« 2009-04 | Page d'accueil
| 2009-06 »
29.05.2009
Le Roi Arthur - Michael Morpurgo
Les légendes arthuriennes sous la plume de Michael Morpurgo, ça ne pouvait pas être mauvais ! Et de fait c'est même bon. Le roi Arthur, en compagnie de son fidèle Bercelet, attend depuis quatorze siècles que l'on ait à nouveau besoin de lui, dans un endroit hors du temps, une caverne. Visité, après un concours de circonstances, par un jeune garçon, il entreprend de lui raconter son histoire, ainsi que celle de certains de ses chevaliers (en fait il lui demande d'en choisir trois).

Ce roman fonctionne mieux qu'une potion magique : commencé du bout des yeux (avant que de le ranger, lors d'une opération sauvage "débroussaillons une chambre de pré-ado") j'ai tout laissé en plan et pouf, c'était déjà le soir. Je me suis emballée, j'ai été émue, j'ai ri, j'ai la tête pleine de nobles pensées et le coeur déchiré par toutes ces amours contrariées et malheureuses.
La plume est contemporaine mais les histoires éternelles, Excalibur, Camelot, Guenièvre, Lancelot, Perceval, Gauvain, Tristan et Iseut, et puis la triste fin... Ce monde prend vie sous nos yeux, c'est sobre et prenant, franchement idéal pour une première approche (à partir de 9 ans).
Je reconnais bien volontiers un irréversible penchant à tout "entendre" à travers le prisme de Kaamelott, et si cela ne rend guère plausible l'amour de Guenièvre et Arthur, pour Perceval, c'est d'une justesse impressionnante : 
"La première fois que je vis Perceval, je me souviens de m'être demandé : est-ce un homme ou un enfant ? Il a le corps d'un adulte très vigoureux, mais son visage est celui d'un petit garçon s'émerveillant de tout ce qu'il voit. Bouche bée, il écarquillait de grands yeux candides. Kay fut le premier à lui adresser la parole.
- Regardez un peu ce que nous a rapporté Bercelet, ricana-t-il. Allez, filez, vous sentez aussi mauvais qu'un putois.
Perceval l'ignora. Bercelet vint s'asseoir à côté de moi, et je fis signe à Perceval d'approcher. Il continuait à regarder autour de lui.
- Je m'appelle Perceval et je cherche le roi Arthur, dit-il. Ou Lancelot : c'est un ami à moi.
Kay n'était pas au bout de ses moqueries. Il prit Perceval par l'épaule et le fit pivoter face à lui.
- C'est moi le roi, dit-il. Je suis le roi Arthur. Adressez-vous à moi, mais commencez par vous mettre à genoux.
Perceval l'examina un instant avant de déclarer :
- Non, c'est faux. Vous avez une tête de belette et des yeux de cochon. Vous caquetez comme un geai et vous claironnez comme un coquelet. Un coquelet peut être roi sur un tas de fumier, mais vous n'êtes pas le roi Arthur, suzerain de Bretagne.
En entendant cela, tout le monde éclata de rire et tapa sur la table."
Ed. Gallimard Jeunesse, Folio Junior, 1995 & 2007, 262 p.
Traduit de l'anglais par Noël Chassériau, Illustrations de Michael Foreman
Lu également par Clarabel.
06:01 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : légendes arthuriennes, jeunesse, super prenant, je recommande
26.05.2009
Temps difficiles - Charles Dickens
Écrit en 1854 (soit après Bleak House, qui reste ma référence et mon roman préféré), ce "Temps difficiles" est un roman social, mais à la sauce Dickens, c'est à dire avec des personnages flamboyants et du mélo, tout ce qu'il faut pour saisir et emporter le lecteur (tiens, d'ailleurs, je n'ai pas vraiment ri dans ce roman, les aspects humoristiques n'abondent pas).

Nous sommes à Coketown (Manchester) où nous assistons aux débuts de l'industrialisation, mêlant les différences sociales aux histoires d'amour, nous brossant de saisissants portraits du bourgeois ou de la masse ouvrière.
C'est un roman dans lequel on a du grain à moudre en ce qui concerne les personnages détestables. Le petit garnement, Tom Gradgrind, par exemple, est à baffer du début à la fin (bon une très brève expiation nous est brièvement évoquée, mais...). Sa soeur Louisa lui voue une affection d'autant plus forte qu'elle est totalement irrationnelle, leur éducation ayant été toute basée sur l'utilitarisme, leurs sentiments étouffés. Il est infect avec elle, et n'hésite pas à parler d'elle ainsi en son absence :
" - Oh ! dit Tom d'un air de dédaigneuse condescendance, c'est une vraie femme. Une femme peut s'accommoder de n'importe quelle vie. Elle s'est habituée à la sienne et ça lui est égal. Autant celle-là qu'une autre."
Ou encore Mrs. Sparsit, dont Dickens nous dresse une description physique d'anthologie ! (Mais elle le mérite, quelle saleté celle-ci !) :
"Mrs. Sparsit, tout en reposant pour retremper ses nerfs dans la retraite de Mr. Bounderby, montait une garde si assidue, nuit et jour, sous ses sourcils coriolanesques que ses yeux, semblables à une paire de phares sur un littoral hérissé de récifs, auraient pu prémunir tous les marins prudents contre ce hardi rocher qu'était son nez romain, et contre la sombre et rocailleuse région qui l'environnait, n'eût été la placidité de ses manières. Bien qu'il fût difficile de croire, quand elle se retirait pour la nuit, qu'elle accomplît en cela autre chose qu'une formalité, tant ses yeux classiques demeuraient vigilants et tant il paraissait impossible que son nez rigide pût jamais consentir à se détendre, pourtant sa manière de s'asseoir en lissant ses mitaines incommodes, pour ne pas dire râpeuses (elles étaient faites dans une matière froide comme un garde-manger) ou de caracoler vers des destinations inconnues, le pied dans son étrier de coton, était empreinte d'une si parfaite sérénité que la plupart des observateurs auraient été contraints de la prendre pour une colombe, incarnée par quelque caprice de la Nature dans le tabernacle terrestre d'un oiseau de la tribu des becs-crochus."
Sans oublier Mr. Bounderby, dont la gouaille agressive et prompte à condamner, les avis tranchés et l'imbécile besoin d'être mis en avant vont - forcément - se retourner contre lui. Laissons-le se présenter seul : "Je suis un habitant de Coketown. Je suis Josiah Bounderby de Coketown. Je connais les briques de cette ville, je connais les fabriques de cette ville, je connais les cheminées de cette ville, je connais la fumée de cette ville et je connais la main-d'oeuvre de cette ville. Je connais tout ça assez bien. Ce sont des choses réelles. Quand un homme vient me parler de qualités imaginaires, je réponds toujours à cet homme, quel qu'il soit, que je sais ce qu'il entend par là. Il entend par là : potage à la tortue et venaison, avec une cuiller en or, et ce qu'il veut, c'est un carrosse à six chevaux."
Mais le vrai thème de ce roman est peut-être la mise en miroir de deux modes de pensée très différents : l'un postulant que le système social est fondé sur le seul intérêt personnel, et l'autre admettant (en le payant ô combien chèrement) que les sentiments ont peut-être bien un vrai rôle à jouer... Après il faut le lire pour en savoir plus... Mais croyez-moi, vous vibrerez !
Ed. Gallimard 1956 & Folio classique 1985, 406 p.
Traduction d'Andhrée Vaillant
06:00 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, temps difficiles, lent à démarrer mais une fois dedans, du nectar
25.05.2009
La voix du couteau - Patrick Ness
"M'tallez-vous, b'dam."
Une planète qui n'est pas la nôtre, un jeune loustic au coeur pur mais aux neurones quelque peu ... disons rarement sollicités, une donzelle, des conditions pour le moins hostiles : voilà en gros la trame de ce premier tome (Livre I) du cycle "Le chaos en marche".
Roman classique d'apprentissage, parcours semé d'embûches, quelques éléments de science-fiction, une plume efficace, rien à dire, la pub "le livre que vous ne pouvez pas lâcher" est fondée, à partir de 12-13 ans pour les bons lecteurs jusqu'au 4° âge, il n'y a pas de prescription.
Pour autant, il faut se cogner quand même TOUT le roman avec des idiosyncrasies permanentes (moult néologismes et traitement très particulier de l'orthographe et de la grammaire), et franchement, c'est lourd. Ça m'a rappelé "Histoire de Lisey" et donc j'ai grincé, les gens, je ne vous dis que ça. Ça m'a aussi fait penser à La Tour Sombre du même Stephen King, alors évidemment pas dans l'histoire, qui est bien maîtrisée, je le répète, mais dans un certain esprit, une façon d'appréhender les choses qui pour le coup, m'en semble directement inspirée.
Pas emballée, donc, et pas envie du tout de lire le tome 2 lorsqu'il sortira !
Si ça vous a plu, je vous promets que La Tour Sombre vous fera hurler de bonheur, alors !...
Ed. Gallimard Jeunesse, 2009, 441 p.
Traduit de l'anglais par Bruno Krebs (qui a dû en baver, ouh là... ^^)
Titre original : The Knife of Never Letting Go - Chaos Walking Book One
Les avis ravis des amies : Lily, Amanda, Lael, Cathulu, Fashion, Théoma ...
(Un truc qui m'a arraché le coeur quand même : Le sort de Manchee. Un Chapitre que j'ai trouvé in-ter-mi-nable : le 41 !)
04:06 Publié dans Bof | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, sf, roman d'apprentissage
24.05.2009
L'anglais n'est pas une langue magique - Jacques Poulin
Francis a une soeur, plus âgée que lui mais qu'il appelle "petite soeur", et un grand frère, l'écrivain Jack Waterman. Tous les deux veillent sur lui, car quand il écrit il n'est plus capable de vivre au quotidien. L'inspiration vient en place du sommeil, son débit est au goutte à goutte lorsque le livre avance, le quotidien n'a plus de sens, en dehors de ces mots si difficiles à capturer sur une page. Francis est aussi un "lecteur sur demande". On l'appelle et il vient, mais c'est un professionnel, il prépare ses interventions : il répète à haute voix, il se documente pour répondre à toute question concernant le roman qu'il lit, il sélectionne des passages.

Francis vit entre rêve et réalité. Cette situation est loin de l'inquiéter, d'ailleurs lorsqu'il a trop agi dans la réalité le besoin de se retrancher dans un rêve éveillé le taraude. Il n'a jamais éprouvé le besoin d'être comme tout le monde...
Tout le roman oscille entre deux eaux, comme un rêve éveillé dont on se sortirait brièvement parfois. C 'est brumeux et sans vraie direction, enfin pour ma part je n'ai pas dégagé de sens précis de l'histoire, pour autant tout le charme de la plume de Jacques Poulin est là, intact.
Il nous parle de bibliobus (lisez "La tournée d'automne" !), de lecteur, de lectrice, des livres qu'il aime (il nous offre même la couverture de "Far west" de Lewis et Clark, ainsi que de nombreux extraits), du pouvoir de la lecture (dans ses situations concrètes), de son avis sur la médiatisation (il n'en faut aucune), de l'acte d'écrire, aussi.
Bref, il nous parle de tout ce qu'on aime, avec des mots tout simples. C'est un roman qui déçoit quelque peu à la lecture au premier degré, on cherche un angle pour l'appréhender. Mais très vite, on se rend compte qu'il ne se laisse pas mettre un dans coin, qu'il continue de vivre dans notre tête alors qu'on l'a terminé. Des bribes reviennent, des sens se font jour, (par exemple, je me suis dis que cette fratrie représentait le même lecteur à différents stades de sa vie), le combat pour le français, que j'avais totalement ignoré pendant ma lecture avide et pressée, revenait me chercher.
Un roman à retardement ? :-D
Ed. Actes Sud, 2009, 156 p.
Lu de concert avec Frisette. (Reçu ton enveloppe hier ! On peut dire qu'elle aura pris son temps ! Grand merci en tous les cas :-D)
L'avis d'Allie.
04:42 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : jacques poulin, vive le québec, lisez jacques poulin
22.05.2009
"The dickensian charm"
"Les chroniques de Mudfog" n'ont été éditées en France qu'en 1988 (traduites par Paul Couturiau) aux Editions du Rocher et à l'instar du public contemporain de Dickens, je préfère les gros romans, bon. Je les lirai néanmoins, quand j'aurai épuisé les romans, et j'en parlerai donc plus tard.
Mais la préface ! Mazette, du petit lait ! Signée Pierre Gripari, elle se lit et se relit et s'approuve et occasionne des petits rires ravis qui sont l'ultime preuve, s'il en est, que quelqu'un pense comme vous et qu'il sait le dire : le monde est bien fait.
Morceaux choisis, mais les treize pages sont délicieuses :
"Les gens qui n'aiment pas Dickens sont des gens qui ont une faille, une fêlure.. Il leur manque un petit quelque chose."
"[Dickens] est le Roman par excellence, le Roman essentiel, intégral et typique, à l'état chimiquement pur, si j'ose dire. Chez lui la formule du genre est complète, avec toutes les bienheureuses contradictions que cela suppose."
"Son monde, il ne le décrit pas, il ne le reproduit ni ne le photographie : il le rêve, il le projette, l'enfante."
""The dickensian charm"; quelque chose d'indéfinissable, d'impondérable, d'inexplicable, de vaguement scandaleux, ce petit je ne sais quoi qui fait que l'on s'amuse quand on lit Dickens, que l'on est captivé, qu'on y revient toujours"
Foutre oui ! (Ceci est encore une citation. Me permettrais pas.... ;o))
05:04 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, pierre gripari, ça c'est de la préface
21.05.2009
Le professeur de piano - Janice Y.K. Lee
"Je vois toujours ce qu'il y a de bon chez les autres. Je les aime dès que je vois s'ouvrir une fenêtre sur leur âme et que je perçois leur être lumineux. Je suis tombée amoureuse de tant de gens de cette manière. L'ennui, c'est que je cesse de les aimer tout aussi vite. Dès que je vois ce qui est mauvais en eux."

Ces phrases, prononcées par Trudy, pourraient la résumer. 1941, Hong-Kong, Trudy est une belle eurasienne, la reine de Hong-Kong, dit-on. Fascinante, insaisissable, elle papillonne dans la bonne société, tout le monde la connaît. Will vit une belle et vraie histoire d'amour avec elle. Britannique pur jus, il vient de débarquer dans cette île chinoise, et apprend lentement à y prendre ses marques. Puis c'est la guerre. Les années passent, et nous voici en 1953, à suivre une jeune anglaise godiche nouvellement arrivée elle aussi...
Roman magique qui entremêle les deux époques pour nous révéler au compte-goutte en quoi elles sont liées. Premier roman, et c'est fou, tant il est maîtrisé et ciselé jusqu'au moindre de ses mots. Dès les premières pages on se rend compte que l'écriture possède cette capacité fort rare de créer le monde dont elle parle. Personnellement, je n'avais aucune envie particulière de me plonger dans la bonne société chinoise et insulaire des années 40 et 50, mon indifférence était solide et je doutais fort d'aller bien loin dans ces pages; quelle bouffonne, j'ai été happée, scotchée, emportée, bousculée, et au final bouleversée !
La deuxième partie, qui évoque très en détail les années d'occupation japonaise, est monstrueuse. La première nous introduit les protagonistes, la dernière explique enfin : un roman sacrément bien foutu et d'une puissance assez phénoménale. Il traite de nombreux sujets en un, le principal étant l'île d'Hong-Kong elle-même, avec sa mixité et ses particularités. Mais c'est avant tout également une magnifique, terrible et tumultueuse histoire d'amour.
Janice Y.K. Lee : Nom à noter et à suivre !
Ed. Plon, 2009, 357 p.
Traduit de l'anglais par Isabelle Chapman
Titre original : The Piano Teacher
(J'ai longuement hésité entre "excellent" et "mieux que bien", mais de toutes petites choses (comme le portrait plus consistant de la petite Locket) me font pencher vers la seconde catégorie, ça se joue à trois fois rien) (Je me fais rire toute seule avec mes classements de bout de chandelle !)
07:37 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : hong kong, guerre, après-guerre, britanniques, chinois, japonais, tragique histoire d'amour, premier roman
20.05.2009
Great expectations - Alfonso Cuaron (1998)
Plus qu'une adaptation, c'est un film inspiré du roman de Dickens, une très libre et moderne transposition. L'action se déroule dans les années 1980, en Floride et à New-York, Pip est devenu Finn, et il est peintre. C'est un film qui ne manque pas de charme, mais qui ne fonctionne pas bien au final.

Anne Bancroft est épatante, elle propose une Miss Havisham déjantée, à la fois effrayante et touchante. Son Manoir propose aussi des images magnifiques, un côté baroque qui colle vraiment bien à l'esprit de ce roman. Il y a également deux autres scènes très fortes, les retrouvailles avec Estella dans le parc de New-York, Gwyneth Paltrow y est d'une beauté saisissante, et le moment où Joe (Chris Cooper) réalise qu'il fait honte à Finn, très touchant. Il y a malheureusement de nombreuses scènes qui passent totalement à côté de leur intention première, telle l'agonie de Robert de Niro dans le métro, ridicule, avec ses moments de lucidité parfaite, bah.
Et puis surtout il manque du temps, on a du mal à saisir les sentiments profonds qui animent les uns et les autres quand tout est condensé comme ça. Estella, notamment, ne fait pas du tout passer son insensibilité, donnant prise à d'autres interprétations de son attitude et c'est regrettable : une grande part du drame de ce roman est là.
Il manque surtout un Pip convaincant, Ethan Hawke est bien joli mais question expressivité...

En résumé, DVD parfaitement dispensable.
La Bande annonce si vous voulez vous faire une idée...
04:18 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, great expectations, adaptation ciné
19.05.2009
Les 3 filles du docteur Darwin - Leila Haddad

Notre héros s'appelle Marc, la quarantaine, un poil trop mou et trop enrobé, gros fumeur, et journaliste scientifique. Il fait des piges pour quelques journaux, notamment "La Vérité", feuille de chou qui se fait un plaisir de rapporter les choses les plus invraisemblables. On lui demande six pages sur un phénomène inexpliqué, là où s'étaient couchées trois jeunes filles le soir on a retrouvé au matin trois très vieilles mortes. Alors il pourrait broder sur le thème du vieillissement mystérieux en une nuit, mais sa formation lui intime l'ordre de mener une pseudo-enquête dans les locaux d'une pyramide installée près d'Euro Disney où la lutte anti-vieillissement règne. Il va rencontrer des gens vraiment étranges...
C'est un roman joyeux, contrairement à ce que l'intrigue grossièrement esquissée par mes soins plus haut peut laisser supposer. C'est aussi un roman de science-fiction, avec de nombreux passages didactiques traitant de science pure qui sont des plus réussis. Après on adhère ou pas aux péripéties de l'histoire, un peu dans le ton Indiana Jones (avec 3 groupes différents de conspirateurs), pour ma part plutôt pas.
Pour autant j'ai été incapable de lâcher ce roman, parce que je me suis toujours demandé ce qui était arrivé aux dinosaures (Chicxulub, d'après le roman, donc), que Darwin était un sacré bonhomme et que la science, c'est passionnant !
"Les physiciens sont, de loin, mes favoris. Correctement asticotés, ils finissent tous par avouer humblement qu'ils n'y comprennent plus rien. Ils ne savent plus ce qu'est le temps, l'espace ou la matière; des notions qui jadis paraissaient triviales, la masse ou l'énergie par exemple, les jettent aujourd'hui dans des gouffres de perplexité. Leur glorieuse théorie du big bang part doucement en lambeaux auxquels ils se raccrochent désespérement, se demandant par quoi ils vont la remplacer. Ils en sont arrivés à un tel degré de désespoir qu'ils envisagent très sérieusement que l'univers puisse n'être qu'une vaste illusion."
CNRS Editions, 2009, 331 p.
(Pour ma part, je n'ai pas bien cerné le Loki et ses compères : ce n'est pas très clair, si je peux me permettre.)
04:18 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : science, sf, évolution, darwin
17.05.2009
Un conte de deux villes - Charles Dickens (2)
"Dis au Vent et au Feu de s'arrêter, mais pas à moi !"
Ecrit en 1859, après Bleak House mais avant De Grandes espérances, ce Conte de deux villes est le seul roman Historique écrit par Dickens. Il se déroule alternativement à Paris et à Londres, autour et au moment de la révolution française de 1789. On y suit Lucy Manette, française exilée à Londres qui va retrouver son père qu'elle croyait mort, vivre avec lui une relation très forte et très tendre, puis trouver l'amour en la pire personne possible. Revenus tous à Paris pour des raisons d'honneur, ils vont y vivre une tragédie, entourés de bien braves amis...
C'est un roman violent qui comporte de nombreuses scènes furieuses et agressives. La ferveur et l'espèce de transe qui peut animer une foule est incroyablement rendue, et les raisons profondes et concrètes du 14 juillet 1789 sont limpides. On m'avait prévenue de tous côtés de me munir d'une boite de mouchoirs, je ne sais pas pour quelles raisons je n'ai pas ressenti intimement les soubresauts de l'intrigue, et son épilogue, quelle qu'en soit la beauté et la tristesse insondable ne m'a pas touchée, pierre que je suis !
Je crains que la brieveté de ce roman ne soit en cause, je me suis habituée au millier de pages qui, apparemment, m'est nécessaire pour bien m'installer dans la plume de Dickens... Ou alors il y a trop de France, et de vilains français. Et sans doute l'édition Folio ne peut-elle soutenir la comparaison avec celle de La Pléiade, notamment au niveau des préfaces et notices (j'adore Sylvère Monod !). Ou enfin tout simplement me faut-il admettre que je suis aussi romantique que Gregory House. Je n'en admire pas moins, comme toujours, l'habile construction, et ma préférence va, comme de coutume, aux personnages colorés et peu favorisés, comme le cher Cruncher qui verra ses opinions sur "l'agenouille" évoluer...
Ed. Gallimard, Folio, 1989, 400 p.
Traduit de l'anglais par Jeanne Métifeu-Béjeau
Titre original : A Tale of two Cities
Merci Fashion ! En ont parlé : Dominique, Karine, Lilly...
(Je ne trouve pas de visuel de l'édition Folio : tant pis !)
04:18 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, un conte de deux villes, drame, historique
16.05.2009
Un conte de deux villes - Charles Dickens
Réplique moderne et drôle : "Ne vous fâchez pas de mes questions; je suis ennuyeux comme tous les hommes d'affaires. Mais vous êtes une femme qui comprend les affaires.
- Ennuyeuse, donc ? demanda-t-elle placidement."
Un esprit simple mais cohérent, à sa femme : "Et prends-y garde ! dit M. Cruncher. Pas de blague demain ! Si j'réussis en honnête commerçant à nous procurer un bout de viande, il s'agit pas d'pas vouloir y toucher et de s'contenter d'pain; si j'peux avoir un peu d'bière, va pas m'dire que tu bois que d'l'eau. Quand on va à Rome, on suit la coutume de Rome et il t'en cuira si tu fais pas ce qui s'fait à Rome. C'est moi que j'suis Rome pour toi."
Dickens auteur de SF ? : "Tout un monde, avec ses grandeurs et ses petitesses, est ainsi contenu dans une étoile qui scintille. De même que la simple science humaine peut décomposer la lumière et en analyser les éléments, des intelligences plus sublimes peuvent lire dans le faible reflet de notre planète les pensées et les actes, les vices et les vertus des êtres responsables qui la peuplent."
(Traduction de Jeanne Métifeu-Béjeau)
Merci encore à Fashion pour le prêt, j'y retourne ! :-D
08:15 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, un conte de deux villes, quelques citations

