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27.06.2009

Une vie à coucher dehors - Sylvain Tesson

"L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est quand ils viennent trop près." Variante : "L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est l'éventualité qu'ils arrivent."

 

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C'est dans le roman de Laurence Cossé "Au Bon Roman" que j'ai pour la première fois entendu parler de Sylvain Tesson, pour "Petit traité sur l'immensité du monde". Courant comme tout le monde après le temps, ce n'est que quelques mois plus tard que j'ai eu l'occasion de le lire pour la première fois, avec son dernier ouvrage, un recueil de nouvelles.

Dès la première c'est le coup de foudre. Ce n'est pas vraiment qu'il y ait un style particulier ni même un savoir-faire admirable, au contraire peut-être il y a là une grande simplicité voire une économie de mots et de moyens, et parfois on sent les rouages. Mais quel pouvoir de dépaysement, quelle puissance pour immerger le lecteur instantanément et totalement dans l'endroit qu'il décrit.

On voyage donc, vraiment, dans le monde entier, et on se régale d'un bout à l'autre.

Par exemple ? Eh bien "Le glen", où un juge écossais a décidé qu'il lui était insupportable que des élèves d'un collège renommé se saoulent, et admire les techniques du mollah Mohammad Salim Hoqqani. Ce petit extrait : "L'afghan avait instauré un très ingénieux système de contrôle de l'alcoolémie. Les passants interpellés devaient souffler dans le visage des Talibans afin de prouver leur sobriété. La technique était radicale mais possédait ses limites. Car il fallait que les contrôleurs connaissent le parfum de l'objet du délit pour incriminer le contrevenant. Or, bien des Talibans étaient étrangers aux effluves du scotch, du gin ou même du brandy de contrebande de Peshawar. Nombre de pauvres hères passèrent la nuit au poste parce qu'ils avaient abusé des abricots secs ou des grains de raisin."

Ou "Le sapin", avec cet éloge surréaliste du capitalisme le plus débridé, et sa chute très malicieuse... déviationnisme intellectuel !

Mais ma nouvelle préférée est sans conteste la dernière, "Le phare", avec ce petit passage : "La vodka ne fait jamais mal quand on la boit à deux. Le principe du toast a été inventé par les Russes pour se passer de la psychanalyse. Au premier verre, on se met en train; on second, on parle sincèrement; au troisième, on vide son sac et, ensuite, on montre l'envers de son âme, on ouvre la bonde de son coeur, et tout - rancoeurs enfouies, secrets fossilisés et grandeurs contenues - finit par se dissoudre ou se révéler dans le bain éthylique." Et ensuite ? Banya !... ;o)

Un recueil tout à fait savoureux (prix Goncourt de la nouvelle).

 

Ed. Gallimard, collection blanche, 197 p.,  2009

Commentaires

Du même auteur j'avais bien aimé ses aphorismes mais je reste dubitative quant aux textes. Imperméable aux écrivains voyageurs?

Écrit par : cathulu | 27.06.2009

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Peut-être, oui, que ce n'est pas ton truc. Pas grave !

Écrit par : Cuné | 27.06.2009

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Lui aussi a eu le prix Goncourt de la nouvelle ? (comme Bartelt, mon nouveau chouchou:)) Je ne savais même pas que ce prix existait, mais on dirait que les lauréats sont fort bons!

Écrit par : fashion | 27.06.2009

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Moi aussi j'ignorais l'existence de ce prix ! :-D

Écrit par : Cuné | 27.06.2009

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Argh ! Je tends mes doigts crochus et tremblants vers cet objet... je le veux !!! (ton billet, c'est comme une coupelle de sang frais pour un vampire :-) )

Écrit par : pagesapages | 27.06.2009

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En ce moment, je suis un peu hermétique à la littérature française contemporaine (sauf exception "chouchouïesque") (qui aurait cru qu'un jour j'écrirais cela...) donc je ne suis pas tentée par ce livre. Mais je comprends enfin pourquoi j'aime autant la Vodka (enfin la polonaise, pas la russe). ;-)

Écrit par : Caroline | 27.06.2009

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J'aime beaucoup les deux première citations !!! Rien que pour ça je note St dans mon petit carnet !

Écrit par : Papillon | 27.06.2009

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je t'envoie notre amour commun (qd je l'ai fini) et tu m'envoies celui-ci (j'adore les deux citations, et les extraits)

Écrit par : amanda | 27.06.2009

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Ach peux pas, déjà prêté "dans la vraie vie", sorry ! Mais que cela ne t'empêche pas de m'envoyer celui qui occupe tes jours et tes nuits actuelles ;o)

Écrit par : Cuné | 27.06.2009

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O^^o Y a-t-il espoir que ce livre me réconcilie enfin avec le genre de la nouvelle?

Écrit par : Mango | 27.06.2009

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Pas sûr, Mango, en général quand on n'aime pas les nouvelles, on n'aime pas les nouvelles (n'est-ce pas, Anne ?!) :-D

Papillon, en plus, toi qui es une baroudeuse crapahuteuse, tu devrais te sentir de grandes affinités avec lui.

Caro : la Zu... ? Tu me rappelles ma jeunesse. *soupirs*

Pagesàpages : Ca devrait beaucoup te plaire, oui !

Écrit par : Cuné | 27.06.2009

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En effet, la Zu... :-)

Écrit par : Caroline | 27.06.2009

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Chouette un recueil de nouvelles que je ne connais pas encore ! Je le note sur mon carnet de lectures pour la prochaine visite à la librairie, je vais m'en délecter !
Merci…
:-)

[Ta mention de l'écriture sobre, me fait penser au style de Hanif Kureishi dans ses nouvelles. Par exemple "le corps" chez 10-18].

Écrit par : Filaplomb (éditeur de bonnes nouvelles) | 30.06.2009

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