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28.08.2009

Cartes postales de l'enfer - Neil Bissoondath

Avez-vous lu le très joli "Tous ces mondes en elle" de Neil Bissoondath ? Ce roman-ci n'a vraiment rien à voir, en dehors d'être du même auteur (et n'était à l'origine qu'une nouvelle, d'ailleurs).bissoondath.jpeg

Nous sommes au Canada. Trois parties distinctes. Dans la première, le narrateur ne se nomme jamais et même dans sa façon de se raconter, reste neutre et impénétrable ce qui nous le fait ressentir comme extrêmement froid, voire même cliniquement insensible. En réalité c'est juste quelqu'un qui a pour le secret et le cloisonnement un goût très prononcé, voire même pathologique.

Dans la deuxième partie, c'est avec le personnage de Sumintra que nous faisons connaissance. Jeune fille d'origine indienne, elle est écartelée entre ses parents très attachés aux traditions et son amie Kelly qui représente le monde moderne. Sue ne sait pas très bien ce qu'elle veut, quelle direction donner à sa vie.

Et très logiquement dans la troisième partie notre malade du secret rencontre Sue et ils se plaisent. Vont-ils faire plein de petits secrets et vivre heureux très longtemps ?...

Ce n'est clairement pas l'ambiance de ce roman, non ! Ambiance que je serais bien en peine de définir, car elle est assez insaisissable. L'intrigue est bien menée et sait capter le lecteur, la prose ne m'a pas convaincue. En même temps ça reste une histoire très banale, et ce qui nous fait rester ce sont quand même les ruptures de style suffisamment déconcertantes pour donner envie de voir plus loin (oui je suis devenue une vraie normande !).

A tenter par vous-mêmes !

 

Ed. Phébus, août 2009, 217 p.

Traduit de l'anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Titre original : The Soul of All Great Designs$

 

Lu également par Cathe.

 

25.08.2009

Vendetta - Roger Jon Ellory

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Alors voilà le topo : la fille d'un gros bonnet politique (le gouverneur de Louisiane) est enlevée. Son garde du corps est retrouvé mort dans le coffre d'une voiture exceptionnelle, le coeur arraché et replacé dans sa cavité, et une constellation dessinée dans le dos. Un homme, Ernesto Cabrera Perez, revendique l'enlèvement, et réclame un interlocuteur précis, Ray Hartmann, un petit sous-fifre new yorkais. De façon très lente et progressive, Perez va raconter toute sa vie à Hartmann. Charge à ce dernier de l'écouter attentivement et jusqu'au bout, alors seulement il indiquera où est détenue la jeune fille.

C'est donc l'Histoire de la Mafia qui sera  déroulée à travers le parcours d'un homme, et de l'incarner ainsi permet d'appréhender son côté "famille", sans se fader des pages et des pages de faits historiques. Pour autant, ce Perez n'emporte jamais toute l'adhésion du lecteur, le ton est volontairement distancié, sans doute pour laisser au lecteur le soin de créer les nuances.

C'est quand même un drôle de bonhomme, qui dans les premiers temps se fait volontiers énigmatique; il parle du chiffre sept (il n'y aurait que 7 histoires vraies au monde, tout ce qui arrive dans la vie est l'une de ces 7 histoires, et figure dans chacune des pièces de Shakespeare) puis du chiffre trois (règle de 3 : on peut survivre 3 minutes sans air, 3 jours sans eau, et 3 semaines sans nourriture). Avec ce genre d'homme, on répond aux questions, on ne les pose pas. Il cite la phrase, selon lui, la plus prononcée par la Mafia : Chi se ne frega (en gros, qu'est-ce que ça peut foutre).

Face à lui, Hartmann passe par plusieurs stades, il faut dire que le contenu du discours est costaud, souvent insupportable, et il a lui-même de gros problèmes personnels à résoudre. D'ailleurs, il ne comprend pas pourquoi Perez l'a choisi, ni même comment il le connaît. Mais comme lui, à la fin de ces révélations (quand même longuettes, je dois dire), on pense : "Malgré les horreurs qu'il raconte, malgré la violence et le sang versé par Perez, il y a quelque chose en lui qui semble commander une certaine dose de respect. L'aversion et la répulsion avaient d'une certaine manière été supplantées par de l'acceptation." (acceptation d'une personnalité, pas des actes !)

Et puis l'épilogue va très vite, tout se précipite, on attendait plus ou moins quelque chose comme ça, sans chercher forcément à dénouer les fils. C'est bon de se laisser porter par une plume. Au final ce roman n'emporte pas autant et est moins intimiste que le merveilleux "Seul le silence", mais se dévore en quelques jours fiévreux.

Les romans de Roger Jon Ellory méritent qu'on se jette dessus !

 

Ed. Sonatine, août 2009, 652 p.

Traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau

Titre original : A Quiet Vendetta

 

"Je comprenais la profondeur de la perte. Je percevais le puits de désespoir dans lequel j'étais tombé, mais la seule chose qui flotte est l'espoir. La foi peut-être. Mais quelle foi, si ce n'est la foi en soi ? Nous pensons tout comprendre, mais c'est faux; et peut-être que si nous comprenions, nous passerions moins de temps à dissimuler aux autres que nous ne sommes pas ce que nous prétendons être. Nous sommes des acteurs, voyez-vous, nous assumons un rôle à l'intention du monde; nous transportons une valise pleine de visages, de mots, de scènes et d'actes différents, de rappels, et nous prions pour que le monde ne voie jamais ce qui se cache derrière le spectacle que nous lui avons concocté."

L'auteur tient un blog (en anglais, of course)

 

Lu également par Amanda.

Merci Solène !

 

24.08.2009

L'Arabe - Antoine Audouard

Une révélation. Je ne sais pas comment qualifier autrement cette sensation qui m'a saisie dès les premières pages de ma rencontre avec ce roman d'Antoine Audouard. Une espèce d'urgence impérieuse, une douleur sourde aussi, parce qu'on sait tout de suite qu'on ne va  pas rigoler beaucoup, une avidité à me plonger toute dans ces pages impressionnantes : je n'ai jamais rien lu d'autre de cet auteur, mais "L'Arabe" est un Grand Roman.

 

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Un petit village du sud de la France, des habitants misérables et intellectuellement très démunis, un "Arabe" qui arrive un jour, et qui parvient plutôt pas mal à ne pas trop détonner; il travaille bien, est calme, discret. Certains se mettraient même à plutôt l'apprécier. Sans trop l'afficher non plus, faut pas déconner. Mais il suffit d'une famille, d'une personne, forte en gueule, n'ayant rien à perdre, puisqu'ayant déjà tout perdu. Qui se met à gueuler (c'est le bon mot). A déverser des tombereaux d'absurdités. Qui tombent dans de mauvaises oreilles, des oreilles qui ont un espace creux là où on devrait normalement trouver des neurones. Bref, ça s'emballe malgré la tempérance des forces de l'ordre, les rares amis ou les neutres. Et ça va, forcément, dégénérer...

On pourrait penser à Patrice Juiff ou carrément à LF Céline si on cherchait une communauté de ton, mais ce ne serait pourtant pas vraiment juste. il me semble qu'Antoine Audouard propose quelque chose de différent, de très personnel qui, comme l'indique fort à propos la 4ème de couverture, "multiplie les dissonances et les ruptures de ton", "langue où le parler populaire se mêle à un lyrisme altier" et le résultat est percutant.

C'est bon, tout simplement, tout est bon, tout coule de source et nous embarque, c'est puissant, c'est... une révélation, disais-je. Si un roman comme celui-ci n'est pas sur les listes de tous les prix littéraires de cet automne, c'est à n'y rien comprendre.

 

Ed. de l'Olivier, août 2009, 260 p.

 

(Je voulais proposer des extraits, mais comment choisir ? Il y a vraiment plusieurs styles dans ce roman, qui se répondent et se justifient les uns par rapport aux autres, isoler une partie serait nuire à une autre, tout citer revient à recopier le roman !)

 

23.08.2009

La Perrita - Isabelle Condou

condou.gifVoici l'histoire de deux femmes, en Argentine. Elles ne se connaissent pas, sont aux antipodes l'une de l'autre. L'une provinciale et l'autre citadine, l'une très aisée et l'autre beaucoup moins, l'une dans le troisième âge et l'autre à l'aube de sa quarantaine. Pourtant, elles ont une personne en commun. Récit.

Et un récit qui prend le lecteur à bras-le-corps, qui l'entoure de senteurs, de chaleur, d'animaux, de grands et terribles sentiments, de couleurs, de vie.

On tombe sous le charme d'Ernestina, on se heurte à la froideur brutale de Violetta. On assiste, pétrifiés, à cette période (1976-1983) de l'Argentine. On comprend assez vite comment ces deux histoires vont se rejoindre, mais on ressent intimement chaque secousse, on vibre à l'unisson. Un vrai drame, des faits historiques indéniables mal connus en France.

Mais au-delà, au détour de chaque page éclate l'amour de l'auteure pour ce pays, et c'est très contagieux. Il est presque indécent d'avoir relevé autant de petites choses délicieuses (j'y viens) quand le fond est si terrible, et quand on y a été sensible en plus. Mais un Fernando devenu aveugle qui demande à sa femme de lui lire : "[...] plutôt Hudson, Quiroga, Gabo et tous les autres. Un petit peu de Dickens, histoire de s'offrir un voyage au pays de la tendresse..." ou une tortue qui s'appelle Chipote parce qu'elle dédaigne violemment tout autre salade que le coeur de laitue font partie de ces mille petites choses qui nous rivent au récit, et qui nourrissent.

Des animaux sont maltraités dans ce roman, mais absolument pas par la plume de l'auteure qui les aime d'amour, cela se sent tout du long.

294 pages très attachantes.

 

Ed. Plon, août 2009

 

Lu également par Cathulu.

 

(Par contre je continue à m'interroger sur la tournure "au moment qu'il" : "Les jours qu'il faisait le plus chaud" ou "au moment qu'ils fermaient la boite" ?)

 

22.08.2009

Ce que je sais de Vera Candida - Véronique Ovaldé

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Elles sont quatre, de Rose Bustamente (la plus jolie fille de Vatapuna) à Monica Rose (son arrière-petite-fille) et c'est l'histoire de cette lignée uniquement féminine qui nous est racontée. Tout commence dans une petite île imaginaire d'Amérique du Sud, dans un temps indéfini qu'on croirait volontiers hors du temps, pour se terminer dans une ville contemporaine avec des faits très concrets. Comme si on se réveillait tout doucement d'un conte, comme si aussi la réalité ternissait tout. L'une d'entre elle quittera l'île, pour rompre la fatalité. C'est en tout cas ce qu'elles croient...

J'avais aimé Déloger l'animal, bien aimé Et mon coeur transparent, j'ai adoré Ce que je sais de Vera Candida.

En lisant la prose de Véronique Ovaldé, j'ai été submergée par sa beauté, tout entière au service de son imaginaire extraordinaire. Je ne connais pas d'autre plume contemporaine française capable d'une telle chose. Il y a un refus total de la lourdeur, une mise en légèreté qui ne cède jamais rien au futile.

Par exemple, quand Rose Bustamente demande à Jeronimo ce qu'il pense des enfants, il lui répond par une histoire. Le fond de cette histoire, plombant s'il en est, est la cause de tous les malheurs de cette lignée de femme. A cause de, donc. Plus tard, ce sera pourtant grâce à la même chose, au fond (le nazisme) que Vera Candida trouvera refuge auprès de Gudrun Kaufman. C'est là, c'est écrit dans l'histoire mais ça ne fait pas partie de la narration apparente. Tout le roman propose comme ça des pistes d'interprétation, que le lecteur saisit ou pas, selon sa propre lecture. Et aucune n'est plus juste qu'une autre. C'est ça, pour moi, la légèreté.

J'ai aimé follement chaque phrase, chaque mot de ce roman. Il a une odeur, une couleur, un humour discret ("Mais un jour ce qui devait arriver arriva : un petit garçon de Vatapuna attendait Rose au retour de sa pêche. Il était assis sur la plage, il la regardait venir du large à l'abri sous son chapeau de paille verte. (Cette paille n'est pas encore mûre et elle mûrit sur la caboche. Le chapeau change insensiblement de couleur jusqu'à devenir marron, c'est un plaisir pour les yeux et une surprise quotidienne, un couvre-chef comme ça; la paille dore puis brunit et, pour que le processus s'arrête, il faut la baigner chaque jour dans de l'eau citronnée. Comme les enfants portent souvent ce genre de chapeau à Vatapuna, ils  dégagent tous une délicate odeur de citronnade. Mais trêve de couleur locale."), un univers entier qui s'offre comme un cadeau enchanté au lecteur. Les personnages sont apparus immédiatement devant mes yeux, c'est presque une expérience dimensionnelle, un livre magique qui en s'ouvrant projette autour de lui son contenu. Je les vois tous, ils sont un peu fatigués, farouches, inadaptés. Je les aime.

Bien sûr certains d'entre vous ne seront pas d'accord avec moi, ne partageront pas mon émerveillement ou mon extrême sensibilité au style de Véronique Ovaldé, et ce sera juste et normal. Mais soyez gentils, laissez m'en dans l'ignorance.

Je suis en état de grâce...

 

Ed. de l'Olivier, août 2009, 293 p.

 

"L'arithmétique

Pendant des années, quand Monica Rose s'assoirait sur le canapé entre Vera Candida et Itxaga, elle se serrerait contre eux, bougerait son minicul comme si elle se faisait un nid, les prendrait par le bras et dirait, On est bien tous les deux.

La première fois, Vera Candida rectifierait, On n'est pas deux, on est trois.

Et Monica Rose répondrait, On est bien quand même."

 

Lu et chéri également par Marie. Une chouette interview sur Bibliosurf.

20.08.2009

Le Voyage d'hiver - Amélie Nothomb

"Nulle part il n'est inscrit : "Ne pas piloter d'avion"."

 

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Si vous êtes comme moi, vous n'avez aucune envie de connaître le sujet du nouvel opus d'Amélie Nothomb, parce que de toute façon c'est de l'ordre du rituel : août = Amélie, et dans le plaisir le plus assumé. Si vous faîtes partie de ceux qui froncent le nez, vous n'avez certes pas le désir non plus d'en savoir plus. Alors c'est simple, je n'en dis rien :)

Rien de l'intrigue, donc, parce que ça fait complètement partie du plaisir de la découvrir au fil des mots. Mais elle est clairement dans la lignée nothombienne, avec le petit zeste farfelu, la malice très présente, et quelques piquounettes ici et là essaimées. Une fois de plus l'épilogue prend l'issue la plus facile, on a l'habitude de l'eau de boudin, mais honnêtement je m'en moque parce que j'ai aimé, en vrac et entre autres :

Les prénoms des héros : Astrolabe et Zoïle; l'explication de l'expression "ça marche"; le IV° siècle qualifié d'"Epoque Héroïque où les amateurs d'une oeuvre littéraire n'hésitaient pas à zigouiller le critique imbuvable"; "Se délecter de la médiocrité d'autrui reste le comble de la médiocrité."; "On n'en veut jamais autant aux gens que quand ils n'y sont pour rien";"tout lecteur devrait recopier les textes qu'il aime : rien de tel pour comprendre en quoi ils sont admirables"...

Une toute petite histoire où ne pas avoir sa photo en couverture ou même en jaquette de son livre est une qualité certaine (couverture sublime signée Harcourt), et où, finalement, on ne parle QUE d'amour....

 

Ed. Albin Michel, août 2009, 133 p. (très étirées !)

 

 

19.08.2009

Guide de l'incendiaire des maisons d'écrivains en Nouvelle-Angleterre - Brock Clarke

"La rendais-je heureuse, ou juste occupée ? Et y avait-il une différence ?"

 

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Sam Pulsifer, au moment où il entreprend son récit, vient de passer dix ans en prison pour avoir incendié (par accident) la maison d'Emily Dickinson et entraîné, sans intention de la donner, la mort des deux personnes qui s'y trouvaient. Il revient chez ses parents, qui, très vite, lui demandent de partir : l'opprobre de toute la ville leur rend la vie impossible. Il part donc, fait sa vie, de laquelle il raye ses parents.

Huit ans plus tard, il reçoit la visite du fils des deux personnes dont il a causé la mort, bien décidé à lui pourrir la vie. Et c'est facile, de pourrir la vie de Sam Pulsifer... Son caractère (il est en permanence stupide, dans le sens frappé de stupeur), l'éducation que lui ont donné ses parents, les nombreux non-dits dont il est depuis toujours entouré ne lui ont pas donné les armes pour réagir. Sam est incapable de réaction, si ce n'est à posteriori, et encore, pour constater uniquement.

C'est un roman bavard et agité, bourré de digressions qui n'empêchent pourtant pas l'intrigue d'avancer. Je n'ai pas dit l'ombre du début du commencement de celle-ci, parce qu'il faudrait exposer plusieurs détails qu'il est fort sympathique de découvrir au fur et à mesure. C'est une histoire triste qui finit mal, et pourtant on ne cesse de sourire. On est clairement dans le domaine de l'absurde, sans que le sens soit altéré, c'est une jolie prouesse en ce sens.

Par exemple Sam fait des rencontres hautement improbables, dont celle de Lees Ardor, professeur associée de littérature américaine, qui n'aime pas la littérature, pire, qui n'y croit pas, mais la professe à grands coups de "Huckleberry Finn mon cul", "Willa Cather est une connasse"; on comprendra peu à peu, en même temps que Sam, qu'il s'agit là en fait d'une terrible peur de ne pas être "vraie" elle-même, de devenir un personnage des romans qu'elle lit et fait lire.

La littérature, les livres, la lecture, les histoires ont une grande place tout au long de ce roman. On peut peut-être même aller plus loin, et ne voir dans toutes ces histoires que façons de démontrer, encore et encore, leur pouvoir. Le tout sous couvert d'une espèce d'enquête policière ou de parcours personnel, bien malin celui qui pourrait définir le genre de ce roman très particulier !

Ca fait très longtemps que je n'ai pas lu John Irving, mais j'ai clairement pensé à lui dans l'univers de Brock Clarke.

 

Ed. Albin Michel, collection Terres d'Amérique, août 2009, 429 p.

Traduit de l'américain par Renaud Morin

Titre original : An Arsonists Guide to Writer's Homes in New England

 

17.08.2009

Jimmy The Kid - Donald Westlake

westlake.jpgDortmunder pense que si tous ses cambriolages foirent, c'est parce que Kelp a la poisse. Alors quand il déboule, excité comme une puce, parce qu'il a lu en prison une histoire d'enlèvement de gamin (signée Richard Stark, le pseudo de Westlake) qui finit bien, Dortmunder lui oppose une fin de non recevoir. En plus, sa fonction dans la bande, c'est la mise au point des plans, no way pour suivre celui d'un bouquin, c'est une question d'honneur.

May étant parvenue à le convaincre, voici la petite bande de bras cassés lancée sur l'enlèvement contre rançon de James Harrington, douze ans. Sauf que notre Jimmy fait partie des 2 % de population au QI vertigineux...

Un polar franchement drôle, avec des passages nécessitant le bon gros rire sonore (à ne pas lire en public !). J'ai adoré le père de Jimmy, et ses conversations téléphoniques avec M'man Murch (la ravisseuse) (surtout le passage avec le FBI : "la preuve" :)). Dortmunder est impayable, c'est un pur plaisir que de suivre ses aventures.

 

Ed. Gallimard 1976 (sous le titre V'là aut' chose !), traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Patrick Floersheim

Traduction complétée pour la présente édition (Payot & Rivages 2005) par Patricia Christian

231 p.

 

Lu et apprécié également par Amanda,

12.08.2009

Charles Dickens - Marie-Aude Murail

Le titre complet de cette biographie est : "Charles Dickens, Ouvrier à douze ans, célèbre à vingt-quatre." Marie-Aude Murail à "rencontré" Charles Dickens alors qu'elle avait dix-sept ans, l'aime d'amour, le dit et le proclame, et nous communique une affection débordante.

 

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La dédicace, déjà : "Pour mon fils Charles" (tiens !?); les premières phrases : "En règle générale, la naissance des grands hommes se signale au reste de l'univers par le passage d'une comète dans le ciel. Le 6 février 1812, veille de la naissance du plus grand romancier de tous les temps, sa mère Elizabeth décide d'aller au bal."; enfin le portrait qu'elle nous dresse tout au long de ces 164 pages, dans lequel elle occulte toute charge (pas de mention du divorce et des agissements terribles de Dickens durant cette période).

Par rapport à la biographie de Jane Smiley, celle-ci est nettement plus abordable, plus concise aussi, et nous offre quelques (trop rares) illustrations dont on se délecte  : portraits et dessins, photos.

L'incroyable énergie de Dickens est très bien exposée, son charisme et son rapport extraordinaire avec ses lecteurs, tout autant que la jalousie et l'opprobre qu'il sera de bon ton pendant un temps d'afficher : "En fait, Dickens souffre d'un défaut, d'une tare, d'un vice, il est "populaire"."

 

"De même, alors qu'il vieillit à vue d'oeil, il suffit d'un enfant pour lui faire retrouver son propre coeur d'enfant. Ainsi, cette petite fille qui s'approche de lui :

- C'est vous, monsieur Dickens ? Oh, j'aime tant vos livres ! Mais bien sûr, je passe les parties ennuyeuses, pas les parties ennuyeuses courtes. Mais les longues !

Charles éclate de rire puis sort son calepin, l'air très soucieux :

- Bon, dites-moi un peu où se trouvent ces parties ennuyeuses ?"

 

Marie-Aude Murail nous raconte la mort de Dickens en établissant un parallèle avec celle de Jo dans Bleak House, qui m'avait fait si forte impression : c'est tellement réussi que j'ai terminé ce livre en larmes à nouveau; on a l'impression de le "perdre", comme s'il était un proche. C'est rare, ce sentiment envers un auteur. C'est précieux!

C'est une biographie qui donne envie de lire Dickens (de se précipiter sur un de ses romans, même), et je ne peux donc que la conseiller fortement !

 

Ed. L'école des loisirs, collection Belles vies, 2005, 164 p.

 

Merci Cathulu !

Lu également par Chinchilla.

10.08.2009

Le Gant rouge - Lettres à sa fiancée - Edmond Rostand

C'est un fort joli livre que ce petit pavé qui paraît aux éditions Nicolas Malais ! 338 pages concernant la pièce d'un côté, 143 consacrées à sa correspondance de l'autre, le sens de lecture inversé, séparées par les rideaux d'un théâtre et protégées par un papier calque, sous une couverture à rabats : un plaisir des yeux et des mains.

 

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La pièce en elle-même est inédite, elle fut jouée en 1888, Rostand avait alors tout juste vingt ans. "Le Gant rouge porte deux signatures, mais ce sont en définitive trois ou quatre personnes qui mirent la main à la pâte. La pièce doit, néanmoins, être considérée comme étant de Rostand, ne serait-ce que parce que cette attribution, maintes fois reprise par la presse, les biographes et les commentateurs, n'a jamais été démentie par lui ni par ses familiers, alors même que son héritage littéraire n'avait aucun bénéfice à en escompter." (préface d'Olivier Goetz)

Contemporain de Feydeau et Courteline (ils sont à peine plus âgés que lui), Rostand renonça après la défaite de cette pièce au vaudeville et même à écrire d'autres pièce en prose. Il faut dire que Le Gant rouge est lourde; c'est très virevoltant, plein de personnages aux incessants apartés, il est difficile de se prendre au jeu sans justement celui des acteurs, qui font en grande partie le sel de ces quiproquos en série (en tous les cas, moi j'ai eu du mal !).

Les critiques contemporaines sont insérées à la suite de la pièce, certaines sont fort joliment troussées, qu'elle soient assassines ou pas. Ainsi Auguste Vitu, dans Le Figaro le 25 août 1888 : "Le public semblait s'intéresser très vivement à ce premier ouvrage dramatique de MM. Henri Lee et Edmond Rostand, et ne leur a pas ménagé les applaudissements pendant les trois premiers actes. Au quatrième, il n'y avait plus personne dans la salle, nouvelle preuve de la justesse de cet axiome : "les plus courtes folies sont les meilleures". N'insistons pas. "

La partie consacrée à sa correspondance inédite avec sa fiancée, Rosemonde Gérard, est un régal absolu. Trente et une lettres toutes de 1888, réunies et datées à partir des allusions à l'actualité et aux articles des journaux et revues cités par Rostand. C'est rien moins que passionnant que d'entrer ainsi dans la tête d'un tout jeune homme de vingt ans (qui devra attendre neuf ans avant de connaître le succès avec Cyrano !). Vingt ans... Sentant au fond de lui qu'il est fait pour la littérature, mais ne sachant pas exactement comment, tâtonnant, confus, avec sa famille qui lui dit en gros pépère, tu ne vas pas te la couler douce comme ça longtemps, il te faut un métier, tes études... Captivant.

Rostand lecteur : "J'ai lu plusieurs romans. Eh! bien je m'aperçois que je suis plutôt pour ce que je lis d'une excessive indulgence. J'ai trouvé attendrissants Les petits sabots de Ouida. La Revue des deux mondes a publié une nouvelle intitulée Le Mariage de Jacques qui m'a presque plu. A la réflexion j'en vois la faiblesse, - je sens même que moi, je n'aurais jamais osé écrire cela. Mais après tout je suis indulgent. Je vais jusqu'au bout d'une lecture pour peu qu'il y ait un peu de sentiment vrai... A quoi ça tient ? Tout simplement à ce que je ne lis pas le roman de l'auteur, -mais celui que je fais moi-même avec ses personnages. Je m'attendris sur eux en leur prêtant un tas de sentiments qu'ils n'ont pas. C'est mon imagination qui travaille sur les données de ce roman banal et qui me le représente, vécu par moi, et par conséquent me touchant. Éprouvez-vous cette facilité à vous contenter de toute lecture, - pourvu bien entendu que le style soit convenable et n'arrête pas par le ridicule ?"

Cyrano vient de loin : 11/08/1888 "Je lis des contes de fées. C'est écrit avec une finesse extraordinaire, - pas du tout pour les enfants. Le style est d'une sobriété, les détails d'un goût exquis. Une véritable merveille est Riquet-à-la-Houppe, - cette histoire d'un homme laid qu'une princesse belle comme le jour se met à aimer, si bien qu'elle le voit beau, plus beau que tout. Il m'a plu beaucoup, ce conte, et attendri... Du reste, comme je vous l'écrivais l'autre jour, beaucoup plus peut-être par ce que j'y ai mis, que parce qu'il y a réellement."

Rostand amoureux, et amoureux de la connivence littéraire : "Cela m'est infiniment, mais infiniment doux de tâcher de faire nos esprits se toucher ensemble... un peu de si loin. Je voudrais faire les mêmes lectures que vous : dites-moi quels livres vous avez lus dernièrement. Les relisant après vous, je le ferai avec grand charme, car tout le temps je me dirai : ceci lui a plu, - cela l'a touchée... Et je ne me tromperai pas. Quelle grande joie c'est quand on sent sur une de ces menues impressions littéraires si fines, si fines, qu'on est d'accord, - qu'on a bien la même sensibilité, qu'on est bien ensemble..."

Rostand qui doute : 28/08/1988 "C'est absurde, évidemment, mais n'est-ce pas que vous avez lu de moi des choses qui vous ont prouvé que j'ai du talent ? J'en ai, j'en suis sûr. C'est cette envie de production hâtive qui me possède qui me perd."

 

Edition de Michel Forrier et Olivier Goetz

Librairie ancienne & Editions Nicolas Malais, août 2009

28,50 €

 

 

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