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19.01.2009
Au zénith - Duong Thu Huong
"Appliquée aux autres, l'objectivité est une promenade de santé dans un beau jardin. Appliquée à soi, c'est l'ascension de l'Himalaya."

J'avais tenté à l'époque "Terre des oublis" mais n'étais pas allée bien loin, aussi est-ce un véritable éblouissement que j'ai ressenti pendant toutes les journées consacrées à ce "Au zénith".
Duong Thu Huong nous fait ici pénétrer au plus intime de l'âme vietnamienne, dans une construction au long cours qui dénoue ses fils peu à peu, qui insère la fin de vie amère et désabusée du président, à la prise de conscience glacée de son meilleur ami, en comparaison en quelque sorte avec l'expérience d'un vieil homme dans un Village des bûcherons, en passant par la quête de vengeance désespérée d'un Compatriote inconnu.
On commence avec le président, pour lequel on a tendance à éprouver de la sympathie au départ. Au fil des pages, j'ai nourri pour ce personnage une aversion de plus en plus prononcée, tout en comprenant pourtant fort bien son impuissance et la ferveur populaire qu'il suscite. Le passage sur le Village des bûcherons est une récréation apaisante, malgré la tristesse de son histoire. C'est l'occasion de s'étonner devant le traitement contre les rides, par exemple (des gifles chaque jour, une peau de velours). Pour le personnage de Vu on éprouve un immense respect, teinté de douleur car la vie lui aura été bien ingrate. Enfin le Compatriote inconnu recueille toute notre compréhension...
Dans une narration qui toujours s'attache aux plus petits détails de la vie quotidienne, c'est pourtant toute la réalité sociale et politique du pays qui est exposée, et ce mélange si réussi de l'attachant et du glaçant pragmatique est simplement sublime.
Il y a tellement de choses qui m'ont marquée que c'est impossible d'en sortir quelques-unes du contexte. Peut-être la scène du retour en hélicoptère vétuste du président ? Le pilote s'aperçoit que les lumières de la piste d'atterrissage ont été disposées de façon à leur assurer une mort certaine. Sur ordre du président, il se fie à son expérience et sa mémoire du terrain. Et le président sait que tous ceux présents dans l'hélicoptère, en dehors de lui, n'auront jamais l'occasion de raconter cet épisode...
Il y a du cul, des sentiments, de la gastronomie, du sang, de l'honneur, du désespoir, de l'horrible, de l'épuré, du poétique, de l'humour, c'est un sacré roman.
"- Le papier est petit mais la gousse d'ail est grosse. C'est là le problème.
- Quelle gousse d'ail ? Tu veux parler des deux boules qui pendent dans ton pantalon ?
- Tu es vraiment stupide ! Les couilles sont les couilles et les gousses d'ail sont les gousses d'ail. La nuit, tu ne confonds pas la moule de ta femme avec la théière posée sur la table ?
- Tu es d'un compliqué !
- C'est la vie qui est compliquée."
En savoir plus sur Duong Thu Huong sur le site des éditions Sabine Wespieser.
On nous indique qu'elle a porté ce roman en elle depuis dix ans. Ca en valait la peine !
Ed. Sabine Wespieser, Janvier 2009, 786 p., 29 €
Traduit du vietnamien par Phuong Dang Tran
05:02 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (45) | Envoyer cette note | Tags : vietnam, vie quotidienne, rouages politiques, lecture au long cours, pavé magnifique |


Commentaires
Écrit par : cathulu | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : keisha | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : erzébeth | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : amanda | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Emmyne | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireEn passant, honteusement, je dois avouer que je n'ai pas encore de livre "Sabine Wespieser" dans ma biblio, alors qu'ils me font bien envie... je crois que cet opus sera le premier à entrer dans mon select club ;-) Ca c'est pour le côté geekette de l'édition :-p
Écrit par : Bookomaton | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireEmmyne, question de goût, moi je vote sans réserves pour "Au zénith" :-D
Amanda, oui ! :-D
Erzébeth et Cathulu, ce n'est pas un roman difficile, non !
Écrit par : Cuné | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Naina | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Brize | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kathel | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Flo | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireBrize je note "Au delà des illusions", merci !
Naina, oui, c'est vrai que ce roman est cher, mais...
Écrit par : Cuné | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireJ'ai rencontré Duong Thu Huong l'année dernière avec son éditrice. Elles venaient parler de "Terre des oublis", ça été un moment formidable. Toutes deux avaient parlé un peu de " Au Zénith" et avaient effectivement dit que c'était un roman porté depuis 10 ans.
Je le lirai après " Terre des oublis".
Écrit par : Finette | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : bab's | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Florinette | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Solène | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireBabs en tous les cas il m'a fait beaucoup d'effet, à moi ! :-D
Florinette : ce serait un comble !! :-D
Solène : Très différent mais aussi bien, oui !
Écrit par : Cuné | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Gambadou | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireEt là, tu me donnes envie, tu ne peux pas savoir!!
Écrit par : Mo | 19.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 20.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Stephie | 20.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : pom' | 20.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Caro[line] | 20.01.2009
Répondre à ce commentaireC'est le côté sentimental, presque "mélodrame", mielleux, qui me gêne. Et tout ça pendant 780 pages ! Bien entendu, elle décrit d'autres sentiments (la haine, l'amour conjugal, l'amour charnel, la jalousie..) et d'autres caractères (gentillesse, générosité, méchanceté, honnêteté...), mais toujours selon le même procédé : beaucoup d'adjectifs, de verbes, de mots forts pour illustrer quelque chose. L'illustration est dans l'art romanesque un procédé classique et peu subtil. Dommage !
Écrit par : marie | 21.01.2009
Répondre à ce commentairePour moi, au contraire, cela appuie une certaine dignité, une façon d'être que je ressens comme très vietnamienne, une forme d'honneur jusque dans l'abjection (pervertie, alors).
Dommage, en effet :-D
Écrit par : Cuné | 21.01.2009
Répondre à ce commentaireMoi même vietnamienne, j'avoue que, malgré ma sympathie quant à l'engagement politique de Duong Thu Huong, j'avais du mal à m'accrocher : des descriptions pompeuses (paysages, cuisine, parfums, fleurs, pagodes, ... tous les clichés du Vietnam), des personnages schématiques (méchants/gentils ; positifs/négatifs), deux catégories de femme (fidèle, amoureuse, vertueuse/ infidèle, menteuse, calculatrice). D'ailleurs, on voit son oeuvre est très influencée par le réalisme socialiste (la doctrine qui a régné longtemps dans les lettres vietnamiennes) où les "bons" et les "mauvais" se côtoient, le "bien" et le "mal" sont nettement tracés, le lecteur a droit à des kilomètres d'analyses psychologisantes (nuages mauves/nostalgie du pays natal ; fleurs de prunier/nostalgie de la femme aimée,...). Bref, une écriture facile et creuse !
Écrit par : marie | 21.01.2009
Répondre à ce commentaireEn fait, je ne connais absolument rien du Vietnam, et j'ai été charmée par les mille petits détails qui sont dans ce roman.
Peut-être justement s'adresse-t-il plus à un public néophyte ?
Mais une écriture facile et creuse, non, je ne trouve pas du tout ! Une volonté de démocratiser, peut-être, et un style un peu appuyé que tu trouves lourd, mais qui ravit des lectrices telle que moi.
Ceci dit, je veux te remercier d'exprimer ton avis sans agressivité et en l'argumentant, ça change des noms d'oiseaux que l'on reçoit en général dès qu'on n'a pas la même perception d'un roman !
Écrit par : Cuné | 21.01.2009
Répondre à ce commentaireAu Vietnam, Duong Thu Huong est une femme politique appréciée, mais ses romans sont considérés plutôt comme de la littérature "à l'eau de rose".
Peut-être, le public français confond-il deux domaines, très différents, politique et littéraire. Or je pense qu'on peut très bien être un bon dissident et un écrivain médiocre.
Écrit par : marie | 21.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 21.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Mekong | 21.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 21.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : poupéedecire | 22.01.2009
Répondre à ce commentaireQue vous êtes drôle... :/
Citez plutôt Christian Dior : "Avoir du goût, c'est avoir le mien"
Et moquez-vous bien des lectrices qui aiment ce que vous n'aimez pas, c'est très intelligent.
Écrit par : Cuné | 22.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 23.01.2009
Répondre à ce commentairej'en ai assez de voir la presse répéter sans cesse que Au Zénith est un chef-oeuvre, Au Zénith est une merveille. C'est de la média, ils font ça dans le but plutôt commercial. Je suis sûr que peu d'entre eux ont lu ce roman correctement (par exemple, dans un article ils écrivent que l'histoire se déroule dans les années 70 au Vietnam. Mais c'est catastrophique, parce que le président Ho Chi minh, le personnage pricipal, est mort en 1969 déjà!!! je connais ça car ma nana est vietnamienne).
Donc, attention à la média! Seulement les romans de gare ont besoin de faire la pub!
Écrit par : poupéedecire | 24.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 24.01.2009
Répondre à ce commentaireJe vous conseil de lire "Indochine,une passion jamais éteinte",il s'agit d'un livre plus littéraire,écrit par une personne qui a vécu ce livre et qui témoigne des horreurs et des bonheurs qu'elle a subit.
J'ai été sensible à ce très bon livre qui m'a donné la larme à l'oeil,mais aussi un bonheur sans pareil.Les descriptions sont étonnantes de vérité,on s'y croirait.J'ai appris qu'il y a un prochain titre en vue,.....j'achète !!! Décidément,les écrivains d'origine Asiatique nous surprennent agréablement.www.editions-elzevir.fr
Écrit par : tony2012 | 27.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 27.01.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : columbine | 20.02.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : liliba | 16.03.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anna Blume | 06.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Céline | 13.01.2010
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