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26.05.2009

Temps difficiles - Charles Dickens

Écrit en 1854 (soit après Bleak House, qui reste ma référence et mon roman préféré), ce "Temps difficiles" est un roman social, mais à la sauce Dickens, c'est à dire avec des personnages flamboyants et du mélo, tout ce qu'il faut pour saisir et emporter le lecteur (tiens, d'ailleurs, je n'ai pas vraiment ri dans ce roman, les aspects humoristiques n'abondent pas).

 

dickens temps difficiles.jpg

Nous sommes à Coketown (Manchester) où nous assistons aux débuts de l'industrialisation, mêlant les différences sociales aux histoires d'amour, nous brossant de saisissants portraits du bourgeois ou de la masse ouvrière.

C'est un roman dans lequel on a du grain à moudre en ce qui concerne les personnages détestables. Le petit garnement, Tom Gradgrind, par exemple, est à baffer du début à la fin (bon une très brève expiation nous est brièvement évoquée, mais...). Sa soeur Louisa lui voue une affection d'autant plus forte qu'elle est totalement irrationnelle, leur éducation ayant été toute basée sur l'utilitarisme, leurs sentiments étouffés. Il est infect avec elle, et n'hésite pas à parler d'elle ainsi en son absence :

" - Oh ! dit Tom d'un air de dédaigneuse condescendance, c'est une vraie femme. Une femme peut s'accommoder de n'importe quelle vie. Elle s'est habituée à la sienne et ça lui est égal. Autant celle-là qu'une autre."

Ou encore Mrs. Sparsit, dont Dickens nous dresse une description physique d'anthologie !  (Mais elle le mérite, quelle saleté celle-ci !) :

"Mrs. Sparsit, tout en reposant pour retremper ses nerfs dans la retraite de Mr. Bounderby, montait une garde si assidue, nuit et jour, sous ses sourcils coriolanesques que ses yeux, semblables à une paire de phares sur un littoral hérissé de récifs, auraient pu prémunir tous les marins prudents contre ce hardi rocher qu'était son nez romain, et contre la sombre et rocailleuse région qui l'environnait, n'eût été la placidité de ses manières. Bien qu'il fût difficile de croire, quand elle se retirait pour la nuit, qu'elle accomplît en cela autre chose qu'une formalité, tant ses yeux classiques demeuraient vigilants et tant il paraissait impossible que son nez rigide pût jamais consentir à se détendre, pourtant sa manière de s'asseoir en lissant ses mitaines incommodes, pour ne pas dire râpeuses (elles étaient faites dans une matière froide comme un garde-manger) ou de caracoler vers des destinations inconnues, le pied dans son étrier de coton, était empreinte d'une si parfaite sérénité que la plupart des observateurs auraient été contraints de la prendre pour une colombe, incarnée par quelque caprice de la Nature dans le tabernacle terrestre d'un oiseau de la tribu des becs-crochus."

Sans oublier Mr. Bounderby, dont la gouaille agressive et prompte à condamner, les avis tranchés et l'imbécile besoin d'être mis en avant vont - forcément - se retourner contre lui. Laissons-le se présenter seul : "Je suis un habitant de Coketown. Je suis Josiah Bounderby de Coketown. Je connais les briques de cette ville, je connais les fabriques de cette ville, je connais les cheminées de cette ville, je connais la fumée de cette ville et je connais la main-d'oeuvre de cette ville. Je connais tout ça assez bien. Ce sont des choses réelles. Quand un homme vient me parler de qualités imaginaires, je réponds toujours à cet homme, quel qu'il soit, que je sais ce qu'il entend par là. Il entend par là : potage à la tortue et venaison, avec une cuiller en or, et ce qu'il veut, c'est un carrosse à six chevaux."

Mais le vrai thème de ce roman est peut-être la mise en miroir de deux modes de pensée très différents : l'un postulant que le système social est fondé sur le seul intérêt personnel, et l'autre admettant (en le payant ô combien chèrement) que les sentiments ont peut-être bien un vrai rôle à jouer... Après il faut le lire pour en savoir plus... Mais croyez-moi, vous vibrerez !

 

Ed. Gallimard 1956 & Folio classique 1985, 406 p.

Traduction d'Andhrée Vaillant

 

Le très bel avis d'Isil.

 

 

Commentaires

Un livre toujours d'actualité donc...

Écrit par : cathulu | 26.05.2009

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Ah mais complètement ! Je connais des Bounderby plus vrais que nature !

Écrit par : Cuné | 26.05.2009

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Un des premiers Dickens que j'ai lus. Souvenirs, souvenirs... :)))

Écrit par : fashion | 26.05.2009

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Pourquoi pas? Avec des sentiments et des portraits aussi forts, on ne peut pas s'ennuyer!

Écrit par : Mango | 26.05.2009

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406 pages (seulement) et existe en poche? Trop tentant ce Dickens là...

Écrit par : keisha | 26.05.2009

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Grâce à toi, je découvre tout Dickens, c'est génial. Je n'ai lu qu'Oliver Twist et Un chant de Noel et j'ai très envie d'en découvrir davantage grâce à tes billets.

Écrit par : Stephie | 26.05.2009

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J'apprécie énormément cette longue incursion chez Dickens, se faire une idée assez complète de l'oeuvre d'un écrivain, découvrir des billets sur ce que l'on a pas lu, un long parcours bien passionnant Cuné
j'apprécie particulièrement les sourcils coriolanesques :-)

Écrit par : Dominique | 26.05.2009

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Merci, je suis heureuse de ne pas faire fuir tout le monde avec ma nouvelle passion pour Dickens, je me marre quand même en voyant les adresses mail se désabonner de ma newsletter les unes après les autres ;o)

Mais en même temps, à l'évidence, je ne peux lutter contre mes goûts et mes envies ! :-D

Dominique : Alors, "coriolanesque", j'ai fait des recherches, je ne connaissais absolument pas Coriolan ! A un autre moment, c'est une autre partie de son visage qui est ainsi qualifiée ;o)

Stephie : Ma lecture d'Oliver Twist me remplit de joie par anticipation !

Keisha : Oui, hein ?! :-D

Mango : Non, on ne s'ennuie jamais avec Dickens ;o)

Fashion : Et c'était quand ? Comment ? Raconte :-D

Écrit par : Cuné | 26.05.2009

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Personnellement, j'aime les gens passionnés, et quand en plus ça parle d'un auteur que j'apprécie, je me régale :)
Et là, diantre, tu nous présentes un roman qui n'est pas épuisé ! Tu sais que ça fait tout drôle ? ;)

(et j'adoore ton blog-it, mais des cochons d'inde, c'est quand même mieux que rien, non ? ;) )

Écrit par : erzébeth | 26.05.2009

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(A pu cochons d'inde, et je ne veux pas en reprendre : je suis une mère cruelle)(qui souffre trop quand ils disparaissent).
(Ah, et en rapport avec ton commentaire chez Fashion, je pense que le bord de mer normand te conviendrait infiniment : la chaleur y est un concept inconnu ou alors d'une brièveté qui t'agréerait ;o))
(Ah, les belles soirées d'été sous un jean et un gros pull ! ^^)

Écrit par : Cuné | 26.05.2009

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C'est vrai qu'il est moins drôle que les autres (encore que Mr Bounderby m'a amusé par anticipation parce que je voyais venir la révélation sur lui).
Je vais finir par craquer avec tout ça et en lire un autre si ça continue alors que je me suis promis de n'en lire que 2 par an pour faire durer le plaisir :-)

Écrit par : Isil | 26.05.2009

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Je l'ai lu mais je ne m'en souviens plus trop trop, il faut que je fasse de la spéléo dans ma bibli, 400 pages, ça va vite ! Bon maintenant il faudrait arrêter de donner envie aux gens de lire ou relire Dickens ! Il ne manquerait plus que tu fasses de même avec les Rougon-Macquart...

Écrit par : freude | 26.05.2009

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Je ne l'ai pas lu, parce que je sais qu'il est triste, et je n'aime pas les histoires tristes... (dis la fille qui en vénère je ne sais pas combien) Mais à cause de toi, je sais que je dois le lire.

Écrit par : Lilly | 26.05.2009

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C'était à la fac. En Lettres, il y a une UV (enfin, ça ne s'appelle plus comme ça maintenant mais je suis vieille:)) obligatoire de langue vivante. J'avais pris anglais et on avait une heure hebdomadaire de grammaire avec un prof dont on était toutes folles et une heure hebdomadaire de littérature avec une jeune prof qui m'a dit un jour, alors qu'on discutait à bâtons rompus : "Autant en emporte le vent est un chef-d'oeuvre, un vrai." J'adorais ce roman mais tout le monde se fichait de moi, selon une bonne vieille tradition française qui compartimente et hiérarchise la littérature. Du coup, j'ai demandé à cette jeune femme (dont le nom m'échappe totalement, c'est bien dommage) de me conseiller un auteur anglais fabuleux. Et ce fut Dickens. Et j'ai adoré. Et j'ai lu tout ce qu'à l'époque j'avais trouvé en poche. Voilàààà. Curiosité satisfaite ? :)))
(et le Pléiade part dès que j'ai trouvé une enveloppe) (à Monoprix) (cet après-midi si tout va bien)

Écrit par : fashion | 26.05.2009

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Isil : En effet, le lecteur sait ce qu'il en est du secret de Mr Bounderby et ses déclarations à l'emporte-pièce n'en sont que plus savoureuses ! 2 par an seulement ! Mais comment fais-tu ? :-D

Freude : Qui peut prédire mon prochaine engouement ? ^^

Lilly : Oui, il y a des moments vraiment tristes, mais pas que, non plus. Courage ! :-D

Fashion : Ma curiosité est insatiable, you know ! :-D (Trop coooooooool pour le Pléiade !! Merciiiiiiiiiiiiiiiiii )

Écrit par : Cuné | 26.05.2009

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J'ai une volonté de fer (et accessoirement, j'ai caché tous mes livres de Dickens hors de vue pour ne pas les voir en permanence :-D )

Écrit par : Isil | 26.05.2009

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(Toutes mes condoléances à tes cochons d'inde...)
(Et la Normandie, oui, bien sûr... de toute façon, je ne peux pas rester dans le Sud, je partirai dès qu'une opportunité se présenta) (dans vingt ans, quoi)
(Je peux venir passer l'été chez toi ? ;) )

Écrit par : erzébeth | 26.05.2009

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Tu avais des cochons d'Inde ? J'ai un lapin nain (c'est mes enfants qui seront tristes quand il s'envolera au paradis des lapins).
Pour "Temps difficiles", je ne l'ai pas lu, ça m'a l'air très joyeux ;-). Je suis surprise que ton Dickens favori soit Bleak House. Je l'ai trouvé bien, mais compliqué, tarabiscoté, embrouillé... J'ai adoré David Copperfield, par contre, que j'ai trouvé vraiment génial.

Écrit par : Schlabaya | 28.05.2009

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"Temps difficiles" n'est pas égal à lecture difficile :-)
J'ai adoré ce livre.

Écrit par : ariane | 28.05.2009

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Schlabaya : Le cochon d'inde est beaucoup plus démonstratif que le lapin nain (qui est beaucoup plus mignon !) et il communique beaucoup avec sa famille d'adoption. Le perdre est un vrai drame !
Pas trouvé Bleak House tarabiscoté du tout, j'ai adoré la profusion d'intrigues et de personnages, au contraire :-D
Histoire de goût, ça ne va pas plus loin !

Écrit par : Cuné | 29.05.2009

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Ah, tu n'as pas trouvé Bleak House trop compliqué ? Tu étais sans doute très concentrée. J'avoue avoir été désorienté par la multiplicité des personnages, la complexité de l'intrigue, mais j'ai tout de même bien aimé ce roman. J'ai trouvé très poignant le récit de ce qui concerne Lady Dedlock... Des chefs-d'oeuvres comme celui-ci ne trouveraient plus preneur maintenant dans l'édition, j'en ai bien peur : trop longs, pas au goût du jour.
Les cochons d'Inde ont la réputation d'être sympathiques, c'est vrai. Mais je préfère encore les lapins, même si j'ai pris le mien pour mes enfants.

Écrit par : Schlabaya | 29.05.2009

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cela me donne envie de lire Dickens je ne connais que Oliver Twist.

Écrit par : line | 29.05.2009

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Tu es vraiment en cure Dickens!!! Je ne l'ai pas lu, celui-là. Quant à Bleak House, quel plaisir de lecture!! Et j'achève la série (je sais, ça a été long!!) que j'apprécie de plus en plus avec les épisodes!!

Écrit par : Karine :) | 30.05.2009

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