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15.09.2008
L'affaire Karen - José Angel Manas
Enquête avec un éditeur et des écrivains
José Angel Manas – L’Affaire Karen
Karen est une romancière hyper connue. Elle organise une grande fête chez elle la veille de son départ pour Miami, et est retrouvée au petit matin morte devant chez elle, défenestrée. Nous assistons à l’enquête, entremêlée de témoignages, de récits et de confidences des uns et des autres, pas forcément dans un ordre chronologique…
Du précédent roman de José Angel Manas, « Je suis un écrivain frustré », je disais qu’il était féroce. Cet adjectif est encore adéquat ici, mais j’ajouterais compliqué. Je me suis un peu perdue dans le kaléidoscope de l’intrigue (même si le dénouement est limpide), et surtout, j’ai peu apprécié l’accumulation de travers décrits tout du long : drogue, déviances sexuelles, soumission, jalousies, tout ça fait beaucoup. Reste la description d’un certain milieu littéraire, qui en réjouira certainement quelques-uns.
J’ai beaucoup ri avec la thèse de Tino, que je ressens comme l’illustration parfaite de tout ce que je n’aime pas. D’ailleurs, à un moment, l’un des deux inspecteurs, regardant sa bibliothèque ne comprenant que des ouvrages critiques, se pose mentalement la question « Bon sang, il faut avoir lu tout ça pour comprendre la littérature ? » Heureusement que je n’ai aucune velléité de « comprendre la littérature »… J’en recopie un petit bout ici, pour le plaisir, en rassurant malgré tout : le roman n’est pas dans ce style-là. On a même des extraits du roman de Karen offerts parfois…
Extrait p. 41
10. La thèse de Tino
« […] Mes prémisses, comme le jury peut le constater, sont définitivement narratologiques. Je m’inscris dans la tradition aristotélicienne si brillamment reprise dernièrement par Kate Hämburger. Je soutiens que l’on peut établir une différence claire entre ce que l’éminent critique Gérard Genette appelle « diction » et la « mimesis » aristotélicienne, que j’appellerai dorénavant fiction. Je crois, à la suite du philosophe grec, que cette dernière est par excellence le domaine de la poésie, que le poète est davantage un artisan d’histoires que de vers ; il s’agit là d’une prise de position catégorique justifiant d’une part l’exclusion de la poésie lyrique, satirique ou didactique du territoire de la poétique, et d’autre part l’inclusion nécessaire des romanciers dans celle-ci. En cela, la dichotomie classique et tendancieuse de Mallarmé entre « langage poétique » et « langage prosaïque », dont l’hypostase, comme chacun le sait, est la théorie linguistique de Jakobson, est dépassée. Tous ceux qui travaillent dans ce domaine sont tout à fait conscients qu’en théorie littéraire il existe une frontière irréductible entre les inconditionnels d’une poétique « fictionnalisante » et les tenants d’une poétique « poétisante », et tôt ou tard, le critique se doit de prendre parti. J’ai choisi de me positionner d’emblée et sans ambages. Après avoir exposé ces prémisses, je passe maintenant à l’analyse narratologique du Désamour. Nous sommes face à une nouvelle ou un récit bref avec autant de « diegesis » que de « mimesis » ; ce qui, en termes jamesiens, signifie autant de telling que de showing. Il ne s’agit pas d’une texte séquencé qui abuserait de la focalisation externe ; cependant, sa structure formelle est épisodique, discursive et traditionnelle. La narration extradiégétique avec « focalisation zéro » est, comme le précise justement Genette, une « focalisation multiple » où la troisième personne grammaticale, bien que généralement restreinte au point de vue de Gabriel, le personnage principal, fluctue de temps à autre afin de permettre à l’auteur d’entrer dans les autres personnages. Après l’ouverture, qui décrit le moment de première rupture entre Gabriel et Mamen, presque tous les autres chapitres font partie d’une analepse qui vient expliquer et justifier le désenchantement que nous percevons au sein de ce couple. Ainsi, si nous appelons MIMaG le moment initial, PaMaG le passé à partir duquel démarrent les amours entre Mamen et Gabriel, PbMaGIC celui qui évoque les relations des deux personnages avec Iciar et Carraso, l’autre couple, FaMaC le futur, par rapport à notre point zéro, celui qui raconte l’aventure entre Mamen et Carrasco, et enfin FbMaG l’avenir du couple originel qui annonce l’épilogue, tout en appliant des chiffres pour expliquer leur relation chronologique (1 précède 2 dans le temps, et 2 précède 3), nous pourrions représenter la succession temporelle du roman par cette formule éclairante : MIMaG3-PaMaG1-PbMaGIC2-MIMaG3-FaMaC4-FbMaG5. […] »
T’as raison, Tino, vachement éclairante ta formule :)
Ed. Métailié, Septembre 2008, 224 p., 10 €
Trad. (Espagnol) par Jean-François Carcelen et Jean Vila
Titre original : Caso Karen
06:04 Publié dans Heu... | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : polar littéraire, espagne


Commentaires
Écrit par : cathulu | 15.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 15.09.2008
Répondre à ce commentaireCeci dit, pour le roman, tu ne sais pas trop, moi je tranche : ce sera sans moi !
Écrit par : erzébeth | 15.09.2008
Répondre à ce commentaireQuant à ce "charabia", il me fait surtout rire... ;o)
Écrit par : Cuné | 15.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Brize | 15.09.2008
Répondre à ce commentaireJ'avais relativement aimé, il y a plusieurs années « La ville disjonktée » (avec un k). Mais je n'ai pas continué avec cet auteur.
Yvon
Écrit par : Eireann Yvon | 15.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Patricia | 15.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : jenotule | 15.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine | 15.09.2008
Répondre à ce commentaire@ Yvon : Ah, pas lu celui-là, je vais regarder !
@ Patricia : On visualise tout de suite, hein ;o)
@ Jenotule : Je ne l'ai pas trouvé mal écrit, non, très espagnol dans la manière, il y a de bonnes choses quand même. Par contre je suis d'accord avec la narration croisée mal maitrisée :-D
@ Karine : Tino n'est pas du tout représentatif du roman :-D
Écrit par : Cuné | 15.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : thom | 16.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 16.09.2008
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