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01.03.2009
La part obscure - Salley Vickers
"Il est déjà difficile de vivre tout court, mais si l'on perçoit le monde tel qu'il est, sans avoir à sa disposition les moyens d'assumer cette lucidité, la lutte devient infiniment plus ardue."

Bien sûr, on peut résumer ce roman à l'histoire entre une patiente et son psychiatre, qui va, par le biais de l'art, trouver un moyen d'établir un contact, et par-là même remettre en cause sa propre histoire. Grosso modo, c'est ça. Et en même temps, ceci n'est que la surface, à la limite même on s'en moque, parce que ces pages contiennent leur part de phrases qui nous laissent sans voix, de réflexions que l'on remarque, que l'on enregistre, qu'on les trouve avérées ou pas, d'ailleurs.
Le psychiatre, David Mc Bride, devient peu à peu très consistant, en relief, il ne cesse de dérouter par le contraste entre une apparente placidité (voire une tendance à la lâcheté) et la pureté de ses réflexions, la candeur avec laquelle il se confie au lecteur ou analyse les évènements. "Je ne sais à quel moment j'ai commencé à me demander, au coeur de mes relations avec les autres, si telle ou telle personne serait susceptible de me livrer aux nazis. Cette question ne signifie d'ailleurs peut-être pas grand chose, dans la mesure où je ne suis ni juif, ni tsigane ni, à priori, homosexuel." Mais il n'a pas été soutenu inconditionnellement par sa mère, et il explique ensuite très bien cette sorte de classification qu'il établit pour chacun. Sauf qu'il n'en tire pas de leçon concrète, dans le choix de ses compagnes ou amis...
Ou Thomas, que l'on découvre par le biais d'Elisabeth, et qui soulève notre enthousiasme : "Tu vois, [...] ça marche comme ça. La plupart des gens se fabriquent une personnalité. Ils se fabriquent une enveloppe d'un tas de clinquant et de flagorneries : préceptes, morales, habitudes, bobards, frime et autres malhonnêtetés pathétiques. Les artistes ne font pas cela. Ou plutôt, s'ils le font, ils s'assurent de se débarrasser de tout ce fatras lorsqu'ils travaillent. Plus l'artiste est grand, plus il arrive à s'en dégager. Quand je dis "artistes", je parle d'écrivains, de poètes, de compositeurs, etc." Thomas encore : "Un artiste est quelqu'un qui a conscience de ne pas réussir sa vie et qui crée quelque chose de beau pour nourrir ses remords". Pas "calmer", "nourrir"...
J'ai été emballée par ce roman qui est douloureux, qui parle d'une très belle et très triste histoire d'amour. Je me suis rendue compte que j'étais à fond dedans quand David remet les choses à plat avec son épouse, son monologue très construit et très long m'a surprise et effrayée pour elle, je n'avais plus aucune distance, j'étais avec eux.
Dommage que la traduction comporte pas mal de petites lourdeurs.
Ed. JC Lattès, 2009, 382 p..
Traduit de l'anglais (GB) par Catherine Ludet
Titre original : The other side of you
Merci Cathulu !
06:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : psychiatrie, histoire d'amour, peinture


Commentaires
Ecrit par : cathulu | 01.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cuné | 01.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Ys | 01.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : kathel | 01.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion | 01.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Aifelle | 01.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cuné | 01.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Frisette | 01.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Chimère | 01.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cuné | 02.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : anjelica | 06.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : guy | 10.03.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cuné | 10.03.2009
Répondre à ce commentaireEn fait, c'est le thérapeute qui se révèle de plus en plus attachant, même si l'histoire d'Elisabeth est singulièrement belle.
Quand à la traduction, il faudrait comparer l'original avec ce texte que j'ai "dévoré", ce qui me semble un signe de sa grande efficacité.
Ecrit par : Anna | 10.03.2009
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