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29.02.2008

Vegard Krogh tenait un blog, un de ces trucs incompréhensibles, nombrilistes, où il ne fait pas un pli que la personne qui gère ça se pense immensément intéressante aux yeux du monde.

holt.jpgAnne Holt - Cela n'arrive jamais


Pardon pour le titre à rallonge, mais comme c'est le seul sourire de tout le roman, je voulais vraiment le mettre en avant. Parce que sinon, on ne rigole pas trop dans ce roman qui parvient pourtant à nous attacher à son intrigue, ficelés comme des saucisses : j'ai lu les dernières pages en grappillant des minutes dans des situations pas possibles, je l'ai trainé partout, ce bouquin ! Il ne m'était tout simplement pas possible de le laisser m'attendre jusqu'au soir, j'étais engluée (plus que volontairement !) dans son atmosphère si particulière.

Bien sûr, il y a des meurtres. En série, même. De gens connus. Bien sûr l'enquête avance, s'égare, stagne, à un moment on connait le (la ?) coupable, et ça ne change rien, au contraire, on se met à flipper deux fois plus (l'épilogue, d'ailleurs, remplit d'effroi. Encore pire !). Mais il y a, à mon sens, trois éléments très différents qui font toute la force de ce roman :

Le style d'Anne Holt. J'ignore si c'est dû à sa nationalité, mais il y a effectivement une froideur, une objectivité glaciale et déstabilisante qui me plait, me plait, me plait.

Les passages parlant d'une mystérieuse personne, que l'on suit dès le début, et au sujet de laquelle on se perd en conjectures.

Et puis ce couple tout  à fait hors-normes, que j'ai eu une immense joie à retrouver, les très abimés Stubo et Vik, notre enquêteur de choc et sa profileuse de compagne, qui se débat dans une nouvelle maternité loin de l'épanouir...

C'est vraiment un univers à part, du très bon dont je ne me lasse pas un instant !

Ed. Plon (Policier)  Février 2008, 342 p., 21 €
Trad. (Norvège) par Alex Fouillet
Titre orginal : Det som aldri skjer

15.02.2008

Mansfield Park (1999) - Patricia Rozema

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Début Août 2007, je voyais ce film pour la première fois et mon appréciation était parasitée par différentes choses; C'était la première fois que je me lançais sans le support de sous-titres en français (et je dois dire que mettre les sous-titres anglais aide réellement, il ne faut pas hésiter !), je n'y avais pas fait attention lors de mon achat et c'était donc une (mauvaise) surprise. Et puis, si j'avais lu les six romans "majeurs" de Jane Austen, je n'avais pas encore vraiment pénétré plus avant dans son monde.mp-les-crawford.jpg

Depuis, les choses ont évoluées, et ma "groupitude" n'a cessé de croître (Laure me dit que ce n'est pas dangereux, hormis pour mon porte-monnaie, mais bon...)

J'ai donc fait, entre autres, l'acquisition  des oeuvres romanesques complètes  (seul le tome 1 existe à ce jour... mais que fait Gallimard !) dans La Pléiade, et j'ai pu réellement approfondir mes connaissances (ça fera l'objet d'un autre billet, un jour) et notamment découvrir deux de ses oeuvres de jeunesse,  "Amour et amitié" et "Histoire de l'Angleterre".
C'est donc avec un oeil tout à fait différent que j'ai repassé 112 minutes à Mansfield Park.
Et je suis maintenant enthousiaste !
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C'est une adaptation très libre du roman, écrite et réalisée par la canadienne Patricia Rozema. L'héroïne, Fanny Price, a beaucoup plus de caractère que celle du roman. Elle incarne même presque une forme de féminisme avant l'heure, tenant tête de plus en plus bravement : à Sir Thomas pour le mariage qu'il souhaite lui imposer, à Aunt Norris (j'adore la scène où elle lui rétorque "et vous, tante Norris, combien de temps pensez-vous rester ?", puis enfin à la belle Mary Crawford dans l'extraordinaire confrontation finale.

Il y a énormément de modernité dans cette adaptation, dans les relations entre les gens, dans l'essence même de la personnalité des Crawford, dans le traitement de certaines scènes du roman (chocs très visuels de la découverte du cahier des dessins de Tom, ou surprise au lit de Maria et Crawford... Inconcevable, chez Jane Austen ! Tout au plus suggéré de très loin).
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Mais pourtant, l'esprit de Jane est bien là, la trame du roman est respectée, et on en vient à beaucoup apprécier - et même respecter - cette Fanny Price, au détriment de celle de papier qui est souvent beaucoup trop incolore et passive.

Et c'est bien là le secret, la touche mutine de la réalisatrice, que d'avoir intimement mélanger Miss Price et Miss Austen elle-même !

Les histoires qu'elle écrit à sa soeur Suzy dès son arrivée à Mansfield Park et jusqu'à la fin de son adolescence, sont les propres oeuvres de jeunesse de Jane Austen, ou l'épilogue nous montre l'heureux couple devisant du futur titre (imbuvable :-D) qu'Edmund propose pour la première édition des écrits de Fanny.
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Ah l'épilogue justement : quelle merveille que ces plans arrêtés, personnages suspendus, attentifs, espérant ou redoutant, alors que la voix off nous égrene, toute mutine (après nous avoir donné des nouvelles de chacun) "Bien sûr, les choses auraient pu se passer différemment... But they did not"...

Enfin, les acteurs, somptueux, justes jusque dans leur moindre battement de cil... Superbe casting ! Pour pinailler je trouve juste que Victoria Hamilton (Maria Bertram), si elle est parfaite pour le côté frondeur, a du mal à faire passer sa soi-disant beauté beaucoup plus prononcée que sa soeur. Mais sans doute est-ce une question d'appréciation personnelle ?

Fanny Price a trouvé en Frances O'Connor en tous les cas une merveilleuse interprète (avec même le détail de la vilaine peau toute boutonneuse après son séjour forcé chez ses parents...) !mp-you-must-admit-you-love-her.jpg




A noter que je n'ai pas pleuré, à aucun visionnage (si rare !), mais pour l'excellente originalité je recommande avec conviction cette adaptation.








Crédit : Review d'Andy Richards

13.02.2008

Emma l'entremetteuse (1996) Douglas McGrath

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Pendant plus de la moitié du film, (qui dure près de 2 h), j'ai fait un rejet en bloc : non, cette version ne me satisfaisait absolument pas; Gwyneth Paltrow me semblait minauder  et être particulièrement incolore, le casting m'étonnait profondément  (Polly Walker en Jane  Fairfax, par exemple, jurait à mes yeux, ou même Toni Collette en Harriet Smith), non, vraiment, ce n'était en rien le monde de Jane Austen. Tout sonnait faux, me mettait même mal à l'aise et je ressentais de la vulgarité se dégageant de tout ceci.emma-arc.jpg

Alors j'ai fait un truc tout bête : je suis passé en VO (que j'avais snobée parce qu'il n'y a pas de sous-titres français proposés, alors solution de facilité : la VF).

Ca a déjà changé considérablement les choses.
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Et puis est arrivée la scène de pique-nique, où Emma, prise dans l'ambiance, se permet une perfidie vraiment méchante envers Mrs Bates (excellente Phyllida Law). Là, soudain, j'étais dans le film. Quand Mr Knigthley (merveilleux Jeremy Northam) la rabroue, lui faisant honte en lui démontrant l'indignité de sa conduite, comme elle je pleurais...

La suite a été vécue en apnée, j'ai tout ressenti jusqu'aux tréfonds de mon admiration pour Jane Austen.

Je ne suis cependant pas convaincue non plus par l'épilogue (et tous ces bisous ! Non ! Pas de bisous chez Jane Austen ! ).

Mais tout ceci ne m'a pas donné envie de relire Emma, je considère donc que l'effet est raté, et je me mets en quête d'une autre adaptation de ce roman qui saura mieux me convenir.

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11.02.2008

De la bergère à la bergère !

Conversation avec Amanda !


Tss, croyait-elle s’en tirer de la sorte, nous cuisiner, nous rôtir dans la farine, nous rouler dans les flammes de la perplexité (heu..), et puis s’en aller gambader en sifflotant du haut de son mètre zéro quatre ? Que nenni, not at all, natürlich nein !!

Amanda, bonjour.
Bonjour Cuné !

Comment vas-tu ?

Très bien merci et toi ? Heu, en fait j’ai mal à la tête, mais je crois que c’est dû au champagne d’hier….

Et le sommeil, ça va ?

J’en manque terriblement, mais quand il arrive, il est de plomb.

Que penses-tu du temps pour la saison ?

J’adore quand il fait froid, j’ai une excuse supplémentaire pour lire devant un bon feu…

Bien, marquons une pause, si vous le voulez-bien, le temps de constater la difficulté de l’exercice....

*** *** ***

Amanda, imaginons que je ne sache rien de toi. Pourrais-tu te présenter brillamment et avec un humour torride en quelques mots ?

Brune (après avoir été blonde, puis rousse, puis auburn, puis ocre, puis paille jaunie, puis orange (d’après ma fille)).

Pas très grande, tout le monde le sait.

Pas trop mince, un peu ronde.

Yeux verts ou noisette.

Hmmm. Ouais ?

Sinon j’ai passé l’âge de lire « Jeune et jolie » et je ne lis pas encore « Notre temps ».
J’ai une petite fille absolument fabuleuse, incroyablement belle, intelligente. D’après mes amies, elle ressemble à son père.

A l’école j’étais absolument et résolument nulle en maths, matière que je haïssais viscéralement. Plutôt bonne en français et langues étrangères. Excellente en amitié.

Ah oui ?

Ah, j’oubliais ! Il y a une chose que me disait mon papa (et ma maman aussi d’ailleurs, et, finalement, mon mari aussi), je crois que c’est la phrase que j’ai le plus entendue dans ma vie : « Pose ton livre et viens manger /sortir / t’occuper de ta famille… »

La toute première note de ton actuel blog, le 1er Septembre 2007, citait d’entrée une marque. MAIS, tu écoutais Mika dans ta voiture. Ceci rachetant cela, pourquoi avoir choisi de commencer par cette petite tranche de vie ?

En fait c’est assez simple.
J’avais ouvert un blog en mars ou avril 2007 sous le pseudo de Wamanda. Blog dans lequel je me cherchais un peu. Quand j’ai recommencé à travailler en juin, j’ai arrêté le blog car je ne trouvais plus le temps de tout gérer. Cette histoire de Perette et le biiiiiiip m’est arrivée en juillet. J’ai eu envie de partager cette anecdote avec quelques amis et de leur raconter mes mésaventures. J’ai écrit cette note, façon Perette, et l’ai envoyé par mail à deux ou trois personnes dont je suis proche. Mon ami Spencer m’a répondu que c’était du « pur blog » et m’a répété que j’avais été stupide de supprimer mon blog. Du coup, en septembre, j’y ai repensé et j’ai ouvert mon blog avec cette histoire. Perette était née. Mais elle ne s’exprime que quand il lui arrive des aventures extraordinaires…

Tu dis du roman de Muriel Barbery « Ce fut un bonheur. Un régal. Presque une révélation. » alors moi je dis juste « Je t’aime, Amanda. » Mais quand même, pourrais-tu nous donner un auteur ou un titre n’étant pas encore sur ton blog, qui a été un de tes grands chocs de lecture de toute ta vie ?

Ne me dis pas que je pose des questions aussi difficiles que ça ?!
Je crois qu’il y en a plusieurs en fait.

De but en blanc je dirais « Lignes de faille » de Nancy Huston, parce que l’histoire est terriblement sombre et touchante, et le style de Nancy Huston me touche toujours beaucoup.

Il y a aussi « Le quinconce » de Charles Spencer, une fresque impitoyable et magnifique.

Il y a aussi « Comme un roman » de Daniel Pennac, parce qu’il transcrit exactement ce que je pense de la lecture.

Il y a aussi « La rose pourpre et le lys » de Michel Faber, que j’ai mis presque deux mois à lire, car je lisais et relisais les passages que j’aimais…

Il y a aussi «Le candide » de Voltaire (je me rappelle notamment l’histoire de cette vieille dame qui avait tant souffert qu’elle avait voulu mourir plusieurs fois, et chaque fois, quelque chose l’avait rattachée à l’envie de vivre).

La petite maison dans la prairie
, ça compte ?

Il y a aussi un livre dont je me souviens. Je l’ai lu quatre ou cinq fois je crois et toujours avec la même avidité, quand j’étais adolescente. Il s’agissait de « La dame de Kief » de Sylvie Dervin. L’histoire très très romanesque d’une princesse russe qui quittait son pays suite à la révolution, arrivait en France, suivait son éternel amour, perdait tout, partait aux Etats-Unis, devenait star de cinéma…. Du pur Harlequin version Danièle Steele ! Je crois qu’aujourd’hui je le verrai d’une façon toute différente, certainement, mais je me rappelle encore d’une phrase qui disait plus ou moins « jamais elle (la princesse, je ne me rappelle plus de son nom !) ne laissait rien paraître. Ses souffrances étaient enfuies en elle, elle restait belle et altière et personne ne pouvait deviner à quel point elle souffrait». Cette phrase est devenue mon modus vivendi… (ah l’ado romanesque que j’étais !!!)

A quel moment de prédilection surfes-tu sur les blogs ?

Essentiellement le matin, après avoir emmené ma fille à l’école. De 9h à 10 en général Parfois plus, parfois moins. Très rarement le soir (je laisse l’ordinateur à mon mari), et de toute façon le soir je ne suis pas chez moi ou bien je lis. Un peu dans la journée, parfois…

Pour écrire tes billets, tu souffres, tu sues, tu peines, ou la facilité est ton amie ?

Tout dépend des livres dont je parle. Certains sont pour moi évidents, limpides, et mon billet vient tout seul (Nicolas Cauchy ou Christine Spadaccini par exemple) . D’autres sont plus délicats, notamment quand je n’ai pas tellement aimé. J’essaye de partager ce que j’ai éprouvé, en restant sincère mais toujours en respectant l’auteur et son travail. Ou parfois j’ai adoré le roman mais je sèche totalement car je ne trouve pas les mots (ce fut le cas pour mon billet sur « La route »).

Cite-moi, comme ça, au pied levé (oh le joli pied !), 2 plaisirs et 2 agacements dus au blog ?

Les plaisirs : celui d’avoir rencontré, virtuellement ou physiquement, des personnes qui partagent ma passion, celui de découvrir d’autres auteurs, d’autres sources d’inspiration pour mes lectures.

Les agacements ? M’apercevoir que parfois, sur les blogs (je ne parle pas forcément des blogs littéraires), les égos des bloggueurs sont plus étoffés que leurs billets. Constater que peu d’auteurs réagissent aux critiques des bloggueurs, même quand elles sont bonnes. Certains le font et je trouve ça bien. Un petit mot, un petit merci, un petit mail, font plaisir (je garde précieusement un mail d’une certaine auteure que toi et moi aimons…)

Parle-nous du théâtre. Comme ça, qu’est-ce que tu as envie de nous en dire ?

Ah le théâtre. Combien de pages puis-je utiliser ?!


J’ai découvert le théâtre amateur il y a six ans, alors que je cherchais un cours de chant. Total hasard donc. Un peu comme une option que l’on prend parce que la première n’est plus disponible. Après un premier cours d’essai, je suis ressortie « Amoureuse du théâtre » pour toujours. J’aime avant tout cet esprit de groupe, d’équipe qui anime une troupe. Au début c’était pour moi l’occasion de n’être plus, le temps d’une soirée, la femme, l’assistante, la mère, la sœur, la copine de personne. Pendant trois heures je devenais plein d’autres personnages et j’oubliais tout le reste. J’ai intégré une vraie troupe amateur il y a trois ans, je les aime tous, ils sont mes amis, mes frères mes sœurs. C’est une troupe d’excellente qualité, qui existe depuis 39 ans (Les comédiens de la tour) !!! Tout le monde peut l’intégrer, les portes sont ouvertes à tous, n’importe qui peut assister aux répétitions, nous pouvons également écrire (un de mes sketches a été joué cette année), mettre en scène, assurer la régie, accueillir les spectateurs, tenir le bar, …. C’est une chance inouïe d’être parmi eux, même si je me sens encore toute petite par rapport à certains.

Quel est ton avis sur le théâtre lu ? Je veux dire, est-ce intéressant selon toi de lire une pièce de théâtre ou la voir jouer est-elle incomparable ?

J’aime beaucoup le théâtre lu parce qu’il laisse la porte ouverte à l’imagination. Ce n’est pas toujours facile d’appréhender le fonds d’une pièce uniquement avec les dialogues entre les différents personnages, mais, quand un pièce est bien écrite, elle peut être très très forte (je pense notamment à Incendies de Wajdi Mouawad, lecture que je recommande à tous et toutes, c’est une pièce sublime et incroyablement douloureuse que j’ai découverte grâce à notre atelier lecture au sein de la troupe. J’ai dû plusieurs fois interrompre ma lecture pour souffler un peu et digérer les mots, les phrases, les images et la souffrance qu’ils provoquaient, mais il m’était impossible de ne pas y retourner).

Ensuite, la voir jouer est aussi un vrai plaisir. Mais la mise en scène et le jeu des acteurs peuvent changer totalement la perception de la pièce. Une pièce peut être magnifiée comme anéantie par une mise en scène trop pauvre, ou bâclée. J’ai hâte d’ailleurs d’aller voir « Le dieu du carnage », de Yasmina Reza, qui est joué en ce moment à Paris avec Isabelle Huppert.

D’une façon générale, j’essaye d’acheter les textes des pièces que j’ai aimé voir. Et parfois, le texte lu ne restitue pas grand-chose (je pense notamment à la pièce «
Moi aussi, je suis Catherine Deneuve », que j’ai adoré au théâtre, mais qui, à la lecture, reste difficile et obscure).

Pour Molière, je préfère le voir jouer, même si j’ai l’intégrale à la maison. Il reste moderne, bluffant. Et il aimerait savoir qu’il est détourné, parfois, parce ce que c’était un grand provocateur et un grand novateur !

Si je ne devais acheter qu’une seule pièce de garde-robe indispensable de nos jours, ce serait quoi, selon toi ? (Et où et à quel prix ;o))

Ca s’appelle passer du coq à l’âne !(Tss, quelle médisante alors !!)

Alors si je réponds au premier degré, ce serait forcément un jean. Bien coupé. Pour mes jeans je n’hésite pas à mettre le prix.

Sinon, au second degré, eh bien, lis « Incendies » !

Quel est ton genre de prédilection, en lecture ?

J’aime les livres qui me secouent.

Que ce soit par l’écriture, l’atmosphère ou tout simplement une histoire forte.

J’ai eu une époque littérature anglo-saxonne (Jay Mc Innerney, Douglas Kennedy…) à présent je lis de plus en plus de romans français.

Je ne suis pas très polar, sauf s’ils sont bien ficelés et bien écrits, ils me permettent en général de « souffler » entre deux lectures plus fortes.

Je crois que je suis assez éclectique en la matière, en fait.

Fréquentes-tu les bibliothèques ?

Non, malheureusement. Mais je me dis depuis plusieurs semaines que je devrais m’inscrire dans celle de ma commune. D’autant que Cathe m’a dit qu’elle était bien. En plus, cela ferait du bien à mes économies.

Quel est le blog que tu ne peux pas supporter ? (Non, je déconne) Quel est le blog qui n’a rien à voir avec les livres que tu consultes régulièrement ou du moins de temps à autre et que tu n’as pas listé sur le tien ?

Difficile question. En fait je ne vais quasiment que sur les blogs listés dans le mien, même si il faudrait que je mette ma liste à jour.

Ah, si, parfois je vais chez Deedee que je trouve assez rafraîchissante. Mais les blogs de filles et leurs histoires… en fait ce n’est pas trop mon truc.

Bon, Amanda, force m’est de constater que tes conversations sont vachement bien, mais uniquement quand c’est toi qui les mènes ;o)) Sans rancune, et à très bientôt, chez toi !!
Tes conversations sont aussi très intéressantes, Cuné ! Merci pour cet exercice que j’ai adoré faire !

(Je rassure tout le monde : c'était un one-shot, especially for Miss Amanda Meyre !!)

 

10.02.2008

Ne me gnore pas

ne-me-gnore-pas.jpgElisabeth Robinson - Les Prodigieuses Aventures des soeurs Hunt


Vous connaissez mon inclinaison pour l'épistolaire, imaginez-donc quel fut mon bonheur en entamant ce roman, uniquement composé des lettres qu'adresse Olivia Hunt à tout un chacun.

Et, pendant une bonne moitié de livre, j'ai vraiment bu du petit lait. J'ai corné, souligné, recopié un tas de phrases et de passages qui m'ont semblé extrêmement bien vus, j'éprouvais ce que tout lecteur ressent lorsqu'il lit noir sur blanc le reflet exact de ses pensées ou sentiments, incarnés dans des mots alors qu'ils étaient juste une boule informelle en lui.

Seulement ça s'est gâté : Olivia a une soeur cadette qui lutte contre une leucémie. Elle a un ex-amoureux, un film à produire, une meilleure amie qui vit loin, et tout ça apporte soucis sur déconvenue, problème sur drame. Et c'est too much ! A un moment, j'ai décroché, navrée de la tournure débordante de bons sentiments, de guimauve larmoyante, de clichés à l'eau de rose qui venaient foutre en l'air mon enthousiasme du début.

Pourtant, je recommande malgré cela ce roman, parce qu'on y trouve par exemple :



"Fred Schepisi ferait un film formidable, et travailler avec lui et les dirigeants de WB ne serait que plus facile pour moi. Mais Jonnhy et moi travaillons ensemble sur ce projet depuis des mois. il a pleuré sur ce scénar, il l'aime à la folie. Alors voilà la question, Papa. En dépit des actes cruels que tu as pu commettre au fil des ans - ne pas t'être montré à mon récital de piano en sixième, t'être endormi aux réunions de scouts de Jim (alors même que tu étais chef), avoir chanté sur Start me up à ma première boum mixte, pour ne citer qu'un échantillon -, je sais pourtant que tu es un homme intègre. Alors que dois-je faire ? Assurer mes arrières ou honorer mon engagement envers Johnny ? Etant donné mon histoire récente avec Josh & co chez Universal, travailler là-bas serait un véritable enfer pour moi. Je sais ce que tu ferais. Mais je crois que c'est ce qu'on appellerait une décision de godiche par ici. Je voudrais être une tueuse, Papa, c'est vrai, c'est vrai, mais il y a toujours quelque chose qui me retient. On dirait bien que je suis à la croisée des chemins : le succès à gauche, l'intégrité moral à droite; les deux se trouvent-ils jamais sur la même route ?"

"Serait-ce la condition humaine, aussi naturelle que la faim, de se croire doué précisément pour la chose où on excelle le moins ?"

"J'ai ri moi aussi, et puis toutes les quatre nous nous sommes mises à rire de plus en plus fort, c'était le genre de fou-rire contagieux qu'on a quand on est pré-quelque chose, prépubères, prémenstruelles ou préménopausées, cette joyeuse hystérie que seules les filles connaissent et qui est en fait un des rares intérêts d'être une nana, cette griserie aussi involontaire qu'un éternuement, et qui peut si facilement se transformer en larmes, ce qui s'est d'ailleurs produit."

"(Les hommes et les seins : c'est un mystère, non ? Est-ce que tu t'es déjà promenée dans la rue, ou trouvée à une réunion de direction ou dans un restaurant, en espérant ne serait-ce qu'apercevoir le pénis d'un inconnu ? Je ne te parle pas d'une curiosité aléatoire mais soutenue concernant certaines parties du corps de parfaits inconnus. C'est tellement bizarre.)"


Editions des Deux Terres, 2006 & Le Livre de Poche, 2007 (sélection du Prix des Lecteurs) 412 p.
6, 95 €, Trad.( USA) par Anouk Neuhoff

07.02.2008

Northanger Abbey, ITV 2007, Jon Jones

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Emjy
avait qualifié cette adaptation de "presque miraculeuse", elle avait eu un grand coup de coeur : de quoi me donner envie de me la procurer très vite.
Diffusée en 2007 sur la chaine anglaise ITV, on ne la trouve qu'en VO sous-titrée VO, mais la diction très articulée et surtout la bonne connaissance du roman font que comprendre ne pose aucune difficulté !

Avant de passer en revue quelques petits points, je veux souligner l'excellence du jeu de JJ Feild, qui interprète un Mister Tilney correspondant en tous points au héros de papier. Felicity Jones est également très convaincante en Catherine Morland, à la limite presque meilleure que l'héroïne du roman, d'une naïveté que l'on trouve charmante de bout en bout, alors que dans la lecture on a quand même envie de la souffleter quelquefois.
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C'est un roman très mordant, à l'ironie très cinglante, et il regorge de petits passages férocement drôle, d'attaques persifleuses envers les personnages. Ainsi ce Thorpe, est dépeint dès les premiers passages le concernant d'une admirable manière :

"Je ne l'ai pas lu.
- Vous n'avez rien perdu, croyez-moi. C'est la plus affreuse idiotie que vous puissiez imaginer. On n'y parle que d'un vieillard qui joue à la bascule et apprend le latin. Sur mon honneur, c'est tout.
Cette critique, dont la pauvre Catherine était malheureusement incapable d'apprécier la valeur; les amena jusqu'à la porte de Mrs Thorpe. Là, les sentiments du lecteur si clairvoyant et si exempt de préjugés cédèrent le pas aux sentiments du fils obéissant et affectionné quand ils retrouvèrent Mrs Thorpe qui les avait aperçus dans la ruelle, depuis l'étage.
- Ah, mère, comment-allez-vous ? dit-il, lui donnant une cordiale poignée de main. Où avez-vous été pêché ce chapeau ridicule, vous avez l'air d'une vieille sorcière avec ça.
"
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Dans le film, on ne s'attarde pas trop sur ces détails, mais c'est suggéré par une parole désinvolte de sa soeur (oh mais il dit n'importe quoi selon les moments, ce qui lui passe par l'esprit). Ou, dès les premières soirées, l'exagération avec laquelle il dépeint Catherine au Général Tilney. Mais c'est carrément avec le physique de l'acteur (William Beck) qu'est le mieux exprimé son caractère, souriant, certes, mais inquiétant. Le Thorpe du film parait moins vaniteux que celui du roman, à l'instar de sa soeur, dont le pépiement incessant est en quelque sorte atténué par l'attirance qu'elle éprouve très vite pour le frère de Tilney.

Evidemment, on ne peut attendre d'une heure et demi de film de contenir l'ensemble du roman. Mais il est étonnant que de tous petits détails soient modifiés, telle la première fois que Catherine aperçoit Miss Tilney. Dans le roman, elle saisit aussitôt qu'il s'agit de sa soeur, dans le film elle pâlit à l'idée que Tilney soit marié... Nul doute qu'on ait voulu ainsi démontrer l'attirance qu'il exerçait dès cette époque sur elle, mais je persiste à trouver curieux ce choix précis, sur un aussi infime détail.

Dans le roman, Tilney, dès la toute première rencontre, annonce la couleur :
" - Autant que j'aie eu l'occasion d'en juger, il me semble que les femmes excellent dans le genre épistolaire, hormis sur trois points précis.
- Et quels sont-ils ?
- Un insuffisance générale de matière, une inattention systématique en ce qui concerne la ponctuation et une très fréquente ignorance de la grammaire."
Dans le film, il se montre au contraire charmant, de bout en bout, un sourire gentiment moqueur en permanence au coin des lèvres.

D'une manière générale, le roman est vraiment respecté, les aménagements visant tous à faciliter la compréhension, ou à appuyer le caractère des rôles plus ou moins secondaires, sans leur laisser trop de dialogues qui prendraient trop de temps. Ainsi l'insistance de Mrs Allen avec la connaissance de Mister Tilney de la mousseline, ou les fantasmes de Catherine mis en images.
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Par contre, il y a quand même une différence de taille : l'épilogue. Celui du roman est d'un pragmatisme décevant, avec notamment ce passage, qui me fait littéralement hurler à chaque lecture :
"Bien que Henry fût sincèrement épris de Catherine, bien qu'il fût conscient et enchanté de toutes ses perfections morales et qu'il se plût réellement en sa compagnie, je dois avouer que son amour ne provenait de rien d'autre que d'un sentiment de reconnaissance. En d'autres termes, la seule raison à l'origine de son intérêt pour elle avait été la conviction qu'elle avait un faible pour lui. Voilà qui est nouveau dans un roman, je le reconnais, et qui porte une terrible atteinte à la dignité de l'héroïne; mais si une telle situation est tout aussi nouvelle dans la vie quotidienne, on le mettra totalement au crédit de mon imagination."

Fort heureusement, le film ne brise pas, lui, nos petits coeurs de midinettes qui ont appris avec Catherine à follement apprécier la désinvolture taquine du bel Henry : sa demande a quand même plus de panache, et nulle trace de ces restrictions chichiteuses du "qui le premier".
Quoi qu'il me faille bien convenir qu'il lui ait fallu un sacré bout de temps, au Riton, pour se pointer à Fullerton, mais, oups, un tel langage ou même une telle pensée n'a aucune place ici !na-tiilney-pas-content.jpg

Tout ceci pour dire que oui, cette adaptation (à laquelle a travaillé Andrew Davies, une sacrée référence !), vaut la peine d'être achetée. Elle n'entre pas dans la phrase de Pierre Goubert (Pléiade) "Cinéma et télévision ont ces dernières années rendu plus familier le nom de la romancière, mais en prenant parfois de telles libertés avec les textes qu'ils en devenaient des prétextes." On peut même y trouver une voix off en début et fin, celle du texte exact de Jane Austen (avec quelques coupes), et nombre de dialogues exacts, à la virgule près.
Il est aussi exact, cependant, qu'il n'y a pas cet aspect pimpant et coloré, presque fastueux de certains autres films.

Mais croyez-moi sur parole, on pleure quand même, tout autant qu'on se délecte !
na-tilney-morale.jpg

De la vidéo en pagaille :

Un clip "apologize"
Un clip "As I lay me down"
Un clip "What Katie did" (montage images superbe !)
La première partie sur YouTube

Sources et crédits: JJ Feild.com, Fluge, EmjyLitteranet - Jane Austen for the 21st Century - Andrew Davies

 

04.02.2008

Allo ?

presque-un-m--lo.jpg
Maria Efstathiadi - Presque un mélo

A. travaille dans une agence de voyages, elle organise des séjours. Ils sont nombreux à partager un bureau, et ce sont ses collègues qui racontent son histoire. Elle s'est entichée d'une voix au téléphone, petit à petit ça transforme sa vie, et tout le bureau vit au rythme des péripéties...

Sur une intrigue minimaliste, on aborde ici un roman terriblement accrocheur; tout est inhabituel, la narration faite par un choeur de gens bien intentionnés, mais pétris d'idées toutes faites, qui ressemble complètement aux petits groupes de personnes âgées dont on peut saisir des bouts de conversation, en passant, dans la rue. L'héroïne, elle aussi, sonne juste jusque dans ses excès. Et l'histoire, enfin, qui nous choppe dans un suspens qui ne faiblit jamais : une relation entre deux inconnus, par le biais d'un appel anonyme... On cherche, nous aussi, quelle orientation va bien pouvoir prendre le roman, on se fait cueillir par un épilogue en deux temps, on s'accroche à celui qu'on préfère, et surtout, une fois la dernière page tournée, on tourne et retourne tout ça dans la tête : il y a de quoi prendre bien le temps de réfléchir...

C'est peu courant, quand le fond et la forme s'unissent pour proposer un tout qui sort vraiment des sentiers battus, plein de fraîcheur et en même temps comme tissé de choses millénaires....

J'ai adoré.

Laurence est plus réservée.

Ed. Actes Sud, Février 2008, 18 €
Traduit du grec par Anne-Laure Brisac, 142 p.

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