement intimiste et qui résonne à chaque page. Cela tient de la magie, presque, il se dégage une ambiance extraordinaire, c'est limpide et recherché à la fois (moult usage du dictionnaire, de nombreux mots inconnus pour ma part !), et j'ai adoré la "révélation" finale.
Etrangement, j'ai rapproché l'écriture de John Banville de celle de Wallace Stegner. Leurs héros sont pareillement attachants dans leurs failles, dans leur façon de nous égrener le temps qui a passé.
Un Booker Prize plus que mérité !
La narration est tout sauf linéaire, on est l'été de ses onze ans, au moment où ils apprennent la maladie d'Anna, puis au moment de son arrivée sur les lieux de son enfance, soudain au moment de la rencontre d'Anna, etc. Mais c'est un roman envoûtant, enivrant, superbement intimiste et qui résonne à chaque page. Cela tient de la magie, presque, il se dégage une ambiance extraordinaire, c'est limpide et recherché à la fois (moult usage du dictionnaire, de nombreux mots inconnus pour ma part !), et j'ai adoré la "révélation" finale.
Etrangement, j'ai rapproché l'écriture de John Banville de celle de Wallace Stegner. Leurs héros sont pareillement attachants dans leurs failles, dans leur façon de nous égrener le temps qui a passé.
Un Booker Prize plus que mérité !
Ed. Robert Laffont, coll. Pavillons, 2007
Traduit de l'anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch
247 p. 20 €
"L'amour entre adultes. C'était bizarre de les imaginer, d'essayer de les imaginer, en train de se démener sur leurs lits olympiens en pleine nuit sous le seul regard des étoiles, de s'empoigner, de s'étreindre, de murmurer des mots d'amour haletants, de réclamer le plaisir à grands cris de quasi-souffrance. Comment justifiaient-ils ces actes ténébreux face à leur moi diurne ? C'était une chose qui me plongeait dans une grande perplexité. Pourquoi n'éprouvaient-ils aucune honte ? Le dimanche matin, par exemple, ils arrivent à l'église encore tout émoustillés par leurs ébats de la nuit du samedi. Le prêtre les accueille sur le porche, ils affichent un sourire irréprochable en marmonnant des paroles inoffensives. La femme trempe le bout des doigts dans le bénitier, mêlant à l'eau bénite de tenaces traces de jus d'amour. Sous leurs beaux habits du dimanche, leurs cuisses les cuisent au souvenir du plaisir de la veille. ils s'agenouillent sans se préoccuper du regard lourd de reproches affligés que fixe sur eux la statue de leur Sauveur en croix. Après leur déjeuner dominical, peut-être enverront-ils les enfants jouer dehors afin de se retirer, rideaux tirés, dans le sanctuaire de leur chambre et de remettre le couvert, sans même remarquer l'oeil injecté de sang de mon imagination rivé sur eux, impavide. Oui, j'étais comme ça dans ma jeunesse. Ou, pour être plus précis, il y a encore une part de moi comme ça. Une petite brute, en d'autres termes, un cochon. Comme s'il y avait d'autres variantes. On ne grandit jamais. En tout cas, pas moi." p. 75-76
* Comme Pouchkine, qui trouvait, à l'instar du héros, l'automne stimulant.
Les avis de Jules, et d'Eireann, de Bellesahi, et de Moustafette.
15:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : booker prize


Commentaires
Écrit par : cathulu | 18.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : BelleSahi | 18.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 18.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Emeraude | 18.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 18.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine | 18.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Eireann Yvon | 18.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Gambadou | 18.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Jules | 19.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Thom | 19.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 19.12.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Joelle | 23.12.2007
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