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30.07.2009
Charles Dickens - Jane Smiley
"Les oeuvres font des promesses que l'homme ne peut tenir, même avec toute l'énergie et la meilleure volonté du monde."

Jane Smiley est une romancière (et essayiste) qui a remporté notamment le Pulitzer pour "L'exploitation" (Rivages, 1993), et sa biographie de Charles Dickens est bien particulière : c'est du romancier qu'elle nous entretient en priorité, à travers le détail de ses différents romans, et en mettant en perspective ce qui, selon elle et ses recherches, est en interaction avec sa vie personnelle.
J'ai corné pratiquement chaque page, tout est notable, tout le temps, et j'apprécie beaucoup les interprétations de Jane Smiley (même si je ne les partage pas toujours, concernant certains romans). On ne voit pas très bien, mais pour les yeux perçants, la preuve :

Charles Dickens était un phénomène, dans tous les sens du terme.
Littéraire, avant tout, et de manière extrêmement rapide : "Néanmoins, entre le 1er décembre 1833, date à laquelle paraît son premier texte dans le Monthly Magazine, et le 9 novembre 1838, quand Oliver Twist est publié en trois volumes, Charles Dickens devient la plus importante figure littéraire de son temps et le premier romancier victorien. La reine Victoria a accédé au trône en janvier 1837. Les futurs rivaux de Dickens, tels que William Makepeace Thackeray, Charlotte Brontë et George Eliot, sont encore à la maison ou à l'école. Même Elisabeth Gaskell, qui a pratiquement son âge, n'a pas commencé à écrire. De fait, Dickens est en train de façonner à lui seul un siècle littéraire : sa popularité et son influence à titre d'auteur et de rédacteur en chef forceront ses pairs à définir leur sensibilité par rapport à la sienne."
Mais l'homme lui-même était étonnant, débordant d'activités et d'énergie."Il lui arrive de passer d'un état de vitalité débordante à un état de prostration, instabilité qu'on n'hésiterait pas aujourd'hui à qualifier de pathologique. La moindre chose le fait réagir à l'excès, et d'ailleurs le bruit court qu'il est fou." Bipolaire ? Plus loin, Jane Smiley met en garde contre le diagnostic d'un mal moderne à quelqu'un d'une autre époque; les victoriens, du reste, avaient une vision qu'on ne comprend plus guère de la vertu de l'effort.
Quelques petites choses dans le désordre :
- Les romans préférés de Dickens : Tom Jones de Henry Fielding (il nommera d'ailleurs son huitième enfant Henry Fielding Dickens), Les Aventures de Roderick Random de Tobias Smolett et Don Quichotte de Cervantes (que Dickens adorait enfant).
- "Dire que Dickens préfigure Freud ne paraît pas exagéré." (Il fait l'expérience de la relation thérapeutique, en pratiquant le mesmérisme)
- Il fut coauteur (sans en revendiquer le statut) de The Frozen Deep de Wilkie Collins, pièce basée sur l'expédition Franklin.
- Dickens, l'homme, avait de très sombres côtés, nonobstant ses nombreuses qualités. Je ne les ai pas encore tous complètement appréhendés ni digérés, mais son comportement lors de son divorce fut effroyable. "Le divorce de Dickens met à l'épreuve l'ensemble de ses amis et relations. Allons plus loin, il met également à l'épreuve ses biographes. Notre romancier a agi d'une manière irréfléchie, égoïste, belliqueuse et souvent cruelle."
- Claire Tomalin a signé une biographie d'Ellen Ternan, qui doit être absolument passionnante (mais pas traduite en français...)
- Jane Smiley propose un chemin de découverte de Dickens (auquel je ne m'associe pas, mais j'aime le désordre, c'est ainsi !) :"Je suggère de commencer par David Copperfield, puis d'enchaîner avec De grandes espérances, Dombey et fils, Un conte de deux villes et L'ami commun, dans cet ordre, lumière, ombre, lumière, ombre, lumière - voilà ses oeuvres les plus caractéristiques et les plus accessibles, et elles forment un saisissant clair-obscur."
Enfin, j'adresse une vibrante supllique aux éditeurs : les onze luxueux volumes de la correspondance de Dickens déjà publiés à la Clarendon Press n'ont pas fait l'objet d'une traduction française...
Ed. Fides, 2003, 273 p.
Traduction de Corinne Dupin avec la collaboration de Christiane Mayer
06:00 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, biographie, bien particulière, autour de ses romans beaucoup


Commentaires
Écrit par : cathulu | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireDe la même façon aucun livre audio en français de Dickens lus par des professionnels Dommage pour ceux à qui la lecture n'est pas ou plus permise
Écrit par : Dominique | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireLui-même faisait de remarquables lectures de ses romans, en y mettant une passion qui faisait pleurer et rire les foules... Ah la la, quel dommage aussi qu'à l'époque n'existaient pas les moyens techniques pour immortaliser tout ça...
Écrit par : Cuné | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireEt quel serait ton chemin de découverte de Dickens ? :-)
Enfin, je remarque que c'est à ton tour d'exhiber ta chevelure, Madame-qui-a-les-cheveux-qui-bouclent-naturellement ! ;-P
Écrit par : erzébeth | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireMais moi j'apprécie beaucoup cette mise en perspective de la vie privée par rapport à l'oeuvre, dans la pléiade d'ailleurs ils le font aussi plus ou moins, ça apporte quelque chose par exemple de savoir que tel chapitre est très sombre parce que Dickens venait de perdre une proche.
Sinon côté interprétation des oeuvres, oui, c'est intéressant, mais très orienté "psy". Je préfère les notices de Sylvère Monod, et de loin !
Non, je ne connais pas (encore) d'autre bio plus introductive, mais il y a des années de lecture autour de Dickens, le choix est infini (et encore plus si tu lis en anglais).
Je ne propose aucun chemin de découverte de Dickens, j'ai à peine commencé le mien :-D
No way pour exposer mes cheveux, le couple au ciné racontait ânerie sur ânerie, je pensais que c'était clair ;o)
Écrit par : Cuné | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Caro[line] | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireFigure-toi que j'ai réussi à trouver "Un conte de deux villes" en occasion, je sais que ce n'est pas ton préféré, mais j'ai été ravie de tomber dessus ! Ce sera donc mon prochain Dickens...
En tout cas, c'est toujours un régal quand tu en parles !
Écrit par : erzébeth | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireCaro, je n'ai pas encore lu "David Copperfield" ni "Dombey et fils", alors... Ce que je sais c'est qu'après un Dickens, n'importe lequel d'ailleurs, j'ai un mal fou à m'intéresser à un autre roman, tout me semble trop sage et trop fade... ;o))
Écrit par : Cuné | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Petite Fleur | 30.07.2009
Répondre à ce commentairePuisses-tu dire vrai et Dickens revenir autant à la mode que Jane Austen, que l'on ait ENFIN tous ses romans en livre de poche !
Écrit par : Cuné | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireJ'ai cette biographie depuis longtemps sous la main mais je ne l'ai pas encore lue... Je ne suis pas dans une bonne période lecture pour ce genre de livres (ou même les grands classiques anglais que j'adore pourtant...) Alors ce sera pour plus tard!
Écrit par : Allie | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Caroline | 30.07.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine :) | 31.07.2009
Répondre à ce commentaireKarine : j'attends ce Drood en français avec impatience !
Écrit par : Cuné | 31.07.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Caroline | 31.07.2009
Répondre à ce commentaireJe ne connaissais pas du tout et je note mais je pense que je commencerai par la bio de Peter Ackroyd.
Écrit par : Isil | 14.08.2009
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