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30.07.2008

C'est sûr, c'est sûr, c'est sûr !

Wajdi Mouawad - Incendies

Amanda l'avait dit en Février, s'il ne fallait lire qu'une seule pièce de théâtre, ce serait "Incendies" de Wajdi Mouawad : ça, c'est fait ! Et je confirme, j'applaudis des deux mains, debout, pendant 20 minutes, comme Laure (alors imaginez ce que ce sera quand j'aurai vraiment vu la pièce !... :))

Tout commence dans le bureau d'Hermile Lebel, notaire. Une vieille femme est morte, et il doit procéder à la lecture de son testament. Les enfants, Jeanne et Simon, jumeaux, se voient chacun confier une mission : retrouver leur père pour l'une, leur frère pour l'autre, et leur remettre à chacun une enveloppe. Coup de massue pour les deux jeunes adultes. Quid  de ce frère tombé du ciel ? Leur père n'est donc pas mort en donnant sa vie pour son pays, comme elle le leur avait dit ? Après un temps de refus bien compréhensible, la mission sera menée, et ce qui en résultera ébranlera complètement les fondations de leur existence...

C'est un texte très complet qui fait passer le lecteur par toutes les émotions; il joue avec l'humour, la poésie, l'horreur, la tendresse, la crainte. On est happé dès les tous premiers mots, c'est très rythmé, on visualise tout et tout le monde, et l'histoire, que dire, l'histoire est aussi magnifique qu'elle est terrible.

Une vraie merveille, à découvrir sans faute !


Ed. Léméac / Actes Sud-papiers, 2003 92 p. 11 €

Merci à Amanda qui l'a prêté à Laure que j'ai eu la chance de voir avant le renvoi final : tout un trafic de livres, par chez nous !! :)

Une très intéressante interview de Wajdi Mouawad sur Fluctua.net

29.07.2008

Patrice Juiff : ambiance, ambiance !

Patrice Juiff


Frère et soeur

C'est l'histoire d'une femme obèse de 160 kg que la vie n'a absolument pas gâtée. Elle vit seule avec son frère depuis la mort de leurs parents, ils se sont organisés une petite vie douce et tranquille et économisent pour partir en vacances au bord de la mer. Un drame de l'inconscience, de l'ignorance, fera éclater ça...

Je rejoins les admiratrices de l'écriture si particulière de Patrice Juiff. Sa narration éclatée et distanciée, si elle n'est pas particulièrement remarquable dans ce premier roman, sert l'atmosphère à merveille : c'est tout une ambiance qui s'installe, une moiteur crasse, c'est comme si les faits se succédaient sans avoir de sens, plutôt comme si Jeanne était incapable de comprendre ce qu'elle énonce. Il s'en suit un décalage un peu cotonneux, on ne sait plus au final comment la cerner. Un vrai drame sans aucun pathos.

Ed. Plon, 2003, 161 p., 17 €

Les avis de  : Arsenik et  Laure.



Kathy


A trois ans, Kathy est confiée par sa mère à l'orphelinat. 15 ans plus tard, le jour même de ses 18 ans, elle quitte définitivement sa famille adoptive pour revenir chez les siens. Sa "vraie" famille est un cumul de tout ce qui peut déconner chez les gens : ils sont miséreux, abrutis, alcooliques, menteurs, voleurs, ils tabassent, ils maltraitent. Mais Kathy y va à fond, elle a ce besoin de consolation impossible à rassasier, si elle a été abandonnée c'est qu'elle était indigne, son seul objectif est de se faire accepter. Elle accepte tout, en redemande.  Ambiance...
Cette histoire est adaptée d'un fait réel qui s'est déroulé en 1997 dans le nord de la France. On a du mal à intégrer le côté christique de Kathy, on aimerait qu'à l'instar du ménage elle nettoie un peu cette famille, ou alors pouvoir la condamner et la laisser dans son jus. Mais notre empathie nous refuse toute issue, on est piégés dans cette histoire gluante et repoussante, et parce qu'il y Adèle et Pam, et Mama, on croit toujours à un petit bout d'espoir...
Un roman très efficace qui meurtrit son lecteur.

Ed. Albin Michel, 2006, 246 p., 16 €

Les avis de : LaureSo, Valdebaz,


Merci à Laure pour les prêts !

28.07.2008

Follement illogique et absolument nécessaire

Debra Dean - Les madones de Leningrad


Marina a 80 ans, et souffre de la maladie d'Alzheimer. Elle vit dans un flou absolu, ne prenant conscience du présent que très brièvement, par saccades, et est tout entière en train de revivre l'année 1941, alors qu'elle était guide au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Elle revit notamment les longs mois passés dans les caves, taraudée par la faim, alors qu'elle consacrait le peu d'énergie à sa disposition à entretenir son palais de la mémoire : de longues heures à emmagasiner les détails des toiles disparues, regardant des cadres vides jusqu'à voir le tableau qui se trouvait là.

Sa famille, son mari, ses enfants, sont désemparés devant cette maladie. Ils se rendent compte qu'ils la connaissent bien mal, et qu'ils l'aiment. Tellement...

C'est un joli et subtil roman qui parle de choses graves en mettant sans cesse en avant la beauté et l'art. Je pense malgré tout qu'il s'adresse plus à un lectorat doté d'une culture picturale, ce qui n'est hélas pas mon cas. Marina n'en est pas moins très attachante, et on souffre à l'unisson des siens.

Ed. Grasset, Avril 2007, 343 p., 19 €
Trad. (USA) par Sabine Boulongne
Titre original : The Madonnas of Leningrad

L'avis (plus complet) de Cathulu

25.07.2008

Pour un feulement de chat

Patricia Wentworth - La plume du corbeau

Une sombre histoire de lettres anonymes nécessite les lumières de Miss Silver. Bientôt, trois meurtres sont commis, les victimes ayant toutes en commun d'avoir claironné connaître l'identité du corbeau malfaisant...

A mon sens, ce qui se dégage le plus fortement des enquêtes de Miss Maud Silver est un sentiment de quiétude. C'est pourtant paradoxal, car c'est bien l'étendue de la noirceur humaine qui en assure le fond. Alors qu'a-t-elle de si particulier pour qu'on se sente tellement sereins en sa compagnie ?

Elle porte des chapeaux. Un pour tous les jours, un feutre noir orné d'un noeud de rubans violets, et un pour le dimanche, dont elle vient justement ici de faire l'acquisition, et que sa nièce Ethel Burkett estime de forme est très seyante. Il est pour l'heure soigneusement rangé, enroulé dans du papier de soie en compagnie d'une paire de gants de chevreau neufs et d'un foulard de soie gris et lavande. Lorsqu'elle l'étrenne, avec son manteau de drap noir, on constate qu'il s'agit d'une sorte de toque en velours noir, contre la forme de laquelle se serrent frileusement trois pompons, un noir, un gris et un bleu lavande. "Tout à fait charmants, ces petits machins sur le côté" estime Randal March.
Pour la nuit, elle brosse et natte ses cheveux puis les enserre dans un filet plus solide que celui qu'elle utilise dans la journée. Elle a aussi pour habitude immuable de lire un verset de la Bible avant d'éteindre la lumière et de disposer à dormir. Son peignoir bleu est agrémenté d'une bordure en dentelle faite à la main qui a déjà connu ses deux précédents peignoirs.

Mais, nous apprend-elle un peu plus tard :

"Si Miss Silver, pour sa part, avait une mise délicieusement surannée, c'était d'abord parce que cela lui convenait parfaitement, et ensuite parce qu'elle s'était aperçue que ce personnage de gouvernante d'un autre temps était un précieux atout dans la profession qu'elle avait fait sienne. Le fait d'être considérée comme quantité négligeable peut être le meilleur moyen de recueillir le genre de renseignements que les gens ne fournissent qu'une fois leur vigilance endormie."

Et ça fonctionne impeccablement, elle attire toutes les confidences, mémorise chaque plus infime détail, et contrairement à ses collègues anglaises et américaines, est avare de paroles et use avec discernement du toussotement pour manifester sa désapprobation.

Quand on a terminé une de ses enquêtes, on a juste envie d'en commencer une autre ! :)



Ed. Seghers 1908 & 10-18, Collection Grands Détectives, 1992 & 2007, 346 p., 7,40 €
Trad. (GB) par Patrick Berthon
Titre original : Poison in the pen

20.07.2008

Que savez-vous du conflit Serbo-croate ?

Valérie Martin - Indésirable


Brendan et Chloé sont heureux : confortablement installés dans la banlieue de New-York, au milieu d'une nature luxuriante et amicale, ils vaquent chacun à leurs occupations (il est historien et elle illustratrice). Leur fils, Toby, 21 ans, mène de brillantes études pour lesquelles ils économisent, leurs revenus sont assez faibles. Les petites-amies qu'il leur a présentées n'ont jamais déclenché leur enthousiasme, et Salomé, la dernière en date, ne fait pas exception. Chloé ressent même un fort sentiment de rejet immédiat, pressentant une personnalité forte et problématique. Salomé est Croate, réfugiée en Louisiane dans son enfance. Intelligente, sans aucun doute, mais elle dégage un aura dangereux. Seulement Toby est amoureux, vraiment amoureux, et il faudra bien compter avec cette jeune femme et sa famille, qui réserveront leur lot de surprises et de découvertes...


Contrairement à Clarabel, j'ai été bluffée de bout en bout par ce roman qui est hyper prenant. Après une première partie qui nous présente tranquillement chaque personnage, avec ses failles (et elles sont nombreuses !), la deuxième nous plonge dans une histoire beaucoup plus sombre, politiquement et humanitairement. Les personnages et leur mesquinerie s'effacent alors pour laisser toute la place au drame, qui vient nous surprendre même dans leur présent. La narration qui saute de l'un à l'autre, avec un récit entrecroisé donne un rythme nerveux ponctué d'électrochocs qui rend ce roman complètement impossible à lâcher, en évitant brillamment l'écueil des chapitres courts à cliffhangers devenus insupportables dans les thrillers actuels. J'ai été emballée et j'en veux encore !

Ed. Albin Michel, 2008, 323 p., 20 €
Trad. (USA) par Françoise du Sorbier
Titre original : Trespass

18.07.2008

Ce qui m'intéresse, c'est de parvenir à saisir l'insaisissable.


Yves Alion et Jean-ollé-Laprune - Claude Lelouch Mode d'Emploi

""Claude Lelouch ? J'adore ses films. Mais pas tous..." et nos interlocuteurs de citer dans la foulée leurs titres préférés, jamais les mêmes.
A croire que le réalisateur d'un côté, le personnage public de l'autre, sa productivité et son impact médiatique enfin aient découragé l'analyse, du moins la fasse hésiter entre le laudatif et la réserve, parfois teintée d'ironie."

Cette introduction d'Yves Alion et Jean-Ollé Laprune m'apparaît comme on ne peut plus juste. Et le reste de ce magnifique objet, lourd et copieux, est à son aune : c'est un bonheur absolu de bout en bout.
A travers des entretiens avec Claude Lelouch, ce sont ses films qui sont revisités, avec des explications, des petit morceaux en plus, des parallèles, des mises en abîme, des photos, des tonnes de photos. Claude prend parfois la parole, le temps d'un intermède, ou nous donne la liste des cent films qui lui ont donné la chair de poule, disserte de ses influences, raconte le cancre qu'il était, ce qu'être juif signifie pour lui, quelles sont ses déceptions, les films pas encore tournés...

Pour vous dire à quel point c'est prenant, je l'ai commencé en ayant en tête l'idée de le feuilleter un peu, de le "picorer", lorsque j'ai levé le nez des heures s'étaient écoulées, assez incroyable comme sensation; j'ai l'impression d'être tombée dans une faille spatio-temporelle, ni faim ni soif, entièrement à l'écoute des anecdotes de cet homme quand même tout à fait hors norme.

"Quand j'étais enfant et que j'allais au cinéma, je ne savais pas qu'il y avait des metteurs en scène et des dialoguistes. J'allais voir des comédiens. Pour moi, une star reste quelqu'un que l'on est content de voir, même dans un film médiocre. On dit tout le temps que, pour faire un bon film, il faut une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire. Moi je dis qu'il faut avant tout de bons comédiens. Avec un bon comédien, on ne s'ennuie jamais."
Il est indéniable que dans tous ses films, les acteurs sont saisis dans une vérité assez fascinante...

Jusqu'au 20 Septembre, pour les 30 ans de l'Hostellerie de Tourgéville - Club 13, Claude Lelouch y expose le peintre Maurice Douard. En fait, cet hôtel a été construit à l'origine pour y tourner un film, dont l'intrigue se déroulerait entièrement dans un hôtel, ce microcosme de l'humanité. "Bien sûr, les employés sont payés pour ne pas vous voir, mais en réalité c'est faux. Ils portent un jugement sur chaque client, à tel point que si ça se savait, personne ne mettrait plus les pieds dans un hôtel." Quand l'hôtel a été prêt, il n'a plus eu envie de tourner le film. Dommage !...

Un livre somptueux pour les fans du Monsieur.

Ed. Calmann-Lévy, 2005, 328 p., 45,80 €

16.07.2008

De toute façon, tout est idiot quand on y regarde de près

Anne Tyler - Voyageur malgré lui


Macon déteste voyager. C'est cette particularité même qui a initié son travail, il rédige des guides destinés à approcher au maximum le voyageur du sentiment d'être chez lui. Incongrus, tatillons et incroyablement précis, ces guides du voyageur malgré lui sont à l'image de sa personnalité. Depuis quelques temps, rien ne va plus dans sa vie. Ethan, son fils de 12 ans a été sauvagement assassiné dans un fast-food, et son couple n'y résiste pas, Sarah le quitte. Livré à lui-même, il ne tarde pas à réintégrer la maison familiale, où il retrouve ses frères et sa soeur. Tous célibataires (ou divorcés), ils partagent la même conception étrange de la vie, cernée de rituels et cruellement désenchantée.


Mais voilà que déboule dans cette organisation sans faille Muriel,  une dresseuse de chien fantasque, qui forcera tous les barrages de Macon encore une fois malgré lui.
Macon est bizarre, tout autant que l'a été son éducation ou que l'est sa famille. Il se laisse porter par la vie depuis toujours, en totale insécurité il ne cesse de se soumettre immédiatement aux évènements, servile au point de s'auto-persuader que s'adapter est la solution, toujours. Mais sa vraie personnalité affleure, a besoin d'un petit coup de main pour émerger.

Une année s'écoule, emplie de petits et grands évènements, jusqu'à ce qu'il soit amené à faire un choix : reprendre le cours de son ancienne vie, sans Ethan mais avec Sarah, ou s'ouvrir à la fantaisie de Muriel... Connait-on jamais vraiment les gens, même après avoir disséqué la plus intime de leurs pensées pendant des pages et des pages ?...

Depuis quelques temps, je cherche à mettre le doigt sur ce que j'aime particulièrement dans un roman, et si je ne me sens toujours pas en mesure de le définir avec exactitude, j'en pressens les contours, ici réunis : j'aime reconnaître comme absolument vrais des phrases et sentiments épars, j'aime que les relations entre les gens soient au coeur de l'intrigue, les figures malmenées mais attachantes, l'humour et la solidarité.

Ce roman tient de l'excellence, par l'humanité profonde qu'il dégage, par la tendresse et la cruauté dont il est tissé, par le charisme de ses personnages et la place qu'ils prennent dans la vie du lecteur. Comme Julian, j'adorerais être invitée à la table de Rose, me lancer dans leurs parties de cartes aux règles incompréhensibles, donner le sourire au petit Alexander et étreindre Sarah, pour lui dire que ça va aller, malgré tout.


Ed. Stock 1987 et 2008 (& Presses Pocket 1989) 432 p., 20,50 €
Trad. (USA) par Michel Courtois-Fourcy
Titre original : The Accidental Tourist

Merci à Cathulu pour l'envoi !

Une adaptation a été réalisée par Lawrence Kasdan avec William Hurt et Kathleen Turner.

13.07.2008

Faire la grasse matinée un dimanche était une chose, mais jusqu'à dix heures bien sonnées, cela dépassait quand même la mesure.



Patricia Wentworth - Miss Silver entre en scène

En 1930 naissait Miss Marple, sous la plume d'Agatha Christie. Mais deux ans plus tôt s'activaient déjà les neurones (et les aiguilles à tricoter) de Miss Maud Silver. Ancienne gouvernante, calme et tranquille et grande observatrice de la nature humaine, elle pourrait en effet être sa grande soeur, mais sa modestie naturelle et sa sereine confiance en ses capacités repoussent toute jalousie. Miss Silver n'a pas besoin de tapage médiatique, elle mène sa trentaine d'enquêtes au rythme de l'heure du thé, ponctuée de quelques toussotements diplomatiques.

Or donc, Miss Silver vient rendre visite à une amie d'enfance, dans le petit village de Lenton. Un homme est assassiné, et les suspects sont nombreux : est-ce Rietta, que tout semble accuser ? Son neveu Carr, qui était fou furieux contre la victime ? Catherine Welby, que l'on sait avoir espionné dans l'ombre ? Le fils des domestiques, à la réputation difficile ? Nos soupçons se posent tour à tour sur chacun d'eux, avant que paisiblement Miss Silver ne nous explique que deux plus plus ont toujours fait quatre...

L'univers de Patricia Wentworth a passé LE test ultime haut la main : je l'ai lu dans des conditions extrêmes, au péril de ma vie, chez Girafou des heures durant. Oui, Madame, oui, Monsieur, un niveau de décibels à faire passer la fanfare du 14 Juillet pour un concerto pour fourmis, des cris, des bousculades, une sauvage agression envers la prunelle de mes yeux (un coup de pied par inadvertance, 879 points de suture. Une bosse, quoi, sur la tempe. car les trampolines font tomber, parfois !), des gaufres au Nutella et du thé aux fruits rouges, rien de tout ceci n'a plus eu de consistance à partir du moment où j'ai ouvert ce roman.

J'ai procédé mathématiquement (ah ah), listé les coupables possibles et leurs motivations, été sûre de moi et trouvé ça trop facile, et me suis retrouvée dans l'erreur, bien évidemment !

L'énigme policière dans toute sa splendeur, pacifique et ordonnée, polie et so British. Si Agatha était votre amie à l'adolescence, Patricia agrémentera vos après-midi d'été à la perfection, avec un nuage de lait.

My pleasure.


Ed. originale 1951, Seghers 1979 & 10-18  Collection Grands Détectives 1992 & 2005, 7,40 €, 380 p.
Trad. (GB) par Patrick Berthon
Titre original : Miss Silver Comes To Stay

Merci à Marie-Emilie qui m'a fait découvrir Miss Silver !

11.07.2008

Vends papier glacé pour lettres de rupture.*

Linda Quilt - De sacrés petits prodiges


7 fables, ayant toutes pour protagoniste principal un ou des enfants... particuliers !

Melinda Milford ne peut plus prononcer aucun mensonge sans voir un crapaud surgir de sa bouche, Orville O'Raghallaigh oublie tout instantanément, Norm Maloney est si normal qu'il en devient invisible, A et B sont d'adorables petites jumelles de parents très très bien (quoi que la mère se prénomme Maryrose, car c'est là le prénom que ses parents inconscients lui ont donné), Philley Howard Reginald Stafford Llewelyn-Fitch se voit contraint de s'appeler Godwin, Wanda Wippleton est convaincue qu'il n'est pas de fruit plus savoureux que celui qu'on n'a pas gagné, et enfin Balthazar Bollinger ne veut plus qu'on l'appelle le Ballon; Etant donné que sa pensée était loin d'être terre à terre et que ses idées tendaient à prendre de la hauteur, il faut dire en tout honnêteté qu'il ne chercha jamais à se donner de grands airs.

Tout ceci vous parait fort saugrenu ? Ca l'est indubitablement, tout autant que ce qu'on nous dit de l'auteure, née vers 1950, aux environs de Stratford-upon-Avon, dans un petit village mystérieusement disparu de la carte de l'Angleterre... A moins qu'un célèbre philosophe allemand n'ait usurpé son identité...

Mais ces petites histoires aux chutes improbables dégagent un charme puissant, font irrésistiblement penser à Roald Dahl ou Pierre Dac, et on s'amuse, comme un enfant, à associer des images étranges à des destins mystérieux. C'est gai et fantaisiste, à lire à haute voix à tout public en prenant un ton extrêmement sérieux et guindé !


Ed. Seuil, Mai 2008, 171 p., 15 €
Trad. (GB) par Jean-François Sené
Illustrations de Michael Sowa
Titre original : Unlikely Progeny

Je suis désolée de renier absolument et totalement ce que j'avais dit chez Cathulu, finalement j'ai été plus que séduite, y compris par les illustrations et le beau papier de ce livre :)

*Pierre Dac.

04.07.2008

Accepte le conseil d'un vieil homme, Irinaki. Ne l'ouvre pas.

Anne Zouroudi - L'inconnu d'Athènes


"Mon nom est Hermès Diaktoros. On m'envoie d'Athènes pour vous aider dans l'enquête sur la mort d'Irini Asimakopoulos."


Ainsi se présente un jour un gros homme sur une toute petite île grecque. Irini a été retrouvée morte au pied d'une falaise, et la police locale a conclu un peu vite à un suicide, pas d'autopsie, corps enterré, terminé. Hermès entend non seulement faire la lumière sur ce qui s'est passé, mais aussi dire à chacun ce qu'il mérite d'entendre. Nous pénétrons alors dans le secret des Dieux, ceux qui sont toujours parmi nous et viennent en rêve nous offrir la passion (Aphrodite), qu'on aurait grand tort d'accepter malgré les mises en garde de nos anciens...

Premier roman époustouflant, selon mes critères, qui nous offre non seulement un suspens psychologique mais aussi et surtout une incursion sensorielle et intellectuelle dans ce qui fait l'identité de la Grèce, et une communauté retirée qui vit forcément en vase clos. Une petite pincée de fantastique saupoudre très finement des faits très terre à terre, on frétille d'avoir le fin mot et on se le crée finalement seul. Et je dis ça en me tapotant l'aile du nez avec le doigt...

Précieux et délectable.

"De même que les souvenirs idéalisent dangereusement le passé, l'imagination déforme la réalité : alors toi, le voyageur, tu ne peux pas t'empêcher de projeter ce que tu as envie de voir. Voici le village que tu imagines : un ensemble de maisons blanchies à la chaux devant lesquelles fleurissent des géraniums éblouissants, serrées les unes contre les autres, accrochées au flanc d'une majestueuse montagne surplombant une mer d'un bleu étincelant.
Mais ce n'est pas du tout ça.
Si tu vivais ici, tu verrais la réalité, tu en comprendrais les conséquences. Je vais te parler de mon village, perché sur la montagne, exposé aux éléments sous toutes leurs formes. Sa situation était parfaite dans les siècles passés pour tenir à distance les maraudeurs; mais les temps ont changé, et la route est toujours tellement mauvaise que chaque trajet effectué est une véritable expédition. Son dédale de jolies rues pavées, si tentant à explorer, est fatigant pour les vieilles femmes aux jambes usées et les ménagères chargées de provisions. Et les maisons à l'allure pittoresque sont tellement entassées les unes contre les autres qu'on a l'impression de vivre chez ses voisins : il vaut mieux n'avoir rien à cacher. Les fissures et les anfractuosités dans les vieux murs en pierre abritent toutes sortes de parasites. La nuit, on s'endort au bruit des cafards qui détalent ou des rats qui furètent."


Ed. Gallimard, Mai 2008, 356 p., 21 €
Trad. (GB) par Clara Mallier
Titre original : The messenger of Athens

L'avis de Moustafette.

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