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08.01.2008

Où subsiste encore ton écho...*

Miano.gifLéonora Miano - Tels des astres éteints


Une histoire simple, un roman qui ne l'est pas du tout : Trois jeunes adultes, Paris intra-muros, de nos jours. Amok, camerounais "de bonne famille", est en complète rébellion contre sa famille. Super dépressif, il cherche le courage d'en finir, a une vue plus qu'amère sur tout. Shrapnel, son ami d'enfance, porte fièrement ses racines et oscille entre combat identitaire et une certaine blonde aux yeux clairs, qui s'immisce tout en douceur dans son coeur. Amandla, enfin, jeune guyanaise tendance rasta pure et dure, cherche son compagnon pour vivre dans un monde kémite pour lequel elle milite sans relâche.

Trois façons d'avoir une peau noire de nos jours, trois avis diamétralement différents, trois personnalités surtout qui se révèlent immensément attachantes et dont on tente (en galérant un peu assez régulièrement) de suivre les raisonnements et les activités.

Léonora Miano est un Grand Ecrivain. Elle signe ici un roman musical, avec une bande-son, qui s'avère extrêmement dense et touffu, empli de notes de bas de pages, de pays qu'il faut déchiffrer à l'aide d'indices, de termes nouveaux et compliqués (Kémet, leucoderme, etc.) et de références historiques ou culturelles pas franchement connues du tout venant (moi, en l'occurrence). Mais dans le même temps elle nous offre une telle réflexion, des développements tellement bien argumentés, sur des sujets vraiment pas simples à appréhender que j'ai pris autant de plaisir à lire ce roman qu'il m'a donné du mal. C'est un sujet que je n'avais pas encore eu l'occasion d'approfondir, et c'est assurément un bon livre pour l'aborder.

Un univers complexe, dans lequel on plonge pour un bon bout de temps...

Ed. Plon, 3 Janvier 2008,  404 p. , 20 €

"La plupart des gens n'avaient aucune envie de partir en croisade. Les humains n'étaient pas des combattants par essence. Ils étaient de petites choses fragiles. Angoissées. Ils avaient des enfants. Des désirs ordinaires. Ils craignaient la mort. Toutes les formes de mort. A commencer par la mise à l'écart. Ils savaient leur vie perdue hors des collectivités. Les Noirs comme les autres. La majorité de ceux qui vivaient dans ce pays ne souhaitaient pas que leurs traits soient grossis. Ils voulaient au contraire qu'ils soient oubliés. Ils voulaient entrer dans la ronde. Tenir la main des autres. Mourir sans avoir trop mal vécu. S'ils allaient écouter les frères atoniens, c'était parce qu'ils ne parvenaient pas à vivre cette vie normale. La rudesse du quotidien les contraignait à l'interrogation : pourquoi ? ils se demandaient pourquoi ils se cassaient toujours la figure. Pourquoi leur vie à eux ne prenait décidément pas tournure. Pourquoi le regard posé sur eux était celui qu'ils connaissaient. Ce regard-là avait un long passé. Ils étaient encore emprisonnés dans d'anciennes constructions." p. 210

* Je n'aime pas du tout Bashung, SAUF cette chanson-là, précisément, "La nuit je mens", évoquée page 246.
"
J'ai dans les bottes
des montagnes de questions
Ou subsiste encore ton écho"

Commentaires

Ben dis donc, tu ne lis pas des choses super joyeuses ni super faciles en ce moment... J'avoue que je suis en panne de lecture (et comme toujours c'est assez terrible), et je cherche quelque chose d'un peu fun qui puisse me débloquer : tu n'aurais pas un titre en réserve ? :))) Et j'adore la chanson de Bashung "la nuit je mens" (j'ai assisté il y a quelques années, en fait presque 10 ans, bouhou, ça ne me rajeunit pas) à un concert de Bashung par hasard : c'était fort bien ma foi!)

Écrit par : fashion victim | 08.01.2008

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J'ai beaucoup aimé les deux derniers romans de Leonora Miano que j'avais d'ailleurs rencontré lors d"une rencontre du prix Goncourt Lycéen qu'elle a reçu l'année dernière (2006)... Ce sont des livres assez durs. Je vais sûrement me plonger dans celui là.

Écrit par : Gambadou | 08.01.2008

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Bah dis, pas facile de se sortir d'une panne de lecture, en général les pauvres livres qui me tombent entre les mains durant cette période n'ont pas vraiment leur chance, *rien ne plait, tout est naze*... En plus pas facile de te conseiller TOI qui a déjà lu quand même pas de trucs qui sont *mes* trucs anti-panne, justement ! Mais peut-être : - Alain Teulié ? (voir dans mon index) parce que ça devrait te parler en tant que parisienne fofolle (haem haem :-D) - Will Ferguson ? - De la litté jeunesse, ça sauve ça, en général ! Les 4 filles et un jean, tu as déjà essayé ? J'avais lu un compte-rendu d'une fan archi-fan sur un ancien forum d'un concert de Bashung : elle donnait tellement envie, c'était incroyable (le talent de la plume !!) du coup j'ai acheté un album... et... beurk, non vraiment pas pour moi !

Écrit par : Cuné | 08.01.2008

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Et moi je la découvre par celui-ci ! Je vais lire les autres, c'est sûr, j'ai été très impressionnée par sa maestria (ça ne se dit pas, ça, maestria ? Pas grave ;o))

Écrit par : Cuné | 08.01.2008

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fichtre, ne répète jamais à mon homme du foyer que tu n'aimes pas bashung, à moins de vouloir être flagellée sur place ! ! ! ... :) et cette chanson, plus toutes autres, est somptueuse, je confirme !Pour le bouquin, bah jusqu'à présent tous les livres de cet auteur me sont tombés des mains, donc ...  Et pour Fashion, oui un petit roman jeunesse pour se réconcilier avec la lecture est une excellente idée ! je cautionne !!!

Écrit par : Clarabel | 08.01.2008

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J'avis beaucoup aimé ce roman également... Un très agréable moment de lecture. Un bon choix (encore) des lycéens. Ils sont avisés nos ados !

Écrit par : Anne-Sophie | 08.01.2008

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Amok et Shrapnel, ça promet de la mitraille et du sang.

Écrit par : Dominique Boudou | 08.01.2008

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Ah cette phrase : "j'ai dans les bottes des montagnes de questions, où subsistent encore ton écho". Avez-vous jamais entendu plus sublime ? Je suis raide dingue de cette chanson…, hein, Clarabel ?

Écrit par : Plume salée | 08.01.2008

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Je crois que je vais passer pour l'instant... le sujet ne me fait pas peur mais le côté "difficile", un peu!  Plus tard, peut-être!

Écrit par : Karine | 09.01.2008

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J'ai retrouvé le CR (compte-rendu). Une merveille : Waltzing Matilda Déconne, expie et gère Inscrit le: 10 Aoû 2004 Messages: 2644 Posté le: 25 Nov 2004 13:13    Sujet du message: LE CR Je passerai sur l'idée un peu idiote que Monsieur a eu de jeter sa femme en première partie. Elle est blonde, elle est assez belle, ce côté vénus préhistorique l'illumine pas mal. En revanche sa façon de tailler des pipes à son micro gonfle tout le monde. Elle s'auréole d'un nuage de fumée pour montrer qu'elle est une icône. Son répertoire sonne le texte prise de tête commandé à des jeunes auteurs branchés. Le public se lasse vite. Elle n'est applaudie que parce qu'elle est Madame à la ville. (Petite parenthèse, nous étions placés au deuxième rang, idéalement face au micro de Monsieur, moi j'étais prête à décrypter la moindre de ses rides, et mon amie qu'a déjà pas un métier facile du fait qu'elle est mon amie tombe dans les pommes pour cause de buzz gros comme un cigare cubain sur le rang de devant. L'a pas l'habitude. J'ai hésité à l'accompagner moralement du fait que j'étais vraiment très bien placée et que son homme l'avait prise en charge mais quand-même, j'ai eu des scrupules. Merde, j'avais perdu ma place. La copine remise sur pied, n'écoutant que mon courage je me décide à regagner ma place initiale à coups de coudes et d'oeil du tigre. Certes le badaud ronchonne un peu mais je retrouve ladite place, laissant mes amis sur le bord de la salle. Contente je suis. C'est MON concert, merde.) Monsieur débarque. Et là je comprends que ce à quoi je vais assister c'est une messe. Ce type est un loup. Ses cheveux coiffés en arrière, grisonnants, ses lunettes de soleil qui lui dessinent des arcades proéminentes avec les projecteurs, son corps svelte, son profil de vieux chef indien. A partir de ce moment et jusqu'à la fin du concert ma mâchoire inférieure va rester rivée au sol. Au début la plèbe de bobos 25-50 ans essaie de tortiller vaguement, agite la tête pour marquer la cadence des paroles du mec, là, debout sur scène, du Dieu-loup. Et puis ça calme, Bashung. Impossible d'essayer de faire "sortir" quoi que ce soit de son corps quand en face on te donne autant. Tu est tellement occupé à recevoir, à suffoquer de bonheur et d'admiration, que tu en oublies d'expirer. Tu te remplis, juste. Je le sens bien, le respect tout autour. Merde, c'est pas rien Monsieur, c'est quand-même LE plus grand interpète pour moi, pour nous, ici dans cette salle. Il porte en lui les stigmates d'une certaine culture, d'une musique d'esthète et de textes de poètes. C'est un crooner. Il modifie l'électricité de la salle, son charisme animal est presque effrayant. J'étais très près, je suffoquais, vraiment. J'essaie de prêter vaguement attention à ses musiciens, mais rien à faire. Chacun de ses mots darde direct ma peau. Le guitariste se tortille, cheveux longs blonds et bouclés, hardos-craignos de base. Sans intérêt. Le violoncelliste, à l'allure d'esthète nazi repenti en costume Gucci a la classe, mais il n'a que ça. Le batteur bat. Ah, le bassiste, oui, on pourrait parler du bassiste. J'aime la gestuelle des bassistes. La position du bras, bas et replié me plaît. La façon de laisser le pouce figé et de faire beaucoup à l'économie de moyens me séduit. Surtout le pouce. Et ce bassiste là me plaît. Sa basse tranquillement posée sur son estomac qu'il n'a du n'en voir passer des trucs, ouais, lui il me plaît bien. Parce que le pouce. Parce que sa cinquantaine tranquille, qui assure. Il est très bon et il le sait. Il aime Bashung, ça se voit, il le quitte très peu des yeux. Le vieux loup invite ensuite un guitar hero de sa tribu à rejoindre la scène. Ce doit être un vrai guitar hero si j'en juge par les cris des mecs qui boivent de la bière dans la salle. Grosse poussée de testostérone à l'arrivée dudit maestro. Rodolf Berger. Bon, il joue bien, soit. C'est là aussi que mes limites dans l'appréciation d'une technique instrumentale me crèvent les oreilles et la conscience. Bashung invite ensuite Christophe sur Les mots bleus et Amsterdam. Bon, là c'est très clair, l'un des deux a vieilli, l'autre s'est magnifié. Un technicos apporte à Christophe un tabouret pour qu'il puisse se poser. Tient pas sur ses pattes pépère, déchiré. Il oublie le texte de la chanson qu'il a bien du chanter dans les 30000 fois. Bashung se marre, il le sauve. c'est son ami, il lui a fait une faveur il semble, et il ne se désolidarise pas. Infoutu de chanter un seul mot Christophe. Morceau de bravoure de Monsieur. Bah. Reprise de Nights in White Satin façon Bashung. Pas mal du tout. J'ai des visions, je vois la photo de Bashung dans un cadre à paillettes et strass, avec une couronne de fleurs, une bougie de chaque côté. Un autel. Limpide et inparable. Je précise que pendant toout le concert, je n'ai entendu personne autour de moi parler. Pas parce que j'étais sourde à tout ce qui n'était pas lui. Parce que personne n'a osé parlé. On ferme sa gueule quand Bashung chante. Aucun Express et la plus belle chanson du monde, ce soir là. Je pense un peu à des gens, à des présents, à des absents, à des visibles, à des invisibles. Je me dis que quand la musique belle rencontre les mots sombres et la voix de cet homme, alors ouais, c'est un acte d'amour la création. Je le savais, mais là j'y assiste. C'est toujours un peu iréel, coupant de toute chose quotidienne un concert. Celui là c'était plus. Bashung déteste la scène. Il a été magistral et beauté. J'en ai même été de ma petite larme esthétique. Je fais toujours ça quand je me prends du Beau dans la tronche. Ca m'émeut le Beau. Voilà. Sinon en sortant mon ami a bousculé Marie-Claude Pietragalla. bien fait. Une étoile n'a rien à foutre dans ce beau ciel sombre.

Écrit par : Cune | 09.01.2008

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Savais-tu que Miano a un site ?

Écrit par : Anne-Sophie | 11.01.2008

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J'aime vraiment beaucoup cet extrait. Ca me parle.

Écrit par : Françoise | 12.01.2008

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Tu devrais beaucoup aimer ce roman aussi, Françoise ! Anne-Sophie, oui, je suis déjà allée voir son site.

Écrit par : Cuné | 12.01.2008

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