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29.04.2008

Pour tendre vers ce ciel d'où je viens

Sandro Veronesi - Chaos calme



Alors c'est Pietro qui sauve la vie d'une femme. Il vient de finir de surfer avec son frère unique, ils remontent vers leur maison de vacances et ils voient deux femmes au loin en train de se noyer. Ils se précipitent sans réfléchir, vu qu'il y a une barrière de vagues impressionnantes et que la prudence voudrait que seul un bateau se lance. Chacun atteint sa noyée et Pietro a bien du mal avec la sienne : il croit sérieusement qu'il va mourir, là, que c'était une erreur d'essayer. Et puis au beau milieu de cette situation inique, les vagues, la fatigue dans tout son corps après sa séance de surf, le panique de la noyée, l'envie de baisser les bras, définitivement, il se met à bander terriblement. Et c'est dans un élan de fougue sexuelle qu'il bombarde le dos de la femme et qu'ils avancent ainsi vers le bord, par ruades apocalyptiques.
Mais quand il rentre finalement à la maison, après avoir vu sa performance totalement ignorée, son épouse vient de mourir d'une brutale rupture d'anévrisme sous les yeux de leur fille, Claudia, dix ans.
L'école reprend, et Pietro décide, ou plutôt laisse arriver le fait suivant : tous les matins, il déposera Claudia à l'école et l'attendra devant.
Il se dit que la douleur, la peine, le choc, vont bien finir par leur tomber sur le coin du nez, et que ça ne sert à rien en attendant de reprendre une vie normale. Au moins, quand ils vont réagir, il sera là, juste devant l'école.
Et le monde vient à lui, dans un mouvement perpétuel, une marée qui monte et descend et nous présente un estran tour à tout loufoque, poignant, mystique ou autres, mais en tous les cas, toujours bruissant.

Quelle vilaine expression en 4° de couv : "livre de la maturité" je pensais que depuis Ruquier et ses chroniqueurs plus personne ne se risquait à employer ce poncif terriblement réducteur. Quand en plus on découvre comme moi Veronesi on serait bien en peine de situer ce roman dans le reste de l'oeuvre, qui tient en deux autres romans, d'après la jaquette.
Et plus que de maturité (Sandro Veronesi est né en 1959) je parlerais moi d'inventivité, de fraicheur, de construction à la fois bavarde et concentrée, d'énormément d'humanité et d'un humour toujours sous-jacent qui "sauve" bien des moments tendus.
J'ai eu peur, un moment, au début, je l'avoue, de retomber sur une plume de la famille des écrivains déconneurs dont le sujet est leur balourdise, présentée à la sauce regardez comme je suis bon en autodérision bien que je sois un vrai looser. Mais pas du tout ! Rien à voir, et Dieu merci.
C'est un roman qui m'a offert de longues heures d'évasion totale, qui m'a émue, fait sourire, émoustillée, m'a amenée à réfléchir au sens de toutes ces mascarades que l'on s'inflige souvent tout seul. Qui m'a très bien expliqué, qui plus est, la différence entre un romain et un milanais quant aux techniques pour manger les spaghettis, et dont la définition du con me convient au petit poil :

"- ...
- Allô ?
- Tu es vraiment con, tu le sais ?
- Allez, excuse-moi. Je ne voulais pas dire ça.
- Et tu es encore plus con quand tu t'excuses.
- Je suis sérieux.
- Justement. Ceux qui s'aperçoivent de leur connerie dans la seconde qui suit, sont les plus cons.
- Vu. La prochaine fois, je laisserai passer deux ou trois jours.
- Et les plus cons de tous sont ceux qui, après s'être excusés, font de l'humour."

A méditer... ;)

Ed. Grasset & Fasquelle, 2008, 505 p. 21,90 €
Trad. (Italien) par Dominique Vittoz
Titre original : Caos calmo (Sept. 2005, Bompiani, Milan)

Descendu en flammes par Stefano Palombarie.

Commentaires

Un billet magnifique ! tout comme le titre du roman, très joli oxymore mais je me tâte quand même...

Écrit par : cathulu | 29.04.2008

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Attends-le en bibliothèque :-D Je ne suis pas certaine que tu aimerais, c'est pas mal déjanté et c'est vrai (comme le dit celui qui a détesté) que les sujets "sérieux" sont juste effleurés, mais moi ça ne me dérange pas un instant, je ne m'attendais pas à lire un essai sur la fusion industrielle non plus ;o)) J'ai beaucoup aimé aussi, par exemple, qu'à un moment il croie que sa femme lui parle à travers les chansons de Radiohead : ainsi il roule trop vite, et il entend "slow down", alors qu'en général les paroles en anglais sont pour lui une soupe indistincte, il comprend avec clarté certains mots, alors hop, il est parti dans ce trip pour un moment... :-D

Écrit par : Cuné | 29.04.2008

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il fait un tabac à la librairie où je bosse... c'est tentant!

Écrit par : Emeraude | 29.04.2008

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Ah oui ? Je n'en avais pas du tout entendu parler, pour ma part, je l'ai acheté.... à Carrefour !! Ouarf, ouarf ;o)) Mais il est vraiment chouette, à mon goût.

Écrit par : Cuné | 29.04.2008

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Comme ça semble assez déjanté, ça risque de me plaire... c'est tout à fait inconnu ici, par contre!  J'adore le truc de Radiohead dont tu parles en comm (bon, juste la mention de Radiohead réussirait probablement à me faire acheter un bouquin, donc... ;) )

Écrit par : Karine | 29.04.2008

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Je l'ai croisé au détour d'un article, et il me faisait bien envie!! Pourquoi pas!!  Après tout, il ne faut jamais cracher sur une définition du con! Et un mode d'emploi pour manger les spaghettis (au secours)à peut toujours trouver son utilité!

Écrit par : chiffonnette | 29.04.2008

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Quel titre, je ne sais trop à quoi m'attendre cela dit :-))) mais je retiendrai le nom de toute façon, tiens je vais aller voir celui qui n'a pas aimé, on ne sait jamais....

Écrit par : yueyin | 29.04.2008

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Bonjour ce livre a à l'air d'être pas mal ^^

Écrit par : Mirany | 02.05.2008

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je confirme : c'est un bon et beau livre, qui perso m'a fait (un peu...) méditer sur la vie, la mort... j'aime bien ton résumé, j'y reconnais mes sensations de lecture...

Écrit par : Flora | 22.05.2008

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Je l'ai abandonné !!!

Écrit par : BelleSahi | 27.05.2008

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Je crois qu'on n'a pas du tout les mêmes goûts :-D

Écrit par : Cuné | 27.05.2008

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:-))))))) oh il y a quand même des livres qu'on aime toutes les deux !

Écrit par : BelleSahi | 28.05.2008

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(et puis on aime aussi Cathulu toutes les deux ;o))

Écrit par : Cuné | 28.05.2008

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Ah oui ça c'est vrai ! Alors ça crée des liens !

Écrit par : BelleSahi | 28.05.2008

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J'ai également beaucoup aimé ! En effet, le but n'était pas de lire un essai sur le deuil ou la fusion industrielle... mais un roman, tout simplement ;-) Enfin, les goûts, les attentes, les exigences sont si variables. RRroooh, l'épisode des pâtes, celui des cons, celui de l'opium... Ce livre que j'ai découvert un peu par hasard (un petit service de presse tombé dans mon escarcelle) m'a charmée. Beau blog Cunéipage, je reviendrai :-)

Écrit par : bookomaton | 10.08.2008

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Merci, le Bookomaton ! Je vous retourne le compliment, d'ailleurs :-D

Écrit par : Cuné | 10.08.2008

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