« La maison d'Apre-Vent - Charles Dickens (1) | Page d'accueil | La maison d'Apre-Vent - Charles Dickens (2) »
23.04.2009
L'ombre en fuite - Richard Powers
"Tout ce qu'on peut décrire, on peut le reproduire"

Deux narrations entremêlées dans ce roman : l'une concerne Taimur Martin, pris en otage à Beyrouth et dont la captivité durera de longues années; narration à la deuxième personne du pluriel pour nous plonger dans cette succession de jours où l'esprit humain rencontre la folie à force de creuser en lui. L'autre nous entraîne à la suite de Adie Klarpol dans un projet de réalité virtuelle vertigineux.
Cette seconde narration est extrêmement ardue, pleine de termes techniques, d'abstractions, d'opacités et de dialogues congrus au débit précipité.
Je dois reconnaître que je ne dois qu'à l'immense estime que je porte aux deux autres romans de Richard Powers que j'ai lus de m'être accrochée comme une folle pour venir à bout de ce roman. J'ai avalé des pages et des pages sans savoir très bien où on m'emmenait, sans dégager un sens de ce que je lisais. Ma confiance était totale, je savais qu'à un moment la lueur que j'entr'apercevais dégagerait son ampleur, que je pendrais mes marques.
Par exemple la relation exacte entre Spiegel, celui qui invite Adie à les rejoindre dans leur projet monumental, Adie et Ted ne prend véritablement sens qu'aux environs de la 200° page, avec la rencontre :
"Et c'est ainsi qu'un mois d'octobre, Spiegel, alors dans sa vingtième année, avait éprouvé un choc à l'écoute d'une jeune fille au nez retroussé, à la tête hirsute, assise au fond de la salle, qui venait en classe sur des rollers, vêtue d'un T-shirt tye and dye. Elle disait "Sorti de la Nature, je n'emprunterai plus ma forme corporelle aux choses naturelles".
Ces mots étaient magnifiques, du moins Spiegel le supposait-il. Et la jeune fille l'était presque, ainsi en avait-il décidé. Mais la manière dont elle avait dit ces vers : voilà ce qui avait lancé le mandat d'amener, décidé de la mise sous écrou, prononcé la condamnation à perpétuité. de sa bouche s'était écoulé un filet discret de gadgets prodigieux, créatures minuscules et mobiles si complexes de petitesse que chaque génération se demandait, et se demanderait encore, comment leur inventeur avait réussi à y introduire un ressort."
Ils sont toute une bande de techniciens (informaticiens, mathématiciens, artistes, etc.) de génie à travailler comme des fous sur une "caverne" : Une pièce à l'intérieur de laquelle ils construisent un environnement en plusieurs dimensions, capable de réagir à l'interaction d'un humain, au point de vue visuel, odorant, sonore, tactile.
Pendant longtemps on le voit connoté science-fiction, jeu, divertissement (et la bande de fous furieux du projet ne nous incite pas à plus de considération), mais peu à peu d'autres applications émergent (comme une Chambre Thérapie permettant des désensibilisations extraordinaires !) - et on fait toujours le parallèle avec Taimur dans son terrible isolement - et puis l'épilogue nous glace tout autant qu'Adie. Il est des applications pratiques que l'on n'avait pas anticipées...
Je ne comprends pas bien, je l'avoue, la raison d'un style aussi ardu la majeure partie du temps, les évènements politiques majeurs "à reconnaître" sans être jamais cités nommément (années 80-90, chute du mur de Berlin, par exemple), l'attachement à nos personnages qui prend tant de temps à se mettre en place, la réflexion profonde sur l'Art qui reste peu accessible... Assurément ce n'est pas un roman Grand Public, je reste plutôt désarçonnée la dernière page tournée.
Je pense que c'est un roman pour lequel je ne suis pas à la hauteur :-D
Ed. Le Cherche Midi, avril 2009, Collection "Lot 49"
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Yves Pellegrin
Titre original : Plowing The Dark (2000)
Les avis d'Anna Blume, de Keisha, d'Amanda, Leilonna,
04:00 Publié dans Livres : Je n'aime pas | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : enfermement, création, réalité virtuelle, histoire et actualité, monument plutôt difficile d'accès |


Commentaires
Écrit par : Aifelle | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireAttends le billet d'Amanda, elle a beaucoup aimé la partie Taimour, et l'a quand même dévoré en 2 jours... Moi aussi d'ailleurs, je l'ai lu d'une traite en un week-end, mais je n'y ai pas trouvé ce que j'avais adoré dans Le temps où nous chantions ou La chambre aux échos...
D'ailleurs depuis j'ai tenté 3 fermiers s'en vont au bal, et abandonné assez vite... Je ne suis donc pas inconditionnelle.
Mais c'est normal : il n'existe pas d'auteur dont on puisse aimer tous les écrits.
Écrit par : Cuné | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireCeci dit, Powers ne m'a jamais paru être un écrivain "grand public", c'est fouillé, dense, ça demande une sacrée disponibilité de la part du lecteur, il n'aborde pas des thèmes faciles... ce nouveau roman ne me dit rien.
Écrit par : erzébeth | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ys | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireJe trouve qu'il y a beaucoup de similitudes entre tout ce qui touche la vie au bureau de ce roman et les parties à propos de la Caverne de "L'ombre en fuite". Et ma lecture est aussi laborieuse pour l'un qu'elle l'a été pour l'autre... malgré quelques beaux passages.
Ce roman ayant été écrit en 2000 (et les "Trois fermiers" plus tôt encore), peut-être y a-t-il eu depuis une évolution dans l'écriture ou le mode de narration de Powers à laquelle on est plus réceptif, tout simplement...
Écrit par : In Cold Blog | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Leiloona | 23.04.2009
Répondre à ce commentaire... Erff oui . Ecrire "thé" ou lieu de "temps" le prouve aussi.
Écrit par : Leiloona | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireJe "plains" Leiloona de découvrir Powers avec ce titre, je recommande de commencer par Le temps où nous chantions, qui est sublimissime, et dont on retrouve quelques échos ici, dans la description des compositions musicales.
Il m'a fallu faire confiance à Richard Powers (et suivre les aventures de l'otage aussi) pour rentrer dans ce livre. Petit à petit on en sait plus sur les personnages (autrement que sur leurs capacités en informatique!) et les chapitres au Liban sont plus longs et plus fréquents.
Je reste pleine d'admiration à l'égard de Powers qui a su mettre son style magnifique au service de descriptions très techniques. J'avoue que le fait d'avoir une petite culture scientifique m'a aidée, même si je n'ai sûrement pas tout compris.
J'attends les avis des autres lecteurs!!!
Écrit par : keisha | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : amanda | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : amanda | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Bookomaton | 23.04.2009
Répondre à ce commentairePour celui-ci, je ne sais vraiment pas me prononcer... A lire dans l'optique de lire "tout" Powers, sinon...
Bookomaton : Nan mais tu sais bien comment c'est quand tu as entre les mains les épreuves d'un roman d'un écrivain que tu vénères, non ? :-D Tu mets ta vie en suspension, c'est tout ;o)
Amanda : Non, sérieusement, me manque quelques brouettées de connaissances sur ce coup :-D (Et Taimur ne m'a pas séduite)
Écrit par : Cuné | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : amanda | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Solène | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireVivement 2010 !
Écrit par : Cuné | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireJe note quand même que RP se renouvelle complètement dans chacun de ses romans.
Écrit par : Papillon | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Frisette | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : keisha | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anna Blume | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine :) | 24.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Theoma | 24.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 25.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : bartllebooth | 24.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : michel | 10.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.