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03.08.2009
Mausolée - Rouja Lazarova
"Mausolée" raconte l'histoire d'une famille, en Bulgarie, des années 40 à la fin des années 90. Pour ma part, je distingue la forme (qui m'a
grandement déroutée) et le fond (qui est assurément puissant).
La forme : en plusieurs parties (la dernière notamment m'a complètement fait décrocher), la narration, si elle respecte grosso modo une progression temporelle, se promène de retours en arrière à des évocations du futur (déroutant). Le temps choisi (et expliqué) est celui du présent en permanence, ce qui nécessite de bien se repérer quant au moment où nous sommes. Enfin, si je suppose que le passage progressif et ponctuel au "je" représente l'individu nié par le communisme qui tente de se sortir de ça, l'effet m'a semblé trop étrange. Deux énormes coquilles sautent aux yeux "les pâles soubresauts finals" "tu parles le français, on sait où tu l'as apprise ?".
Mais le fond est passionnant ! Il s'agit, pour synthétiser, du quotidien sous le régime communiste en Bulgarie, vu par plusieurs générations, et le traumatisme énorme qui en résulte même après sa chute. Il y a une succession de petits et grands faits (et presque drôles, c'est horrible !), comme l'autorisation pour les petites filles (à la troisième génération) de s'attacher les cheveux en couettes, jusqu'à lors jugées trop "laxistes". Au delà des disparitions et de ce pesant état permanent de terreur (le mot n'est pas trop fort) de la dénonciation, on ressent à travers des moments très concrets toute l'absurde inextricabilité d'une idéologie inapplicable. A travers les compte-rendus fictifs demandés à Anton par exemple, ou les concours de balai :
"Certains week-ends, on mobilisait les écoliers pour le nettoyage du quartier. Milena promettait à sa mère de ne pas perdre le balai, et partait rejoindre ses camarades armés d'outils ménagers. Chaque classe se voyait attribuer une rue. Aux moins chanceux incombaient les trottoirs du boulevard pavé remontant vers la montagne. Je me revois balayer, petite Milena pliée en deux, et je souris à la disproportion entre la taille du boulevard et celle du balai.
Ces travaux étaient futiles. Un léger coup de vent descendu de la montagne suffisait pour disperser la poignée de poussière ramassée en une matinée laborieuse. Aucun passage de poubelle ou de benne à ordures n'était prévu. A la fin, un komsomolski sekretar surgissait, il contrôlait le résultat et annonçait le nom des vainqueurs de la compétition socialiste.
Sur le chemin du retour, fatiguée et poussiéreuse, Milena dépassait les petites pyramides de saleté qui s'effritaient. Avec le temps, l'inutilité de son travail lui est devenue insupportable.
- Maman, ils nous font balayer, mais la saleté n'est pas ramassée, elle reste ! A quoi ça sert ?
- Lave-toi vite et viens boire un bouillon pour te réchauffer, répondait Rada.
Se résigner au travail futile était une des conditions de survie de l'homme socialiste. Ses fondements mêmes se fissureraient s'il commençait à se demander à quoi ça servait. Les compétitions, justement, lui permettaient de ne pas se poser la question : on travaillait pour le classement. Les rituels de classification, les stenvestnik, les médailles, comptaient davantage que le travail. Il était plus important d'être présent à l'appel que de balayer. On pouvait même s'épargner la corvée si l'on devenait copain avec le sekretar, que chaque classe élisait."
(ce dernier paragraphe est une spéciale dédicace pour Ferocias)
Ce roman est terrible, nonobstant ses défauts (ou ce que je considère comme tel), parce qu'il atteint différents paliers dans la façon dont il nous touche (le chantage aux soins pour Gaby m'a ulcérée !), et révèle parfois, au détour d'une phrase, une réflexion imparable, des moments de pure vérité qui étincellent.
Ed. Flammarion, 2009, 331 p.
06:00 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : bulgarie, communisme, socialisme, fresque familiale, des années 40 à nos jours


Commentaires
Écrit par : cathulu | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Emma | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : calepin | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Leiloona | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Mango | 03.08.2009
Répondre à ce commentaire@ Dominique : Mes réticences ne m'ont pas empêché de trouver ce roman pas mal, j'espère que je parviens à le faire passer.
@ Chiffonnette : oui !
@ Emma : Ce n'est pas tant le temps de narration (dont le choix est bien expliqué, je le répète) que le passage de la 3° personne à la première qui m'a, ponctuellement, déstabilisée.
@ Calepin : Je ne verse surtout rien à aucun dossier ! Je dis juste ce qui me marque quand je lis un livre, ici ces coquilles, entre autres, et j'espère que ce n'est pas tout ce qu'on retient de mon billet...
@ Leiloona : Un roman, le quatrième de l'auteur je crois, mais elle connait bien ce dont elle parle.
@ Mango : Oui, rares, je crois que c'est le tout premier que je lis.
Écrit par : Cuné | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : zarline | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine :) | 03.08.2009
Répondre à ce commentaire@ Karine : Charles est toujours, toujours, toujours drôle (même si dans OT il fait aussi dans le tragique !) ;o)
Écrit par : Cuné | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Flo | 03.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 04.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 04.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : erzébeth | 04.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 04.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 05.08.2009
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