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19.01.2008
A l'aune de ce qui a été perdu
Le goût de l'histoire
Vivre, pour lui, c'est lire.
Depuis plusieurs mois, il me parle de ses lectures comme d'autres racontent leur vie. Peut-être même vient-il pour cette raison: me prendre à témoin de ce qu'il a lu, me rendre lectrice à mon tour.
Quand il entre dans la pièce, il arpente les rayons de la bibliothèque. Il ne peut retenir quelques commentaires sur les ouvrages qu'il connaît et d'autres, dont le titre l'intrigue. Il aimerait peut-être en ouvrir un, mais la demande comporte un risque qu'il ne prend pas.
Parfois, il vient avec un roman ou un essai et se met à lire à haute voix. Entre nous passe le souffle des histoires racontées.
Il vit seul, déçu des rares amitiés qui ont traversé son existence. Il croit les livres plus fidèles que les humains, mais il les tient pour encombrants et se refuse à les conserver. Il a connu un écrivain qui, un jour, fur retrouvé mort, assommé sous le poids de sa bibliothèque. A cette évocation, il sourit. "Un livre, c'est fait pour passer, de main en main, d'une maison à une autre..., ça doit circuler." Il lui arrive parfois d'en déposer un sur un banc public ou sur la table d'un bistrot. Ce n'est pas un oubli. C'est un don. Particulier puisque celui qui donne ne rencontre jamais celui qui reçoit. Un don, doublement anonyme, juste fait pour que l'histoire continue à passer, qu'elle traverse un peu le monde. Il jouit par avance à l'idée de l'inconnu qui, intrigué, trouvera l'ouvrage. il espère pour lui-même une telle aubaine et s'étonne qu'elle ne vienne pas.
Il lit donc, à toute heure de la journée. Il se loge dans ses lectures comme dans un rêve éveillé. Qu'y cherche-t-il ? Une évasion ? Un refuge ? Un remède à la monotonie des jours ? J'ai souvent pensé en l'écoutant qu'on peut chercher toute une vie dans les livres ce qui, de l'enfance, est resté incompris et continue à faire mystère.
Ce qu'il y a de plus beau dans un livre, m'explique-t-il, se trouve à la fin, aux dernières pages, parfois aux dernières lignes. Avec la lecture qui s'achève, l'ordre du monde s'est modifié. Un fragment de sens a été trouvé qui déjà cherche le sens nouveau et relance la quête.
Un jour, il arrive très abattu. Lui, le lecteur invétéré, depuis plusieurs semaines, n'arrive plus à terminer ses livres. Il peut se laisser accrocher par un titre mais très vite, après quelques pages, il s'ennuie, s'évade discrètement, comme d'une maison où il ne se sentirait plus invité.
Il s'inquiète: pourquoi cette lassitude ? Comment faire pour que le récit tienne en haleine jusqu'à la fin ? Où est passée l'intrigue ? Devant mon silence, il semble désemparé. Il insiste: s'il n'y a plus rien à chercher, où aller ? Comment vivre ?
Je comprends alors que cet homme est en danger. Peu lui importe la suite..., il a perdu le goût de l'histoire.
Depuis plusieurs mois, il me parle de ses lectures comme d'autres racontent leur vie. Peut-être même vient-il pour cette raison: me prendre à témoin de ce qu'il a lu, me rendre lectrice à mon tour.
Quand il entre dans la pièce, il arpente les rayons de la bibliothèque. Il ne peut retenir quelques commentaires sur les ouvrages qu'il connaît et d'autres, dont le titre l'intrigue. Il aimerait peut-être en ouvrir un, mais la demande comporte un risque qu'il ne prend pas.
Parfois, il vient avec un roman ou un essai et se met à lire à haute voix. Entre nous passe le souffle des histoires racontées.
Il vit seul, déçu des rares amitiés qui ont traversé son existence. Il croit les livres plus fidèles que les humains, mais il les tient pour encombrants et se refuse à les conserver. Il a connu un écrivain qui, un jour, fur retrouvé mort, assommé sous le poids de sa bibliothèque. A cette évocation, il sourit. "Un livre, c'est fait pour passer, de main en main, d'une maison à une autre..., ça doit circuler." Il lui arrive parfois d'en déposer un sur un banc public ou sur la table d'un bistrot. Ce n'est pas un oubli. C'est un don. Particulier puisque celui qui donne ne rencontre jamais celui qui reçoit. Un don, doublement anonyme, juste fait pour que l'histoire continue à passer, qu'elle traverse un peu le monde. Il jouit par avance à l'idée de l'inconnu qui, intrigué, trouvera l'ouvrage. il espère pour lui-même une telle aubaine et s'étonne qu'elle ne vienne pas.
Il lit donc, à toute heure de la journée. Il se loge dans ses lectures comme dans un rêve éveillé. Qu'y cherche-t-il ? Une évasion ? Un refuge ? Un remède à la monotonie des jours ? J'ai souvent pensé en l'écoutant qu'on peut chercher toute une vie dans les livres ce qui, de l'enfance, est resté incompris et continue à faire mystère.
Ce qu'il y a de plus beau dans un livre, m'explique-t-il, se trouve à la fin, aux dernières pages, parfois aux dernières lignes. Avec la lecture qui s'achève, l'ordre du monde s'est modifié. Un fragment de sens a été trouvé qui déjà cherche le sens nouveau et relance la quête.
Un jour, il arrive très abattu. Lui, le lecteur invétéré, depuis plusieurs semaines, n'arrive plus à terminer ses livres. Il peut se laisser accrocher par un titre mais très vite, après quelques pages, il s'ennuie, s'évade discrètement, comme d'une maison où il ne se sentirait plus invité.
Il s'inquiète: pourquoi cette lassitude ? Comment faire pour que le récit tienne en haleine jusqu'à la fin ? Où est passée l'intrigue ? Devant mon silence, il semble désemparé. Il insiste: s'il n'y a plus rien à chercher, où aller ? Comment vivre ?
Je comprends alors que cet homme est en danger. Peu lui importe la suite..., il a perdu le goût de l'histoire.
Catherine Ternynck - Chambre à part (dans le cabinet du psychiatre)
Ed. Desclée de Brouwer "Littérature ouverte"
Déjà vendu dans le Nord-Pas-de-Calais, sortie nationale en Mars 2008
Interview et vidéo de l'auteure ICI
15:00 Publié dans Jolis extraits | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : extrait, nathalie ternynck


Commentaires
Écrit par : cathulu | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Fishturn | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Martine Galati | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Alice | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique Boudou | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Flo | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Frisette | 19.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 20.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Gambadou | 20.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : DANODAN | 20.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : sylire | 20.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cune | 20.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : sylire | 20.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : sylire | 20.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anna | 21.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : danodan | 29.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 29.01.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : lily | 05.02.2008
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