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29.04.2008
Pour tendre vers ce ciel d'où je viens

Alors c'est Pietro qui sauve la vie d'une femme. Il vient de finir de surfer avec son frère unique, ils remontent vers leur maison de vacances et ils voient deux femmes au loin en train de se noyer. Ils se précipitent sans réfléchir, vu qu'il y a une barrière de vagues impressionnantes et que la prudence voudrait que seul un bateau se lance. Chacun atteint sa noyée et Pietro a bien du mal avec la sienne : il croit sérieusement qu'il va mourir, là, que c'était une erreur d'essayer. Et puis au beau milieu de cette situation inique, les vagues, la fatigue dans tout son corps après sa séance de surf, le panique de la noyée, l'envie de baisser les bras, définitivement, il se met à bander terriblement. Et c'est dans un élan de fougue sexuelle qu'il bombarde le dos de la femme et qu'ils avancent ainsi vers le bord, par ruades apocalyptiques.
Mais quand il rentre finalement à la maison, après avoir vu sa performance totalement ignorée, son épouse vient de mourir d'une brutale rupture d'anévrisme sous les yeux de leur fille, Claudia, dix ans.
L'école reprend, et Pietro décide, ou plutôt laisse arriver le fait suivant : tous les matins, il déposera Claudia à l'école et l'attendra devant.
Il se dit que la douleur, la peine, le choc, vont bien finir par leur tomber sur le coin du nez, et que ça ne sert à rien en attendant de reprendre une vie normale. Au moins, quand ils vont réagir, il sera là, juste devant l'école.
Et le monde vient à lui, dans un mouvement perpétuel, une marée qui monte et descend et nous présente un estran tour à tout loufoque, poignant, mystique ou autres, mais en tous les cas, toujours bruissant.
Quelle vilaine expression en 4° de couv : "livre de la maturité" je pensais que depuis Ruquier et ses chroniqueurs plus personne ne se risquait à employer ce poncif terriblement réducteur. Quand en plus on découvre comme moi Veronesi on serait bien en peine de situer ce roman dans le reste de l'oeuvre, qui tient en deux autres romans, d'après la jaquette.
Et plus que de maturité (Sandro Veronesi est né en 1959) je parlerais moi d'inventivité, de fraicheur, de construction à la fois bavarde et concentrée, d'énormément d'humanité et d'un humour toujours sous-jacent qui "sauve" bien des moments tendus.
J'ai eu peur, un moment, au début, je l'avoue, de retomber sur une plume de la famille des écrivains déconneurs dont le sujet est leur balourdise, présentée à la sauce regardez comme je suis bon en autodérision bien que je sois un vrai looser. Mais pas du tout ! Rien à voir, et Dieu merci.
C'est un roman qui m'a offert de longues heures d'évasion totale, qui m'a émue, fait sourire, émoustillée, m'a amenée à réfléchir au sens de toutes ces mascarades que l'on s'inflige souvent tout seul. Qui m'a très bien expliqué, qui plus est, la différence entre un romain et un milanais quant aux techniques pour manger les spaghettis, et dont la définition du con me convient au petit poil :
"- ...
- Allô ?
- Tu es vraiment con, tu le sais ?
- Allez, excuse-moi. Je ne voulais pas dire ça.
- Et tu es encore plus con quand tu t'excuses.
- Je suis sérieux.
- Justement. Ceux qui s'aperçoivent de leur connerie dans la seconde qui suit, sont les plus cons.
- Vu. La prochaine fois, je laisserai passer deux ou trois jours.
- Et les plus cons de tous sont ceux qui, après s'être excusés, font de l'humour."
A méditer... ;)
Ed. Grasset & Fasquelle, 2008, 505 p. 21,90 €
Trad. (Italien) par Dominique Vittoz
Titre original : Caos calmo (Sept. 2005, Bompiani, Milan)
Descendu en flammes par Stefano Palombarie.
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : introspection, italie
26.04.2008
Cranford - Simon Curtis (BBC 2007)

Cranford est une toute petite bourgade anglaise, au rythme particulier, aux habitudes immuables, où les hommes sont peu présents. On y passe une année, dans la première partie du 19°, au moment où la construction du chemin de fer est en train de bouleverser totalement les mentalités. On y vit en vase clos, on se serre les coudes, en surtout respectant en toutes circonstances les sacro-saintes apparences, en payant son tribu à la bienséance. Le groupe d'amies, de relations qui nous entraine à sa suite n'est guère fortuné, au contraire de la Lady dans sa grande maison qui elle, pour le coup, vit encore au 18°.
Il se passe énormément de choses, de l'arrivée d'un nouveau médecin à l'évasion d'une vache, d'un accident sur le chantier du chemin de fer à l'apprentissage de la lecture d'un petit sauvageon, les évènements s'enchaînent, ne laissant aucun moment dans l'ennui.
Mais c'est surtout l'incroyable attachement que l'on ressent très vite envers chacun des personnages qui est remarquable, la chronique de cette petite ville est touchante au possible, vraiment, je ne sais quels mots employer pour vous décrire la bouffée d'amour que je ressens après ces quelques heures enchantées (5 épisodes de 60 mn, au passage, en VO sous-titrée anglais).
Il y a, je trouve, quelque chose de Walnut Grove, et c'est une fan absolue de La petite maison dans la prairie qui vous parle. Les sentiments y sont simples, universels, mais ils passent dans le jeu des acteurs, dans un récit précis et des dialogues mordants, ils reflètent à la perfection leur époque, comme un témoignage qui viendrait prendre le spectateur par la main.
Alors bien sûr il s'agit là d'un mélange de trois romans d'Elisabeth Gaskell, pour donner suffisamment de matière, pour proposer une palette allant du drame absolu au comique le plus burlesque, et beaucoup de libertés ont été prises par rapport aux romans, pour étoffer ici, laisser dans l'ombre là, mais quelle réussite au final ! Je défie évidemment quiconque de ne pas avoir envie après avoir vu cette adaptation de se précipiter sur les romans.
Mais surtout, je crois, et tous les billets que j'aie pu lire à ce sujet le précisent bien, Cranford offre un casting pour lequel les superlatifs sont insuffisants : Toutes et tous sont exceptionnels. Je garderai, je crois, toujours en mémoire le moment où Miss Deborah (Eileen Atkins) dit à son nouveau voisin : "but now we are friends". C'est là que j'ai commencé à chercher ma boite de mouchoirs, et le paroxysme a été atteint dans le dernier épisode, le conseil des voisines présidé par cette stupéfiante, excellente, fantastique, so great Imelda Staunton (Miss Pole) : j'ai rendu toutes mes armes, je veux ces voisines-là moi aussi, Indeed.
Merci à Clarabel pour le prêt, voir aussi les avis d' Isil et Emjy, qui ont elles aussi adoré !

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21.04.2008
Passent les Chaises de poste pleines de Garçons, futurs Héros, Législateurs, Imbéciles et scélérats.*

J'ai cru que je n'allais jamais pouvoir m'arrêter de bondir partout le jour où j'ai ouvert le colis envoyé par Papillon : elle me prêtait son exemplaire "du" Tomalin, celui que tout le monde évoque dès qu'on parle de Jane Austen !
J'ai passé la semaine en sa compagnie, et je vais maintenant pinailler petitement, mais il faut bien que soit entendu le fait que c'est forcément bon, obligatoirement réjouissant, évidemment "que du bonheur"**, puisque c'est sur, autour de, basé et centré sur le plus extraordinaire des auteurs du monde de l'univers : Jane Austen.
Claire Tomalin est une biographe, une vraie, de métier je veux dire, et finalement c'est ce que je n'ai pas aimé dans son livre. Alors fallait pas le lire, j'entends, qu'est-ce que tu nous soûles ! Oui mais non. C'est plus qu'appréciable de pouvoir se fier entièrement à chaque mot écrit, d'être absolument certain de ce que qui a été, de tel ou tel moment précis, telle anecdote, telle citation. On se fait une petite idée de la personnalité de Jane Austen, on la remet en perspective, à travers cette phrase de Mauriac : La première pensée du biographe, qui veut avancer dans la connaissance d'un homme, est de chercher d'abord du côté de ses ascendants. L'individu le plus singulier n'est que le moment d'une race.
Et c'est là quand même que Claire Tomalin, en ne faisant pourtant que son métier de la plus professionnelle façon qui soit, m'a souvent perdue en chemin. Malgré l'arbre généalogique, ça ne m'a pas passionnée l'énumération de propos de ses frères, soeurs, nièces et consorts, ni leur propre vie, à vrai dire. Tout comme lorsque je visite un musée, j'ai besoin qu'on humanise le truc pour moi, qu'on me propose du vivant, du bruissant, du souriant ou du tragique autour de l'historique, qu'on introduise du sentiment dans la culture, sinon on me perd, je ne suis pas une froide érudite, c'est comme ça !
Par contre, les passages sur les oeuvres, les personnages, sont magnifiques, c'est très émouvant aussi d'assister à la reconstitution des derniers jours de Jane Austen, de l'imaginer finalement simple et timide, de penser à Cassandra qui respecte ses souhaits en brûlant, découpant des tonnes de ses lettres, pour laisser une image la plus lisse possible, la plus conforme en tous les cas à ce qu'elle pensait être le désir de sa soeur.
C'est dommage aussi, bien sûr, car c'est ce qui manque, la dimension triviale et humaine et faillible de cette auteure de génie.
Mais on s'en fout après tout, on l'aime et on la lira pour des générations et des siècles encore. C'est tout ce qui compte.
Ed. Autrement, coll. Littératures, 2000, 389 p.22,95 €
Trad. (GB) par Christiane Bernard et Jacqueline Gouirand-Rousselon
Titre original : Jane Austen, a life (1997)
* p. 290, dans ses notes, à Chawton, JA s'amusait elle aussi à regarder la circulation.
** Expression destinée uniquement à embêter Clarabel.
En ont également parlé : Lilly, Et puis qui ? Je ne trouve personne d'autre...
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14.04.2008
Il ne faut jamais reprocher aux hommes leur ignorance, mais seulement leur obstination à construire des systèmes sur ce qu'ils ne savent pas.

Le XVII° siècle est peut-être l'un des plus passionnants, et sous la plume de Philippe Beaussant ça tient du plaisir absolu à découvrir. On est loin du "cours magistral" que j'ai pu voir évoquer ici ou là, on est dans l'univers d'un conteur qui prend plaisir à démystifier quelques poncifs.
Louis XIV, donc, du Lever au Coucher, avec tous les cérémonials et pas mal de digressions on ne peut plus bienvenues, voici ce qui constitue ce récit.
"Ainsi va l'Histoire. C'est une bâtisse édifiée à l'aide de blocs d'images toutes faites que nous nous transmettons, souvent (mais pas toujours) sans penser à mal, mais sans davantage nous demander si elles sont vraies ou si ce sont, elles aussi, des postiches. Et quand bien même nous le saurions, l'image que nous savons inexacte reste parfois plus forte que la vérité que nous n'ignorons pas. "L'Etat, c'est moi", il ne l'a pas dit. "Après moi le déluge", Louis XV non plus. "La Garde meurt mais ne se rend pas", même pas Cambronne. Mais c'est plus fort que si c'était vrai. L'Histoire est toujours à la ressemblance de ce que nous voulons qu'elle soit."
Mon exemplaire est hérissé de cornes, j'ai mille choses à évoquer, je ne le ferai pas, je vous laisse découvrir par vous-mêmes, si vous êtes intéressés. Mais citons par exemple le long passage sur Molière, avec cet éclairage : ""Valet", au XVII° siècle, c'est encore un titre de noblesse, et c'est déjà en train de devenir une injure. C'est encore, comme ici, un privilège (que Jean-Baptiste Poquelin a tenu à conserver pour son fils), et c'est déjà la plus basse condition domestique."
Molière, valet de chambre du roi... Je l'ignorais totalement ! Plusieurs anecdotes en découlent, savoureuses...
Ou encore ces lumineuses explications sur le salut (on salue la fonction et jamais l'homme. Ainsi on se lève et se découvre pour un messager, s'il est celui d'un "important") ou la danse (enseignée comme une manière d'envisager l'homme, indispensable à l"'honnête," absolument rien d'un loisir !). Le vocabulaire, aussi, en général, a fortement besoin d'être remis en perspective, les mêmes mots n'ayant souvent plus du tout le même sens aujourd'hui. Ainsi des "potages" (tout ce qui est cuit dans un "pot", rien à voir avec de la soupe !) en opposition au "rôt" (ce qui est cuit à la broche), etc.
Bref, c'est vraiment captivant, ça se dévore, c'est érudit mais jamais pesant, c'est excellent, tout simplement.
Ed. Gallimard, NRF, 2000 213 p. & Folio, 2002, 5,30 €
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10.04.2008
Je me disais qu'à moi tout seul, j'allais m'inquiéter pour deux
Le martyre des Magdalènes, Une enquête de Jack Taylor
C'est le troisième opus de la série des Jack Taylor, et c'est regrettable que j'aie commencé par celui-ci parce qu'il me manque des pans de l'histoire intime de Mister Jack, mais en même temps ça n'a aucune espèce d'importance : en dix pages, j'étais foutue, accro, irrémédiablement tombée en amour, coup de foudre, paillettes, petites étoiles et sonneries divines.
Pourquoi donc ?
Parce que Ken Bruen est foudroyant de talent. Parce que sa plume est incroyablement irlandaise, mêlant avec bonheur ces milles et une choses qu'il me serait tout à fait impossible de détailler, cette façon de mêler cynisme et naïveté la plus pure, ce désespoir sautillant, ces litres de bière, ces changements de narration abrupts et cet humour si particulier, ah traiter de l'âme irlandaise, je ne m'y risquerai pas.
La trame, sinon, oui, la trame, donc, c'est une espèce de double enquête que doit mener Jack, sommé de rechercher une ancienne religieuse qui officiait dans les blanchisseries Magadalène, et de prouver qu'une riche veuve ne l'est pas devenue innocemment.
Le hic c'est que Jack toque.
Oui, d'accord, ceci ne veut rien dire, mais il faut se faire plaisir dans la vie aussi.
Le problème de Jack c'est qu'il les a tous, les problèmes : drogue, alcool, tabac, médicaments, dépression sévère et solitude extrême : ça va mal, mal, mal.
Dans une sorte de brouillard médicamenteux arrosé de Jameson, il va pourtant démêler les fils de ces deux enquêtes. Tout en gardant sa morale très personnelle...
Jack Taylor est un lecteur insatiable, qui donne une foule d'envies lectures, en nous parlant longuement et souvent de ses auteurs fétiches (ainsi "mon" Matt Scudder de l'excellent Lawrence Block, par exemple). J'y ai aussi trouvé de quoi me faire penser à Gregory House, donc Hugh Laurie, mon engouement du moment, avec une apologie (très anti politiquement correcte) de la Vicodin.
"Mais ce qui était sûr, c'est que le karma était mauvais.
Par les temps qui couraient, maintenant que ma dépression était chimiquement enrayée, les souvenirs déferlaient sur moi. J'oscillais du doux-amer au supplice de la croix. Est-ce que les livres préservaient ma santé mentale ? Putain, c'est rien de le dire.
Quel que soit le jour, j'avais un volume dans ma poche, je lisais, lisais, lisais.
Comme si j'y croyais vraiment.
Et la plupart du temps, oui."
"Elle eut un sourire de vaincue pour s'excuser :
- Je ne conduis pas très bien.
- Ne vous inquiétez pas pour ça.
Je me disais qu'à moi tout seul, j'allais m'inquiéter pour deux."
Ed. Gallimard, Série Noire, Oct 2006, 18,90 €
Trad. de l'anglais (Irlande) par Pierre Bondil
333 p.
Pour lire les enquêtes de Jack Taylor dans l'ordre (ce qui est toujours préférable, même si jamais indispensable !!) :
1. Delirium Tremens (Mai 2006 en Folio)
2. Toxic Blues (Mai 2007 en Folio)
3. Le martyre des Magdalènes
4. Le dramaturge (Oct 2007)
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03.04.2008
Alors que ce soit dit, et même écrit : je suis en période de révolution personnelle, comme Jenifer, et moi, ma révolution ne porte aucun nom.
Camille Pouzol - Lettres de LoElle entre en seconde, ça ne rigole plus, le lycée, voilà qui change toute une vie de jeune fille ! Elle veut qu'on l'appelle Lo, et on ne découvrira son vrai prénom que dans la toute dernière lettre. Elle a donc 14 ans au moment où elle écrit sa première lettre, et pendant 2 ans elle va comme ça en écrire un certain nombre à tout un tas de personnes; ses proches, bien sûr, mais aussi des vedettes ou autres noms connus. Pour dire ce qu'elle a sur le coeur, pour bavarder, pour faire le clair dans ses idées ou parfois même pour le simple plaisir d'écrire.
L'ensemble a un ton très juste, y compris jusque dans l'irritation qu'il peut provoquer. Pour ma part, l'exaltation adolescente me crispe, c'est pourquoi j'ai peu apprécié quelques lettres, dont le lyrisme me faisait l'effet d'une roulette de dentiste (et vous savez ce que je pense des dentistes ?).
Mais la majorité de ces missives est réjouissante, Miss Lo a un sacré brin de plume et elle le sait très bien. On plonge dans sa correspondance sans la lâcher, on l'aimerait bien cette mistinguette si on la connaissait.
Deux lettres sont parmi mes préférées, celle où elle annonce à ses parents qu'elle a vu le loup, et celle que je vous offre ci-dessous, en espérant que ça vous donne envie de lire les autres !
"Lettre à ma remplaçante par intérim
12 Mars
Sonia,
Que c'est amusant ! On ne se parle plus, et pourtant, on ne pense que l'une à l'autre depuis des semaines. On ne se parle plus est un bien grand mot, en fait. On ne se parlait pas des masses avant, non ? De toute manière, comment aurais-tu le temps de discuter, avec tous les couples que tu dois briser ? Tu fais un casting, au départ, hein, dis ? Tu établis la liste des couples qui ont l'air heureux, puis tu décides d'un ordre de passage et, hop, tu te lances. Olivier et moi, on est arrivés en pole position, parce que, c'est vrai, on avait l'air tellement amoureux il n'y a pas si longtemps. Tant de bonheur, ça a dû faire vibrer tes antennes de sale petite briseuse de joie de seconde zone, non ?
Mais je m'énerve et je ne voudrais pas te faire peur. Parce que, mon petit chou, il paraît que tu trembles de me croiser dans les couloirs, que tu fais des détours pour ne pas passer devant le café et que tu as dis à Marika qu'il fallait que j'arrête de te regarder comme ça.
Je ne peux plus te regarder, Sonia ? Mon regard te dérange, défrise ta fausse permanente de faux cheveux roussis au henné, Sonia ? Mais je ne vais pas te frapper, enfin, tu délires, ma chouquette...
J'ai rompu avec Olivier, tu es sortie avec lui en vacances et, depuis un mois, votre duo ridicule alimente les ragots de tout le lycée. Pourquoi je te frapperais ? On ne tire pas sur une ambulance.
Mon poussin, sais-tu ce que c'est que le dépit amoureux ? Je vois d'ici ton air de poule qu'aurait trouvé un palmpilot... J'explique.
Imaginons qu'un homme soit très amoureux d'une femme, qu'ils représentent le couple idéal aux yeux du monde du lycée. Imaginons que cet homme, légèrement séparé de sa divine fiancée qui doit s'occuper, disons, de problèmes familiaux, imaginons donc que cet homme perdu se laisse distraire par les parades de séduction aussi risibles que visibles d'un petit gnome à cheveux carotte.
Imaginons que la fiancée de cet homme, déjà mûre et réfléchie comme Arwen dans Le Seigneur des anneaux, apprenne que l'homme de sa vie flirtaille honteusement devant le lycée avec cette gargouille. Imaginons la colère immense de la fiancée de cet homme à l'idée que, dès qu'elle a le dos tourné, son prince va se vautrer avec la plus improbable des conquêtes possibles (non, parce que franchement, y en a des belles, au lycée ?)...
Imaginons que, depuis la rupture, l'homme en question soit simplement tellement malheureux qu'il espère retrouver sa douce en la rendant jalouse. Mais qu'il peut toujours courir tant qu'il osera se pavaner avec toi, ignoble rat puant.
Mais pardon, je m'emporte encore. Le dépit amoureux, c'est Olivier qui peut t'embrasser ou te tenir la main, te caresser les cheveux ou te raccompagner en métro, mais qui m'aime, moi. Quoi que tu dises. Quoi qu'il dise. Quoi que le monde entier dise. Fais gaffe à toi, renard boulimique, je ne suis pas loin.
Lo."
Ed. Hachette Livres, 2005 & Le Livre de Poche Jeunesse, 2008, 159 p., 4,90 €
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02.04.2008
The Jane Austen Book Club (2007) - Robin Swicord
J'avais aimé le roman, j'ai mille fois préféré le film, qui nous permet d'entrer directement au coeur des personnages, de les apprivoiser petit à petit et de mourir d'envie d'intégrer leur club de lecture !
Au risque de décevoir Emjy, je vous renvoie directement à son propre billet sur le film dont je pourrais reprendre chaque mot tant elle décrit à la perfection tout ce que je pense ! Et d'une manière complète, structurée et brillante. Je ne vois pas l'utilité de redire ce qui sera de toute façon la même chose : c'est une réjouissante comédie littéraire romantique.
Je me propose plutôt de vous dire en vrac, comme ça, de jeter quelques petites choses que je pourrais ajouter si j'en discutais de vive voix avec vous.
Les bonus par exemple sont une source de grand plaisir, avec - et c'est la première fois que je trouve ça - de longues minutes illustrées et commentées sur la vie de Jane Austen. Robin Swicord, dont c'est le tout premier film pour le cinéma (quelle réussite) (elle ressemble un peu à Agnès Jaoui, physiquement, non ?) y déclare ne pas être une spécialiste de Jane Austen; elle peut pourtant apporter sa propre vision de chacun de ses romans, et maitriser les détails de sa biographie d'une manière tout à fait confondante.
J'ai aimé qu'elle se détache souvent du roman, pour faire de Bernadette par exemple l'initiatrice du club, (et l'observatrice correspond à la narration), qu'elle rajeunisse Jocelyn et Grigg et modifie ça et là quelques détails. D'ailleurs, j'ai voulu relire le roman dans la foulée et ça ne fonctionnait pas, je ne retrouvais pas tout à fait les personnages que je venais de quitter à l'écran.
Mais ceux qui ne le connaissent pas, justement, doivent se demander de quoi il
s'agit, au juste; ça se passe de nos jours, en Californie, et cinq femmes plus un homme se réunissent chaque mois pour discuter d'un roman de Jane Austen. L'idée vient de Bernadette, touchée un soir par la détresse d'une jeune prof de français, Prudie, elle lance cette idée, chacun s'appropriant un roman précis. Jocelyn fera entrer dans le club le jeune Grigg, néophyte total en Jane Austen, mais largement ouvert, à la base attiré par la beauté (somptueuse !) de cette plus si jeune femme. Sylvia vient de se faire plaquer par son mari, après plus de trente ans de mariage, et Jocelyn tentait par cette invitation de jouer les Emma. Mais Grigg n'a rien d'un Mister Knigthley, il serait plutôt la Lizzie de l'histoire (encore que...).
D'ailleurs, en parlant de reconnaître les personnages de Jane Austen dans ceux de ce Book Club, les bonus vous y aideront si besoin était, et à la différence du roman, il n'est nullement nécessaire d'avoir lu les six romans majeurs pour apprécier de naviguer dans ce monde. C'est une histoire tout entière, moderne, émouvante, drôle, vibrionnante qui se déroule sous nos yeux.
Par contre, apparemment la sortie française n'est pas encore datée à ce jour, et le DVD ne propose que des sous-titres en anglais : attention l'américain ça débite très vite, et à mon image si votre anglais n'est pas fluent vous userez souvent de la touche pause ou retour !
Il y a certaines scènes cocasses qui fondamentalement n'apportent rien au film (je pense à la répétition de Trey, ou la pub pour Starbuck avec Grigg, ça passe très bien mais...) alors que d'autres qui m'ont fait hurler de rire ont été supprimées (heureusement on les voit en bonus) : celle où Allegra baratine Corinne avec Persuasion, comme si elle l'avait vécu, en guise de vengeance !) par exemple.
Ce que j'avais apprécié dans le roman est aussi ce qui fait la force du film, à mon sens, on "vit" Jane Austen. On ressent beaucoup d'empathie pour les situations actuelles, variées et diverses (Sylvia et Daniel sont très émouvants, et leur histoire très juste et symptomatique de notre mode de vie), et il y a une palette vraiment large du monde moderne; mais surtout on réalise tout ce que peut apporter la confrontation d'avis différents (et vraiment chacun a une vision très personnelle et adaptée à son propre cas de JA), même quand elle se déroule entre des gens que rien ne rapproche dans la vie. C'est une ouverture au monde, c'est effectivement ce que peut concrètement changer la lecture dans une vie. Et ça...

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