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05.09.2008

Nathan Englander - Le ministère des Affaires spéciales

 

Parfois, quels que soient le nombre et la puissance de ses ennemis, il revient à l'individu d'essayer de les enculer.


Nathan Englander - Le ministère des Affaires spéciales


"- Va te faire foutre. Je voudrais que tu sois mort.
Et Kaddish, son père, recula à ses paroles. Combien, combien un homme peut-il endurer quand il a fait de son mieux et que ce qu'il a fait ne trouve aucune grâce aux yeux de son fils ? Il y avait des larmes dans les yeux de Kaddish. Il crut qu'il allait pleurer. Va te faire foutre. Je voudrais que tu sois mort. C'était quelque chose qu'il avait déjà entendu. Cette fois, cependant, la voix était parfaite, l'inflexion était parfaite et il le prit pour lui. Il le prit pour la vérité.
Kaddish le prit et encaissa. Il en resta sidéré, et, blessé - c'est tout ce qu'il pouvait se dire, qu'il était blessé au coeur-, il le renvoya à son fils. Kaddish le resservit aussitôt.
- Va te faire foutre, dit-il à Pato, son fils. (Et, de toutes ses forces, de tout son orgueil offensé:) Va te faire foutre, dit Kaddish. Je voudrais que tu ne sois jamais né.
Il le dit. Et, sur le coup, tous deux furent frappés de mutisme.
Avant que l'un ou l'autre n'ait eu le temps d'en absorber le sens, alors que la malediction restait suspendue dans l'air, on entendit, très distinctement, frapper à la porte.
Et Kaddish alla ouvrir. Et Kaddish fut exaucé.
Ce fut, d'un instant à l'autre, comme si son fils n'était jamais né.
"

Ce passage, très chargé de signification, n'arrive qu'après une première partie au cours de laquelle nous faisons connaissance avec la famille Poznan. Buenos Aires, 1976, le cimetière juif est divisé en deux; derrière un mur se trouvent les pierres tombales des putes et des maquereaux. Kaddish, le père, met un point d'honneur à escalader ce mur pour se recueillir devant la tombe de sa mère. Malgré sa mise au ban de la "bonne société Juive", il est payé (plutôt mal) par elle pour effacer les noms de ces aïeux gênants. Il entraîne chaque nuit avec lui son fils, Pato, sans tenir compte de ses récriminations. Entre ces deux-là, c'est le conflit permanent, exacerbé par le grand amour qu'ils se portent, incapables de le montrer. Lilian, la mère, fait tampon, tentant de protéger de toutes les façons imaginables sa famille. "Elle ne voulait pas trop espérer mais, en dehors des pressions financières qui menaçaient de les mettre à la rue, et de l'incertitude politique qui les tenaient enfermés chez eux, c'était depuis longtemps la meilleure vie qu'ils avaient eue. Magré les dettes et les menaces, et leurs problèmes tous imbriqués les uns dans les autres, elle ne manquait pas une occasion de voir les aspects positifs. Il y avait de la nourriture sur la table et sa famille autour. Pire ou meilleur, le moment présent était bon." Car les temps sont troubles, des jeunes "disparaissent" par dizaine chaque jour, le régime politique tout récemment en place ne nécessitant aucunement de raison pour embarquer les gens.
Et le pire cauchemar se produit : Pato est emmené. Commence alors un absurde et terrible parcours pour le retrouver...

C'est un roman fascinant et terrible, parce qu'il commence dans le sardonique et se termine dans le drame absolu. On rit, on s'amuse et on admire le cran de cette famille désespérée, la vaillance, la folie, même. Et lentement on s'achemine vers l'effroi total, c'est une douleur physique qui prend le dessus, on aimerait presque arrêter là, c'est trop, mais c'est impossible de lâcher Lilian et Kaddish et c'est en totale empathie qu'on assiste, impuissants, à leur destin.

Un grand roman !

Ed. Plon, Collection Feux Croisés, Août 2008, 372 p., 22,90 €
Trad. (USA) par Elisabeth Peellaert
Titre Original : The Ministry of Special Cases

Commentaires

Pas accroché du tout, peut être parce que le souvenir d'un autre très beau livre concernant la même période historique, venait faire écran :"Luz ou le temps sauvage".

Écrit par : cathulu | 05.09.2008

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Mais arrêêêeêteuuuuu !!! ;o))
Jamais deux sans trois : on ne va pas être d'accord demain non plus ?

Pas lu "Luz ou le temps sauvage". Par contre souvenir mitigé du roman dont tu parles aujourd'hui, enfin, dont tu signales la sortie en poche... :-D

Je rajoute quand même que ce Ministère des affaires spéciales demande un petit peu de temps pour vraiment s'immerger, il fait des mines, ne se dévoile pas immédiatement. Mais il vaut (vraiment) le coup !

Écrit par : Cuné | 05.09.2008

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ça dépend de quoi tu parles demain...

Écrit par : cathulu | 05.09.2008

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Aaaaaaaaah, ça fait terriblement envie!!! Noté!

Écrit par : fashion | 05.09.2008

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comme fashion : terriblement envie, déjà le titre et la couverture me donnent envie de me jeter dessus..

Écrit par : amanda | 05.09.2008

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Fouiouiouille ! Comme ça, de bon matin ,nous balancer ça... c'est violent... mais ça fait du bien d'être un peu secoué aussi.

Écrit par : Patricia | 05.09.2008

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Oufff moi aussi je suis super, super tentée!!!

Et je vais de ce pas écouter le premier épisode de "Lost in Austen"! Merci pour le lien!!!

Écrit par : Karine | 05.09.2008

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@ Cathulu : Faut attendre demain ;o)

@ Fashion et Amanda : Y a plus qu'à ! :-D

@ Patricia : Oui, les extraits sont hard, c'est vrai !

@ Karine : J'adore ce Lost in Austen, vivement la suite !!

Écrit par : Cuné | 05.09.2008

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Vendredi 5 septembre 2008 : Première fois que je lis le journal "La Croix" (reçu en pub) et que vois-je ?? Un article sur "des blogs des passionnés de littérature" avec l'évocation du tien et celui de Clarabel !! C'est super chouette !! Le hasard fait bien les choses quand même.. j'aurais très bien pu passer à côté ! ;-)

Écrit par : Marie | 05.09.2008

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Ce titre vient de rejoindre le haut de la pile, c'est tout à fait ce que j'aime... des histoires de tombes, des histoires juives et de famille

Écrit par : Elou | 05.09.2008

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@ Marie : Je me demande comment une conversation commencée sur ce sujet a pu dériver sur Santa Barbara dans le showbiz ? .... ;o)

@ Elou : Si le sujet t'attire à la base, tu vas vraiment te régaler !

Écrit par : Cuné | 06.09.2008

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C'est vrai que l'on peut se poser la question !! :-))

Écrit par : Marie | 06.09.2008

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Rha, je l'ai trouvé vraiment étrange ce roman. IL ressemble à la narration d'un cauchemar : tout est surréaliste, on ne peut croire que cela arrive vraiment, dans la vraie vie.
L'époque devait être vraiment horrible à vivre, et j'imagine comment le pays en est ressorti traumatisé.
Par moment, ça ressemble carrément à une pièce de théâtre absurde je trouve... Il m'a fait froid dans le dos!

Écrit par : So | 06.09.2008

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Moi j'avais l'estomac oppressé et finalement retourné, une vraie douleur physique ! C'est tout à fait vrai que la narration entretient un "flou" qui ressemble à un cauchemar.

Écrit par : Cuné | 06.09.2008

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