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22.04.2009
La maison d'Apre-Vent - Charles Dickens (1)
Parfois, une rencontre est nimbée de magie, et l'évidence s'impose : Dickens m'accompagnera désormais jusqu'à la fin de ma vie (et quelle joie que ces milliers de lignes à ma disposition).
Ce n'est pourtant pas la première fois que je le lis, mais sans doute le temps n'était-il pas venu. C'est dans Duma Key de Stephen King qu'il est fait allusion à un personnage de Bleak House, et une envie irrépréssible m'a prise de le lire (ce qui prouve que l'envie peut surgir du plus inattendu). Pour m'entourer du maximum de plaisir, j'ai décidé de le lire dans La Pléiade, traduit et annoté par Sylvère Monod.

Au stade de lecture où je suis arrivée (chapitre XXXV), je me dit qu'il me sera vraiment difficile d'en faire un billet, tant j'ai la sensation de ne pas être à la hauteur de tout ce qu'on pourrait (et devrait ?) dire à propos de ce roman.
Mais rien ne m'obligeant à faire ce dont je n'ai pas envie, je choisis l'option de deviser au fil de ma lecture, sur différents points soulevant mon intérêt. Et j'ai aujourd'hui envie de parler de quelques détails de la traduction.
Le titre, d'abord, est longuement disséqué dans la préface. Il faut savoir que "bleak" est porteur de quatre sens distincts : 1. pâle, maladif 2. nu, exposé, battu des vents 3. froid, glacial 4. sans joie, lugubre. Certaines traductions ont choisi l'option de garder le titre original, lésant ainsi le lecteur français. Après de longues recherches, c'est La maison d'âpre-Vent (A majuscule avec accent circonflexe, ce que je ne sais pas faire sur mon clavier) qui sera validé par la bibliothèque de La Pléiade.
Toute la préface est déjà passionnante, parce qu'elle dissèque les points délicats d'une traduction, dans le seul but que le lecteur francophone reçoive le même choc devant la traduction que l'anglais devant le texte. Mission impossible, s'il en est !
Ainsi par exemple, Hortense, la servante française (d'Avignon ou de Marseille, nous dit Dickens) de Lady Dedlock s'exprime-t-elle dans un anglais hérissé de gallicismes, c'est-à-dire de transpositions littérales d'expressions idiomatiques françaises (ou que Dickens imagine être telles); il est impossible d'en donner une idée exacte en français. Sylvère Monod s'éverture donc à trouver autre chose un léger surcroît de raideur, de discrètes singularités d'un autre ordre et, à deux ou trois reprises, en désespoir de cause, une annotation.
Un autre exemple qui a provoqué mes gloussements, est le passage déclinant les "ullité" et 'oussif". Je reproduis le premier dans son intégralité, avec son annotation :
"Nous avons ensuite Lord Bullité, qui jouit d'une réputation considérable dans son parti, qui a été au pouvoir et qui déclare à Sir Leicester Dedlock après dîner, avec beaucoup de gravité, qu'il ne voit vraiment pas où l'on va à l'époque acutelle. Un débat n'est plus ce qu'un débat était autrefois; la Chambre n'est plus ce que la Chambre était autrefois; même un Cabinet n'est plus ce qu'il était jadis. A supposer que le gouvernement actuel soit renversé, il découvre avec stupeur que la Couronne, pour former un nouveau ministère, serait limitée à un choix entre Lord Cullité et Sir Thomas Dullité (à supposer qu'il soit impossible au duc de Fullité de marcher avec Gullité, comme il y a tout lieu de le supposer par suite de la rupture résultant de l'histoire de Hullité). Alors, en donnant à Jullité l'Intérieur et le poste de chef de la majorité à la Chambre des Communes, l'Echiquier à Kullité, les Colonies à Lullité et les Affaires Etrangères à Mullité, que fera-t-on de Nullité ? On ne peut lui offrir la présidence du Conseil privé : elle est réservée pour Pullité. On ne peut pas le mettre aux Eaux et Forêts, qui suffiront à peine pour Quillité. Que s'ensuit-il ? Que le pays est naufragé, perdu et démoli (ce qui devient manifeste au regard patriotique de Sir Leicester Dedlock), parce qu'on ne peut pas caser Nullité ! "
" La série alphabétique Boodle, Coodle, etc., aurait un aspect de la farce si elle n'avait une intention symbolique et satirique. Elle a pour objet d'aboutir à Noodle (qui signifie "Nouille", mais le soucis de l'euphonie et la crainte d'accidents de parcours ont fait préférer "Nullité")."
Je trouve qu'il y a là un humour fou du traducteur ;o)
Mais d'une manière générale il y a également beaucoup d'humour chez Charles Dickens... A suivre...
04:35 Publié dans Livres : Classiques, Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, traduction |


Commentaires
il y a longtemps que je souhaite le lire mais son titre n'apparaissait pas toujours identique ce qui ne facilite pas
on présentait même ce roman comme le meilleur de dickens !
Ton billet vient de réactiver mon envie, je vais aller voir si il existe en folio parce que en pléiade ça devra attendre noel :-))
Écrit par : Dominique | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireDe mon côté, je n'ai pas encore attaqué ce monstre de la littérature anglaise (enfin si, j'ai lu son conte de Noël, très bien mais trop court), je me concentre pour le moment sur les monstres français (Marcel, Emile...) !!!
Et je suis d'accord avec ton blog-it du jour ! Vraiment la classe. Tout simplement. (Il me rappelle aussi la classe de Benjamin Siskou.)
Écrit par : Caroline | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireJe ne vois pas où est la présomption dans ta démarche; et je ne vois pas non plus pourquoi tu ne serais pas à la hauteur. Ils sont terribles, ces classiques, ils réussissent toujours à nous impressionner... Tiens, j'ai justement lu ça hier : "Le sérieux avec lequel nous considérons la littérature me serre le cœur." (Pierre Michon) Alors, là où il y a du plaisir et envie de le partager, ce serait dommage de se priver !
Hier (encore, oui), j'ai relu la polémique (sur BibliObs) sur la traduction de "Millenium"... et je ne sais-plus-qui disait que ça serait bien qu'on parle plus souvent des traducteurs, parce que c'est quand même grâce à eux qu'on a accès à des œuvres étrangères...
Bref.
Ton billet est très intéressant. Et ton nouvel amour pour Charles me remplit de joie !
Écrit par : erzébeth, 1000 fois trop bavarde | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireEt je me pose aussi beaucoup de questions sur les traductions.
Écrit par : Lilly | 22.04.2009
Répondre à ce commentaire@ Caro : Je n'ai pas ressenti ce choc de lecture avec les classiques français... pas encore, peut-être :-D
(Pour Dalé, faut dire qu'il se détache aisément du lot vu la pauvreté du reste, quand même...)
@ Erzébeth : Tu as raison (et Pierre Michon ô combien !) il faudrait faire abstraction du monument que représente un classique pour en parler comme on l'a ressenti, sans trembler de passer pour une courge. Après tout, si j'apprécie autant ma lecture de Bleak House c'est avant tout parce que l'histoire m'emporte, servie par un style qui me plaît beaucoup. Ce serait le premier roman d'un auteur contemporain que j'aimerais pareil :-D
@ Lilly : C'est en tout cas une idée que je trouve exaltante, me dire que j'ai encore toute la vie devant moi pour lire tranquillement "tout" Dickens :-D (et pour rien, sans autre but que de me faire plaisir, et éventuellement de détecter son influence dans les intrigues ou le style des romans contemporains que je lis...)
Écrit par : Cuné | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireJ'ai lu récemment Martin Chuzzlewit et là aussi on ne peut que tirer son chapeau au traducteur. Avec un auteur aussi génial, des personnages dont la façon de s'exprimer est souvent caractéristique, difficile de traduire! A une époque je lisais Dickens en anglais, j'ai arrêté, car c'est vraiment difficile, sa prose et son style sont "trop riches"!!!
Je note donc ce titre pour une prochaine lecture de Dickens ...
Écrit par : keisha | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : In Cold Blog | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireICB : C'est vraiment une histoire de goût, j'adore ce papier bible ! :-D
Écrit par : Cuné | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Florinette | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion pâmée | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireFashion : En fait, ce ne sont pas tant les classiques que je n'aime pas, c'est m'ennuyer. Et je m'ennuie quand je lis pas mal de classiques, voilà ! Mais Dickens m'a happée de suite, aucune trace d'ennui :-D
Écrit par : Cuné | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : freude | 22.04.2009
Répondre à ce commentaire(En ai lus quelques-uns dans ma lointaine jeunesse...)
Écrit par : Papillon | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Isil | 22.04.2009
Répondre à ce commentaire(Je viens de pleurer cet après-midi à l'agonie du petit Jo, quel personnage celui-là....)
Papillon : c'est pas faux (je ne peux plus dire ça sans penser à Perceval, bien sûr ^^) :-D
Écrit par : Cuné | 22.04.2009
Répondre à ce commentaire:-) Je suis ravie que tu ailles vers Dickens, ou plutôt "autour" de lui, comme tu dis. Je suis tellement ignare de cet auteur ! (vais-je le rester après être passée ici ??? Fichtrement non)
Écrit par : pagesapages | 22.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Chimère | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 23.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine :)... aussi pâmée que Fashion | 24.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 24.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : dominique | 24.04.2009
Répondre à ce commentairePar contre les récits de Noël, pas emballée...
Écrit par : Cuné | 24.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : choupynette | 25.04.2009
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