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10.09.2008
Mara Goyet - Tombeau pour le collège
Qui ne parle pas un peu de soi lorsqu'il parle de l'école ?
"Il me faut relire dix fois ces faits bruts pour, malgré le conditionnement, la précaution et la peur de paraître alarmiste, oser dire que, non, décidément cela ne va pas du tout.
Mais aussitôt, j'hésite. Ne suis-je pas en train d'exagérer ? Mes collègues pourraient répondre autrement.
J'essaye de ne pas grossir le trait, de ne pas déformer. D'être juste. C'est un équilibre délicat.
Décrire, c'est la tâche que je me donne. Décrire en mon nom. Oui, je sens bien que j'occupe beaucoup de place dans ces lignes. Il me semble plus honnête d'assumer pleinement cette perspective personnelle : qui ne parle pas un peu de soi lorsqu'il parle de l'école ? De l'élève qu'il fut ou voudrait avoir été, du professeur qu'il a détesté ou qu'il a aimé. Je souhaite écrire à hauteur de classe, je ne veux pas me faire plus intelligente qu'une situation que je subis. Je ne veux pas répéter les rengaines. Je ne suis d'aucune obédience, je n'ai pas fait voeu de pessimisme. Je raconte parfois ce que je ne voudrais pas voir. Et j'attends qu'on me décrive l'image qui se dessinera sans doute sous le tapis."
Mata Goyet est professeur d'Histoire-Géographie. Elle a passé dix ans dans un collège en banlieue parisienne, en ZEP (Zone d'Education Prioritaire). En y entrant, elle s'était promis d'y rester. Dix ans plus tard, elle a demandé sa mutation, c'est fini, elle part. Ce revirement l'interroge très profondément, elle n'est ni soulagée ni heureuse ni défaite, elle cherche à en comprendre les vraies raisons, et évoque en quelques courts chapitres sa vision de l'enseignement.
Elle aime enseigner, ne s'est absolument pas lassée de ce métier qu'elle ne magnifie pourtant pas. ("Je cherche à faire front, à faire cours, à transmettre. Sans grandiloquence ni effet de manche. Je n'aimerais pas qu'un chirurgien qui m'opère ait les larmes aux yeux..."). Ce sont les conditions de cet enseignement qui se sont terriblement dégradées, dans certains établissements plus que d'autres, et c'est bien la question du cadre, de l'autorité qui est centrale, même si l'humour n'est pas absent de ces pages :
" Je me demande enfin si mon métier ne consiste pas à arriver trop tard.
Il fut un moment où j'ai envisagé de devenir institutrice afin d'arriver à temps. Observant des enfants de trois ans, j'en ai conclu que travailler en crèche serait peut-être une meilleure idée. J'ai songé plus tard à la néonatalité, puis à l'obstétrique, enfin échographiste m'a paru un beau métier. Et pourquoi pas éduquer des parents ? Où et quand cela commence-t-il ? Je voudrais avoir un tant soit peu de contrôle sur la situation.
N'ayant nulle envie de commencer, à mon âge, une carrière de dictateur, je me suis résolue à rester au collège et à faire ce que je pouvais."
Et c'est du quotidien qui est décliné devant nos yeux, avec sa violence, sa brutalité, son impuissance, mais aussi quelques moments de grâce ("J'm'en fous demain je prends des places pour l'opéra"), et surtout beaucoup d'honnêteté, de sincérité.
On ne sort pas de ce document abattu, craintif ou moqueur, et c'est en soi une gageure !
Ed. Flammarion, Café Voltaire, Sept. 2008, 142 p., 12 €
06:00 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : collège, prof, autorité, réflexions


Commentaires
Écrit par : cathulu | 10.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 10.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : erzébeth | 10.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Patricia | 10.09.2008
Répondre à ce commentaire@ Patricia : Sans doute, oui, retrouverais-tu beaucoup de "connu" dans ce livre. Un truc qui m'a marquée, par exemple, c'est qu'elle en veut presque à son nouveau collège d'être "normal, "facile", elle est très marquée ZEP, et le constate avec étonnement.
Écrit par : Cuné | 10.09.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 10.09.2008
Répondre à ce commentaireJe l'ai lu en tant que mère d'un collégien, pas du tout en ZEP, en Zone Ravitaillée par les Corbeaux, ce qui est beaucoup plus difficile à prononcer ("ZRC !!") et qui a ses avantages et ses inconvénients. Comme tout, d'ailleurs :-D
Écrit par : Cuné | 10.09.2008
Répondre à ce commentaireArriver trop tard ou alors ne pas avoir les moyens de les sortir de cet engrenage. Oui. Dix fois, oui !
Je le lirai peut-être, mais pas tout de suite. Pas envie d'attaquer une seconde journée d'école quand j'arrive chez moi.
Écrit par : Leil | 10.09.2008
Répondre à ce commentaireJe note celui dont tu parles en tant que personne qui voulait devenir prof de lettres modernes et qui y a renoncé (trop?) rapidement.
Mais j'y suis revenue cette année en faisant deux petits remplacements.
A découvrir, donc!
Écrit par : Finette | 10.09.2008
Répondre à ce commentaireLe sujet est complexe et franchement ce livre m'attire davantage qu'un autre qui proposerait des pseudo solutions... Parce que ce serait précisément se mettre au-dessus des autres... Il y a des gens doués, j'en conviens, mais le problème de l'enseignement est si complexe que proposer un livre avec des solutions miracles... les livres démago, ce n'est pas possible pour les gens qui vivent ce métier au quotidien, qui essaient de faire au mieux...
C'est un peu long, décousu... désolée Cuné.
Écrit par : Anne-Sophie | 11.09.2008
Répondre à ce commentaireBien sûr qu'on peut avoir légitimement envie, Leil, Fashion, quand on rentre le soir de se sortir de ça, de passer à tout à fait autre chose. Mais comme tu le dis, Anne-Sophie, le sujet est des plus complexes, et lire plusieurs points de vue, plusieurs témoignages, peut permettre de mieux l'appréhender, pour qui n'est pas directement impliqué.
Écrit par : Cuné | 11.09.2008
Répondre à ce commentaireJe m'identifie totalement avec l'auteur.
Écrit par : Jo | 24.10.2008
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