« Comme deux gouttes d'eau - Tana French | Page d'accueil | Une vie à coucher dehors - Sylvain Tesson »

26.06.2009

Une dispute dickensienne

Il faut savoir que M. Pickwick est convié avec ses amis à un déjeuner en travesti, mais qu'il a horreur des déguisements. S'en suit alors une dispute d'autant plus fameuse que M. Tupman est un très bon ami, et membre éminent de son club (avec en plus une relation de disciple à président de club). Imaginez une telle scène de nos jours, le langage serait tout de suite beaucoup moins classe...

 

"- Moi, j'irai en brigand, dit M. Tupman, l'interrompant.

- Quoi ! dit M. Pickwick, avec un brusque sursaut.

- En brigand, répéta M. Tupman, d'une voix faible.

- Vous ne voulez pas dire, déclara M. Pickwick, en regardant son ami avec une sévérité majestueuse, vous ne voulez pas dire, M. Tupman, que vous avez l'intention d'endosser une jaquette de velours vert, avec une queue longue de deux pouces ?

- Telle est en effet mon intention, Monsieur, répondit M. Tupman en s'échauffant. Et pourquoi pas, Monsieur ?

- Parce que, Monsieur, dit M. Pickwick en proie à une vive agitation, parce que vous êtes trop vieux, Monsieur.

- Trop vieux ! s'écria M. Tupman.

- Et s'il vous faut encore une autre objection, poursuivit M. Pickwick, vous êtes trop gros, Monsieur.

- Monsieur, dit M. Tupman, dont le visage fut envahi d'une lueur écarlate, vous m'insultez !

- Monsieur, répliqua M. Pickwick sur le même ton, mes propos ne vous insultent pas moitié autant que vous ne m'insulteriez si vous paraissiez en ma présence vêtu d'une jaquette de velours vert avec une queue longue de deux pouces.

- Monsieur, dit M. Tupman, vous êtes un individu.

- Monsieur, dit M. Pickwick, vous en êtes un autre !"

 

(Les papiers posthumes du Piwkwick club, Bibilothèque de la pléiade, traduction par Sylvère Monod)

 

********

 

C'est un brave homme, ce M. Pickwick. Plus on avance dans les chapitres, et plus l'on se rend compte qu'il est vif à s'emballer pour tout et rien, à monter sur ses grands chevaux, mais on le désamorce avec une facilité déconcertante : il suffit que quelqu'un sourie et hop, c'est contagieux, il revient à de meilleures dispositions. Une excellente nature, comme il devrait en exister un peu plus ! :)

 

 

Commentaires

je me vois bien disant à quelqu'un "Vous êtes un individu" ! :)

Écrit par : cathulu | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

:-D
Eh bien tu te comprendrais, et laisserais le quelqu'un totalement déconcerté ;o)

Écrit par : Cuné | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Il me prendrait surtout pour une folle :) Remarque ça me tente bien d'essayer...Affaire à suivre, j'ai l'embarras du choix !:)

Écrit par : cathulu | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Je viens de lire ton blog-it express, Dickens est une mine de jurons !:)

Écrit par : cathulu | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Bon, tiens-nous au courant alors ;o)

Oui, Dickens est une mine inépuisable de bonheur, tout simplement : jurons, humour, jeux de langue, mélo torrentiel, amours, aventures, critique sociale, tout, il y a tout dans Dickens :-D

Écrit par : Cuné | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Délicieux ! Moi aussi, je veux tenter l'insulte d'individu !
En même temps, Pickwick a raison; le velours vert, ça ne va pas à tout le monde ;-)
Merci de nous régaler de ces petits extraits, Cuné !!

Écrit par : erzébeth | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Tu as vu le costume de brigand de l'époque... A mourir de rire :-D

Écrit par : Cuné | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Un sourire matinal à la Dickens, le jour de la mort de Mickaël Jackson! Individu, va!- Tiens, ce mot est sans féminin! - Joli extrait!

Écrit par : Mango | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Farrah Fawcett a tiré elle aussi sa révérence. Triste journée, en effet.

Écrit par : Cuné | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Michael Jackson est mort ???? Je viens de comprendre pourquoi Cécile a fait un billet. Comme je ne l'aime pas (Michael, pas Cécile), je n'ai pas lu ce qu'elle avait écrit...

Comme quoi, Dickens nous permet d'en apprendre des choses... Je me suis régalée en lisant cet extrait, encore une fois ;o)

Écrit par : Lilly | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Quelle Cécile ? Je vais aller lire ce billet, j'aimais beaucoup la musique de MJ, moi :-D

Écrit par : Cuné | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Dis donc, il a fait des heures sup' hier le vieux barbu là-haut. Ou alors, il était pas d'humeur et fallait pas trop l'emmerder ;)

En tout cas, merci de signaler aussi la disparition de la belle Farrah, sex symbol de toute une génération (la nôtre), qui a eu la malchance de mourir le même jour que M. Jackson et de se voir quasi ignorée par les médias (comme Cocteau avec Piaf).

Écrit par : In Cold Blog | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Elle était d'une beauté jamais égalée. Toute mon adolescence j'ai mouillé et sorti ma lèvre inférieure pour lui ressembler.... dans mes rêves ;o))

Écrit par : Cuné | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

que de bons souvenirs ! J'étais tout d'un coup transportée dans le grenier des quatre filles du Dr March à jouer avec elles au Piwkwick club ! Je garde l'expression individu dans un coin de ma tête, ça peut toujours servir.

Écrit par : Theoma | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Tiens je ne me souviens plus que les 4 filles du docteur March jouaient au Pickwick Club... Faut que je le relise :-D

Écrit par : Cuné | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Ah je me souviens de Meg, Jo, Beth et Amy jouant au Pickwick club, mais je n'ai pas lu ce roman ! Mais comme j'adore Dickens, je le lirai tôt ou tard.

Écrit par : Schlabaya | 26.06.2009

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire