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31.08.2008
Howard McCord - L'homme qui marchait sur la lune
De toute façon, j'avais foutument peu d'options.

"Si ceci est une histoire, ce n'est pas une romance, sauf à considérer romantique l'attention émue que Cerridwen me porte. C'est, pour autant que son narrateur le sache, le récit authentique d'une longue folie lucide, une confession oblique, une apologie pro vita sua, un conte imaginaire tissé dans la froidure de l'hiver ou avec les fils de la nuit."
Ainsi William Gasper nous résume-t-il lui-même ce qu'il vient de nous raconter en détail pendant ces trop courtes pages. Pas utile d'en dire beaucoup, tout est en retenue dans ce roman. Imaginez, un homme seul, qui marche depuis cinq ans sur la Lune, une montagne en plein coeur du Nevada. Il a déposé ses affaires dans un container aux abords de la montagne, voisin d'une vieille femme qui y tient commerce. Il part des mois, marche, grimpe et arpente, revient de temps en temps, pas un bavard. Soudain, trois personnes se succèdent pour demander après lui à la boutique. Et lui se sent traqué dans la montagne, par une présence bien physique mais aussi par une sorte de fantasme déjà rencontré en Corée, alors qu'il était dans les Marines. Alors...
Tout en retenue, donc, et tout autant déconcertant et étrange. Mais le fait est qu'on est rivé à chaque mot, qu'on est téléporté sur la Lune nous aussi et qu'on se concentre, comme William Gasper, sur une chose à la fois. Puissamment envoûtant et dans la mouvance de Cormac McCarthy, mâtiné de Carlos Castaneda. Imaginez...
(L'objet livre est en plus très chouette, le roman est contenu dans une couverture recto-verso montagne, augmentant ainsi l'impression "d'y être".)
Ed. Gallmeister, collection Nature Writing, Août 2008, 134 p., 18,90 €
Trad. (USA) par Jacques Mailhos
Titre original : The Man Who Walked to The Moon
"Je vous expliquerais volontiers la procédure à adopter pour éviter de vous faire frapper par la foudre lorsque vous vous trouvez sur une crête exposée, mais je ne vois pas pourquoi vous ne l'apprendriez pas vous-même comme moi je l'ai apprise. Si vous vous faites pincer par le long doigt électrique de Dieu, ce ne sera pas ma faute. De toute façon, vous êtes un gros cul d'intello sans arme à feu à portée de main et bien incapable de courir plus de cinq kilomètres sans qu'on vous dispense les derniers sacrements. Vous, pet de crâne, êtes un lecteur, et la seule chose que je méprise plus qu'un lecteur est un auteur, qui ferait mieux de se présenter clairement comme un onaniste public et qu'on en finisse. Mais je raconte mon histoire, vous écoutez, nous sommes donc liés par un pacte, à défaut de respect. Je suis un auteur, vous êtes un lecteur, et s'il y avait un Dieu, il s'amuserait peut-être à avoir pitié de nos âmes. Ou à leur pisser dessus. En longs jets électriques."
Les avis de Sylvie. et Cathulu.
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : nature, thriller
30.08.2008
Amélie Nothomb - Le fait du prince

"C'est une pathologie intime : dès qu'une hypothèse délirante traverse mon esprit, au lieu d'en rire, il faut que je la considère avec sérieux. On croirait que mon cerveau ne différencie pas le possible du désirable. Et quand je dis le possible, je suis indulgent."
C'est l'histoire d'un gars qui, en voyant mourir sous ses yeux un autre, s'empare de son identité, comme ça, hop, sans plus de manières. Il déboule à son domicile, fait ami-amie avec l'épouse, et commence à vivre comme un chat : la villa est étrange, on y dort plus que de raison et on y trouve une piscine de glaçons sans cesse renouvelés qui contient des bouteilles de Champagne à faire pâlir d'envie (que des merveilles). Dormir, manger, boire, la vie est belle et simple, pourquoi chercher midi à quatorze heures ? L'épouse tente bien de résister à l'indolence en se forçant à sortir chaque jour, mais bientôt, l'usurpation étant découverte, il la somme de rester à l'intérieur. Alors...
Alors c'est un (petit, le livre est court, une novella) moment de plaisir brut, léger, pétillant, incongru et original. L'histoire est étrange, l'écriture toute simple, avec des clins d'oeil (la putréfaction est ennuyeuse...). On y boit de l'excellent Champagne (on le mange, en fait), on se laisse porter, c'est tout, on ne cherche rien d'autre que le bon moment offert. Ou alors on ne se lance pas, on est prévenus...
Ed. Albin Michel, Août 2008, 170 p., 15,90 €
Que cette couv est donc jolie ! Impossible de ne pas l'acheter quand je suis tombée dessus !!
L'avis d'Annie.
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (39) | Tags : etrange, usurpation d'identité, champagne, tueurs
28.08.2008
Eugène Durif - Laisse les hommes pleurer

Léonard est en pleine dépression. Un jour, soudainement et après des années de carrière, son métier de gardien de prison est devenu impossible à continuer, le sens s'est étiolé, il a vu un médecin, il se soigne. Il aimerait bien arrêter tous ces cachets qui l'engourdissent, maintenant. Il a des projets avec Hélène, même si leur couple est improbable, est-il l'addition de deux solitudes, ou une vraie tendresse leur permettra-t-elle d'avancer ensemble ? A la recherche de réponses, Léonard revisite son passé. Placé tout jeune dans une exploitation agricole ("exploitation" est le bon terme) il y avait rencontré Sammy, un Réunionnais de dix ans avec lequel il avait découvert les premiers contacts amicaux. Le retrouver, se rendre en Creuse pour revoir les lieux de leur enfance, débloquera-t-il quelque chose ?...
C'est un roman d'une tristesse insondable, qui fait mal par la justesse de ses propos. A un moment le psychiatre dit à propos de Sammy : "Il y a des fêlures en lui et vous n'y pourrez jamais rien, même avec la meilleure volonté du monde, il faut que vous en soyez conscient." Et conscient, Léonard l'est. Il aimerait justement pouvoir lâcher du lest simplement, être parfois flottant sans ressentir autant les choses. C'est un personnage digne, qui a vraiment essayé, qui a vécu comme il le pouvait avec ce qui lui était donné au départ. Et de voir les choses, les gens et les sentiments lui devenir peu à peu étrangers l'effraye. Il explique posément, nous invite à partager sa détresse et on aimerait pouvoir l'en soulager un peu.
Un roman d'une profonde humanité (4° de couv) à ne pas lire en cas de blues.
Ed. Actes Sud, Août 2008, 139 p., 16 €
L'avis de Laure.
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : parcours personnel, solitude, dépression
27.08.2008
Régis de Sa Moreira - Mari et femme
Pantoise. Scrabble et mot compte triple.

Ils sont en train de se séparer. La dernière année a été catastrophique, ils sont devenus des étrangers l'un pour l'autre. Lui, il a perdu la boule dans une sorte d'intégrisme littéraire : comme il ne parvient pas du tout à écrire son nouveau roman, il a viré la télé, le téléphone, les livres, tout, il s'est viré lui-meme, d'ailleurs. Elle, son boulot d'agent littéraire elle l'aime, mais ça ne cartonne pas, elle est méchante avec son assistante, elle est froide.
Un matin, ils se réveillent chacun dans le corps de l'autre. Et ça dure. Alors...
Ecrit entièrement à la deuxième personne du singulier, on s'accroche parfois pour éviter le vertige, mais qui parle, de qui, pas toujours évident; pourtant on se fait cueillir complètement, c'est tout simple, pas d'effet de manche, pas d'entourloupe, mais une histoire à laquelle on peut très facilement s'identifier. J'ai marché à fond et été émue aux bons moments, englouti en une heure et médité beaucoup plus longtemps !
Ah si j'étais un homme...
Ed. Au Diable Vauvert, Août 2008, 182 p. 15 €
Les avis de : Lily, Amanda, Le Bookomaton, Emeraude, Joëlle,
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : echange de rôle, science-fiction
16.08.2008
A Zidane, d'abord
Brigitte Smadja - Le Jour de la finale
Marianne a la cinquantaine, elle vit dans une maison qu'elle a laissé se délabrer à Aubervilliers, en région parisienne. Matthias l'a abandonnée, très abruptement, avec ses trois enfants, alors que le petit dernier, Simon, était encore tout jeune, et voici qu'aujourd'hui même Simon se marie. La tête encore tintante des reproches qu'il lui adressait (au mot près), elle redoute de "le" revoir. Dans un geste spontané, dont elle est coutumière, elle place dans son sac à main une arme chargée. Des envies de meurtre que le temps n'a pas calmées...
Mais c'est aussi le jour de la finale de la coupe du monde de foot, la France est en finale, les gens vibrent depuis le petit matin, et si on réitérait l'exploit, on ne sait jamais. Maurice, le vieux voisin, ami de toujours, Bechir, le patron du bar où ils ont leurs habitudes, Clémence, la fille de Marianne, Fabien, le fils ainé, qui ressemble tant à son père, tous sont différents aujourd'hui. Même les indifférents au foot.
Et Marianne doit traverser ces 24 heures, aller au bout en donnant, aujourd'hui plus que jamais, l'image d'une normalité sereine qui n'a jamais été son fort, elle qui ne tient pas en place, jamais. Il y aura des surprises, mais on finit toujours par pardonner, à Zidane d'abord...
Un roman fort honnête à la fragrance légèrement désenchantée, qui décortique et va gratter dessous, là où on n'a pas soulevé le meuble. L'héroïne est fort sympathique, le petit monde qu'elle nous présente prends corps sous nos yeux et l'épilogue est surprenant : quelques heures en banlieue parisienne...
Ed. Actes Sud, 2008, 174 p., 18 €
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : cinquantaine, divorce, secrets, voisin
14.08.2008
"Peut-être parce qu'elle était encore plus perdue que moi"

Françoise aimait Iani, et ça durait depuis cinquante ans. Il l'avait faite, construite, c'était son homme, son ami, c'était tout. Entre eux, dix ans d'écart. La maladie entre dans la danse, l'une entraîne une autre (avec énorme erreur médicale, et beaucoup de malchance), c'est difficile, de plus en plus. Pendant 12 ans. Les deux années suivantes sont terribles, Iani est envahi par une forme d'Alzheimer ou de démence sénile frontale, il a plus de 75 ans. Et Françoise raconte, au jour le jour, l'hôpital, les urgences, les gens, ce qu'on ressent quand on voit partir son homme, son tout. Quand on ne peut simplement pas respecter la promesse qu'on avait faite de l'aider à partir s'il le fallait.
Et c'est bouleversant. Vraiment.
Entrecoupé d'extraits de 4 livres qui parlent tous de cette famille, qui nous les montre jeunes, parents, effrontés, pas beaux, parfois.
Pour alléger. Et ça allège. Un homme, c'est un ensemble, il peut être con quelquefois, c'est même nécessaire.
C'est en tous les cas une superbe histoire d'amour, d'une sincérité qui prend à la gorge et qui nous remplit d'affection pour Françoise Xenakis.
"Depuis mon enfance, j'ai joué du rire, de la blague, c'est ma façon de parler, de dire ce qui ne passerait pas autrement. Cela lui plaisait, je tiens juste à dire, une fois seulement, que j'en ai tellement joué, d'abord pour lui et avec les autres, que maints de mes confrères et non-amis se font un plaisir de répéter à l'envi que je dis n'importe quoi, donc que je pense n'importe quoi... Finalement pas plus qu'eux. Et si c'était vrai, comme la vie me serait plus facile."
Ed. Albin Michel, 2002, & Le Livre de Poche 2004, 185 p.
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : histoire d'amour, accompagnement maladie, récit
13.08.2008
La bêtise insiste toujours.*

C'est un essai sous forme de dialogue : deux collègues "photocopistes", aidés par l'amoureuse du plus rondouillard des deux, entreprennent d'ébaucher les grandes lignes de la bêtise des gens intelligents. Cultivés, informés, libres (pourrait-on croire) d'exercer leur intelligence à tout moment et sur tout sujet, et subissant pourtant l'influence de la doxa. (Charge au lecteur de mener plus loin sa réflexion.)
C'est passionnant de bout en bout, malin, rigolo, et évidemment loin d'être bête.
Sont ainsi passés en revue, expliqués et démontés, dans le cadre du conformisme, nid de bêtise intelligente, les mécanismes du réflexe, de la pensée-mode, de la paresse, du bon sentiment, de la réduction (simplification), des notions comme le relativisme, la crainte de la censure, la pétition, le réactionnaire, j'en passe.
Une sorte d'opposition instinct grégaire / respect de ses valeurs intimes, qui est d'autant plus amusante que les personnages cèdent régulièrement à l'une ou l'autre des facilités qu'offre la bêtise.
Exemple :
"Ca m'a rappelé cette étonnante formule contemporaine, en vogue il y a encore peu : quelque part. "Il souffre quelque part." "Il a tort quelque part." Difficile de quantifier la durée de vie de ces expressions à la mode. Deux ou trois ans généralement, je crois, ensuite elles vivotent. Difficile aussi d'expliquer leur apparition. Quand j'étais très jeune, je les ai découvertes avec au niveau de et à la limite. Pourquoi le niveau et la limite ? Mystère. Une des dernières en date : mettre en exergue, incorrectement dotée du sens de mettre en relief. Pourquoi cette gloire de l'exergue ? Allez savoir. Ce qui est certain, c'est la fonction de béquille de ces expressions qui s'imposent parce que le manque de ressources du locuteur leur permet de monopoliser son imagination verbale. Le parleur est souvent comme un nageur en difficulté : l'expression à la mode, c'est l'aubaine d'une bouée surgissant dans le combat contre la noyade. Mais elle signale aussi la satisfaction de parler la langue commune. Comme l'exergue est joli, comme il a bonne mine, comme il est savant : hier encore, ma bonne dame, je ne le connaissais pas, et pourtant je l'utilise, mais oui, moi aussi, je parle comme vous ! Et encore ludique, charismatique, toujours légèrement à faux, mais si savants, si savants. Et à l'inverse, l'enthousiasme pour le flou de quelque part. Qu'on comprend d'ailleurs : un siècle pour intégrer les apports de la psychanalyse, mais à présent nul n'ignore qu'il se passe des choses par en dessous (ma bonne dame). Quelque part : façon de ne rien dire, de ne pas désigner le lieu, l'origine, de ne pas prendre le risque de l'interprétation, tout en se donnant l'air profond.
J'ai dit à Gulliver mon irritation devant ces expressions à la mode qui inscrivent dans la langue la passion moutonnière. Ca l'a fait rire. Il trouve que je suis le brave type, le type gentil, pas malfaisant et plutôt bienveillant : "Alors quand tu es forcé de critiquer tes contemporains, j'imagine ce que ça te coûte et ça me fait rire." Je lui ai dit : "Quelque part tu as raison."
ou encore :
"Mais revenons plutôt à tes bobos et à tes idiots.
- Drôle de paire !
- Expressive. Les premiers, j'en suis d'accord, sont des hyperadaptés. Ils sont parfaitement aux normes de l'époque qui exige, comme toujours, un vernis culturel et, comme récemment, une façade libertaire. Les idiots ne sont-ils pas précisément le contraire ? Mal équipés pour la société, pour survivre, hiérarchisant à faux, intéressés par les papillons bleus - inadaptés. Mais libres parfois, avec éventuellement des intuitions fulgurantes et une pensée hétérodoxe.
- Tu veux me dire que les idiots sont tout sauf bêtes ?
- Ils seraient même à l'opposé, il me semble : idiotès signifie simple, particulier, unique - l'inverse de conformiste. Ce sont des briseurs de vases Ming, comme le prince Mychkine chez Dostoïevski, l'exact contraire d'esprits faits au moule. Et, pour rester dans la vaisselle, des qui mettent les pieds dans le plat, qui ne reconnaissent pas les fourchettes à poisson et qui ne connaissent pas les conventions, qui n'ont pas vu les dernières expos ni lu les derniers livres, en somme : qui n'ont pas la culture partagée.
- La culture partagée ?
- Tu sais bien : il ne faut pas avoir lu tous les livres, heureusement - on ne pourrait de toute façon pas. Mais il faut, pour briller, savoir quels livres doivent être lus, quelle bibliothèque est partagée dans le monde où l'on traîne. Et peu importe d'ailleurs qu'on les ait lus ou pas : il faut savoir qu'ils se trouvent dans la bibliothèque mondaine et opiner du chef quand on les évoque devant vous. Les idiots, eux, lisent d'autres livres.
A une époque de ma vie, plus jeune, j'aurais pensé qu'elle parlait de moi. Mais je suis devenu modeste. Je ne suis pas idiot."
Ed. Stock, coll. L'autre Pensée, 208 p., 18,50 €
cgat en a parlé aussi.
* Camus
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : essai, bêtise, culture
12.08.2008
Flashs et trous noirs
William G. Tapply - Dérive sanglante
Le tome où l'on fait connaissance avec Stoney Calhoun, homme mystérieux s'il en est. Il a passé de longs mois à l'hôpital, n'a plus aucun souvenir de qui il était. On lui a dit qu'il n'avait aucune famille, que physiquement tout était redevenu fonctionnel. Il aurait été foudroyé en montagne, et son compagnon lui aurait sauvé la vie en pratiquant sur place massage cardiaque & co. Mais de ce sauveur, aucune trace. Une forte somme d'argent arrive par magie chaque mois sur son compte bancaire, et un homme en costume gris passe régulièrement voir l'avancement du retour de sa mémoire... Calhoun s'installe dans le Maine, bosse dans une petite boutique de pêche et fait le guide. Cette vie apaisante semble pas mal lui convenir, s'il n'y avait pas ces rêves étranges et ces visions. L'assassinat de son nouveau meilleur ami va faire ressortir d'anciens réflexes et capacités dont il n'avait nulle idée...
Un roman qui se dévore et dans lequel on entend chanter les oiseaux, glouglouter les truites et soupirer les chiens. Au final il nous démontre encore la laideur de la nature humaine, mais on est fermement harponné et on brûle d'en savoir plus sur ce personnage intrigant. Une fois commencé, impossible de le lâcher, comme de ne pas commander la suite, Casco Bay, sortie au mois de Juin. Un peu comme chez Indridason, mais en (beaucoup) moins froid...
Ed. Gallmeister, collection Noire, 2007, 268 p., 22,90 €
Trad. (USA) par Camille Fort-Cantoni
Titre original : Bitch Creek
Elles ont aimé aussi : Amanda, Marie, Laure, Patricia
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : polar, noir, nature
06.08.2008
Monsieur Alain Rémond
Les romans n'intéressent pas les voleurs
Un rewriter de best-sellers indigents et son ami d'enfance, journaliste, se lancent sur la piste de l'auteur phare de toute leur vie, Santenac. Avec seulement trois romans publiés il y a trente ans, ce dernier les a accompagnés, soutenus, leur a offert le plus beau des accès à la littérature, celui qui intègre à la vie des morceaux entiers de livres. Disparu depuis des lustres, ils le retrouvent, donc, "plus ou moins", mais il n'est pas celui qu'ils espéraient. En plus Jean-Paul déconne, tss, ces journalistes, alors ils se fâchent, et soudain coup de tonnerre....
Bon il y a plein de rebondissements, qui font partie intégrante du bonheur de cette lecture, n'en disons donc pas trop.
C'est un roman qui avance à cent à l'heure, empli de dialogues, très vif et remuant. Excellentissime passage où Jérôme nous parle de Bannister, notamment l'intrigue des Galopades aux Galapagos, fou-rire assuré, "et voilà le travail".
Beaux moments d'émotion également avec la lettre qu'il adresse à Santenac, et l'épilogue de ce roman qui dit juste exactement le contraire. Mais le paradoxe est insoluble, il se vit dans sa chair, c'est tout.
C'est aussi un roman qui parle de la lecture, de cliques de lecteurs, de l'édition, des libraires, des best-sellers, d'auteurs et de la difficulté d'écrire, et qui en parle bien. Si en plus, on ne sait jamais, vous êtes de l'Aveyron, achetez-le de suite, vous allez l'adorer.
(ouvrage publié sous la direction de Hervé Hamon, dont je recommande toujours l'excellent et drôlatique "Paquebot")
Ed. Stock, 08.2007, 16 €
Comme une chanson dans la nuit
(suivi de "Je marche au bras du temps")
Récemment j'ai lu "Les romans n'intéressent pas les voleurs", d'Alain Rémond, et j'avais bien aimé. C'est un roman dont les thèmes comptent parmi mes préférés, qui est plein d'entrain, qui "coule" bien. Mais maintenant que j'ai lu la plume de l'auteur dans le genre du récit, je l'affirme haut et fort : il n'y a pas photo.
Il y a dans ses phrases, lorsqu'il parle de lui, une émotion retenue, un regard pudique et légèrement distancié et une qualité qui sonnent mille fois plus juste que dans son roman. Et Dieu sait qu'il n'aimerait pas lire ça !
Dans la seconde partie, il nous entretient justement longuement de son rapport à l'écriture : chroniques, récits autobiographiques, roman. J'ai relevé de nombreux passages, beaucoup de choses ont résonné avec mes propres avis, c'est souvent extrêmement bien vu, bien rendu, mais on n'échappe pas à une certaine emphase assez régulière ("Pardon pour cette emphase, pardon." p. 188) (ou "Et j'écris pour lui, ce lecteur singulier qui est assis là, en face de moi, patient, attentif. Et que je remercie de m'écouter. Je lui parle à l'oreille, à voix basse. Parfois, je le vois bien, je l'embête avec mes histoires, toujours les mêmes. Alors je me tais. J'attends. J'efface tout ce que j'ai dit. Et je reprends, au plus près de moi, au plus près de lui. Il est d'une infinie patience. D'une intime exigence. J'écris pour qu'il m'écoute." p. 214)
C'est vrai, on se lasse un peu parfois, de ce martèlement répétitif, même si on en comprend toujours les raisons, si ce n'est jamais gratuit. Et puis certains paragraphes nous emportent, le temps qui passe, le solex (brillant, le solex !). Et puis ce ton, cette proximité, qui sont tout simplement touchants.
On est touché.
Emu.
On répond présent, c'est tout.
Ed. du Seuil, avril 2003 & Janvier 2006
Ed. Points, juin 2007 6 €
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : ecrivains, écriture
