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26.03.2008

Becoming Jane - Julian Jarrold (2007)

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C'est ici que s'applique à la perfection la formule "autour de Jane Austen", car ce film est une libre fantaisie inspirée par sa vie. C'est à dire que quelques éléments réels sont extrapolés, interprétés et insérés dans une histoire, mêlés à de très nombreuses références à de multiples personnages de ses romans. C'est d'ailleurs un des grands plaisirs de ce long-métrage que de rechercher qui se cache derrière tel ou tel personnage, de reconnaître des morceaux de Northanger Abbey dans les dialogues, d'imaginer tel ou tel détail de sa vie supposée réelle comme base de ses fictions. Mais je crois qu'à l'évidence, il faut maintenir ceci à l'état de divertissement : un auteur entremêle forcément moult morceaux de sa vie à son oeuvre, sans que cela ne suffise aucunement à la produire.

Clins d'oeil, donc, respectueux hommages, malice bienveillante de scénariste, mais jamais éléments biographiques certifiés, et ça me convient parfaitement.

bj-tom-bois.jpgOui, ce film est un bonheur, un bonbon, une sucrerie pour jours pluvieux qui réussit, à mon sens, parfaitement son pari : offrir aux amoureux de Jane Austen une incursion dans son univers, sans adapter un de  ses romans. Du neuf, en quelque sorte,  une prolongation d'état de grâce, du bonus bien fait et joliment enveloppé; c'est là tout ce que j'aime !

Tout commence par un petit matin calme : Jane, autour de la vingtaine, est en train de mettre la dernière patte au texte qu'elle écrit pour célébrer les fiançailles de sa soeur Cassandra. Au rythme de ses recherches, pour faire couler les mots, les appeler dans sa tête, elle laisse ses doigts rythmer le piano; d'hésitant et tout doux lorsqu'une formule se crée, en martellement sonore et joyeux lorsqu'elle en est venue à bout : chez les Austen, le réveil est parfois tonitruant, à quelque étage qu'il se passe, et le spectateur immédiatement dans l'ambiance. C'est une famille unie, quelques libertés mettront à mal les puristes qui espéraient de la tenue et de la préséance en toutes circonstances !bj-tom-jane.jpg

Puis ce sont les quelques mois qui verront éclore l'amour entre Jane et Tom que nous suivons, selon le schéma classique, tout commence mal, puis ça se gâte, jusqu'à ce qu'ils ouvrent les yeux. Hélas, ce n'est pas gâcher le suspens que de dire que ça se terminera très mal, nous savons tous que Jane Austen ne s'est jamais mariée.

Mais entre-temps quelle valse des sentiments ! On succombe, on tremble, on se révolte et on s'incline, c'est qu'on a aussi de la grandeur d'âme, dans nos chaumières.

Le casting est réjouissant, crédible de bout en bout, et Anne Hathaway campe une Jane Austen plausible. Mais celui qui tire vraiment son épingle du jeu, qui est fait de grâce et d'incandescence, c'est James McAvoy en Tom Lefroy : je n'ai vu que lui, séduite et demandant plus. Quelle joie à l'idée de le retrouver prochainement dans Atonement !

Cette scène où Jane danse avec Mr Wisley, cherchant Tom des yeux depuis le début du bal, résignée, éteinte, ce pas de deux qui le fait apparaître devant ses yeux, ce regard, rieur, mutin, entendu qu'ils échangent, my god, parmi les plus... les plus.... han la la !

Et puis cet épilogue, ce geste, discret, ce prénom donné...C'est beau, c'est tout ! Ca donne envie de connaître la vraie version, de plonger encore plus profond dans tous ces livres qui racontent notre Jane, de maitriser plus et mieux l'anglais pour ne plus dépendre des traductions tellement aléatoires (dans le sens que pas grand chose de cette littérature autour de Jane n'est traduit en français !)

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En attendant, et vous l'aurez compris je crois, je recommande de se ruer sur Becoming Jane !

A entendre et lire sur Canal Academie, Marie-Laure Massey

Les avis de : Fashion, Isil (déçue), Emjy et Clarabel

19.03.2008

Pride and Prejudice - Joe Wright (2006)

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Presque autant décrié qu'adulé (j'ai même trouvé une dissertation à son sujet sur le net !), ce film pour moi a une place toute particulière : c'est en effet lui qui m'a ouvert le monde magique, enchanteur et merveilleux de Jane Austen.

op-darcy.jpgAmazing, isn't it ? A l'âge canonique de trente-neuf ans, je reçois un jour un mail de mon ami Yvon me conseillant pour ma soirée télé un reportage; me renseignant sur celui-ci, je jette en même temps un oeil sur le reste des programmes, et décide de patienter devant ce film : je n'en ai pas décollé. J'ai ri, pleuré, en ai pris plein les mirettes et me suis retrouvée le coeur broyé.
Moi qui jurait bailler d'ennui à la seule évocation du mot "victorien", pour qui "britannique" sonnait comme "ringard", j'ai mis le pied dans un piège irréversible (pour mon plus grand bonheur !).

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J'ai retrouvé intact mon émerveillement premier aux visionnages suivants, pleuré à gros sanglots aux deux moments des déclarations (d'abord Jane et Mister Bingley, puis évidemment le moment où Lizzie embrasse la main de Darcy, ha la la...), et me suis pâmée à loisir devant l'excellence, la perfection, l'ambiance générale suprêmement brillante, selon mes critères.

Je suis, pour la première fois, enthousiasmée par l'ensemble du casting : pas une incarnation qui ne soit sublimée, pas un seul personnage qui présente quelque défaut que ce soit, tous nous embarquent et réussissent à apporter leur propre petite touche (d'ailleurs, je les ai tous trouvés beaux).



Matthew MacFadyen
, à mes yeux, d'ailleurs, éclipse la prestation pourtant mythique de Colin Firth dans la version BBC (que je recommande aussi chaleureusement). Il parvient à montrer les fêlures de Darcy, ce côté "il ne m'est pas facile de discuter de choses et d'autres avec des gens que je ne connais pas", avec lui je ressens qu'il puisse lui en coûter.


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Et puis la merveilleuse Brenda Blethyn, qui m'enchante dans les films anglais un peu sociaux, et qui se montre ici tellement écervelée et inconvenante, tout en étant pourtant complètement maternelle.



Aussi le génial Donald Sutherland, qui me bouleverse en épilogue lorsque, les yeux plein de larmes, il dit "but you do really love him !" sidéré, heureux, pouffant, ému jusqu'aux tréfonds de son âme...  et nous le communiquant, bien évidemment.op-father.jpg




C'est un film plein de vie, d'images colorées et rutilantes, avec des choix scéniques et scénaristiques assumés (Joe Wright assure des commentaires audio qui expliquent tout un tas de choses, je ne suis pourtant pas allée au bout car je l'ai trouvé en quelque sorte assez déprimant à l'oral, ce qui n'est pas le cas de sa mise en scène. C'était d'ailleurs sa toute première réalisation pour le cinéma). Il y a énormément d'humour, ça pépie, ça pétille, ça sautille et ça bruisse. Pour autant, on ne s'éloigne pas tellement du roman original, la trame principale est en tout cas respectée.

Le DVD contient de nombreux bonus de plusieurs sortes, par exemple la localisation et la visite des extraordinaires demeures choisies pour incarner les différentes habitations, des interviews de plusieurs des acteurs, des explications de la Jane Austen Society, une galerie-musée des us et habitudes du 18°, etc.

Un achat pratiquement indispensable !

J'ai lu sur Allo Ciné qu'Emma Thompson avait collaboré au scénario en réécrivant certaines scènes. Pour ce travail, elle ne fut pas payée et n'est pas créditée au générique.

Deux avis parmi des milliers de milliards d'autres : Holly G,  et Blog Different (qui n'a pas aimé du tout du tout)
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18.03.2008

In the clearing stands a boxer

Gianrico Carofiglio - Témoin Involontaire carofiglio-copie-1.jpg


C'est l'histoire d'un avocat frisant la quarantaine qui ne va pas bien; sa femme le plaque, il frôle (de très près) la dépression, et se rend compte qu'il est un médiocre. Pas un minable, pas tout à jeter, mais ayant complètement perdu de vue celui qu'il est vraiment, indéniablement. Avocat d'ailleurs sans conviction, sans vocation, même pas véreux, juste distant. Il accepte sans savoir trop pourquoi de défendre un sénégalais accusé du meurtre d'un enfant, et ça va lui permettre de se remettre sur pied...

Le fond est manichéen, la forme assez académique et sans surprise, mais pourtant l'ensemble fonctionne bien, ça roule et c'est huilé. Il est facile de s'attacher à notre Guido, d'apprécier les petits morceaux de son univers, Simon and Garfunkel, Philippe Labro, Quand Harry rencontre Sally, la boxe, Sara. On vibre à la plaidoirie finale, la corde sensible est titillée, de jolie manière.

Espérons que d'autres traductions de Carofiglio seront très vite disponibles ! (C'est ici son premier roman, datant de 2002).

Ed. Payot & Rivages, (Rivages/Noir) 2007, 315 p. 9 €
Trad. (italie) par Claude Sophie Mazéas
Titre original : Testimone inconsapevole


Des avis sur Bibliosurf.

17.03.2008

Les mots ne font pas le poids

onan.gifStewart O'Nan - Le nom des morts


"Si le moment présent ressemble à ce qu'a vécu son père, il comprend pourquoi il n'a jamais raconté ses aventures à la guerre - il l'a vécue, il n'a pas besoin des mots pour s'en souvenir. Les mots ne font pas le poids. Rien ne peut le faire. Et ce n'est pas une aventure."

Larry était au Vietnam. Infirmier, il a vu mourir un par un "ses" gars, avant d'en revenir lui-même avec juste un pied en moins. La nuit, toutes les nuits, ils reviennent le voir dans son sommeil et il revit interminablement cette époque. Faut dire que son présent n'est pas bandant, sa femme ne cesse de se tirer pour quelques jours avant de revenir à chaque fois, son fils est attardé, son boulot minable, son père débute un Alzheimer, et il tombe amoureux de sa voisine, charmante, certes, mais tarée.
Pourtant c'est peut-être là la bonne nouvelle, qu'il puisse à nouveau tomber amoureux, se laisser émouvoir profondément.
En attendant, un gars s'échappe de l'hosto où Larry s'occupe d'un groupe de vétérans. Il semblerait qu'il ait une grosse méchante dent contre lui, alors que Larry n'a aucun souvenir de ce Creeley. Il va se fouiller un peu la mémoire...

Magistral. Une narration au présent qui donne l'impression qu'on y est nous aussi, pas la moindre petite miette de sentimentalisme ou d'énième leçon antimilitariste, Stewart O'Nan est écrasant de talent dans ce roman. "L'écrivain des vies foutues et extraordinaires" dit Chronic'art en 4° de couverture : c'est ça, pas moins.

Je n'ai même pas envie de chercher à préciser ce qui fait la magie de sa plume, seulement de le relire encore et encore et de me laisser emporter et couler : faut avouer qu'on sort un peu (beaucoup) down d'une telle lecture. Son sujet, évidemment, qu'on peut d'ailleurs transposer à toutes les autres guerres, mais surtout ce sentiment de tant d'intimité et de proximité avec chaque pensée des protagonistes... Comme s'il écrivait directement dans nos tripes...


Ed. de l'Olivier / Seuil, 1999 & Points 2001,  583 p. 8 €
Trad. (USA) par Suzanne V. Mayoux
Titre original : The Names of the Dead

* Il y a de l'humour aussi, cependant, n'allez pas vous tirer une balle directement non plus :)
Ex : "Les jours de pause, ils sortent en patrouille autour d'Odin, pour essayer de voir qui peut prendre la tête. Le premier candidat est un Navajo, choisi pour cette seule vertu; il les conduit dans un marécage où il s'enfonce jusqu'à la taille avant qu'ils l'en tirent. On le rebaptise Pas-par-là."

14.03.2008

Compatissante, un mot qui ressemble un peu à pâtissière mais en calme.

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Christine Jeanney - Charlémoi

"Dans mon histoire vraie il y a une fin au milieu"

Françoise en avait parlé (je ne sais plus où ?) et je n'avais pas tilté. Pourtant, je le lis le blog de Posuto, et souvent je me bidonne doucement (en silence), ça respire la malice, mais la bonne, la gentille, la qui tend à rendre plus éclairé, disons, sans cette agressivité branchée ou ce mépris latent, sans ce côté nous on sait et comprenne qui pourra.

Mais un jour je me suis réveillée et j'ai réalisé que Christine Jeanney, c'était Kiki. Donc j'ai acheté son roman, malgré sa couverture qui ne me plait pas du tout (c'est comme ça !). Et j'ai lu d'une traite, puis relu en cornant et soulignant, puis souri aux anges en me frottant les mains : ça existe !

Oui, ça existe des premiers romans chez des éditeurs étonnants (collection Esthétique (inavouée) de la béatitude : Ah ouais ?!) qui sont comme la première bouchée d'un gâteau encore tiède : chbing ça touche directement le centre du plaisir dans le système nerveux, ça fait une onde, on plane et c'est trop bon.

Maintenant faudrait être bien maligne (ou se creuser fort les méninges) pour en parler sans en dire trop, parce que c'est un roman dont il ne faut rien savoir !

L'idéal c'est ça, vous me faites confiance et vous vous le procurez sans avoir la moindre idée de ce dont ça parle, pour comme moi découvrir tout petit à petit et assembler les pièces au fur et à mesure (il y a un ressort à un moment, une construction intéressante).

S'il vous faut vraiment un cadre, la 4° de couverture n'en dit pas trop, en gros le narrateur est un auteur de livres pour enfants en pleine grosse fatigue. Il s'isole dans un chalet des Vosges pour "se reposer", et dans une allée de supermarché il croise un petit minot qui le reconnait. Du coup il se met à écrire son enfance en ayant en tête quelqu'un à qui s'adresser, mais mêlé à son présent, et...

Et c'est du tout bon, ça fourmille d'inventivité et d'amour des mots, sans que ce soit jamais pénible ou compliqué à suivre. Comme de l'Oulipo qui n'en serait pas parce que là c'est drôle, c'est fin et on ne sent pas les contraintes, c'est fluide, pas réservé aux seuls amateurs du truc et surtout, surtout, ça raconte une vraie histoire qui flirte du côté de ce que j'aime, à savoir la nature humaine dans ses grandes et petites contingences. Avec des variations infimes, un peu d'absurde, mais pas trop, et une vraie beauté sous les mots, si je me laissais aller je dirais même une beauté d'âme qui transparaît, et je ne dis pas ça parce que Kiki est ch'ti :)

Je suis tombée en amour, quoi, et j'espère que vous serez nombreux à succomber aussi !


Ed. arHsens, Janvier 2008, 154 p., 16 €



Les avis de : Anna, Chantal Serrière, Pierre R. Chantelois, Dominique Hasselmann,

Psst. Je ne dis rien, hein, mais c'est un roman que tu dois acheter, Emeraude... :)

Pour le plaisir, des bribes :

"Je sais à qui elle ressemble, on dirait Karine, la secrétaire, mais avec quarante ans de plus. Donc, en fait, elle ne lui ressemble pas vraiment. Je ne suis pas physionomiste."

"Elle va arriver vers trois heures. Je lui montrerai le chalet, sa faune, sa flore, son équilibre écologique que je perturbe en fournissant des graines de tournesol aux mésanges et aux verdiers. Nous marcherons au bord de l'étang et je pointerai du doigt les endroits où sont, où furent, où seront les hérons de passage. Nous écraserons de nos pieds une multitude de petits insectes apeurés et sans défense et qui mourront éclatés dans d'épouvantables souffrances muettes. Je lui demanderai "veux-tu du café ? Parce que j'en ai. Es-tu paradoxale ? Parce que je le suis." Nous reviendrons à l'intérieur et  je lui dirai de s'asseoir et mes mains trembleront en remplissant le filtre un deux trois quatre cinq cuillères rases ça y est j'en ai foutu partout. Je m'assiérai en face d'elle et je serai comme un chien de chasse aux aguets prêt à bondir sur le premier blanc qui passe pour le remplir.
Elle me parlera d'elle et je boirai ses paroles comme du nectar, et c'est là que la phrase tarte montrera son museau malfaisant. Je repousserai discrètement du pied le "boirai ses paroles comme du nectar" sous la table pour qu'elle ne l'aperçoive pas.
Elle me parlera du monde, des tensions politiques, des coups d'Etat lointains, des changements dans les mentalités. Elle me les montrera de sa fenêtre qui est optimiste, positive et vaillante. Je ferai dépasser un bout de mon hublot pessimiste, abattu et désenchanté mais pas longtemps, pour ne pas l'effrayer. Je placerai peut-être à ce moment-là mon couplet sur l'homme, la femme, les chênes et la situation révoltante des platanes.
Elle me demandera de parler de moi. Et là, je ne sais pas ce que je dirai. Je l'inviterai sans doute à retourner écraser des insectes dehors, sadiquement, sans raison."


(Kiki, je suis vraiment impressionnée.)

13.03.2008

Sense and Sensibility, 2008 (BBC) - John Alexander

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On peut acheter les yeux fermés une adaptation de la BBC, certains de la qualité intrinsèque, du soin apporté, assurés de voir de belles images, de splendides décors, bref, de passer un bon moment.
Ce DVD ne faillit pas à la règle, avec même en bonus des commentaires audio (j'ai fait l'impasse), des  photos et une interview d'Andrew Davies (auteur du script) et de la productrice.

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Pour autant, ces trois épisodes d'une heure chacun parviennent-ils à nous faire oublier la version d'Emma Thompson / Ang Lee ? Pour ma part la réponse est négative.




Les plus :


* Certains points, inexistants dans la version 95, sont ici développés : la scène du duel, le passage de Willoughby au chevet de Marianne, les âges d'Elinor et Marianne sont respectés, le cottage ressemble plus à celui du roman (et l'endroit est vraiment magnifique !)...
* La durée de l'adaptation permet d'insérer plus de détails, le fil rouge des coquillages tintant le long de leurs ficelles dans le vent apporte une note poétique et en même temps désolée, on se rapproche plus de l'ambiance historique exacte, sans le côté léché un peu trop miroitant du film (que personnellement j'apprécie pourtant plus).
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* J'ai lu que la critique britannique considérait assez unanimement que cette version était "libidineuse", je suis étonnée; Hormis la scène d'ouverture, volontairement voluptueuse, permettant d'introduire toute l'histoire de l'antagonisme Brandon / Willoughby, ça reste à mon avis super chaste de bout en bout !


Les moins :ss-marianne-et-willoughby.jpg

* Je trouve dommage les trop nombreuses similitudes avec le film (et même avec celui de Joe Wright, parfois) : Le rôle de Margaret étoffé pour aider la narration et faire le contre-point humoristique, la même interprétation d'Elinor en ce qui concerne la scène de demande d'Edward, la précipitation des dames Dashwood avant la première visite du colonel, la façon de traiter la scène comique de départ, où Mrs Dashwood convainc son époux de ne rien donner à ses demi-soeurs (entre autres)... J'attendais une version plus personnelle d'Andrew Davies, qu'il se détache des autres, c'est raté en ce sens.
* On fait même dire à Margaret ce que développait Emma Thompson dans ses commentaires audio, pratiquement au mot près (Les femmes passent leur temps à attendre, etc.) !
* L'acteur interprétant Edward Ferrars (Dan Stewens) ressemble trop à Hugh Grant, et physiquement, et dans son interprétation, même s'il en fait moins dans le genre coincé.
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* L'actrice interprétant Marianne (Charity Wakefield) ne m'a pas parue assez exaltée.
* Les scènes se succèdent sans exactement s'enchaîner, il manque un je ne sais quoi de liant, d'allant.
* L'humour est par trop absent, l'ironie manquante.

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Mais qu'on ne s'y trompe pas, ça reste un très bon moment dans l'univers de Jane Austen, et mon petit test personnel (qui vaut ce qu'il vaut, étant du genre hyper bon public) : j'ai pleuré plus que ma part, dans le troisième épisode, et n'ai absolument pas vu les trois heures passer.

Je conseille donc cet achat, un de plus !



(Attention, toujours en Vo sous-titres anglais uniquement)

La bande-annonce sur You Tube

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12.03.2008

"Qu'est-ce que je dirais ? Vous n'avez qu'à lire le bouquin, connards ! Tout est dedans. Tu crois que ça marcherait, putain ?"*

Karin Alvtegen - Ténébreusesalvtegen.gif


Voici les apparences : un écrivain moribond mais universellement connu : il a reçu le Prix Nobel pour l'ensemble de son oeuvre, Axel Ragnerfeld. Un fils, Jan-Erik,  qui perpétue sa renommée en assurant de nombreuses conférences et lectures autour de l'oeuvre de son père. Un jeune homme paumé et perturbé, Kristoffer, qui tente d'écrire sa seconde pièce de théâtre. Quelques personnages féminins, aussi, tout aussi préoccupés (dévorés ? hantés ? torturés ? compliqués, en tous les cas) : les mères, épouses, fille, maitresse. Mélanger, secouer, servez : on plonge dans l'horreur totale.

Ca commence gentiment, par une employée municipale chargée de régler les successions; Marianne Flokesson est une brave personne, elle a à coeur de faire correctement son travail et met un point d'honneur à chercher au maximum à retracer la vie de Gerda Persson. 92 ans, une longue vie d'employée de maison chez les Ragnerfeldt. Elle fait de Kristoffer son unique héritier (de pas grand-chose en réalité). Mais pourquoi ? Quel rapport peut-il bien avoir avec elle ?...

A partir de là, on entre très progressivement dans une noirceur de plus en plus opaque et étouffante au fil des pages. Il y est question de réputation, des choix que l'on est amenés à faire au fil d'une vie, de folie, de renoncements, d'actes signifiants et de manquement, surtout. D'énormes, d'immondes, de terribles manquements, qui giflent les grandes idées et intentions, qui rabaissent l'intellectualisation à un rang presque minable, quand la perspective, fût-elle louable, fait oublier ceux qui sont là, autour, concrets et vivants.

Au premier tiers je me suis demandée si ça valait la peine de continuer, je voyais l'intrigue déroulée d'avance et il n'y avait guère de suspens possible. Je le termine en fait les joues en feu, c'est d'une puissance psychologique assez inouïe. Remuant, déstabilisant, bousculant. Un très bon roman !

Ed. Plon, Mars 2008, 315 p., 20 €

Trad. (Suédois) par Magdalena Jarvin
Titre original : Skugga

*"En plus, je suis moche."

06.03.2008

L'auteure qui pique les yeux

Amanda Eyre Ward

Amanda s'en est inspirée pour choisir son pseudo : si ce n'est pas de la recommandation, ça ! Il fallait bien que je me penche un jour ou l'autre sur les trois romans publiés à ce jour, et bien m'en a pris.

ward-1.jpgA perte de vue

C'est le second roman écrit par Amanda Eyre Ward, mais le premier que j'ai lu. L'histoire de Caroline, serveuse à la Nouvelle-Orléans, pochtronne qui en réalité ne sait plus du tout où elle en est. Elle est l'aînée, et s'est toujours sentie investie de la mission de protéger ses deux petites soeurs, Madeline, et Ellie, la cadette. Elles décident un jour de fuguer, lasses de l'alcoolisme de leur père et de la faiblesse de leur mère. Tout est préparé, planifié, organisé. Sauf qu'elle attendent en vain Ellie dans la voiture : celle-ci a disparu. Difficile de se construire une vie d'adulte sur ces bases. La vie passe à la recherche perpétuelle d'Ellie, que Caroline et sa mère refusent de croire morte. Mais justement, à perpétuellement courir après l'absence, on en oublie de considérer les présents. Alors...

Je défie quiconque de rester les yeux secs à l'épilogue, j'en ai la gorge serrée rien que d'y repenser. La plume de l'auteure fait merveille dans ce genre de sujet hyper délicat à traiter, légère, passant d'une époque à une autre, brouillant les pistes mais nous ramenant toujours au noeud du problème : les relations entre les gens. Captivant et bien remuant.

Ed. Buchet Chastel, 2006 & Pocket, 2008, 273 p. 6,30 €
Trad. (USA) par Anne-Marie Carrière
Titre original : How to be lost

Les avis de : Flo, Agapanthe, Fashion, Clarabel...




Le ciel tout autourward-2.jpg

Nous sommes ici dans l'univers d'une prison de femmes, un peu particulière puisqu'il s'agit du couloir de la mort : y attendent leur exécution une poignée de meurtrières condamnées à la peine capitale, au Texas. Karen a tué le mari de Célia, et va être soignée par Franny. Ces trois femmes que rien ne rapproche vont pourtant se retrouver liées par un acte très précis, peut-être le plus signifiant au monde...
Si ce n'est pas du sujet casse-gueule, ça ! Et pourtant l'auteure réussit à ne rien plomber, à ne jamais verser dans le manichéisme, à ne surtout pas nous rendre sympathiques ces abimées de la vie. Ca force le respect, le mien en tout cas lui est acquis.
Ce que j'apprécie par-dessus tout, c'est de retrouver ici aussi ces moments que l'on a tous vécus, où soudain face à une situation donnée que l'on a pourtant souhaitée, on se dit non, ça ne va pas, y a un malaise, faut que je me tire. Amanda Eyre Ward parvient à nous faire ressentir la panique fugace de celles qui ne sont pas à leur place, qui se cherchent, tout le temps.
Et puis j'aime vraiment beaucoup ces personnages qui ne craignent pas de boire un coup de trop, qui n'ont rien de politiquement correct, qui sonnent et résonnent et s'imposent comme absolument vrais.

Ed. Buchet Chastel, 2005 & J'ai Lu, 2006, 251 p. 5,60 €
Trad. (USA) par Anne-Marie Carrière
Titre original : Sleep Toward Heaven

Les avis de : Carole, Stéphanie...


ward-3.jpgPardonnez-moi


La Commission Vérité et Réconciliation, l'Apartheid, l'Afrique du Sud ne sont en fait que quelques éléments de ce roman que j'ai - et de loin - trouvé bien moins bon que les précédents. Il me semble que les personnages manquent cette fois de consistance, que les ficelles sont grosses, l'héroïne irritante et le tout est trop mélo à mon goût. Nadine est donc une journaliste aux dents longues, son job passe avant tout le reste, elle a honte de son père, de ses origines, trahit plus ou moins tout le monde pour rendre compte de ce qui se passe dans le monde; Elle va se faire rattraper par la vie, après en avoir bavé des ronds de chapeau, bon. A la vérité, il n'y a que les passages en italique qui m'ont bluffée : j'étais loin du compte quand j'ai compris à qui on avait affaire, et j'ai bien aimé cette construction fidèle au style de cette auteure. Pour autant, ça ne vaut à mon sens vraiment pas l'achat en broché : attendez la sortie poche.

Ed. Buchet Chastel, 2008, 291 p. 20 €
Trad. (USA) par Anne-Marie Carrière
Titre original : Forgive me

Les avis de : Amanda, ...


05.03.2008

Persuasion (ITV 2007) - Adrian Shergold

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C'est  Simon  Burke qui a signé le scénario, et paradoxalement il a sans doute voulu trop respecter le roman. Paradoxalement, car la scène principale, le moment le plus intense de tous les romans de Jane Austen, l'instant où tout lecteur est en apnée, devinant sans être sûr, espérant et redoutant tout à la fois de voir ses supputations vérifiées, bref, la lettre, est carrément passée sous silence.persuasion-anne-Elliot.jpg


Oui, c'est incroyable, je sais, c'est incompréhensible que quelqu'un ait pu penser qu'une course poursuite échevelée dans les rues de Bath, avec un côté ridicule appuyé (je t'empêche de passer parce que j'ai un truc super important à te dire, je ne suis pas là mais je te laisse un mot, tu repars en sens inverse mais te fais intercepter à nouveau, et Oh, surprise, je suis là), suivie par une caméra à l'épaule qui donne mal au coeur et des images tremblotantes, puisse avoir un quelconque avantage sur une scène d'anthologie. La preuve par le mouvement ? Mais si c'est là ce qu'on désire, du mouvement, il ne faut pas lire Jane Austen, c'est tout !

persu-frederick.jpgAlors oui, Sally Hawkins est une Anne Elliot tout à fait convaincante; personnellement, je la trouve plutôt laide, mais c'est parfait pour ce rôle. Ses regards francs caméras apportent un plus indéniable, on se sent pris à partie, elle est très expressive et on est à fond derrière elle. Rupert Penry-Jones fait le maximum avec le peu de temps qui lui est imparti, il remplit les caractéristiques du Captaine Wentworth avec une bonne volonté évidente, mais lui est trop beau. Il fait jeune premier, en aucun cas marin au visage battu par les embruns approchant la trentaine. Le reste du casting est cohérent, j'ai bien aimé Tobias Menzies en Mister Elliot, super doucereux mais dégageant un truc pas net, un poil ténébreux.

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Le parti-pris de caméra à l'épaule ne m'a pas gênée outre mesure, mais il s'inscrit, à mon sens, dans une politique globale un peu cheap. Pourquoi Anne est-elle si mal habillée comparée aux autres ? Je veux bien considérer que ce n'était pas une préoccupation pour elle, ses vêtements (et comme je comprends ça ;o)), mais les matières mêmes, tout ce qu'elle porte accentue une impression de Cendrillon, totalement utilisée et négligée par les autres.persu-fredereick-presque-souriant.jpg

Dans le roman, il y a de nombreuses scènes de discussions très importantes, du badinage, de la conversation déliée dans lesquelles apparaissent soudain des éléments très importants, qui n'existent aucunement dans ce film.

En fait, on retrouve fidèlement dans cette adaptation la plus grande partie du roman, le déroulement factuel de son intrigue, mais il manque pourtant l'essentiel : le pétillement, la grâce. C'est plat, ça ne soulève ni même n'emporte pas, ça ressemble à un résumé détaché, quand j'aurais voulu me plonger dans l'essence même de ce qui me plait chez Jane Austen : non, il n'est nullement nécessaire de se procurer ce film.


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Crédits photos : Littéranet
Quelques images sur un clip

(J'ai vu aussi la version BBC 1995, mais ne suis pas plus convaincue par elle ! La fameuse scène de la lettre y figure, mais je ne vois rien s'ajouter au roman. Un compte-rendu assez fidèle, manquant d'éclat à mon goût.)

03.03.2008

La banalité du mal ?

jungersen.jpgChristian Jungersen - L'Exception

Au centre danois d'information sur les génocides, la vie de bureau n'est pas folichonne. Elles sont quatre, deux amies très proches, Iben et Malene, puis Camille, la secrétaire, et Anne-Lise, la documentaliste. Ces deux dernières sont plus âgées et également plus distantes. En fait, il règne une inextricable ambiance délétère, le harcèlement moral est omniprésent aussi bien dans leur actualité immédiate que dans le passé. Un jour, trois d'entre elles reçoivent des menaces de mort par mail. L'une après l'autre prend la narration, et nous fait pénétrer dans son cheminement mental; on s'égare dans d'interminables rouages... Mais qui sont-elles vraiment, ces quatre personnes ? Connait-on jamais les gens ?...

Huit cent pages d'angoisse pure, qui nous baladent dans le plus profond du fonctionnement humain.

Ce boulot, d'abord, hautement salubre et important, et pourtant le théâtre de minables stratégies ambitieuses, les articles qu'elles rédigent sur les différents génocides, les expériences psychologiques qui nous sont expliquées....
Cette amitié si intimement décrite sous toutes ses facettes, ensuite, et les pistes multiples qui s'ouvrent quant à l'auteur des mails anonymes et ses motivations. On s'égare, on se fait une opinion qui est bousculée très vite, on revient sur ses pas, on interprète...
Le tout accentué formidablement par le ton danois un peu abrupt, déroutant, une façon de raconter à laquelle on est peu habitué.


Au final une vision très noire de l'être humain, qui fait froid dans le dos. A ne pas rater, si on aime se faire peur !

Ed. Denoël, 2006 & le Livre de Poche,  Janvier 2008, 8,50 €
Trad. (Danois) par Inès Jorgensen,  799 p.

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