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10.08.2009
Le Gant rouge - Lettres à sa fiancée - Edmond Rostand
C'est un fort joli livre que ce petit pavé qui paraît aux éditions Nicolas Malais ! 338 pages concernant la pièce d'un côté, 143 consacrées à sa correspondance de l'autre, le sens de lecture inversé, séparées par les rideaux d'un théâtre et protégées par un papier calque, sous une couverture à rabats : un plaisir des yeux et des mains.

La pièce en elle-même est inédite, elle fut jouée en 1888, Rostand avait alors tout juste vingt ans. "Le Gant rouge porte deux signatures, mais ce sont en définitive trois ou quatre personnes qui mirent la main à la pâte. La pièce doit, néanmoins, être considérée comme étant de Rostand, ne serait-ce que parce que cette attribution, maintes fois reprise par la presse, les biographes et les commentateurs, n'a jamais été démentie par lui ni par ses familiers, alors même que son héritage littéraire n'avait aucun bénéfice à en escompter." (préface d'Olivier Goetz)
Contemporain de Feydeau et Courteline (ils sont à peine plus âgés que lui), Rostand renonça après la défaite de cette pièce au vaudeville et même à écrire d'autres pièce en prose. Il faut dire que Le Gant rouge est lourde; c'est très virevoltant, plein de personnages aux incessants apartés, il est difficile de se prendre au jeu sans justement celui des acteurs, qui font en grande partie le sel de ces quiproquos en série (en tous les cas, moi j'ai eu du mal !).
Les critiques contemporaines sont insérées à la suite de la pièce, certaines sont fort joliment troussées, qu'elle soient assassines ou pas. Ainsi Auguste Vitu, dans Le Figaro le 25 août 1888 : "Le public semblait s'intéresser très vivement à ce premier ouvrage dramatique de MM. Henri Lee et Edmond Rostand, et ne leur a pas ménagé les applaudissements pendant les trois premiers actes. Au quatrième, il n'y avait plus personne dans la salle, nouvelle preuve de la justesse de cet axiome : "les plus courtes folies sont les meilleures". N'insistons pas. "
La partie consacrée à sa correspondance inédite avec sa fiancée, Rosemonde Gérard, est un régal absolu. Trente et une lettres toutes de 1888, réunies et datées à partir des allusions à l'actualité et aux articles des journaux et revues cités par Rostand. C'est rien moins que passionnant que d'entrer ainsi dans la tête d'un tout jeune homme de vingt ans (qui devra attendre neuf ans avant de connaître le succès avec Cyrano !). Vingt ans... Sentant au fond de lui qu'il est fait pour la littérature, mais ne sachant pas exactement comment, tâtonnant, confus, avec sa famille qui lui dit en gros pépère, tu ne vas pas te la couler douce comme ça longtemps, il te faut un métier, tes études... Captivant.
Rostand lecteur : "J'ai lu plusieurs romans. Eh! bien je m'aperçois que je suis plutôt pour ce que je lis d'une excessive indulgence. J'ai trouvé attendrissants Les petits sabots de Ouida. La Revue des deux mondes a publié une nouvelle intitulée Le Mariage de Jacques qui m'a presque plu. A la réflexion j'en vois la faiblesse, - je sens même que moi, je n'aurais jamais osé écrire cela. Mais après tout je suis indulgent. Je vais jusqu'au bout d'une lecture pour peu qu'il y ait un peu de sentiment vrai... A quoi ça tient ? Tout simplement à ce que je ne lis pas le roman de l'auteur, -mais celui que je fais moi-même avec ses personnages. Je m'attendris sur eux en leur prêtant un tas de sentiments qu'ils n'ont pas. C'est mon imagination qui travaille sur les données de ce roman banal et qui me le représente, vécu par moi, et par conséquent me touchant. Éprouvez-vous cette facilité à vous contenter de toute lecture, - pourvu bien entendu que le style soit convenable et n'arrête pas par le ridicule ?"
Cyrano vient de loin : 11/08/1888 "Je lis des contes de fées. C'est écrit avec une finesse extraordinaire, - pas du tout pour les enfants. Le style est d'une sobriété, les détails d'un goût exquis. Une véritable merveille est Riquet-à-la-Houppe, - cette histoire d'un homme laid qu'une princesse belle comme le jour se met à aimer, si bien qu'elle le voit beau, plus beau que tout. Il m'a plu beaucoup, ce conte, et attendri... Du reste, comme je vous l'écrivais l'autre jour, beaucoup plus peut-être par ce que j'y ai mis, que parce qu'il y a réellement."
Rostand amoureux, et amoureux de la connivence littéraire : "Cela m'est infiniment, mais infiniment doux de tâcher de faire nos esprits se toucher ensemble... un peu de si loin. Je voudrais faire les mêmes lectures que vous : dites-moi quels livres vous avez lus dernièrement. Les relisant après vous, je le ferai avec grand charme, car tout le temps je me dirai : ceci lui a plu, - cela l'a touchée... Et je ne me tromperai pas. Quelle grande joie c'est quand on sent sur une de ces menues impressions littéraires si fines, si fines, qu'on est d'accord, - qu'on a bien la même sensibilité, qu'on est bien ensemble..."
Rostand qui doute : 28/08/1988 "C'est absurde, évidemment, mais n'est-ce pas que vous avez lu de moi des choses qui vous ont prouvé que j'ai du talent ? J'en ai, j'en suis sûr. C'est cette envie de production hâtive qui me possède qui me perd."
Edition de Michel Forrier et Olivier Goetz
Librairie ancienne & Editions Nicolas Malais, août 2009
28,50 €
06:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : une année dans la vie d'edmond rostand, ouvrage superbe, riche et coruscant


Commentaires
Écrit par : Mango | 10.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kathel | 10.08.2009
Répondre à ce commentaire@ Kathel : Oui, un superbe cadeau !
Écrit par : Cuné | 10.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Leiloona | 10.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine :) | 12.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 12.08.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Theoma | 22.08.2009
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