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23.04.2009

L'ombre en fuite - Richard Powers

"Tout ce qu'on peut décrire, on peut le reproduire"

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Deux narrations entremêlées dans ce roman : l'une concerne Taimur Martin, pris en otage à Beyrouth et dont la captivité durera de longues années; narration à la deuxième personne du pluriel pour nous plonger dans cette succession de jours où l'esprit humain rencontre la folie à force de creuser en lui. L'autre nous entraîne à la suite de Adie Klarpol dans un projet de réalité virtuelle vertigineux.

Cette seconde narration est extrêmement ardue, pleine de termes techniques, d'abstractions, d'opacités et de dialogues congrus au débit précipité.

Je dois reconnaître que je ne dois qu'à l'immense estime que je porte aux deux autres romans de Richard Powers que j'ai lus de m'être accrochée comme une folle pour venir à bout de ce roman. J'ai avalé des pages et des pages sans savoir très bien où on m'emmenait, sans dégager un sens de ce que je lisais. Ma confiance était totale, je savais qu'à un moment la lueur que j'entr'apercevais dégagerait son ampleur, que je pendrais mes marques.

Par exemple la relation exacte entre Spiegel, celui qui invite Adie à les rejoindre dans leur projet monumental, Adie et Ted ne prend véritablement sens qu'aux environs de la 200° page, avec la rencontre :

"Et c'est ainsi qu'un mois d'octobre, Spiegel, alors dans sa vingtième année, avait éprouvé un choc à l'écoute d'une jeune fille au nez retroussé, à la tête hirsute, assise au fond de la salle, qui venait en classe sur des rollers, vêtue d'un T-shirt tye and dye. Elle disait "Sorti de la Nature, je n'emprunterai plus ma forme corporelle aux choses naturelles".

Ces mots étaient magnifiques, du moins Spiegel le supposait-il. Et la jeune fille l'était presque, ainsi en avait-il décidé. Mais la manière dont elle avait dit ces vers : voilà ce qui avait lancé le mandat d'amener, décidé de la mise sous écrou, prononcé la condamnation à perpétuité. de sa bouche s'était écoulé un filet discret de gadgets prodigieux, créatures minuscules et mobiles si complexes de petitesse que chaque génération se demandait, et se demanderait encore, comment leur inventeur avait réussi à y introduire un ressort."

Ils sont toute une bande de techniciens (informaticiens, mathématiciens, artistes, etc.) de génie à travailler comme des fous sur une "caverne" : Une pièce à l'intérieur de laquelle ils construisent un environnement en plusieurs dimensions, capable de réagir à l'interaction d'un humain, au point de vue visuel, odorant, sonore, tactile.

Pendant longtemps on le voit connoté science-fiction, jeu, divertissement (et la bande de fous furieux du projet ne nous incite pas à plus de considération), mais peu à peu d'autres applications émergent (comme une Chambre Thérapie permettant des désensibilisations extraordinaires !) - et on fait toujours le parallèle avec Taimur dans son terrible isolement - et puis l'épilogue nous glace tout autant qu'Adie. Il est des applications pratiques que l'on n'avait pas anticipées...

Je ne comprends pas bien, je l'avoue, la raison d'un style aussi ardu la majeure partie du temps, les évènements politiques majeurs "à reconnaître" sans être jamais cités nommément (années 80-90, chute du mur de Berlin, par exemple), l'attachement à nos personnages qui prend tant de temps à se mettre en place, la réflexion profonde sur l'Art qui reste peu accessible... Assurément ce n'est pas un roman Grand Public, je reste plutôt désarçonnée la dernière page tournée.

Je pense que c'est un roman pour lequel je ne suis pas à la hauteur :-D

 

 

Ed. Le Cherche Midi, avril 2009, Collection "Lot 49"

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Yves Pellegrin

Titre original : Plowing The Dark (2000)

 

Les avis d'Anna Blume, de Keisha, d'Amanda, Leilonna,

Commentaires

Si tu n'es pas à la hauteur de ce roman, alors moi je rampe carrément .. je passe sans regret. (J - 2 !!).

Écrit par : Aifelle | 23.04.2009

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(Tu comptes les jours !! Ouah !! :-D)

Attends le billet d'Amanda, elle a beaucoup aimé la partie Taimour, et l'a quand même dévoré en 2 jours... Moi aussi d'ailleurs, je l'ai lu d'une traite en un week-end, mais je n'y ai pas trouvé ce que j'avais adoré dans Le temps où nous chantions ou La chambre aux échos...
D'ailleurs depuis j'ai tenté 3 fermiers s'en vont au bal, et abandonné assez vite... Je ne suis donc pas inconditionnelle.

Mais c'est normal : il n'existe pas d'auteur dont on puisse aimer tous les écrits.

Écrit par : Cuné | 23.04.2009

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Mon Dieu! J'étais plutôt contente d'apprendre cette parution chez Amanda, mais me voilà refroidie!!

Écrit par : chiffonnette | 23.04.2009

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Ah tiens, je n'avais pas compris que toute la partie sur l'otage était à la 2e personne du pluriel, c'est un procédé qui, paradoxalement, m'empêche de m'impliquer dans le roman. (autrement dit : ça me gonfle ;-P)
Ceci dit, Powers ne m'a jamais paru être un écrivain "grand public", c'est fouillé, dense, ça demande une sacrée disponibilité de la part du lecteur, il n'aborde pas des thèmes faciles... ce nouveau roman ne me dit rien.

Écrit par : erzébeth | 23.04.2009

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Bon, jamais lu cet auteur (encore un...) mais je ne vais pas commencer par celui-là. Je me garde "Le temps où nous chantions" pour l'été...

Écrit par : Ys | 23.04.2009

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Tu as raison de faire le rapprochement avec "Trois fermiers".
Je trouve qu'il y a beaucoup de similitudes entre tout ce qui touche la vie au bureau de ce roman et les parties à propos de la Caverne de "L'ombre en fuite". Et ma lecture est aussi laborieuse pour l'un qu'elle l'a été pour l'autre... malgré quelques beaux passages.
Ce roman ayant été écrit en 2000 (et les "Trois fermiers" plus tôt encore), peut-être y a-t-il eu depuis une évolution dans l'écriture ou le mode de narration de Powers à laquelle on est plus réceptif, tout simplement...

Écrit par : In Cold Blog | 23.04.2009

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Je crois que ce n'était pas avec celui-ci que j'aurais dû découvrir Powers ... je peine, j'en suis à la moitié, et pour l'instant l'intrigue ne me plaît qu'à moitié.

Écrit par : Leiloona | 23.04.2009

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(Un petit problème de concordance de temps dans mon dernier message. La caféine n'est pas encore arrivée au cerveau, je crois.)
... Erff oui . Ecrire "thé" ou lieu de "temps" le prouve aussi.

Écrit par : Leiloona | 23.04.2009

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:-D

Écrit par : Cuné | 23.04.2009

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Comme In Cold Blog, je me suis intéressée à la date de parution, car les romans de Powers sont traduits petit à petit. Sa remarque est bonne.
Je "plains" Leiloona de découvrir Powers avec ce titre, je recommande de commencer par Le temps où nous chantions, qui est sublimissime, et dont on retrouve quelques échos ici, dans la description des compositions musicales.
Il m'a fallu faire confiance à Richard Powers (et suivre les aventures de l'otage aussi) pour rentrer dans ce livre. Petit à petit on en sait plus sur les personnages (autrement que sur leurs capacités en informatique!) et les chapitres au Liban sont plus longs et plus fréquents.
Je reste pleine d'admiration à l'égard de Powers qui a su mettre son style magnifique au service de descriptions très techniques. J'avoue que le fait d'avoir une petite culture scientifique m'a aidée, même si je n'ai sûrement pas tout compris.
J'attends les avis des autres lecteurs!!!

Écrit par : keisha | 23.04.2009

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tellement aimé Taimur que je le relirais presque en zappant tout ce qui concerne la Caverne (c'est pô bien, hein ?:)

Écrit par : amanda | 23.04.2009

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et TU es à la hauteur. non mais.

Écrit par : amanda | 23.04.2009

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Je débarque de ma caverne, je viens te rendre visite parce que, voilà, j'aime bien, je passe et qu'est-ce que je vois ??? Le nouveau Powers !!! Lu en un week-end, tu m'épates... J'avais lu "La chambre aux échos" en plus d'une semaine si je me souviens bien... Hum, tu m'intrigues mais j'ai définitivement trop à lire en ce moment.

Écrit par : Bookomaton | 23.04.2009

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Oui, Keisha, moi aussi j'encourage tout le monde à lire Le temps où nous chantions :-D Ou La chambre aux échos aussi, d'ailleurs.

Pour celui-ci, je ne sais vraiment pas me prononcer... A lire dans l'optique de lire "tout" Powers, sinon...

Bookomaton : Nan mais tu sais bien comment c'est quand tu as entre les mains les épreuves d'un roman d'un écrivain que tu vénères, non ? :-D Tu mets ta vie en suspension, c'est tout ;o)

Amanda : Non, sérieusement, me manque quelques brouettées de connaissances sur ce coup :-D (Et Taimur ne m'a pas séduite)

Écrit par : Cuné | 23.04.2009

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:D (et si je te disais que j'ai envie de lire le coran ?!)

Écrit par : amanda | 23.04.2009

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(Je dirais que tu as sérieusement craqué !! ;o))

Écrit par : Cuné | 23.04.2009

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Pour info : le prochain roman de Powers que le cherche midi publiera en 2010 sera une nouveauté (je crois qu'il n'est même pas encore paru aux Etats-Unis) "Generosity". L'éditeur m'a dit que ce serait un ouvrage assez court. J'espère qu'il fédèrera plus de lecteurs que cette "Ombre en fuite" qui, j'en suis désolée, vous a causé tellement de migraines à toutes et tous. Merci quand même d'avoir fait un billet.

Écrit par : Solène | 23.04.2009

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Tout un programme ce titre.... :-D
Vivement 2010 !

Écrit par : Cuné | 23.04.2009

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Pour l'instant je bute sur La chambre aux echos, alors pour celui-ci, je crois que je vais attendre un peu...
Je note quand même que RP se renouvelle complètement dans chacun de ses romans.

Écrit par : Papillon | 23.04.2009

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Oui, c'est indéniable !

Écrit par : Cuné | 23.04.2009

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Je crois que tu viens de me convaincre de commencer ma découverte de RP par le titre que j'ai déjà acheté et qui semble faire l'unanimité soit Le temps où nous chantions. C'est plus sûr comme lecture.

Écrit par : Frisette | 23.04.2009

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Cf info de Solène: chouette, on se décide à publier Powers un peu plus. Et comme il se renouvelle bien, avec un peu de chance ce sera plus aisé...

Écrit par : keisha | 23.04.2009

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Indéniable, il ne faut pas commencer par ce roman pour découvrir Richard Powers, une de mes plus belles découvertes de ces dernières années (grâce à toi d'ailleurs ; encore merci !). j'attendais avec impatience ton avis sur ce titre. Je vois que nous avons le même avis.J'avais peur d'être la seule à ne pas avoir tout cerné. Ouf !

Écrit par : Anna Blume | 23.04.2009

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Bon, ça me fait un peu peur, ça vu que je l'ai reçu aussi... et que je suis assez fatiguée pour ne rien comprendre si je m'y mets maintenant... je vais donc attendre quelques jours, le temps de reprendre mes esprits!

Écrit par : Karine :) | 24.04.2009

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Je viens de terminer Le temps où nous chantions. Magnifique mais pourtant je ne suis pas repartie pour un tour. Peut-être plus tard.

Écrit par : Theoma | 24.04.2009

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Ah mais Le temps où nous chantions... Tout à fait à part ce roman :-D

Écrit par : Cuné | 25.04.2009

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ca va du coup je me sens moins seul car c'est un livre auquel je n'ai rien mais vraiment rien compris, me sentant presque comme une me**e ou stupide. Il y a un moment ou trop c'est trop, ou pas assez pas assez mia si le message est noyé dans un style plus qu'abscond, si on ne comprend pas le but c'est que ce le livre est un echec

Écrit par : bartllebooth | 24.09.2009

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Je suis au regret de n'avoir rien de nouveau à ajouter aux avis majoritaires et concordants sur la difficulté de ce livre de Powers comparé aux autres,livre que je ne découvre qu'en édition de poche.J'aurais bien aimé le comprendre facilement et me sentir bien dedans ,mais il n'en est rien et je patauge,abandonne,reprends...etc...Mais on ne me feras jamais dire du mal de Powers,qui s'en donne du mal,lui!

Écrit par : michel | 10.01.2011

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