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10.06.2009
Une minuscule graine de bonheur germa quelque part, en Sarabeth.
Sarabeth vivait coincée entre un père sûrement gentil mais incolore et une mère gravement perturbée, jusqu'à ce que Liz et sa famille emménagent en face. Lorsque sa mère se suicide, alors qu'elle n'a que seize ans, c'est chez eux qu'elle va habiter, tandis que son père déménage loin. Le lien qui l'unit à Liz est donc fait de mille petites choses, de celles que l'on tisse jour après jour quand on est enfant jusqu'à celles que seul le drame peut créer. Leur amitié est indéfectible, a duré, et c'est un choc quand à l'aube de leur quarantaine, l'une fera défaut à l'autre : c'était tout bonnement inenvisageable.
Ce sont deux amies qui ont évolué de façon très différentes, Sarabeth est restée célibataire, avec une terrible angoisse de l'abandon. Elle nous semble très sympathique pendant une bonne partie du roman, avec des passages tels que : "Sarabeth avait pour devise "Mieux vaut un mauvais film que pas de film du tout" et, s'il n'était pas vrai qu'elle voyait n'importe quoi, elle laissait rarement passer une semaine sans aller au cinéma. Il lui était arrivé, quand elle avait une vingtaine d'années, de se faire onze films en sept jours et elle continuait à voir en cette performance la preuve moins d'un excédent de temps libre que de ses qualités personnelles." Elle aime beaucoup les livres également, de nombreux petits passages vont en enchanter plus d'une. Mais son hérédité, son enfance l'ont laissée fragile, et à un moment elle réalise la façon dont les autres peuvent l'appréhender et elle vacille ("Elle avait toujours craint de s'apercevoir, un jour ou l'autre, que loin d'être une fille pétillante dans une sympathique petite maison, un esprit libre, bohème et créateur, elle n'était qu'une marginale, une cinglée. Et voilà, ce jour était arrivé !")
Liz, quant à elle, est un brave petit soldat, qui porte sa famille (un mari, deux enfants, ses parents, Sarabeth) à bout de bras. Tout lui est "travail" mais elle assure, crânement. "Elle songea que les connaissances s'accumulaient par couches, et non linéairement, qu'on apprenait les choses en revenant dessus, encore et encore, mais de manière différente à chaque fois, plus profondément."
Un jour, la fille adolescente de Liz, qui allait mal depuis quelques temps, attente à ses jours. Cela entraînera tout le monde dans une spirale infernale...
Un roman que j'ai chéri et bercé, des personnages qui ont su tous me toucher au plus profond et une tristesse dont je me suis délectée : tout sonne juste dans ce mélo et c'est une terrible observation de notre monde moderne. J'étais très étonnée qu'Ann Packer soit américaine, tant son roman est anglais, pour mon plus grand bonheur. J'ai reçu plusieurs passages comme des coups en pleine figure, si l'amitié féminine a un jour été mieux disséquée que dans ce roman j'ignore où.
Une plume simple et sans fioritures, dont le propos résolument mélancolique ne séduira pas tout le monde. Certaines facilités. Mais pour moi un grand moment de lecture...
"Chanson sans paroles" Ann Packer
Ed. de l'Olivier, juin 2009, 422 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Michèle Hechter
06:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : usa, roman triste, mais impossible à lâcher, précieux


Commentaires
Écrit par : cathulu | 10.06.2009
Répondre à ce commentaire(Peux pas le faire circuler, il comporte des annotations intimes à tour de pages, désolée !)
Écrit par : Cuné | 10.06.2009
Répondre à ce commentairePS: bizarrement ton billet n'était pas sur mon écran à 6 h ...
Écrit par : cathulu | 10.06.2009
Répondre à ce commentaire(Moi non plus je n'étais pas devant mon écran à 6 h... ;o))
Écrit par : Cuné | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Laure | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireDominique : Oui, ce n'est pas d'un style époustouflant mais ça parle directement au coeur. Et ce n'est pas non plus mal écrit, quand même, on est loin du sujet-verbe-complément-la mer est bleue comme le ciel- etc.
...
Écrit par : Cuné | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kathel | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireSans rire, ton billet transparaît une émotion qui me séduit.
(mais que "bien", alors ? j'aurais cru que tu mettrais un "mieux que bien"... je suis pénible, pardon ! )
Écrit par : erzébeth | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireEt puis beaucoup d'émotion, oui. (Exactement, pour moi, comme "Le cercle des épluchures de patates" que j'avais lu grâce au prêt de Clarabel mais dont je n'ai pas fait de billet)
Et, une fois pour toutes (mais je te connais, tu y reviendras, vilaine) NON tu n'es pas pénible et ARRETE de t'excuser à tout bout de champ :-D
Fashion : Je ne pense pas non plus que tu aimerais ce roman :-D
Kathel : Je vais lire son premier roman moi aussi, j'ai trop aimé celui-là pour en rester là !
Écrit par : Cuné | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Françoise | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Lilly | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireEt hop dans le panier (effectivement déjà à -50% ! oui les SP ne sont pas perdus pour tout le monde...
Écrit par : lily | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : virginie | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | 10.06.2009
Répondre à ce commentaireUn amour de jeunesse ne m'a pas laissé grand souvenir, mais je sens que je vais aimer celui-là!
Je mélange tout, mais je suis dans Le remède et le poison, c'est plutôt à Irving que cela me fait penser. En tout cas, c'est très bien!
Bonne journée, la Normandie!
Écrit par : Marie | 11.06.2009
Répondre à ce commentaireAifelle, Virginie, Lily, Françoise, bonne lecture !
Écrit par : Cuné | 11.06.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : antigone | 11.06.2009
Répondre à ce commentaireMerci de vos bons conseils de lecture (votre blog est dans mes favoris depuis quelques temps déjà ...)
Écrit par : Gasq | 16.06.2009
Répondre à ce commentaireIl fait aimer le genre (mélo), et dans ce cas c'est un livre parfait pour l'été, parce qu'il est effectivement prenant et très attachant.
Écrit par : Cuné | 16.06.2009
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