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28.11.2008
Madame Zola - Evelyne Bloch-Dano

Magnifique biographie d'une femme exceptionnelle, "Madame Zola" d'Evelyne Bloch-Dano a reçu le Grand Prix des lectrices Elle (catégorie Documents) en 1998. Si le genre "Biographie" vous rebute habituellement, je peux certifier que celle-ci se lit comme un roman, avec une habile construction, que la plume d'EBD est rien moins que passionnante, et que l'on s'attache beaucoup à Madame Alexandrine Zola.
L'amour qu'elle portait à Emile Zola ne faiblira jamais, du jour de leur rencontre, pendant leur 38 ans de vie commune, et jusqu'à sa propre mort en 1925 (elle lui aura survécu 23 ans).
En 1864, elle est une grisette sans le sou, sans éducation, se faisant appeler Gabrielle, et ne doit sa rencontre avec Emile qu'à son statut de modèle pour les Impressionnistes. Lui, d'un meilleur milieu mais famille ruinée, après avoir vécu une vraie misère "le 1er mars 1862, il entre comme employé au service des expéditions chez Hachette. Il ne végète pas longtemps dans cet emploi, et devient vite chef de la publicité. L'horizon se découvre : sa nouvelle fonction lui permet de rencontrer, par la petite porte, des écrivains connus. Il se fait des relations dans la presse, et surtout, il reprend confiance en lui et en l'avenir. Dès l'année suivante, il parvient à placer quelques articles. Il est au tout début de sa carrière. En mars 1864, quand Gabrielle le rencontre, il n'a encore rien publié, à part quelques articles, et travaille à son recueil Contes à Ninon, en attendant une gloire litttéraire dont il ne doute pas."
Il est myope, réservé et timide en public; elle est "peuple", pulpeuse, assurée, vaillante. Il est fasciné, elle est frappée par son mélange de douceur et de force.
"Comme Gabrielle qui a perdu sa mère, et à peu près au même âge, il a perdu son père. Comme elle, il a connu la grande pauvreté et l'humiliation. Il a dû travailler jeune pour gagner sa vie. Ils ont le même besoin de revanche sur l'existence, le même appétit de vivre, les mêmes tendances à l'hypocondrie, la même obsession de la mort. Les ressemblances s'arrêtent là. Indéniablement, leur milieu d'origine, leur culture, leurs expériences, leur caractère, et leur dons sont différents. Autrement dit, ils ont assez de points communs pour se comprendre, et de dissemblances pour s'aimer."
Elle devient immédiatement et pour toujours l'admiratrice absolue du talent de son mari. Très vite, il se consacre entièrement à l'écriture (et quel bourreau de travail !), et elle gère absolument tout le reste. Le 31 mai 1870, le couple se légitimise, et Gabrielle devient Alexandrine Zola. (Dans l'intimité, les petits noms sont Madame Canard pour la mère de Zola, Alexandrine est Coco, et Emile, Mimi.)
Le couple s'embourgeoise (sans aucune connotation péjorative à l'époque), s'établit, donne un jour de réception (le jeudi), a une bande d'amis. Alexandrine a du caractère : "Les mauvais coups, Alexandrine ne les oublie jamais. Fidèle aux êtres, entière dans ses amours et ses haines, elle a un compte trop lourd à régler avec son propre passé pour y vagabonder en toute liberté. Elle préfère aller de l'avant, curieuse, avide de découvertes, de rencontres, de nouveauté. Elle manifeste une double disposition, apparemment paradoxale, à l'attachement et à la rupture. D'une générosité inépuisable à l'égard de ceux qu'elle aime, elle attend en retour cette reconnaissance qui lui est si nécessaire pour vivre. Est-elle déçue, qu'elle n'a pas de mots assez durs pour ceux qui ont trahi cette confiance. Elle ne peut aimer qu'un homme à qui elle voue une admiration sans bornes. De telles femmes peuvent être querelleuses, violentes, critiques, mais leur amour est inconditionnel. Elles sont le meilleur appui des créateurs parce qu'elles les soutiennent sans rivaliser avec eux. Elles sont, quoi qu'il arrive, de leur côté. Madame Zola ne fut pas pour autant une femme de l'ombre, contrairement aux jugements hâtifs prononcés çà et là. Les proches de Zola ne s'y trompaient pas, et s'ils reconnaissaient ses qualités de maîtresse de maison, ils ne la réduisaient pas au rôle d'intendante ou de cuisinière. Alexandrine est une compagne au sens plein du terme. Sa vigilance, sa méfiance, sa volonté, son esprit pratique, son sens des réalités, son humour, sa vitalité, son énergie tissent autour de l'écrivain un filet protecteur d'une extraordinaire solidité."
Puis arrive la gloire, l'argent, la vie heureuse, de belles années pleines de rire et de bonheur (et toujours, de travail. En 6 ans, par exemple, de 1871 à 1877, il publie 7 romans, 3 pièces de théâtre, 3 adaptations, une multitude d'article, et un recueil de nouvelles. Nulla dies sine linea.)
Mais en 1888, coup de tonnerre, Emile Zola tombe amoureux. Petite crise de la cinquantaine, il entreprend un régime (ils sont terriblement gourmands tous les deux) pendant qu'elle prend 6 kg. Elle se voile la face, la relation tranquille qu'est devenu leur couple semble lui convenir mieux qu'à lui. Il fera deux enfants à Jeanne. Alexandrine l'apprend par une lettre anonyme plus de 3 ans après, c'est terrible. Elle ne lui pardonnera jamais. (Elle a dû abandonner sa petite fille de père inconnu en 1859, et n'aura plus jamais d'autre enfant).
Pourtant, après la mort de Zola, elle se rapprochera beaucoup de Jeanne et des enfants, assurera avec un mépris tranquille des conventions leur avenir (Zola n'ayant pris aucune disposition écrite); cela sans faire preuve d'ailleurs d'une grandeur d'âme particulière, elle s'attache véritablement à ces enfants, y trouvant une manière encore de se rendre utile, de servir son amour pour Zola.
Mais Grande par l'âme, elle l'est, assurément. Pendant l'affaire Dreyfus, elle est non seulement un soutien mais encore une partie vaillante, active, et vraiment courageuse :
"A Médan où ils sont depuis le début du mois d'avril, on leur jette des ordures par-dessus les murs; on les insulte; un groupe de soldats leur lance des pierres. A Verneuil, où Zola loue une maison de vacances pour Jeanne, des seaux d'eau sale sont déversés sur le passage des enfants à bicyclette. Tous reçoivent des menaces de mort. Les journaux catholiques, et en particulier La Croix des assomptionnistes, se déchaînent. Dans les milieux bien pensants, Zola devient synonyme d'immondice. François Mauriac raconte que dans sa famille, on appelait le pot de chambre un "Zola"."
Et cahin-caha, le couple plie mais ne rompt pas. Que c'est émouvant cette lettre d'Alexandrine, le 23 mars (son anniversaire), après 35 ans de vie commune :
"(...) Toujours, c'est un terrible point d'interrogation que tu m'avais autrefois promis de m'expliquer un jour, et lorsque je sens en toi un peu d'effusion, je crois toujours que je vais enfin savoir pourquoi et d'où vient ma souffrance et c'est une double déception de ne pas pouvoir m'en rendre compte; et je ne comprends pas que toi-même tu ne te sentes pas le besoin de parler et de m'apprendre comment il se peut faire que tu aies gardé cette tendresse pour moi et qui me paraît simplement faite de pitié. Je ne peux pas m'entrer dans la tête que l'affection que tu as choisie n'emporte pas radicalement toute celle que tu me disais toujours avoir pour moi. Je sais et je sens que j'ai tort de te parler avec tant de franchise, mais que veux-tu, j'ai soixante ans aujourd'hui, il me serait bien difficile de changer."
Zola meurt en septembre 1902, intoxiqué par les vapeurs d'oxyde de carbone de sa cheminée, sans que l'on sache encore aujourd'hui avec certitude si ce fut un accident ou un attentat. Elle lui survivra dans la douleur le temps de mener les enfants à l'âge adulte avec Jeanne, de s'occuper avec ténacité des livres de son mari, de voir ses cendres entrer au Panthéon, et de se montrer encore très active en tant que bénévole pendant la guerre de 14.
Le 26 avril 1925, une attaque cérébrale la terrasse. Les derniers mots de son amie Geneviève Béranger accompagnent ses obsèques :
"Cette parisienne de Paris, qui sentit battre en elle un coeur ardent et une énergie indomptable, passa sa vie à se discipliner. Son enthousiasme pour les idées était sans bornes. Elle aimait et elle n'aimait pas, tout cela bravement et sainement, mais jamais d'une façon banale et quelconque."
Quel beau portrait, et quelle femme !
Ed Grasset, 1997, 360 p. 22,30 € & Le Livre de Poche, 2002, 7,50 €
15:25 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : biographie, femme exceptionnelle, magie de l'écriture |
25.11.2008
Le désespoir des singes... et autres bagatelles - Françoise Hardy

"Force est de reconnaître que plus les amours sont impossibles, plus elles s'exacerbent et entretiennent l'illusion que l'être sur lequel nous avons cristallisé nos manques et nos espoirs est le seul aimable au monde, le seul qu'on aimera jamais. La souffrance qui en résulte est pourtant bien réelle et peut détruire autant que dynamiser. Bien qu'elle ait été de loin ma principale source d'inspiration, je me suis souvent demandé s'il n'aurait pas mieux valu que je sois assez équilibrée pour me porter au-devant de partenaires épanouissants, plutôt que passer ma vie à compenser des frustrations aussi dérisoires que les miennes en faisant des chansons. Il m'arrive de me dire aussi qu'il valait mieux me morfondre seule avec ma guitare et des idéalisations sans doute aussi proches de moi qu'éloignées de leur objet, qu'aller au bout d'une attirance qui n'aurait pas résisté longtemps à l'épreuve de la réalité, au prix parfois d'un terrible gâchis. Mais on ne peut pas lutter contre l'inconscient qui nous dirige obstinément, avec la précision du radar le plus sophistiqué, vers l'être dont les failles sont suffisamment complémentaires des nôtres afin d'actualiser la problématique dont nous sommes prisonniers, jusqu'à ce que, à force d'échecs et de douleurs, nous finissions par la percevoir avec assez de lucidité pour tenter de nous en dégager."
Vous l'aurez compris à la lecture de cet extrait, Françoise Hardy témoigne dans son autobiographie d'un important travail sur elle-même. Déroulant dans un ordre plus ou moins chronologique les moments importants de sa vie, elle les entoure de nombreuses réflexions (sur lesquelles j'ai été assez régulièrement en désaccord, dans le sens où nos centres d'intérêts correspondent peu). Il s'en dégage une belle franchise, tout autant qu'une puissante mélancolie (voir une vraie tristesse). J'ai été touchée à de nombreuses reprises, le récit de sa relation avec Jacques Dutronc est aussi pudique que déconcertant, et en quelque sorte exemplaire de ce qui touche forcément à un moment ou un autre tous les couples qui s'installent dans la durée.
L'écriture est très agréable, fluide, travaillée malgré tout, on a envie de le lire d'une traite. Il y a un mélange d'humilité et d'égo qui prend parfois le dessus qui est très séduisant. J'ai aimé également ses petits tacles au passage, amicaux envers Sylvie Vartan par exemple, plus définitifs avec d'autres (je trouve ça sain, féminin). J'ai noté quelques livres dont elle a su parler avec un petit quelque chose, quelques chansons que je veux absolument écouter aussi. Elle est née en 1944, 64 ans c'est encore bien jeune pour une conclusion (un peu hâtive, trop courte) aussi axée sur l'âge et sa cohorte de petits et grands désagréments, je trouve.
Et je referme ce joli livre, qui m'aura permis de découvrir une artiste à laquelle je n'avais pas été vraiment sensible jusqu'alors, en écoutant "Message personnel", qui est définitivement une superbe chanson.
Ed. Robert Laffont, 2008, 390 p., 21 €
05:25 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : françoise hardy, autobiographie, introspection, grand travail sur soi, émouvant |
24.11.2008
D'eau et de feu - Richard Doyle
Pour lire ce roman, il faut impérativement apprécier trois choses : le genre "Catastrophe", les explications techniques, l'Angoisse.
Une tempête qui, contre toute prévision, ne cesse de monter en puissance menace Londres. Les mesures prises après la grande inondation de 1953 ne feront pas le poids. Les autorités compétentes tergiversent, hésitant à prendre des mesures d'urgence et d'évacuation en cette période d'avant Noël. Le crash d'un supertanker entraîne un incendie monstrueux, alimenté par la force des vents et bientôt, trop tôt, ce sont deux marées qui dévastent tout sur leur passage : l'eau et le feu.
Comme dans les vieux films catastrophes américains, nous chopons ça et là quelques individus dont nous suivons les dramatiques destins, tandis que la fin d'un monde se déroule avec une horrible inéluctabilité...
L'écriture est froide et technique, à la manière des docu-fictions on prend note des réflexions et témoignages de quelques rares qui s'en sortiront, des scènes se marquent au fer rouge dans la mémoire (celle des ascenseurs m'a fait un effet dévasteur). C'est factuel, factuel, factuel, et ça ne se termine absolument pas bien, le contraire eût été ridicule.
Prévoir encore une fois quelques nuits agitées, et le risque de regarder d'un sale oeil tous les petits coups de vents quand vous habitez au bord de la mer...
Ed. Calmann-Levy, 2004 & Le livre de Poche 2008, 663 p., 7,50 €
Traduit de l'anglais par Willima Olivier Desmond
Titre original : Flood
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : catastrophe, horreur, incendie, inondation, lame de fond, tempête, londres rasé de la surface de la terre |
21.11.2008
Le livre qu'il ne faut surtout, surtout, surtout pas lire ! Sophie Laroche
"Que voulez-vous, c'est cela, la lecture. Des histoires d'amour, d'amitié. Un courant qui passe."
Le livre de Marc Norenêt vient de paraître, et c'est le succès du siècle. De 7 à 107 ans, tout le monde le lit, et pire, le relit inlassablement. C'est bien simple, on voit partout des gens en train de le lire, les autres loisirs sont abandonnés. (Enfin, pas tout à fait. Dans un village breton, une école d'irréductibles allergiques à la lecture résiste...). Max aussi résiste. Lui, il lit avec les oreilles. C'est à dire que les mots ne s'animent et ne prennent sens que quand c'est Madame Coquelicot (une veille dame qui s'occupe de la bibliothèque de l'école) qui lit à voix haute. Et comme Marc Norenêt interdit qu'on lise son livre à haute voix (et pour cause !! Vous verrez....), il est bientôt le seul dans toute l'école à vouloir encore jouer à la récré.
Passé les premiers moments d'agacement (il assiste à cet engouement stoïquement de Janvier au printemps, quand même !), il réalise que tout ceci n'est pas normal, que ce livre est en quelque sorte envoûté, et maléfique, assurément, puisqu'il a perdu tous ses copains.
Heureusement, il y a Hortense, celle qui a sauté une classe, l'intello toujours en train de lire. C'est fou mais ce n'est pas le livre de Marc Norenêt qu'elle lit, elle l'a déjà lu (et adoré) mais elle est passé à un autre. Comment a-t-elle fait ? Que pense-t-elle de la situation ? Et que peuvent faire deux enfants pour s'opposer à une situation qui les dépasse ?...
J'ai complètement craqué pour ce troisième roman de Sophie Laroche que je lis (le premier qu'elle ait écrit), c'est un grand coup de coeur ! Au premier degré, pour les enfants de 9 à 12 ans auxquels il est destiné, c'est une histoire géniale avec de l'aventure, des complots, de l'amitié, des plans ingénieux et beaucoup de suspens. Pour les amoureux des livres de tout âge, c'est une mine de petits passages qui parlent directement de la lecture et du rapport du lecteur aux livres, c'est rempli de malice et il s'en dégage un grand naturel, une simplicité joyeuse, une proximité respectueuse qui sont épatants.
Voilà, tout bonnement épatant. Je ne comprends même pas ne pas en avoir entendu parler plus tôt !
Ed. [Mic_Mac], Collection Même pas peur, 2007, 163 p., 9,50 €
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, lecture, bande de potes |
17.11.2008
4 jours avant Noël - Donald Harstad
"Dépassés par l'ampleur potentielle de l'évènement"
Dans l'ambiance immédiatement : nous prenons en cours le shérif Carl Houseman alors qu'il est assiégé dans une grange. Avec Sally, la standardiste émérite, Hester, de la crim, et un certain Georges, qu'on ne connaît pas encore. Hester est blessée et on pourrait se croire en plein western : en face, ça canarde à tout va et la situation est critique-tendue-bouillante.
Retour en arrière au 18 décembre, lorsque tout a commencé, plutôt tranquillement. A la base, un appel pour une exécution devant la ferme de deux vieux frangins, à bout portant, la moitié de la tête a explosé. Très vite, ce meurtre en est relié à un autre, en apparence tout simple (maladie), mais les apparences...
A tel point que le 20 décembre, se tient une réunion avec, tenez-vous bien : FBI, DOJ, CDC, FDA, DEA, ATF, OSHA, NSA, DCI, DNE et EMD. Rien que ça. C'est vous dire que cela dépasse de loin le cadre du règlement de compte entre petits truands...
On pourrait croire qu'avec tout ce beau monde l'enquête se déroulerait sur du velours, mais si elle avance à la vitesse de l'éclair, c'est Houseman qui va se trouver au mauvais moment au mauvais endroit, et en subir de belles...
La construction qui se déplace entre passé (pour qu'on comprenne peu à peu de quoi il retourne) et présent (qui est d'un suspens haletant) est plus qu'habile. On a affaire à un truc énorme, qui nous glace, et comme à son habitude Donald Harstad décortique avec une précision méticuleuse les rouages de la police (et de la justice) américaine. On parle ici d'immigration, de menace terroriste. C'est passionnant, captivant, ça coule comme de l'eau pure, et on en veut encore !
Ed. Le Cherche Midi, Collection Ailleurs, Novembre 2008, 333 p., 19 €
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Gilles Morris-Dumoulin
Titre original : A Long December
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : thriller, donald harstad, terrorisme, ça canarde de partout |
16.11.2008
Sauve... Qui peut ! Sophie Laroche
Que nous réservent les cerveaux étranges de ceux qui créent les émissions de télé-réalité ? L'un d'entre eux a mis au point un mélange de toutes celles existantes mais... Pour des enfants.
Ils sont cent à avoir été sélectionnés dans tous les pays francophones, et il n'en restera qu'un, qui sera déclaré "héros du futur". Dans l'avion qui les emmène sur la petite île théâtre (et c'est le bon mot !) de leurs opérations, ça commence très fort : ils doivent, sans aucune préparation, sauter en parachute. Ensuite, ils doivent passer des épreuves d'agilité, de force, de courage et de sang-froid en respectant le règlement, parmi les plus sévères. Pas le droit de dire de gros mots, d'évoquer le nom des candidats éliminés, de crier ou pleurer lors des épreuves, enfin toute blessure est éliminatoire.
Manipulés, dressés les uns contre les autres, les enfants vont découvrir qu'à la télé tout est faux, et que les vraies valeurs demeurent éternelles...
Un chouette petit roman pour les 8-12 ans qui a fait la joie de mon loustic (12 ans). Il trouve que la fin était prévisible, pas moi, mais nous nous accordons sur le plaisir que nous a procuré cette lecture, que nous avons abondamment commentée en cours; tu l'aurais faite toi, cette épreuve ? (moi, aucune, lui toutes, à l'entendre !) Et tu aimes bien cette façon qu'a l'auteur de s'adresser directement au lecteur ? (Il adore). D'ailleurs ce roman est entré directement dans son top 10, il l'a déjà relu 2 fois...
C'est vivant, joyeux, effrayant parfois, bien foutu, et on recommande :-D
Ed. [Mic_Mac], 2008, 166 p., 9,50 €
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, télé-réalité, koh lanta, amitié, epreuves |
14.11.2008
Ceux qui sauront - Pierre Bordage

"Il valait mieux un petit peu de pas beaucoup que rien de rien."
Quelle excellente idée que cette collection ukronie chez Flammarion ! Une uchronie, en gros, est l'histoire revisitée, ce qui aurait pu être si, et ses conséquences sur le présent.
Nous sommes ici en 2008, mais la révolution française de 1789 n'a duré que le temps d'un feu de paille, la monarchie a été rétablie, et depuis plus d'un siècle les individus sont divisés en deux camps : les nantis (nobles ou juste fortunés) et les cous sales. Les premiers mènent une existence privilégiée, usant et abusant des seconds, qui vivent en plein obscurantisme. Le savoir, la connaissance, l'instruction, leur est formellement interdite.
Par exemple, la machine à laver n'a pas été mise en circulation, si les femmes disposaient de plus de temps libre, elles pousseraient les hommes à la révolte, et les riches s'en foutent, ils ont des employés qui lavent pour eux. D'ailleurs l'électricité est réservée aux nantis, le téléphone est une chimère, et les informations qui circulent sur leur version d'internet sont soigneusement filtrées. La France vit repliée, a renoncé au pétrole, se meut selon les usages de siècles très dépassés.
Pourtant le peuple a tenté plusieurs fois de se soulever, poussé par la faim, la famine, la dalle, mais que faire les mains nues (ou presque) contre l'aviation, les canons et autres technologies assassines... Mais une résistance s'organise, des instituteurs clandestins apprennent à lire et à écrire aux enfants, la nuit.
Ce roman, c'est la description très précise et parfois sanglante de ce monde où Jules Ferry est devenu un mot de passe pour réunions secrètes, mais c'est aussi la rencontre de deux jeunes adolescents de quatorze ans que tout oppose, à priori. Jean est un cou noir, il commence juste à travailler, il se trouvera au mauvais endroit au mauvais moment, et Clara est la fille du directeur de la Banque Royale, élevée à Versailles, programmée pour épouser qui on lui dira afin d'élargir le rang social.
Ces deux-là sont représentatifs chacun de leur côté de la barrière, mais possèdent ce qui fait défaut à la majorité moutonnante, quelle que soit son camp : la faculté de réfléchir, une certaine forme de libre-arbitre. Leur rencontre leur sera-t-elle bénéfique ?...
J'ai fait long pour présenter ce qui n'est pourtant qu'une esquisse sommaire, mais c'est un univers solide et copieux. Une sorte de roman d'aventure à la Victor Hugo mâtiné de SF, un peu old fashion, dans les pages duquel on s'oublie pour se poser plusieurs fois la question qui, de tous temps, a ouvert la porte des possibles : Et si....
J'ai lu je ne sais plus où qu'il était recommandé à partir de 9 ans, je dirais plutôt pas avant un bon 13-14 ans (et jusqu'à pas d'âge!) (mais ce n'est que mon avis).
Ed. Flammarion, 2008, 345 p., 15 €
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, adolescents, uchronie, conditions révolution française, historique |
12.11.2008
Les gènes de la violence - Michel de Pracontal
"On ne pensait plus et on ne s'en rendait même pas compte."
Trois mondes bien distincts se tournent autour dans ce roman - Médias, Scientifique, et Policier - chapeautés par le monde politique : cocktail explosif !
Lorsque l'on retrouve des cadavres de jeunes femmes écorchés et auxquels il manque le coeur (l'organe), la France, entraînée par une chaîne de télé hyper trash et l'ensemble des journalistes prend peur; un serial killer à l'américaine sévit dans nos rues, tremblez citoyens. Or il se trouve qu'un scientifique très médiatisé a une théorie : il aurait isolé le gène de la violence, une protéine, et travaillerait à l'élaboration d'un vaccin. Un petit tour dans ses laboratoires nous en apprendra de belles sur les pratiques scientifiques...
Mais c'est Paul Bertillon, un journaliste scientifique du genre vieux de la vieille, qui garde le plus les pieds sur terre. N'hésitant pas à user de méthodes peu orthodoxes, il enquête dans l'ombre, et ce qu'il découvre...
Super bien ficelé, ce thriller se dévore avec un effet suspens en spirale. On est fermement harponné, notant au passage les noms étonnants choisis par l'auteur (Albemuth pour le président de la République ? En emprunt à Jérôme Leroy (le candidat Albemuth) nous dit-il. Je pensais à Philippe K. Dick et me demandais... Witold Gombrowicz est ici un "post-doc" polonais, un des méchants se nomme Lewinsky, un autre Trotsky...). On sent un véritable avis sur les sujets évoqués, une grande maîtrise de la vie politique, mais tout ça se met au service d'une histoire vraiment prenante.
Beaucoup aimé.
Ed. Le Cherche Midi, Collection Neo, 2008, 283 p., 19 €
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : thriller, france, fortement politisé, suspens |
10.11.2008
Les ombres silencieuses - Mari Jungstedt
Ce deuxième volume de la série policière écrite par Mari Jungstedt fait immédiatement suite à Celui qu'on ne voit pas (Plon, 2007), qu'il est préférable d'avoir lu au préalable.
Cependant, ne pas l'avoir fait ne gêne pas la compréhension de cette enquête-ci (sauf que c'est toujours agaçant de ne pas pouvoir "suivre" la progression des caractères).
Nous sommes dans une petite ville suédoise assez idyllique, un peu isolée, un ancien photographe alcoolique se fait abattre à coups de marteau juste après avoir gagné une grosse somme aux courses hippiques. Alors que la police (et notamment le commissaire Knutas) se concentre sur cette enquête, nous suivons en parallèle les amours adultérines (et problématiques) d'un journaliste de Stockholm et d'une mère de famille, et la pauvre petite vie de Fanny, 14 ans, livrée à elle-même malgré la présence encombrante d'une mère elle aussi alcoolique.
Les chapitres sont courts, le rythme est soutenu, pendant longtemps cette façon de cloisonner chaque personnage est assez déconcertante. Mais le lien finit par se faire, et on termine en imbriquant les indices les uns dans les autres, pour voir s'allumer l'ampoule un tout petit peu avant la révélation, ouf, l'honneur est sauf.
On retrouve ici cette ambiance nordique qui est tellement plaisante, une liberté d'esprit assortie à une franchise bon-enfant qui contribue grandement à nous plonger dans l'intrigue.
Lu d'une traite en ce qui me concerne, avec l'impression de venir de commencer, excellent signe en général ;o)
Ed. Plon, Novembre 2008, 296 p., 21,90 €
Traduit du suédois par Maximilien Stadler et Lucile Clauss
Titre original : I denna stilla natt
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : polar, suède |
05.11.2008
Le Carnet de Grauku - Sophie Laroche
Manon est une adolescente potelée, rondelette, elle a quelques bons kilos en trop sans être réellement obèse. Un jour, à la piscine, des pestes lui
font un affront cinglant : profitant du glissement de sa serviette de bain dans la cabine, elles prennent son cul en photo avec un téléphone portable et le font circuler. Mortifiée, blessée, ulcérée, Manon débute alors un blog, le blog de Grauku, son double maléfique, dans lequel elle use de sa plume experte pour détailler son combat, contre le chocolat dans un premier temps. Se noue alors une relation virtuelle avec Kilodrame, un pseudo mystérieux qui va réellement l'aider. Progressivement, Grauku disparaît mais Manon prend-elle le pouvoir ?...
Un roman formidable qui n'a pas peur d'appeler un chat un chat, qui nous prend dans ses mots pour ne pas nous relâcher avant la dernière page. Beaucoup d'humour, de distance, d'ironie, aucun pathos, malgré les sujets graves évoqués. Manon est très attachante et on ne peut s'empêcher de l'admirer. A partir de 15 ans nous dit l'éditeur, 12-13 ans à mon avis, jusqu'à pas d'âge pour vivre de l'intérieur la perte de poids et ses conséquences. La plume de Sophie Laroche est une vraie découverte, à suivre...
Ed. [MiC_MaC], 2008, 244 p., 12,50 €
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, anorexie, amitié, régime, amours |

