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25.09.2009
Charles Dickens - Peter Ackroyd (2)
En poursuivant la lecture de cette magnifique biographie, on assiste bientôt à la parution de la toute première nouvelle écrite par Charles Dickens, en 1833 : "Un dîner à Poplar Walk". Exactement comme Joe dans "Les quatre filles du docteur March", il l'avait envoyée à un magazine qui publiait (sans rémunération) des nouvelles ("Monthly Magazine"), et quand il la voit publiée, son émotion est identique à celle de notre héroïne de papier; Submergé de bonheur, il ne supporte plus le spectacle de la rue, "son regard intérieur avait contemplé la vision de sa propre renommée".
Il accepte des charges de travail phénoménales (une opérette-bouffe, une farce, 3 romans pour différents éditeurs), et ce, pour plusieurs raisons :
- Il pense qu'il peut y arriver, bien sûr, confiant dans son talent.
- Il veut gagner de l'argent (il est marié), il a besoin de se savoir à l'abri, marqué par son enfance pauvre.
- Il a été fasciné par la pièce "Le meunier et ses hommes", l'image d'un travail incessant, d'une charge inlassable sur les épaules lui parle et l'atttire.

Il trouve la gloire dès la parution des Pickwicks papers, c'est immédiat et énorme.
Fin 1836, il rencontre John Forster, qui survécut à la postérité en tant qu'ami et compagnon du génie. Leur rencontre est amusante : "Il était l'auteur d'une critique défavorable (sur sa farce), mais le compte-rendu avait été assez spirituel pour amuser Dickens, et cela suffisait à lui faire pardonner à peu près n'importe quoi.". S'ensuit toute une vie d'amitié entre ces deux hommes, avec ses hauts et ses bas, et cette phrase sublime de Forster après la mort de son ami : "Les devoirs de la vie subsistent, mais pour moi la joie de vivre a disparu à tout jamais."
Dickens aimait s'entourer d'amis "qui, sur tous les points importants, lui étaient inférieurs mais qui partageaient ses intérêts personnels, et sur lesquels il pouvait exercer une sorte de domination. Il n'avait pas une nature de "disciple" ou de "partenaire"; c'était lui, L'Inimitable, comme il aimait à se désigner, qui devait mener tandis que les autres suivaient."
Oliver Twist est le premier roman de langue anglaise qui prenne un enfant pour héros (il existait des témoignages et récits, mais pas encore de roman).
"Quand il était salué par des acclamations et des applaudissements frénétiques, il restait, écrivit-il un jour, "frais comme un concombre", c'est-à-dire imperturbable."
"Il faut être très prudent avant de relever des correspondances faciles entre sa vie et son oeuvre. Il prenait plaisir au "sentiment" plutôt qu'à la "chose" et cet homme qui s'exaltait à propos de repas gigantesques mangeait très peu lui-même. Peut-être ce fait nous donne-t-il la clef du complexe enchevêtrement de ses relations sociales, en même temps que la nature un peu ambigüe de ses opinions politiques."
"Dickens découvrait le monde à ceux qui y vivaient déjà". C'est joliment dit, non ? Et c'est là, pour moi, toute la magie de la littérature, nous donner à découvrir ce que nous vivons, nous donner les mots pour le définir.
Par contre grosse déception : "Dickens fut attiré par par les auteurs les plus théâtraux du siècle précédent;, il parle souvent de Smollett, mais ne cite pratiquement jamais Jane Austen, romancière pour laquelle il éprouvait une vive antipathie." (Tsss)
Et pour finir pour aujourd'hui (mais cette biographie est une mine, chaque page apporte son lot, il FAUT LA LIRE), un passage qui illustre l'importance du théâtre dans l'oeuvre de Dickens : "Les fins de romans sont des indices extrêment importants des véritables intentions d'un écrivain : à cet instant de conclusion - le romancier étant pour ainsi dire arrivé au terme des obligations et des difficultés qu'il s'était lui-même imposées - les véritables significations se révèlent de la façon la plus spontanée et la plus libre. La plupart des romans de Dickens se terminent par un tableau ou un baisser de rideau analogues à ceux des oeuvres dramatiques de la période. Les acteurs reviennent tous sur scène, leur passé et leur avenir tout tracés; ils se tiennent par la main et saluent; puis le rideau tombe et ils disparaissent."
Sauf que les personnages de Dickens ne disparaissent pas, justement, avec la fin du roman où ils sont nés; lui-même envisagea à plusieurs reprises de reprendre tel ou tel dans une chronique, et dans l'esprit du public, un Sam Weller par exemple est bien réel et immortel... Ou une Mme Gamp a donné son nom à un parapluie.
A suivre...
06:00 Publié dans Autour de Charles Dickens | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, "frais comme un concombre"


Trackbacks
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Commentaires
Écrit par : Yvain | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireEt continue à bien te régaler avec chaque page ;-)
Écrit par : erzébeth | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireJe partage ton admiration pour cette bio, je n'aurai pas le temps de la terminer dans les délais et je vais devoir l'emprunter plusieurs fois !
Hélàs trois fois hélas le livre est indisponible chez l'éditeur et introuvable parmi les livres épuisés mais je ne désespère pas
Écrit par : Dominique | 25.09.2009
Répondre à ce commentaire(Et j'avais prévenu, hein, pour le poids et la taille ;o))
@ Erzébeth : Merci ! :)
Écrit par : Cuné | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireIl faut que je me lance dans cette biographie décidément.
Écrit par : Isil | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : keisha | 25.09.2009
Répondre à ce commentaire@ Keisha : Enjoy !! :)
Écrit par : Cuné | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Theoma | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : béné | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Mango | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : valérie | 25.09.2009
Répondre à ce commentaire@ Mango : Il a signé lui-même une biographie de Dickens, mais pas traduite pour ce que j'en sais, et très partiale !
@ Béné : Très bonne, oui ! :)
Écrit par : Cuné | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine:) | 25.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ofelia | 25.09.2009
Répondre à ce commentaire@ Ofelia : Ah oui ? Moi je ne l'ai découvert que pendant les JO en Chine, mais j'aime beaucoup ce qu'il fait :)
Écrit par : Cuné | 26.09.2009
Répondre à ce commentaireLa tête de la bibliothécaire quand elle est revenue de la réserve avec! (oui, il est dans la réserve...)
Un regret : qu'il ne soit pas en pléiade, car franchement il est lourd... Quelle position adopter pour le lire?
Écrit par : keisha | 26.09.2009
Répondre à ce commentaireMais quand tu veux en même temps noter des passages, ce qui ne devrait pas manquer d'arriver, c'est gymnastique incessante :) Bah, ça en vaut laaaaargement la peine ! :)
Écrit par : Cuné | 26.09.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 30.09.2009
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