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31.07.2009

Papa et maman sont dans un bateau - Marie-Aude Murail

"Tome 17 et que la vie s'arrête"

 

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Une famille contemporaine "classique" : maman est maîtresse d'école en maternelle (section petits-moyens), papa dirige une boite de transports, jeune fille (en 3°) adoooore les mangas et se sent transparente, et petit dernier (CE2) est de très petite taille et en souffre, au milieu de ses cartes Pokemon et de ses idées pleines de SF.

Chacun va se confronter à sa pire faiblesse, avoir des problèmes, la tentation de baisser les bras, mais s'en sortir, parce qu'ils sont une famille et qu'ils s'aiment.

Ça part sur les chapeaux de roue, et pendant une bonne moitié on pousse des petits cris ravis tellement c'est bon et tellement on aime tout ce qu'on lit. La direction prise ensuite m'a moins séduite, mais il s'agit en fait d'une sorte de retour à la réalité, donc plus terne, même si le happy end reste sympathique. Il n'empêche que tous les personnages sonnent vrais et qu'on se prend complètement au jeu !

Portrait social d'une époque et d'une façon de vivre, ce roman destiné à la jeunesse mais qui plaira aussi à leurs parents évoque en filigrane les valeurs essentielles : solidarité, respect, attention aux autres, ainsi que les vrais drames qu'entraîne la recherche de la productivité à tout prix.

Ed. Ecole des Loisirs, collection Médium, 294 p.

 

Merci Cathulu !

 

"- Je vous dis de m'aider

Monsieur est lourd

Je vous dis de crier

Monsieur est sourd

Je vous dis d'expliquer

Monsieur est bête

Je vous dis d'embarquer

Monsieur regrette

Je vous dis de l'aimer

Monsieur est vieux

Je vous dis de prier

Monsieur est Dieu

Éteignez la lumière

Monsieur s'endort

Je vous dis de vous taire

Monsieur est mort.

- Il est terrible, ce poème ! s'exclama maman, très mécontente d'entendre des mots si sombres dans la bouche d'un enfant.

Esteban la regarda bien dans les yeux et lui dit, le ton féroce :

- Je l'adore."

 

(En savoir plus sur les poèmes de ce roman ? Cathulu en parle)

 

30.07.2009

Charles Dickens - Jane Smiley

"Les oeuvres font des promesses que l'homme ne peut tenir, même avec toute l'énergie et la meilleure volonté du monde."

 

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Jane Smiley est une romancière (et essayiste) qui a remporté notamment le Pulitzer pour "L'exploitation" (Rivages, 1993), et sa biographie de Charles Dickens est bien particulière : c'est du romancier qu'elle nous entretient en priorité, à travers le détail de ses différents romans, et en mettant en perspective ce qui, selon elle et ses recherches, est en interaction avec sa vie personnelle.

J'ai corné pratiquement chaque page, tout est notable, tout le temps, et j'apprécie beaucoup les interprétations de Jane Smiley (même si je ne les partage pas toujours, concernant certains romans). On ne voit pas très bien, mais pour les yeux perçants, la preuve :

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Charles Dickens était un phénomène, dans tous les sens du terme.

Littéraire, avant tout, et de manière extrêmement rapide : "Néanmoins, entre le 1er décembre 1833, date à laquelle paraît son premier texte dans le Monthly Magazine, et le 9 novembre 1838, quand Oliver Twist est publié en trois volumes, Charles Dickens devient la plus importante figure littéraire de son temps et le premier romancier victorien. La reine Victoria a accédé au trône en janvier 1837. Les futurs rivaux de Dickens, tels que William Makepeace Thackeray, Charlotte Brontë et George Eliot, sont encore à la maison ou à l'école. Même Elisabeth Gaskell, qui a pratiquement son âge, n'a pas commencé à écrire. De fait, Dickens est en train de façonner à lui seul un siècle littéraire : sa popularité et son influence à titre d'auteur et de rédacteur en chef forceront ses pairs à définir leur sensibilité par rapport à la sienne."

Mais l'homme lui-même était étonnant, débordant d'activités et d'énergie."Il lui arrive de passer d'un état de vitalité débordante à un état de prostration, instabilité qu'on n'hésiterait pas aujourd'hui à qualifier de pathologique. La moindre chose le fait réagir à l'excès, et d'ailleurs le bruit court qu'il est fou." Bipolaire ? Plus loin, Jane Smiley met en garde contre le diagnostic d'un mal moderne à quelqu'un d'une autre époque; les victoriens, du reste, avaient une vision qu'on ne comprend plus guère de la vertu de l'effort.

Quelques petites choses dans le désordre :

- Les romans préférés de Dickens : Tom Jones de Henry Fielding (il nommera d'ailleurs son huitième enfant Henry Fielding Dickens), Les Aventures de Roderick Random de Tobias Smolett et Don Quichotte de Cervantes (que Dickens adorait enfant).

- "Dire que Dickens préfigure Freud ne paraît pas exagéré." (Il fait l'expérience de la relation thérapeutique, en pratiquant le mesmérisme)

- Il fut coauteur (sans en revendiquer le statut) de The Frozen Deep de Wilkie Collins, pièce basée sur l'expédition Franklin.

- Dickens, l'homme, avait de très sombres côtés, nonobstant ses nombreuses qualités. Je ne les ai pas encore tous complètement appréhendés ni digérés, mais son comportement lors de son divorce fut effroyable. "Le divorce de Dickens met à l'épreuve l'ensemble de ses amis et relations. Allons plus loin, il met également à l'épreuve ses biographes. Notre romancier a agi d'une manière irréfléchie, égoïste, belliqueuse et souvent cruelle."

- Claire Tomalin a signé une biographie d'Ellen Ternan, qui doit être absolument passionnante (mais pas traduite en français...)

- Jane Smiley propose un chemin de découverte de Dickens (auquel je ne m'associe pas, mais j'aime le désordre, c'est ainsi !) :"Je suggère de commencer par David Copperfield, puis d'enchaîner avec De grandes espérances, Dombey et fils, Un conte de deux villes et L'ami commun, dans cet ordre, lumière, ombre, lumière, ombre, lumière - voilà ses oeuvres les plus caractéristiques et les plus accessibles, et elles forment un saisissant clair-obscur."

Enfin, j'adresse une vibrante supllique aux éditeurs : les onze luxueux volumes de la correspondance de Dickens déjà publiés à la Clarendon Press n'ont pas fait l'objet d'une traduction française...

 

Ed. Fides, 2003, 273 p.

Traduction de Corinne Dupin avec la collaboration de Christiane Mayer

29.07.2009

Tu n'y crois pas mais tu respectes l'aventure*

* dit Mulder (en gros hein) à sa brave coéquipière Scully. Ces deux-là, on le sent bien, ils vont finir à la vie à la mort, remplis d'un respect mortellement ennuyeux l'un pour l'autre (et on espère bien entendu en même temps tout le contraire).

 

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La faute, la Très Grande Faute incombe à Ofélia : je suis maintenant accro à X-Files. J'ai commencé tout comme elle a dit, par la saison 1, j'ai ricané bêtement, mais tout comme je l'avais prédit, ai englouti les  23 épisodes en 5 jours. La saison 2 est déjà bien entamée également, je crois qu'il y en a 9 au total, je ne suis pas sortie de l'auberge.

 

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Mais c'est délicieux, en fait, de s'insérer gentiment dans une série culte. Alors qu'en est-il de cette première saison ? D'abord et avant tout, elle est kitchi-kitchi. 1992-1993, tu te croirais dans les années 70, je n'en reviens pas. C'est une époque où les voitures étaient encore à angles droits, où les portables frémissaient (on voit des pagers !) et pesaient 2 tonnes, les tours des ordinateurs remplissaient une pièce et les écrans étaient préhistoriques. Scully porte d'immondes pantalons à pinces et des chemisiers à épaulettes, nan, je ne peux pas croire que j'avais 25 ans et que j'ai vécu tout ça comme le summum de la branchitude. Elle a aussi de bonnes joues de toute jeunette, des brushings au couteau et à la gonflette, il faut la voir parée pour aller crapahuter dans les bois, ouch.

Bon, le coup de vieux, c'est fait. Sinon le truc, en gros, ce sont deux agents du FBI relégués aux cas non élucidés (les X-Files, donc). L'un, Fox Mulder, brillantissime comme c'est pas permis (déjà lors de sa formation, il était repéré, pour dire. Et ce n'est pas pour sa bogossitude, parce qu'on apprend à l'apprécier, mais il est du genre qui gagne à être connu, quoi) est un peu la risée du tout-venant (celui qui n'est pas initié, quoi) parce qu'il est à fond dans les phénomènes inexpliqués. Il veut croire. Et il se fout comme de l'an quarante de ce qu'on peut penser de lui, à fond dans son truc, il en rajoute même (selon la volupté de Courteline). L'autre, Dana Scully, est une scientifique rigoureuse qui ne croit qu'en la science. On la colle avec l'autre bizarre pour qu'elle le flique, et rationalise les rapports, tout ça.

Mais Scully, qui n'est pas le tout-venant du tout, se rend très vite compte que Mulder est réglo. D'épisode en épisode, sa rationnalité va d'ailleurs en prendre un bon petit coup...

Alors question intrigues on est clairement dans la moyenne basse : mal ficelé du début à la fin. Mais il y a ce petit truc que j'aime beaucoup, qui tient de la suggestion plutôt que de la démonstration. Et on arrive à se faire gentiment peur, et à grandement apprécier tout haussement subtil de sourcil (parce que nos deux acteurs-héros, là, ne sont pas des monstres d'expressivité, loin de là. Sauf peut-être quand ils sont fatigués, après 3 nuits de surveillance sans dormir (normal, quoi)).

 

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A noter un bref passage de Lynette Scavo, très jeune, dans l'épisode au cercle polaire (enfin Felicity Huffman) (qui crie très bien, d'ailleurs. Organe puissant), et puis des petites choses qui m'amusent toujours, comme leur manie de prononcer leur nom douze fois par épisode (je n'ai pas compté, non) : ils se présentent à tout bout de champ et à tout le monde,  s'appellent mutuellement par leur nom sans cesse, et répondent beaucoup au téléphone comme ça également. D'ailleurs, Mulder appelle une seule fois Scully "Dana" (lorsqu'elle perd son père), ce qui lui vaut une narquoise répétition de la demoiselle "Dana ?"; il ne s'y risquera plus. Quant à lui, même ses parents l'appellent Mulder, dit-il. Ce n'est pas la bonne méthode que de l'appeler Fox pour tenter de le convaincre, Scully, allons. Amusantes également les heures indiquées, jamais piles, il se passe toujours des trucs à 23h51 ou 11h47 ou 17h22. Pour faire "vrai" sans doute. Mais point trop n'en faut, as usual...

Au dernier épisode de la saison 1, Mulder annonce que leur département est dissous, qu'ils vont devoir intégrer un autre service du FBI. Damned tout est fini, mais quelle astuce vont-ils donc trouver pour continuer sur 8 autres saisons ?... ;o)

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28.07.2009

Kilomètre zéro - Vincent Cuvellier

Découvert sur le blog A propos de livres, ce court roman jeunesse a tenu toutes ses promesses : toute la famille l'a lu et apprécié.cuvellier.gif

Ben est un jeune garçon de douze ans, ses parents sont divorcés, son père ne s'est jamais occupé de lui. Boulot-boulot, il était rarement à la maison, ou alors il y était mutique et transparent. Et voilà que cet été, ce père a décrété qu'ils partaient tous les deux en randonnée. Imaginez, un mois entier à marcher, marcher, marcher, avec pour unique compagnie un père pratiquement inconnu et qui ne parle pas, coucher sous la tente... Nul, débile, pense Ben.

Mais parce qu'à douze ans on fait encore (Alleluia !) ce que disent les parents, Ben met un pied devant l'autre, une heure après l'autre, un jour après l'autre.

Au cours de ces vacances, ils vont bien sûr connaître quelques péripéties, faire quelques rencontres sur la route, mais ils vont beaucoup également juste marcher. Et à ce rythme, sur cette cadence, Ben va ressentir et exprimer des choses; sensations confuses, sentiments débordants, ennui salvateur et bienfaisant, la marche va exercer son rôle de révélateur...

Un court roman rythmé qui est très juste, sur cet âge ambivalent que sont les douze ans. Ni tout à fait un ado indépendant, mais déjà plus un enfant enthousiaste... Un roman plutôt gai !

 

Ed. du Rouergue, 2002 & 2008, 156 p.

 

 

27.07.2009

Petites faiblesses inavouables - Véronique Fiszman

Recueil de dix-neuf nouvelles, de longueur variable, et comme souvent, de qualité variable également. Mais elles ont toutes en commun d'exiger d'être lues jusqu'au bout, nouvelles à chutes, donc.fiszman.jpg

L'écriture est limpide et prenante, même quand parfois on a eventé le truc, on reste avec plaisir en compagnie des protagonistes. Peut-être parce qu'ils représentent tous quelque sale petite faiblesse à laquelle nous avons nous-mêmes un jour cédé : et comment vont-ils s'en sortir ? Y a-t-il une justice immanente ? Tu penses.

J'ai beaucoup aimé les quatre volets de "Bords de Seine", où une écrivaine journaliste ne cesse de céder aux poncifs les plus éculés et aux à priori les plus stupides : elle juge sur la mine, ou aux premières paroles. Elle a donc, fort logiquement, des surprises ! Apprécié également le très court "Mon frère" qui claque bien comme il faut : milieu psychiatrique.

Mais assez souvent ça fait flop quand même, comme dans "Le train", où une jeune femme se fait un film pas possible avec le regard d'un homme, quelques rangées plus loin. Et son groupe d'amis a l'air bien elevé, et vas-y que je t'élabore des stratégies pour qu'il ait l'occasion de lui adresser la parole : quand il le fait, c'est pour lui dire... Bof, oui, on le voit trop venir.

"Panique" est sympathique, cette nouvelle pointe du doigt notre étrange capacité à promettre tout ce qu'on veut en situation de crise, en le pensant avec toute la sincérité du monde, pour négligemment oublier immédiatement revenus dans un contexte normal...

A tenter, plume intéressante.

 

Ed. Léo Scheer, 2009, 146 p.

 

Laure a un peu vite oublié ces textes, même si elle a eu plaisir à les lire. Du Soleil sur la page s'est régalée.

 

 

25.07.2009

Ailleurs, plus loin - Amy Bloom

Az me muz, ken men*

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Voici l'histoire de Lilian Leyb. Au commencement, elle vivait satisfaite sinon heureuse, en Russie, avec son mari, sa petite fille Sophie et ses parents. Une nuit, c'est le pogrom, et elle ne doit sa survie qu'à la chance, la toute bête chance qui en épargne certains, les plongeant alors dans l'horreur du souvenir. Elle avait envoyé Sophie se cacher dans le poulailler, elle ne l'y retrouve pas. Tous les autres sont morts. Alors, c'est l'exil, recommencer une vie ailleurs, ce sera les États-Unis, nous sommes en 1924.

Cahin-caha elle construit quelque chose, un semblant de murs autour d'elle, un toit sur sa tête, qui s'envolent du souffle d'une cousine, venue lui dire que Sophie n'est pas morte : elle a été emmenée en Sibérie. Lilian part donc à sa recherche, en traversant les États-Unis pour passer par l'Alaska...

Un véritable "page-turner" que ce roman. L'expression est laide, je préfère parler d'aiguillon magique et mystérieux qui nous pousse à toujours continuer la lecture, allez encore juste quelques pages, et d'allez en allez, bon, c'est la dernière, on tombe dans la fameuse faille spatio-temporelle, où sont passées les dernières heures ?

Construit avec de multiples parties successives qui se renouvellent sans cesse, on voit défiler des personnages pittoresques et flamboyants, on est en plein western puis cernés par la neige, on touche du doigt le paradoxe lancinant de la vitalité forcenée sous le terrible défaitisme de l'exil. Jamais aucune sensiblerie, de l'inattendu toujours. Le paradoxe étant aussi, un petit peu, qu'on ne s'attache pas à Lilian, la narration est blanche, sans réelle tonalité, ce qui met au final formidablement en valeur les rencontres.

Détails : J'ai été agacée, puis séduite, par la petite voix qui nous révèle ce qu'il adviendra de ceux qu'on laisse pour passer aux suivants. J'ai souri quand Lilian apprend l'anglais avec (entre autres) A Tale of Two Cities de... Dickens !

Un vrai et bon roman d'Aventure, un divertissement captivant.

 

Ed. Belfond, 2008, 249 p.

Traduit de l'américain par Michèle Lévy-Bram

Titre original : Away

 

Lu également par : La Lettrine, Lapinoursette, Esperluette,

 

* 2 traductions proposées dans le roman : Quand on doit on peut ou Quand on veut on peut, ce qui n'est pas du tout la même chose. Quelqu'un parle yiddish ?

23.07.2009

L'affaire D. ou le crime du faux vagabond - Dickens, Fruterro & Lucentini

Qu'ils sont malins et malicieux, Carlo Fruttero et Franco Lucentini ! Le roman qu'ils nous ont ici concocté est une gourmandise dont on savoure chaque page.

 

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Voici le cadre : un colloque sur l'achèvement d'oeuvres incomplètes ou fragmentaires en musique et en littérature. Le Mystère d'Edwin Drood (ou MED) y est abordé par un parterre des plus étonnants : tout ce que la littérature comporte de policier, enquêteur, détective célèbre (et évidemment fictif, donc). Avec eux, nous lisons (ou relisons) les chapitres existants du MED, les disséquons au fur et à mesure, digressons allègrement tout en visitant un peu l'Italie, puis assistons, médusés, inquiets et pourtant ravis, à un épilogue des plus surprenants.

Le plagiat est l'invité surprise de ce colloque. (Tiens d'ailleurs notre ami latiniste nous apprend que ce terme n'avait pas de correspondance en latin, où plagiarus, venant du grec plaghios (oblique) avait un tout autre sens). On apprend par exemple que Grewgious, lui-même inspiré du Tristam Shandy de Lawrence Sterne, inspira Stevenson pour son personnage de Utterson dans Jekyll / Hyde. Ou encore qu'Hercule Poirot est inspiré d'Hercule Popeau, de vingt ans son prédécesseur.

L'humour est l'invité permanent de ce roman. Avec par exemple les "pouf-pouf" de Maigret qui, dans ses pensées, ne cesse de tirer mentalement sur sa pipe, ou les pensées toujours sexuelles de Marlowe et Archer. Ou encore avec des paragraphes comme :

"Il est rare, lecteur, que l'atmosphère d'un congrès soit euphorique (et encore moins "vibrante") au matin du troisième jour. On a trop parlé de choses sérieuses ou frivoles. On a trop fumé, activement ou passivement. Les congressistes ne se sont pas tous habitués, ou résignés, aux matelas et à la cuisine de l'hôtel, et certains commencent à éprouver à l'égard de certains autres une impatience subtile, un sentiment secret et inexplicable, vaguement apparenté à la fureur homicide. D'autres encore (une minorité, par bonheur) se laissent surprendre tandis qu'ils fixent une poignée de fenêtre ou un coin de table, avec l'oeil vitreux de qui ne réussit plus à refouler la question fatale : "Mais moi, qu'est-ce que je suis venu faire ici ?""

Ce roman fourmille également de joyeuses trouvailles, une retransmission sportive, des morceaux en style télégraphique, des écoutes subliminales et de la télépathie confuse... Sans oublier Shakespeare (mais tout est dans Shakespeare) et Wilkie Collins (je n'avais déjà pas tellement envie de le lire, lui, mais alors maintenant... ;o))

Les différentes thèses (A,B,C et D) soutenues quant au MED en fin de roman sont toutes intéressantes, certaines m'ont vraiment étonnée par leur luxe de détails et leur intrigue très... complexe. (Il faut savoir qu'en général il y a deux thèses défendues : soit c'est bien Jasper (consciemment ou à son insu), soit  un sicaire (inconnu ou non)). Mais la brillante résolution de l'affaire D. par Hercule Poirot met un point final parfaitement dans le ton du roman, pour le plus grand plaisir du lecteur !

Un grand merci à Papillon !

 

Ed. du Seuil, 1991 & Points 1993, 430 p.

Traduit de l'italien par Simone Darses

MED Traduction de l'anglais par Charles-Bernard Derosne (1874) revue et corrigée par Gérard Hug

Titre original : La verità sul caso D.

 

Ah et puis cette préface (signée Pietro Citati) ! Du petit lait ! "Ne pas aimer Dickens est un péché mortel"...

 

21.07.2009

Les Mots des Autres - Clare Morrall

morrall.jpgMa lecture de "Couleurs" date de quelques années, et le souvenir qu'il m'en reste est plutôt mitigé, je n'avais pas adhéré au décalage de son héroïne. Avec "Les Mots des Autres", Clare Morrall emporte toute mon adhésion !

C'est l'histoire de Jess, à la quarantaine. Elle s'est concoctée une petite vie tranquille, remplie selon ses critères. Et au hasard des chapitres, on revient sur son enfance et sur les évènements marquants qui l'ont emmenée jusqu'à cet équilibre qu'elle semble avoir atteint.

Dis comme ça, évidemment, c'est d'un vague absolu. Mais c'est que je crois qu'entrer dans les détails ne rend pas service au roman, dans le sens où ils sont nombreux et tous importants. Cela ne donnerait qu'une accumulation de choses qui, exprimées par une plume maladroite (la mienne) feraient vous dire oh bof, ça a l'air chiant.

Or, ça ne l'est pas, mais alors pas du tout. C'est une ambiance ouatée, feutrée, et on sent tout du long que la narratrice interprète selon des critères qui ne sont pas communs : la "révélation" finale est décelée très tôt par le lecteur, et participe à ce léger décalage que l'on constate mais que l'on aime, et ça change tout.

On est loin de Lisbeth Salander, mais on est dans cet ordre-là. Et on se passionne pour Jess, son fils Joël, sa grande amie Mary, le cousin Philip ce monstre (même charmant une fois adulte, je le déteste !), la superbe demeure familiale et sa décrépitude, et la musique, que l'on ressent dans la moindre de nos fibres de lecteur absolument séduit.

Comment vit-on quand le monde vous reste étranger en permanence ? Les bons petits soldats ont à un moment droit au repos, et on savoure avec l'héroïne sa jouissance du silence final.

Je suis tombée en amour avec Jessica.

 

Ed. Fayard, 2009, 405 p.

Traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier

 

Merci Cathulu !

 

Lu également par Clarabel, Lily,

18.07.2009

La fin du monde - Fabrice Colin

colinfinmonde.jpgVoici l'histoire d'une catastrophe fulgurante : si (ou lorsque ?) les hommes utilisent un jour les armes nucléaires, la fin du monde ira très vite. En quelques jours, à peine, 96 % de la population mondiale sera décimée. Les grandes villes cibles seront purement et simplement rayées de la carte, puis les retombées radioactives tueront tout à court, moyen et long terme (empoisonnant les sols et détruisant la couche d'ozone).

On entre immédiatement dans le vif du sujet, en suivant quatre adolescents répartis dans différents continents. Ils ont assez vite connaissance d'une base au Groenland où une survie a été organisée. Tous ne pourront la rejoindre...

Un roman qu'on lit en se rongeant doigts et ongles, horrifié devant certains développements de l'intrigue, captif du suspens, fasciné par l'action. ENORME frustration quand on s'aperçoit qu'il s'agit d'un tome 1 (ce n'est pas indiqué sur la couv ou la 4°, du pur sadisme !), et que la suite, "Après", n'est pas encore parue. Du coup je me gausse devant le vol final si providentiel de Xian, dont je n'aurais même pas dit un mot si j'avais pu savoir ce qui se passe ensuite. Par contre, je peux beaucoup pardonner pour cette petite phrase de Hafsa : "J'ai avalé tous les Cormac McCarthy que vous m'avez donnés. Et les Dickens, aussi. Et Tolstoï."

Un chouette roman catastrophe comme je les aime.

A partir de 13 ans, et pour coeurs bien accrochés.

 

Ed. Mango, collection Autres Mondes, 2009, 184 p.

 

Lu également par SBM, Le Cafard Cosmique, Lily, BiblioManu,

17.07.2009

Le petit été de la Saint-Luc - Ruth Rendell

Connaissez-vous l'inspecteur Wexford ? Si ce n'est pas le cas, laissez-moi vous dire quelques petites choses sur cet homme : il n'est plus de la rendell.gifprime jeunesse, il a une conséquente surcharge pondérale, il a appris des passages de Jane Austen par coeur, il a parfois des crises de bonne santé à tout prix (surtout quand il rencontre quelqu'un très diminué par un accident vasculaire) pendant lesquelles il se met à faire de la marche,  et il sait reconnaître le nom d'un personnage de Middlemarch. Hum, ça me rappelle quelqu'un.... ;o)

Dans cet opus de ses aventures (le sixième), il a une sacrée épine dans le pied : son adjoint a perdu sa femme quelques mois plus tôt et ne s'en remet pas; plus question de suivre les affaires ensemble, de se renvoyer la balle lors de discussions pourtant souvent fructueuses, il lui faut se débrouiller seul (voire même veiller à ce que l'adjoint ne fasse pas de bêtise...). Et c'est la disparition de deux enfants, à huit mois d'intervalle, dans le même quartier, qui l'occupe...

Un polar typique à la Ruth Rendell, que personnellement j'apprécie beaucoup : c'est tranquille, le rythme est lent, la psychologie est à la fête, et ça fleure bon les années 70. Absolument parfait avec un thé et des scones.

 

1971, Ruht Rendell & 1992, Librairie des Champs-Elysées & 2009, Editions du Masque, dept des Ed. JC  Lattès

252 p.

Traduit de l'anglais par Marie-Louise Navarro

 

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