« De grandes espérances - Charles Dickens | Page d'accueil | Crossing the Williamsburg Bridge - Sholby »
03.05.2009
L'Amour est à la lettre A - Paola Calvetti
"Si tu comprends la trame d'un film ou d'un livre dans les vingt premières minutes et que tu ne ressens pas le besoin, un peu obsessionnel, de savoir comment ça va finir, c'est que l'histoire ne fonctionne pas."
Il était une fois une traductrice que son métier emmenait autour du monde qui en a eu assez. Sans aucune expérience, elle décide d'ouvrir une librairie spécialisée à Milan, où l'on ne trouve que des romans d'amour. Bons ou pas, elle n'en a cure, ce qui compte c'est le thème. Réapparaît alors dans le paysage son amour d'adolescence, et débute une correspondance secrète entrecoupée de séjours à Belle-île-en-mer, où nos deux quinquagénaires se retrouvent une fois l'an. C'est la vie, active et fort rentable, de la librairie et de ses habitants (clients et employés) que nous suivons...
La majorité de la blogolecture tord son petit nez devant ce roman, et les arguments relevés sont tous justes : oui, la relation épistolaire ne sonne pas juste, le sort de la librairie est un conte de fée sans vraisemblance, des auteurs comme Marc Levy sont cités (mais lui c'est pour son physique, c'est écrit noir sur blanc), il y a une certaine maladresse dans l'évocation des oeuvres et dans le style général (et c'est dommage, parce que certaines idées sont vraiment intéressantes, mais mal dites). Ok. Les premières pages n'augurent rien de bon, puis on se prend avec délice au jeu, avant de voir retomber tout enthousiasme, pour finalement se laisser attendrir par les dernières pages.
Mais plein d'autres choses m'ont beaucoup plu dans ce roman et j'y vais en vrac :
J'ai trouvé à de nombreuses reprises fort justes les réflexions d'Emma et Federico, dans leur optique de cinquantenaires, sur des choses très différentes. J'ai ressenti une affinité avec nombre de leurs propos. J'ai aimé l'Italie présentée, ça m'a donné faim, et envie de bruit et de mouvement. J'ai adoré les vitrines, ce concept mobile et changeant m'a occupé l'esprit pendant de longs moments, je cherchais moi aussi des titres qui cadraient...
Exemple : La folie, pour la venue de Patrick McGrath. (la première phrase est géniale, carrément !)
"La folie, telle que je me la suis imaginée, est calcaire. J'ai acheté du plâtre chez le droguiste, que j'ai mélangé avec de l'eau, et j'en ai passé au pinceau sur les quatre bords extérieurs de la vitrine. Sur le panneau du fond, j'ai tendu un drap de lin raidi à l'amidon. Deux mannequins sont revêtus des camisoles de force que m'a prêtées le docteur Dominelli, qui travaillait à l'hôpital psychiatrique de Mombello et qui habite dans mon immeuble. Les mannequins se toisent avec des airs plus ou moins suspicieux, les deux têtes en polystyrène, où sont collés des yeux découpés dans des revues, sont fixées par une épingle à chapeau. Autour d'eux, posés par terre, un peigne, un bol, une assiette, un parapluie (il y a toujours un parapluie dans un roman avec des fous), le tout recouvert de plâtre, y compris les livres (quatre exemplaires à jeter, mais ça valait la peine) : Spider, Martha Peake, Port Mungo, L'Etrange Histoire de sir Hugo et de son valet Fledge, que nous présenterons demain. Au milieu, j'ai empilé des exemplaires de L'Asile, j'en ai glissé d'autres dans les manches des camisoles de force. Un amoncellement de livres à la couverture grise."
J'ai beaucoup aimé également ce qu'elle déclare à l'occasion de la venue de Nick Hornby. En fait, elle a été irritée quand elle a lu un de ses articles dans The Believer, dont le credo unique est : écrivez ce que vous voulez sur les livres mais Ne les descendez pas en flammes. Elle dit alors :
"Je l'accueillerai avec les honneurs dus à un écrivain d'un rare talent et réellement sympathique, mais je ne me laisserai pas intimider. Je lui dirai : Monsieur Hornby, pourquoi diffamez-vous publiquement Tchekhov et sa femme ? Monsieur Hornby, vous avez eu des phrases insultantes pour celui dont vous reconnaissez vous-même qu'il est un géant de la littérature, "réduit aux pires mièvreries comme "mon petit chien", "mon petit chien chéri", "ma chère petite linotte", "épouse chérie grigou", "mon petit cheval", "ma brave fille, ma colombe", "mon petit cafard"... Pour l'amour de Dieu, surveille-toi, l'ami ! Tu es un grand !" Comme si vous ne saviez pas qu'à certains moments nous devenons tous un peu idiots et parlons un langage que nous n'utiliserions jamais dans d'autres situations.
"Surveille-toi", à Tchekhov, comme si c'était n'importe qui, alors qu'il est simplement amoureux !"
Et au fond, tout le truc est là. Quand on est amoureux, on est différent, c'est un fait, une évidence. On fait, on dit, on passe sur des choses qui ne nous correspondent pas vraiment, on est léger, et on en profite, parce qu'on sait bien que cet état de grâce n'est pas fait pour durer. En tant qu'amoureuse des livres, je déclare solennellement ce roman sympathique.
Ed. Presses de la Cité, 2009, 380 p.
Traduit de l'Italien part Françoise Brun
Merci Doriane !
Les avis (disparates) de : Le Grand Nulle Part, Estelle C., Cryssilda, Anna Blume, Virginie, Pom', Rory, Hathaway, ...
11:03 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : libraire, cinquantaine, italie, romans d'amour


Commentaires
Écrit par : cathulu | 03.05.2009
Répondre à ce commentaireTu verras, plein de choses te parleront, si l'histoire ne te séduit pas, promis ;o)
Ces vitrines, elles sont top. Et la folie calcaire... c'est TELLEMENT ça pour moi).
Je n'ai pas noté beaucoup de titres par contre, les romans d'amour, bon, pas tellement envie... Mais quelques-uns quand même :-D
Cette héroïne m'est extrêmement sympathique, au final. Plus que son histoire :-D
Écrit par : Cuné | 03.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine :) | 03.05.2009
Répondre à ce commentaire;-))
Écrit par : La Pyrénéenne | 03.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | 03.05.2009
Répondre à ce commentaireAifelle, c'est tout à fait ça : du charme malgré les imperfections.
Karine : je me mouille, je pense que tu y trouverais du plaisir :-D
Écrit par : Cuné | 03.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : mallou29 | 03.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Maribel | 03.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Doriane | 03.05.2009
Répondre à ce commentaire(hum, je sors)
(désolée)
(non, ravie pour toi)
(jalouse, en fait, devant ta décision)
(envieuse, quoi)
sinon, pour le bouquin,.. pas sure que ce soit pour moi, même si je me dis que peut-être...
(bonjour le commentaire débile du dimanche soir, hein ?)
Écrit par : amanda | 03.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 03.05.2009
Répondre à ce commentaireDr Yves-Victor Kamami
auteur de "Nouvelles médecines anti-age" (Editions du Dauphin)
www.nouvellesmedecinesantiage.com
www.medecineanti-age.com
Écrit par : Yves-Victor Kamami | 04.05.2009
Répondre à ce commentairePar contre, ce que je n'ai pas compris c'est pourquoi avec une économie d'un paquet et demi par jour, nous ne sommes pas plus riches aujourd'hui ;-(
Écrit par : Anne | 04.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Brize | 04.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Theoma | 04.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ofelia | 04.05.2009
Répondre à ce commentaireBrize : Oui, j'ai lu ça chez toi, je peux comprendre :-D
Ofelia : Tu verras, il y a de bonnes choses dedans quand même
Théoma : Sinon l'exemplaire de Doriane voyage (voir sur son blog), c'est comme ça que j'ai pu le lire :-D
Écrit par : Cuné | 04.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Pimprenelle | 07.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 07.05.2009
Répondre à ce commentaireMerci de m'avoir dedié du temps et de l'energie.
Merci à la belle description de l'auteur du blog,
Paola Calvetti
Écrit par : paola | 09.05.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : akialam | 28.05.2009
Répondre à ce commentaireHélène M
Écrit par : Helene M | 03.01.2010
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire