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26.06.2008

Le chien bâille, s'étire, grogne, gratte ses puces, il a faim, vous aussi et rien ne vous étonne.

Marie Didier - Morte-saison sur la ficelle
et autres récits


Vingt et un textes, certains ultra-courts, qui m'ont plutôt démoralisée. L'auteure évoque en 4° de couv un éblouissement paisible, je penche plutôt vers la désillusion, elle aussi évoquée. Ces nouvelles sonnent toutes extrêmement juste, ce qui en assure la portée, et l'écriture, précise, nette, pudique et recherchée vous ratatine.


Cinq citations sont par exemple déclinées, mises en texte, parmi elles : "Ne sous-estimez jamais votre insignifiance aux yeux des autres." (Gass) "Surveille tes illusions" (Char), j'ai connu plus gai.

J'ai pourtant aimé cette lecture, en ce sens qu'elle trouve effectivement fréquemment écho dans "la révélation minuscule et violente d'une sensation oubliée ou encore inconnue" chez le lecteur.

Chariot parle d'un adultère. Vous aimez un homme que vous n'avez pas le droit d'aimer. Liste de tout le positif, le joyeux, mise en mots choisis de la quotidienneté désirée tellement fort. Insidieusement, cette dernière dérape; quand vous jouez au petit couple en faisant vos courses, il n'a jamais son portefeuille, son chéquier, sa carte bleue. Vous êtes à mille lieux de ça, payer pour lui c'est encore jouer à la légitime. Encore, encore, et encore. Vous êtes à la caisse, il vous laisse passer. Brusquement, ce jour-là  : "la monstrueuse surprise trop longtemps refoulée vient enfin pour la première fois de vous sauter à la gueule."

Compétition nous montre comme, quel que soit l'amour sincère que l'on porte à autrui, le degré d'empathie et de compassion qu'on peut lui accorder est inversement proportionnel à sa propre douleur physique. Le corps n'est rien, peut-être, mais si j'ai vraiment mal, dégagez les mouettes, toutes les mouettes.

ou encore L'écrivain, le célèbre qui vous a fait croire qu'il allait vous aider à défendre cette noble cause, qui a allumé l'espoir, avant de faire silence. Mais quoi, quand vous le croisez par hasard des mois plus tard : "A propos c'étaient qui sous les tentes, des Arabes ou des Kurdes ? Je leur ai consacré un petit chapitre. Je t'enverrai mon livre".

Non, l'incurable naïveté n'est pas à la fête dans ce recueil.


Ed. Gallimard, collection Blanche, Mai 2008, 136 p., 12,90 €

Commentaires

J'aime pas trop le titre, mais bon... j'vais pas chipôter.

Écrit par : LVE | 26.06.2008

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L'incurable et déconcertante naïve va s'abstenir...envie de rester fêtarde moi!

Écrit par : Anne | 26.06.2008

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Anne : :-D LVE : la nouvelle qui porte ce titre ne m'a pas trop plu non plus. Pourtant, moi, je l'aime bien ! :-D

Écrit par : Cuné | 26.06.2008

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Intéressant et original, je vais tâcher de feuilleter pour me faire une idée plus précise...

Écrit par : liliba | 03.07.2008

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Marie Didier est, je crois, l'auteur d'un texte touchant sur un certain Pussin qui parvint à soulager les cauchemars des aliénés dans leurs mouroirs à la fin du 18ème. Une belle plume, qui démontre si c'était encore à faire, que la littérature c'est le style.

Écrit par : Dominique Boudou | 07.07.2008

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