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18.12.2007
Un (autre) Octobriste de grand talent*

La narration est tout sauf linéaire, on est l'été de ses onze ans, au moment où ils apprennent la maladie d'Anna, puis au moment de son arrivée sur les lieux de son enfance, soudain au moment de la rencontre d'Anna, etc. Mais c'est un roman envoûtant, enivrant, superbement intimiste et qui résonne à chaque page. Cela tient de la magie, presque, il se dégage une ambiance extraordinaire, c'est limpide et recherché à la fois (moult usage du dictionnaire, de nombreux mots inconnus pour ma part !), et j'ai adoré la "révélation" finale.
Etrangement, j'ai rapproché l'écriture de John Banville de celle de Wallace Stegner. Leurs héros sont pareillement attachants dans leurs failles, dans leur façon de nous égrener le temps qui a passé.
Un Booker Prize plus que mérité !
Ed. Robert Laffont, coll. Pavillons, 2007
Traduit de l'anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch
247 p. 20 €
* Comme Pouchkine, qui trouvait, à l'instar du héros, l'automne stimulant.
Les avis de Jules, et d'Eireann, de Bellesahi, et de Moustafette.
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : booker prize
15.12.2007
Vous l'avez repeint ?

J'hésitais à acheter son "book", comme il l'appelle lui-même, parce que vingt euros pour un cahier d'écolier rempli entre deux autres trucs, souvent la nuit, un peu de texte, du dessin (son premier hobby), du collage (son deuxième), et pas mal de délires, ça me paraissait être réservé à ses vrais fans.
Et puis une discussion avec Marie m'a donné envie de me lancer quand même, et croyez-vous que je sois déçue ? Pas du tout, pas du tout....
Parce qu'en fait c'est beaucoup plus dense qu'on pourrait le croire au premier abord, que c'est rempli d'humanité, de fantaisie, pratiquement pas de scatologie comme je le craignais, à peine plus de fantasmes, que c'est tendre, joli, poétique, très drôle, bizarre, émouvant, sincère, j'ai bien l'impression.
D'abord, il y a des fils rouges, des thèmes récurrents, et de vrais textes à lire, dans lesquels on retrouve complètement "la voix" de Philippe Katerine. (Je crois d'ailleurs que je suis dingue de cette voix flutée, aux fins de phrase toujours légèrement interrogatives). Ensuite, on se dit qu'il est beaucoup moins excentrique que son personnage télé, plus tourmenté aussi, assurément. Il nous donne carrément envie de faire partie de son truc, de sa bande de potes (sans soirée no complex, merci !).
Et enfin, vraiment qu'est-ce qu'il est drôle ! Beaucoup de ces pages perdraient à être offertes ici, parce que le graphisme tient une grande place dans les effets provoqués (mon titre par exemple), parce que l'effet répétition joue également, mais si vous insistez (si, j'en vois une qui insiste au fond), allez, une petite page :
"J'étais au lycée, j'avais piscine le lendemain matin et décidément je ne voulais pas y aller. Aussi, ai-je demandé à ma mère de m'écrire un mot d'excuse comme quoi j'étais un peu malade. Le lendemain, à 7h30, j'ai retrouvé ce mot sur la table de la cuisine.
Lundi 8.12.1984
Monsieur,
Philippe ne pourra pas aller à la piscine parce qu'il a de grosses narines."
A la page juste derrière, l'épisode des canapés, qui se termine par ces mots : "Mon Dieu, Faites que je ne sois pas malade mental. OU C'EST QUOI ?!!"
Je ne sais pas, mais c'est tout bon, faut rien changer.
Ed. Denoël, Novembre 2007, 20 €
Holly, je me souviens que tu nous avais proposé, il y a déjà quelques temps, des vidéos de sa période "avant", si tu savais comme j'aimerais que tu lui consacres un de ces billets merveilleux et si raffinés dont tu as le secret....
Sylire a vu son spectacle
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags : autobiographie, loufoque, graphisme, philippe katerine
10.12.2007
All the lonely people... Where do they all come from?
Douglas Coupland - Eleanor Rigby
Elle est grosse, elle a trente-six ans, elle bosse puis elle rentre chez elle et quand la solitude lui monte trop à la gorge, elle prend sa voiture et poursuit les mauvais conducteurs en les invectivant de tous ses poumons, ça la calme, ou elle prend sa dose de monde dans les centres commerciaux. Ce n'est pas qu'elle soit hideuse, ni même franchement repoussante, non, Liz Dunn est invisible, on ne la regarde pas, on ne fait pas attention à elle. Du moins, au début du roman. Parce qu'un coup de fil, venant de la part d'un parfait inconnu à l'hôpital, mais qui possède son nom et son numéro de téléphone inscrits sur un bracelet, va tout changer. Pour un temps, tout au moins...
Douglas Coupland signe là un de ses meilleurs romans, beaucoup moins déjanté que les précédents, sans avoir perdu pour autant son ironie mordante et sans abandonner complètement non plus ses péripéties saugrenues, qui font tout son charme.
Une construction non linéaire nous attache de plus en plus au fil des pages à cette Lizz qui suinte l'angoisse et la solitude, sans jamais jouer dans le registre du triste (même si on est ému).
Ca bouge, ça remue, c'est rock, c'est canadien et c'est vachement bien.
Ed. Au Diable Vauvert, Septembre 2007, 299 p. 19 €
Trad. (Canada) Christophe Grosdider
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : solitude