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12.01.2008
Adieux ferroviaires...
"Pourquoi les parents aiment-ils attendre dans les gares ? S'ils ont quelque chose à dire, ils peuvent le faire dans la voiture, ou bien avant de partir de la maison. Toujours est-il que les parents de Harvey poireautaient avec lui sur la quai de Penzance, dans un silence gêné, guettant un train qui avait dix minutes de retard.
- Vous pouvez y aller, si vous voulez, pas de problème.
J'ai trente-cinq ans, nom d'un chien ! Mais il ne pouvait pas leur dire ça car il avait une règle : ne jamais partir sur une note désagréable. vous ne voulez pas que les dernières paroles échangées avec vos parents jusqu'au prochain Noël soient des paroles méchantes.
- Non, mon chéri, on reste avec toi. On veut te regarder partir. On te voit si peu qu'on profite de chaque minute.
La sensiblerie de sa mère l'atteignait au plus profond; il crut même détecter les prémices de quelques larmes.
- Bon, d'accord. C'est chouette d'avoir de la compagnie, en fait.
Pas la vôtre, évidemment, mais...
- Tu devrais maigrir un peu, Harvey.
Comme Harvey l'avait appris à ses dépens, son père n'était pas sensible aux même préoccupations concernant les départs. Il avait conservé un souvenir vivace du jour où il était parti à l'université (c'était la première fois qu'il quittait véritablement la maison) et des dernières paroles de son père : "Tu ne pourras pas faire moins bien là-bas qu'ici à l'école, hein ?" La moitié de son voyage en avait été gâchée. Qu'étaient-ce donc que ces adieux, alors que votre fils unique quitte la maison pour toujours ? Ne devrait-il pas y avoir une sorte de rite initiatique, une transmission de sagesse entre le père et le fils, plutôt qu'une insulte gratuite ? Où était la passion ? Bon Dieu.
- Je t'emmerde.
Après tout, les règles étaient faites pour être brisées.
- Allons, Harvey, sois poli avec ton père.
- Il m'a traité de gros.
- Non. il a dit que tu devrais maigrir un peu. Ce n'est pas la même...
- Il est gros.
- Fous-moi la paix. Tu n'es pas vraiment le symbole du grand-père qui fait rêver.
- Il n'est pas grand-père, Harvey. J'aimerais beaucoup, mais il n'est pas...
- Oh, putain ! Tu ne vas pas recommencer avec ça...
Et donc, les adieux dégénérèrent en insultes, comme presque toujours à vrai dire, règle ou pas."
Swap - Antony Moore
Ed. Liana Levi
- Vous pouvez y aller, si vous voulez, pas de problème.
J'ai trente-cinq ans, nom d'un chien ! Mais il ne pouvait pas leur dire ça car il avait une règle : ne jamais partir sur une note désagréable. vous ne voulez pas que les dernières paroles échangées avec vos parents jusqu'au prochain Noël soient des paroles méchantes.
- Non, mon chéri, on reste avec toi. On veut te regarder partir. On te voit si peu qu'on profite de chaque minute.
La sensiblerie de sa mère l'atteignait au plus profond; il crut même détecter les prémices de quelques larmes.
- Bon, d'accord. C'est chouette d'avoir de la compagnie, en fait.
Pas la vôtre, évidemment, mais...
- Tu devrais maigrir un peu, Harvey.
Comme Harvey l'avait appris à ses dépens, son père n'était pas sensible aux même préoccupations concernant les départs. Il avait conservé un souvenir vivace du jour où il était parti à l'université (c'était la première fois qu'il quittait véritablement la maison) et des dernières paroles de son père : "Tu ne pourras pas faire moins bien là-bas qu'ici à l'école, hein ?" La moitié de son voyage en avait été gâchée. Qu'étaient-ce donc que ces adieux, alors que votre fils unique quitte la maison pour toujours ? Ne devrait-il pas y avoir une sorte de rite initiatique, une transmission de sagesse entre le père et le fils, plutôt qu'une insulte gratuite ? Où était la passion ? Bon Dieu.
- Je t'emmerde.
Après tout, les règles étaient faites pour être brisées.
- Allons, Harvey, sois poli avec ton père.
- Il m'a traité de gros.
- Non. il a dit que tu devrais maigrir un peu. Ce n'est pas la même...
- Il est gros.
- Fous-moi la paix. Tu n'es pas vraiment le symbole du grand-père qui fait rêver.
- Il n'est pas grand-père, Harvey. J'aimerais beaucoup, mais il n'est pas...
- Oh, putain ! Tu ne vas pas recommencer avec ça...
Et donc, les adieux dégénérèrent en insultes, comme presque toujours à vrai dire, règle ou pas."
Swap - Antony Moore
Ed. Liana Levi
15:00 Publié dans Jolis extraits | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : extrait, antony moore


Commentaires
Écrit par : cathulu | 12.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 12.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : dominique boudou | 12.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : antigone | 12.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Lily | 12.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 12.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : amanda | 12.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 12.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 12.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 12.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Melanie B le: 14/01/2008 12:34:53 </div> </div> | 14.01.2008
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